Interview de de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à France 2 le 20 septembre 2002, sur la politique de prévention des risques industriels, des inondations et sur la 5e journée internationale "En ville sans ma voiture". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à France 2 le 20 septembre 2002, sur la politique de prévention des risques industriels, des inondations et sur la 5e journée internationale "En ville sans ma voiture".

Personnalité, fonction : BACHELOT NARQUIN Roselyne, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : F. Laborde - Avec R. Bachelot ce matin, nous allons revenir sur le terrible anniversaire, il y a un an, à Toulouse, de l'explosion de l'usine AZF. Et on mesure aujourd'hui à quel point les blessures physiques et psychologiques sont encore fortes et vives...

- "Les pensées de tous les Français et du Gouvernement vont vers les familles des personnes décédées, les trente morts de Toulouse, les milliers de blessés, les gens qui souffrent encore dans leur chair, et notre responsabilité collective est immense pour dire : "plus jamais" une catastrophe comme celle de Toulouse. Nous nous déployons autour de mesures de précaution qui ont déjà été prises : mise aux normes des sites industriels, fermeture de certains. J'ai moi-même présenté, lors d'un Conseil de ministres l'Environnement récent, un durcissement des mesures qui concernent les engrais. Et puis dans quelques semaines, je vais présenter un projet de loi sur les risques industriels, avec des mesures très importantes."

Justement, dans ce projet de loi, l'un des axes principaux, c'est évidemment la prévention. Il a donc fallu déjà recenser les sites à risques...

- "J'ai voulu faire un travail qui soit un travail de consensus. La majorité précédente avait déjà travaillé sur ce sujet, avait présenté un texte. J'ai repris ce texte, qui n'était pas mauvais. Je l'ai amélioré avec des propositions d'une commission parlementaire qui était présidée par monsieur Loos. Et bien entendu, je veux durcir un certain nombre de dispositions. Je veux aussi améliorer la participation des citoyens. J'ai d'ores et déjà mené, de façon expérimentale, autour de ce qu'on appelle des sites Seveso, des commissions locales d'information et de sécurité, pour associer les citoyens à l'information. S'il y a un drame qui se produit, quelle est la bonne attitude, comment réagir ?"

Ils peuvent faire des suggestions ?

- "Oui, bien sûr, il faut qu'il y ait une démarche citoyenne dans ce domaine. Et puis bien entendu, il faut mettre les industriels en face de leurs responsabilités. Il faut aussi prendre mieux en compte que cela n'a été fait le facteur humain. On a été, dans nos missions d'inspection, très orientés sur le matériel. On voit bien que souvent, des défaillances humaines sont à l'origine de ces accidents, des défaillances dans la chaîne de responsabilité. En tout cas, un drame comme celui-là ne doit plus se reproduire."

Pourtant, vous dites aussi qu'il faut avoir en France une "culture du risque"...

- "Je n'aime pas beaucoup ce terme de "culture du risque" ; je dirais plutôt une "conscience du risque". C'est vrai que le risque zéro n'existe pas ni en industrie bien entendu ni même dans les risques naturels, on l'a vu avec les récents épisodes d'inondations. Donc une conscience du risque pour bien l'apprécier, pour le combattre, pour le prévenir et pour bien y réagir."

Justement, les inondations. Vous allez vous rendre dans le Gard dans les jours qui viennent...

- "C'est vrai que le Premier ministre est allé porter à ces populations sinistrées le soutien du Gouvernement. Monsieur Sarkozy a annoncé les secours et les a organisés. Moi, en tant que ministre de l'Ecologie et du Développement durable, je suis responsable de la prévention. Je vais donc aller dans le Gard présenter les actions que je vais mener. C'est le premier dossier que j'ai pris en arrivant au Gouvernement. Vous savez que je vis moi-même dans une zone inondable, et en tant que présidente de la commission de l'environnement de la région des Pays de la Loire, c'est un sujet sur lequel j'ai beaucoup travaillé. Je vais aller présenter cela mardi prochain."

On comprend bien, à vous entendre, qu'il y avait une volonté délibérée de travailler en plusieurs étapes : l'étape du Premier ministre, l'étape du ministre de l'Intérieur, l'étape du ministre de l'Environnement que vous êtes. On vous a beaucoup reproché de ne pas être allé plus tôt sur place. Est-ce que cela vous a blessée ?

- "Oui, cela m'a blessé, parce que cela laissait sous-entendre de l'indifférence au malheur de ces populations. Justement, ce que je souhaitais, c'est me consacrer entièrement à une politique qui permette de dire "plus jamais ça", de faire une vraie politique de prévention, d'annoncer des réformes importantes dans le service d'annonce des crues, dans l'information aussi des personnes qui sont inondées. Peut-être qu'on ne pourra pas faire prévenir toutes les inondations, mais en tout cas "plus un mort" au moment des inondations. Le bilan humain est terrible et les inondés nous disent que nous nous occupons beaucoup d'eux, quand il y a l'inondation, mais qu'après, on ne nous voit plus. Et je veux qu'on voie le Gouvernement pendant - c'est le rôle du Premier ministre, du ministre de l'Intérieur - et après - et ça, c'est mon rôle."

Mardi, vous allez rencontrer à la fois les élus, les victimes, écouter tout le monde ?

- "Je vais faire le point. Est-ce que les plans de prévention des risques sont bien pris ? Est-ce qu'ils sont mis en oeuvre ? Est-ce que le service d'annonce des crues a bien marché ?"

Il y a eu un problème d'alerte. On voit qu'il y a certaines plaintes qui sont déposées aujourd'hui, parce que des gens disent qu'ils n'ont pas été alertés...

- "Et même quand on est alerté, quelle est la bonne attitude ? Il y a - on s'en rend compte au moment des inondations - des morts qui auraient pu être évitées si on avait indiqué aux gens quoi faire. A chaque inondation, on voit des gens prendre leur voiture, alors que la crue va les emporter au volant de leur voiture. C'est terrible..."

Est-ce qu'on peut leur interdire de circuler ?

- "On peut en tout cas les informer certainement beaucoup mieux qu'elles ne l'ont été."

La troisième actualité en ce qui vous concerne, c'est "En ville sans ma voiture", dimanche... Donc dimanche, vous n'avez pas de voiture, vous vous déplacez comment ?

- "Je vais me déplacer à pied. Je vais regagner ma circonscription en train et puis je vais aller à Angers, puis ensuite à Bordeaux, puisque A. Juppé, à Bordeaux, fait une opération tout à fait remarquable, puisqu'il ne fait pas "En ville sans ma voiture" une fois par an, mais il la fait tous les mois. Dans les années précédentes, il y avait environ une soixantaine de villes qui menaient cette opération, il y en a aujourd'hui une centaine. Je reviens du sommet de Johannesburg. Ce qui est posé à nous, les pays développés, comme challenge, c'est de changer nos modes de consommation. Et d'accepter d'aller en ville sans sa voiture, cela a l'air peut-être au départ d'un gadget, mais ça ne l'est pas si cela nous invite à changer justement nos modes de déplacement et de consommation."

Cette année, l'opération concerne aussi Paris. Cela pourrait s'étendre ? Cela fait école dans toute l'Europe maintenant...

- "Cela fait école dans toute l'Europe, il y a 1.300 villes qui nous ont rejoints dans cette journée internationale sans sa voiture, qui est partie de France, et maintenant même quatre villes nord-américaines. Donc cela devient une vraie journée mondiale sans la voiture, une vraie prise de conscience de tous les pays développés. C'est un beau succès, il faut le continuer, il faut l'amplifier. J'espère que l'année prochaine, j'aurai à nouveau 100 autres villes qui nous rejoindront et peut-être des villes moyennes, parce que les problèmes de circulation automobile sont partout. Il faut aussi que les villes nous accompagnent. Il ne suffit pas d'être une journée sans sa voiture, il faut développer des transports en commun innovants, pratiques, accessibles aux personnes handicapées, et cela, c'est encore une autre histoire."

Une dernière question. On vous a beaucoup reçue ici quand vous étiez en campagne aux côtés de J. Chirac. Aujourd'hui, vous êtes membre du Gouvernement. Est-ce un travail extrêmement différent ? Est-ce que c'est plus lourd, plus difficile, plus exaltant ?

- "C'est un travail plus lourd, plus difficile, plus exaltant, mais c'est aussi le sentiment qu'on a parlé à un moment pendant la campagne et que maintenant, on agit. Je vais par exemple me consacrer - J. Chirac l'avait annoncé dans sa campagne - à cette Charte de l'environnement. Je me consacre aussi à faire que les droits de l'environnement, les droits des personnes à un environnement sûr, soient inscrits dans notre Constitution, dans nos textes fondamentaux, et c'est un sacré chantier."

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2002)

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