Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA,, sur l'organisation du Salon des Productions Animales - Carrefour Européen, sur la baisse des prix des productions d'élevage, et sur la réforme de la PAC et la nécessaire défense du revenu agriole, Rennes le 10 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA,, sur l'organisation du Salon des Productions Animales - Carrefour Européen, sur la baisse des prix des productions d'élevage, et sur la réforme de la PAC et la nécessaire défense du revenu agriole, Rennes le 10 septembre 2002.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel.

FRANCE. FNSEA, président

Circonstances : Salon des Productions Animales - Carrefour Européen (Space) à Rennes du 10 au 13 septembre 2002

ti : Monsieur le Premier Ministre,
Madame la Ministre,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les exposants,
Chers amis,

C'est un grand honneur pour le SPACE de vous recevoir aujourd'hui, Monsieur le Premier Ministre.

Vous avez accepté de passer une partie de la journée à visiter notre Salon, malgré la catastrophe subie par le Sud de la France, où vous vous êtes rendus très tôt ce matin. Je voudrais adresser à tous les sinistrés, en particulier à mes collègues agriculteurs, un message de sympathie et de compassion de la part de tous les agriculteurs français. Nous verrons dans les prochains jours ce que nous pourrons faire pour leur venir en aide. Mais je suis sûr que la solidarité nationale sera mise en oeuvre.

De ce fait, vous n'avez donc pas pu participer comme prévu ce matin à la réunion du C.A.F, le Conseil de l'Agriculture Française, pour une fois délocalisé de Paris vers la province.

Vous êtes venu à la rencontre des éleveurs et des exposants du SPACE, des responsables agricoles nationaux et régionaux.

Soyez vivement remercié d'avoir consacré tout ce temps à écouter et à dialoguer avec tous ces éleveurs, tous ces professionnels des productions animales rassemblés au SPACE.

Après l'événement de 2001, l'inauguration du SPACE par le Président de la République, moment mémorable d'un jour, le 11 septembre, hélas meurtri par les attentats de New York, vous honorez notre Salon de votre visite, premier des Premiers Ministres à avoir répondu favorablement à notre invitation...
Nous vous en sommes particulièrement reconnaissants.

Votre présence aujourd'hui est un hommage au beau et difficile métier d'éleveur, à leur travail et à leur savoir-faire, à l'ingéniosité des exposants qui rivalisent d'imagination afin d'optimiser les conditions de production en élevage.

Votre présence est un hommage à tout ce monde de l'élevage dans lequel vous êtes venu vous plonger.

J'espère que votre visite sera aussi l'occasion, par les propos que vous nous adresserez dans quelques instants, de redonner quelques perspectives aux éleveurs qui en ont bien besoin. J'y reviendrai.

Ce monde de l'élevage est ici dans son Salon, Monsieur le Premier Ministre.

Comme tous les ans, en septembre à Rennes, le SPACE est en effet le point de rencontre indispensable pour tous les acteurs professionnels engagés dans les productions animales : les éleveurs et leurs fournisseurs - exposants bien sûr, mais aussi beaucoup de techniciens, commerciaux, vétérinaires, distributeurs français et étrangers. Pour tous, il est évident que le SPACE est un événement majeur à ne manquer sous aucun prétexte.

Co-fondateur du SPACE en 1987, je me rappelle le pari un peu fou que nous avions lancé à l'époque. Parti de 250 exposants et 32 000 visiteurs pour sa 1ère édition, le SPACE dépasse régulièrement les 1300 exposants et les 100 000 visiteurs depuis plusieurs années. Le SPACE est ainsi devenu le Salon professionnel de référence en France pour l'élevage. Il attire bien sûr les professionnels français, mais aussi de plus en plus d'étrangers, à la fois exposants et visiteurs.

Nous avons plus de 350 exposants étrangers de 20 pays différents, y compris de Chine pour la première fois cette année, et nous attendons plus de 6000 visiteurs internationaux d'une centaine de pays, avec des délégations importantes de tous les continents. Espérons que les grèves d'Air France n'auront pas provoqué trop d'annulations...

Si le SPACE connaît un tel succès c'est qu'il est au coeur d'une des premières régions d'élevage d'Europe, ce grand-ouest français qui représente une part importante de l'élevage avicole, bovin et porcin.

Quelle que soit leur production, quels que soient leurs modes de production (standard, agriculture raisonnée, biologique ou sous signe de qualité), tous les éleveurs trouvent au SPACE les fournisseurs dont ils ont besoin.

De la génétique à la gestion des effluents, en passant par l'alimentation animale, les bâtiments et matériels, l'hygiène et la santé, la gamme des produits et équipements proposés est la plus complète possible.

Ici, les éleveurs peuvent voir, comparer, mettre en concurrence pour optimiser leurs investissements et la réalisation de leurs projets. Ils découvrent chaque année des nouveautés intéressantes, grâce aux INNOV'SPACE, comme vous avez pu le constater vous même,
Monsieur le Premier Ministre.

Ils peuvent ainsi améliorer leurs conditions de production et de travail, leurs performances technico économiques, et donc espérer un meilleur revenu. Ils peuvent aussi mieux répondre aux nouvelles attentes de la société : sécurité alimentaire et traçabilité, qualité de l'environnement, bien-être animal, qui est le thème de la plate-forme Recherche et Développement (cette année comme en 2001).

Le SPACE agit toujours comme porteur d'une nouvelle dynamique, d'un nouvel élan, de nouvelles raisons pour les éleveurs de garder espoir en période de crises comme celles que nous vivons en ce moment dans la plupart des productions animales.

Vous le savez, Monsieur le Premier Ministre, les éleveurs ont bien besoin de retrouver confiance dans leur métier et dans leur avenir.

Lors de votre visite en Ille et Vilaine, le 29 mai dernier, vous aviez parlé du " blues " rural. Vous exprimiez ainsi le sentiment profond d'inquiétude que vous aviez perçu dans les campagnes.

Je sais que tout récemment, vous avez déclaré qu'il ne fallait pas tomber dans la sinistrose. Et vous avez raison : je suis moi-même plutôt optimiste et peu enclin à broyer du noir...

Mais je dois vous dire que les paysans n'ont pas le moral : le " blues " agricole, pour vous paraphraser, est une réalité palpable dans chaque discussion, au cours des réunions ou lors de manifestations comme les comices...

Ils n'ont pas le moral d'abord parce qu'ils sont malmenés depuis plus d'un an par des crises qui touchent tous les secteurs de production. Et aussi parce que l'horizon leur paraît bouché, en tous cas sans visibilité à moyen terme, tant au niveau de la politique agricole commune que pour les négociations internationales à l'Organisation Mondiale du Commerce.

Dans les productions animales, la situation n'est pas bonne. L'aviculture est durement malmenée : l'implosion des importations de viande de volaille en provenance de certains pays tiers a provoqué de très vives tensions sur les marchés et donc sur les prix. L'artifice du saumurage utilisé a provoqué un détournement inacceptable des accords de Marrakech. Les aviculteurs vivent un véritable séisme et beaucoup craignent de ne pas pouvoir s'en relever. C'est l'exemple dramatique d'une application laxiste de la préférence communautaire, qui mérite d'être réhabilitée et correctement mise en ¿uvre.

En production porcine, si les cours ont repris une tendance positive depuis quelques semaines, les niveaux atteints sont loin de couvrir les coûts de production et de correspondre à l'attente des producteurs, compte tenu de l'évolution de la production. La porte de certains marchés, notamment en Asie, reste close plus d'un an après l'alerte de fièvre aphteuse qui avait motivé la fermeture des frontières. Du coup, le marché européen est plus lourd que prévu. Il est urgent de tout mettre en ¿uvre pour lever ces barrières injustifiées.

La politique de prix menée par la grande distribution n'arrange pas les choses : les producteurs de porc ont subi depuis un an une baisse de 14,6%, alors que les prix à la consommation sont restés stables et n'ont pas favorisé les achats. Les producteurs de fruits vivent le même grand écart.

Il faudra bien, Monsieur le Premier Ministre, parvenir à une meilleure transparence des prix, à une juste rémunération des différents maillons de la chaîne alimentaire. Les incohérences actuelles ne peuvent plus durer.

C'est pourquoi nous avons demandé à votre Secrétaire d'Etat à la Concurrence et à la Consommation, Renaud Dutreil, de provoquer une réunion rapidement avec l'ensemble des partenaires de la filière.

Même la production laitière connaît une conjoncture de marché défavorable, entraînant une baisse des prix aux producteurs, sans oublier que nous ne sommes toujours pas sortis de la crise de la production bovine, surtout pour les éleveurs spécialisés en vaches allaitantes.

C'est dans ce contexte que le Commissaire Européen à l'Agriculture a lancé ses propositions de réforme de la politique agricole commune. Sur ce point, notre position est claire : pas de bouleversement du calendrier et pas de réforme anticipée. Les accords de Berlin doivent être respectés : la réforme de la PAC ne doit pas intervenir avant 2006. Nous attendons une position très ferme du gouvernement français sur ce sujet.

Nous ne sommes pas opposés à des évolutions de la PAC. Mais tant qu'à faire une réforme en 2006, autant que ce soit pour un projet ambitieux. En se fondant sur un audit de la PAC depuis 1992 que nous avons réclamé, l'objectif devrait être de mieux gérer et mieux réguler les marchés pour soutenir les prix et donc les revenus des agriculteurs.

Aujourd'hui, on fait le contraire : on laisse faire les marchés et on prétend garantir un revenu aux paysans par des aides directes dont M. Fischler propose d'ailleurs de revoir assez radicalement le dispositif. Il est temps d'arrêter de jouer au yo-yo avec le revenu des paysans !

Et je voudrais redire ici ma conviction profonde : pas de paysans sans revenu et pas de revenu sans prix corrects !

Si on veut que les agriculteurs continuent à entretenir le territoire et à aménager l'espace, il faut qu'ils puissent vivre dignement de leur métier ! Un véritable projet pour l'agriculture dépasse d'ailleurs le seul enjeu agricole. C'est aussi un enjeu de société et d'aménagement du territoire. Les agriculteurs sont des acteurs incontournables de la ruralité. L'indispensable vitalité du monde rural ne peut se passer de leur contribution.

Ils méritent considération, au même titre que toutes les catégories sociales. A cet égard, le dossier des retraites agricoles est significatif de la manière dont la société traite des hommes et des femmes qui ont travaillé dur toute leur vie pour aboutir à des retraites tellement insuffisantes.

Sur ce point, comme sur d'autres, Monsieur le Premier Ministre, vos choix budgétaires seront déterminants. Je sais que vous êtes amené à rendre des arbitrages plus que délicats...

Quelle priorité donnerez-vous à l'agriculture dans ces arbitrages ? Le ministère de l'Agriculture a besoin d'une rallonge de quelques dizaines de millions d'euros par rapport aux prévisions qu'on peut connaître, pour les retraites, pour revaloriser la prime à l'herbe, pour éviter la suppression des aides à l'équarrissage dont le coût serait alors supporté injustement par les seuls éleveurs, pour honorer les contrats passés avec les agriculteurs dans le cadre des CTE et débloquer la politique contractuelle...

Cette politique fondée sur le contrat est incontournable pour que les paysans continuent d'investir afin de se moderniser et de mieux répondre aux attentes de la société, par exemple pour l'amélioration de la qualité de l'environnement.

Dans ce domaine, Monsieur le Premier Ministre, les agriculteurs attendent des encouragements aux réels efforts qu'ils ont entrepris pour modifier leurs pratiques et aboutir à des résultats significatifs pour la qualité de l'eau.
L'accumulation des réglementations ne doit pas aboutir à une surenchère dans les exigences qui pourraient conduire à une réduction inacceptable du potentiel de production.

La diversité des situations et des solutions envisageables pour parvenir aux résultats espérés par tous doit être prise en compte et soutenue par les pouvoirs publics. Nos amis du Finistère viennent de soulever un problème de fond dont nous reparlerons prochainement, Monsieur le Premier Ministre.
Des projets collectifs de traitement des effluents d'élevage, bien pensés et bien construits, doivent pouvoir être menés à bien et encouragés. Pourquoi ce qui est admis pour le traitement des déchets ménagers serait-il interdit aux agriculteurs ?

Au delà de cette approche, suffisante en soi, l'enjeu est bien la survie d'un grand nombre de petites et moyennes exploitations qui n'ont pas les moyens d'investir dans des stations de traitement individuelles. Le paradoxe serait d'aboutir à une concentration des exploitations que les opposants au traitement collectif prétendent combattre.

Monsieur le Premier Ministre, j'ai conscience de vous avoir présenté un cahier de doléances bien chargé. Mais il est à la mesure des défis que nous devons relever aujourd'hui. Il ne concerne pas seulement les agriculteurs mais aussi tous les emplois que l'activité agricole génère, dans les exploitations, dans l'agro-équipement et dans l'agro-alimentaire. La politique de développement de l'emploi est une réalité dans le secteur agricole. Les contraintes particulières de notre secteur doivent être prises en compte dans l'application de l'aménagement et de la réduction du temps de travail, en particulier pour les saisonniers.

Monsieur le Premier Ministre, vos encouragements, votre ténacité, et plus encore vos décisions positives sont attendus par les agriculteurs, car les mois qui viennent seront décisifs pour leur avenir.

(Source http://www.fnsea.fr, le 12 septembre 2002)

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