Conférence de presse de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, à Madrid le 12 septembre 2002 et interview dans "El Mundo" du 14 septembre, sur l'Union européenne et sur la coopération franco-espagnole. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, à Madrid le 12 septembre 2002 et interview dans "El Mundo" du 14 septembre, sur l'Union européenne et sur la coopération franco-espagnole.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

Circonstances : Voyage de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux Affaires européennes, en Espagne le 12 septembre 2002

ti : Merci beaucoup, cher Ramon. Je voulais tout d'abord confirmer que le but de ma visite est très clair. C'est ma première visite en tant que ministre des Affaires européennes ici. C'est pour conforter nos liens d'amitié et aussi s'accorder sur les thèmes essentiels qui sont devant nous : c'est-à-dire, d'une part, l'élargissement, largement entamé et dont le processus, au moins au niveau des négociations d'adhésion avec les pays qui entreront dans la première vague de l'élargissement est bien avancé, puisqu'il doit être finalisé le 31 décembre. C'est un moment tout à fait crucial dans l'histoire de l'Europe : à vrai dire, c'est le premier grand tournant véritablement historique de l'histoire européenne depuis la création de la Communauté européenne en 1958 et nous avons beaucoup de positions en commun sur ce sujet avec l'Espagne. C'était le premier objet de ma venue.

Par ailleurs, comme l'a indiqué Ramon, nous sommes des pays voisins non seulement par le c¿ur et la tradition historique et je dirais linguistique, puisque nos deux langues sont très proches, nous sommes des pays frontaliers, et compte tenu de la géographie de nos frontières communes, il y a beaucoup de sujets à aborder. Nous avons évoqué la question des relations transpyrénéennes et des modes d'accès de France en Espagne et d'Espagne en France, que ce soit par le train ou par la route : cela a été un thème très important. D'autres sujets de coopération bilatérale ont aussi été évoqués.

Enfin, s'agissant de la Convention, je ne vais pas vous donner d'amples détails. Je voulais simplement indiquer que dans la délégation française, figurent M. le président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, M. Dulait, ainsi que Mme Grossetête qui est, comme son homologue espagnol, vice-présidente du groupe PPE au Parlement européen. Ceci pour montrer, et le prochain déjeuner qui va avoir lieu dans quelques instants en est une illustration, que le gouvernement français mène un dialogue très approfondi avec la délégation nationale, que ce soit à Strasbourg ou à Paris, car la Convention est la nouvelle gouvernance de l'Europe qui intéresse non seulement l'ensemble des citoyens européens mais aussi l'articulation qu'il pourrait y avoir entre les gouvernements et les élus nationaux et européens. La composition de la délégation est une marque de ce souci de dialogue que nous avons et je remercie beaucoup Ramon d'avoir bien voulu organiser cette rencontre entre exécutifs et législatifs nationaux et législatifs européens, qui est tout à fait dans le droit fil des discussions que nous avons en France. Enfin, je voulais dire que j'ai été très bien accueillie au Conseil européen de Séville, auquel j'ai pu participer à peine une semaine après ma nomination et je voulais encore féliciter la présidence espagnole qui a mené de front plusieurs sujets. A vrai dire, il y a un sujet qui est tout à fait un sujet européen et qui est aussi un sujet bilatéral, la lutte contre l'immigration illégale et la criminalité qui répond à l'aspiration de sécurité des citoyens européens. Le point de départ, le lancement de toutes ces innovations dans l'histoire européenne, cela a été la présidence espagnole et je peux vous garantir que les relais dans la presse et dans les milieux politiques nationaux français des conclusions du Conseil européen de Séville ont été extrêmement positifs. Cela a permis d'envisager l'élargissement d'une manière beaucoup plus positive, alors que c'est quand même une aventure nouvelle pour beaucoup de nos concitoyens.


Q - Je voudrais vous demander si la France est d'accord avec la position espagnole à propos de la crise iraquienne et si elle ne craint pas que Madrid et Londres continuent de poser des difficultés à une position commune de l'Union européenne à ce sujet.

R - Tout d'abord, je vous indique que nous n'avons pas évoqué ce sujet avec mon homologue puisque ce n'est pas l'objet de ma visite. Je n'ai pas grand chose à dire sur ce point dans la mesure où le président de la République française a fait des déclarations extrêmement précises dans le New York Times, qui, je crois, ont été relatées dans la presse espagnole et qui ont été reprises par M. de Villepin à New York, aux Nations unies. Notre position est claire. Elle a été explicitée dans le prolongement de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères qui s'est tenue récemment à Elseneur. Nous sommes bien évidemment très soucieux que l'Iraq, régime que nous souhaitons voir se mettre en harmonie avec les règles internationales, accepte le retour des inspecteurs des Nations unies et se prête aux contrôles prévus dans ce cadre. Pour le reste, nous disons simplement que c'est la communauté internationale qui doit prendre sa responsabilité et en particulier le Conseil de sécurité. Voilà, je n'ai rien à ajouter sur ce point en l'état.

Q - Par rapport à l'élargissement, il y a eu récemment plusieurs déclarations, par exemple celles de M. Prodi, qui a parlé d'un possible report de l'élargissement. Croyez-vous que le maintien de la date de 2004 sera possible ? Et dans ce sens l'on dit qu'il y a des possibilités de modifier le Traité de Nice, spécialement vis-à-vis du référendum en Irlande ou suite à un possible non à ce référendum. Est-ce que vous pouvez nous dire quelque chose à ce sujet ?

R - Je vous remercie de me poser cette question parce que cela va me permettre de m'exprimer plus précisément. Premièrement, nous avons, et c'était d'ailleurs l'objet principal de nos discussions, la ferme détermination que soit conduit à bien, dans le cadre de la Présidence danoise, le processus de l'élargissement, et plus précisément, de la première vague des pays qui vont rejoindre l'Union. La conclusion des négociations à cette fin doit avoir lieu à la fin de l'année. Nous avons donc la ferme détermination que cela puisse être mené à bien et la présidence danoise a notre soutien. Je pense que mon collègue espagnol - je ne vais pas anticiper sur ce qu'il dira - soutient aussi dans ce sens la Présidence danoise. Vous avez raison de signaler le référendum en Irlande mais nous avons confiance en nos amis irlandais car il est effectivement indispensable que ce référendum aboutisse à un résultat positif. C'est la raison pour laquelle nous n'interférerons pas dans les affaires irlandaises mais nous pensons que la question de l'élargissement est effectivement une question tout à fait prioritaire.

Q - Je voudrais savoir si dans la réunion vous avez parlé des répercussions de l'"illégalisation" de Batasuna et si la France va appuyer l'Espagne dans son objectif d'atteindre une position générale, une position commune sur Batasuna, au niveau européen.

R - Nous n'avons pas spécialement discuté de ce problème, qui est effectivement présent dans l'ensemble de l'Europe. Ce que je peux dire c'est que nous avons comme le gouvernement espagnol une très ferme détermination à lutter contre le terrorisme et nous sommes très proches face à cet objectif, nous-mêmes avons eu d'autres expériences avec le terrorisme, donc nous nous sentons particulièrement liés face à cette question. Deuxièmement, il faut se féliciter de la coopération, en quelque sorte exemplaire, entre nos deux gouvernements, à la fois nos polices, nos systèmes judiciaires et les services de renseignements qui ont un rôle éminent à jouer dans ce contexte. Enfin, pour le reste, il s'agit d'une décision souveraine de l'Espagne et nous n'avons rien à dire quant aux décisions qui ont été prises.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 septembre 2002)
Q - Sur quels aspects avez-vous cherché à approfondir la coopération bilatérale ?

R - J'ai initié des démarches communes pour relever les grands défis qui s'annoncent pour l'Union européenne, comme l'élargissement qui soulève une série de problèmes que nous devons traiter avant la fin de l'année. J'ai également échangé avec le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes espagnol, M. Ramon de Miguel, des idées sur la réforme institutionnelle et sur notre participation aux travaux de la Convention pour l'avenir de l'Europe que préside M. Giscard d'Estaing et qui réfléchit au devenir européen. A ce sujet, je dois dire que la France partage dans une grande mesure les points de vue de l'Espagne.

Q - Avez-vous commenté le projet institutionnel proposé par le Parti populaire européen ?

R - Nous n'avons pas parlé spécifiquement de cette contribution. Nous avons plutôt centré notre attention sur trois sujets : le triangle institutionnel (Conseil, Commission, Parlement), les parlements nationaux (le rôle croissant qu'ils doivent jouer en Europe) et comment donner à l'Union européenne une meilleure visibilité pour l'opinion publique au moyen d'une personnification. Paris et Madrid partagent le sentiment que le président du Conseil européen devrait être la personne qui représente l'Europe sur la scène politique et cela est important parce que l'Union européenne va s'élargir et parce que nous croyons que l'évolution de l'Union devrait l'amener à être plus présente sur la scène internationale.

Q - Pouvez-vous nous parler de ces trois lignes forces que la France et l'Espagne partagent ?

R - Oui : il s'agit du triangle institutionnel, des parlements nationaux et du président du Conseil avec le ministre des Affaires étrangères.

Q - De quelle durée sera le mandat du président ?

R - Nous considérons que ce mandat devra être de plusieurs années, nous ne savons pas combien exactement, mais dans tous les cas ce mandat devra dépasser les six mois actuels. Le président de la République a mis l'accent, en août dernier, sur le fait qu'il était nécessaire de renforcer l'influence et le rôle de l'Europe dans les relations extérieures et sur la scène internationale et qu'à cette fin, il fallait créer un ministre des Affaires étrangères européen.

Q - Comment se situeraient dès lors Javier Solana et Chris Patten ?

R - C'est précisément le succès du rôle tenu par M. Javier Solana qui fait que, dans la situation actuelle et au regard des nouvelles menaces mondiales, nous désirons renforcer les compétences en matière de relations internationales, en regroupant les fonctions de l'actuel commissaire aux Affaires étrangères et celles de "Monsieur PESC". C'est une des idées forces que nous avons mais qui, évidemment, a besoin d'être précisée, ce qui passera par des échanges de points de vue avec les autres membres de l'Union européenne et notamment l'Espagne.

Q - Vous faites allusion à une fusion des fonctions ?

R - Effectivement. Nous le proposons car il existe un lien très clair entre ces compétences et parce que cela permettrait de renforcer la visibilité de la politique extérieure de l'Union européenne. Sur la forme, nous sommes encore dans une phase de réflexion, que nous souhaitons mener à bien avec nos partenaires et notamment avec l'Espagne.

Q - Quand annoncerez-vous cette proposition ?

R - Au sein de la Convention, il y a plusieurs groupes de travail sur divers thèmes et chaque Etat apporte sa contribution à ces groupes. Notre idée, nous l'apporterons au groupe de travail sur la PESC. Il y a également, au sein de la Convention, des sessions plénières dans lesquelles nous continuerons à faire des propositions. Par ailleurs, une de ces propositions sera de n'avoir qu'un traité, qui devienne la constitution de l'Europe et qui permettrait de synthétiser tous les traités existants, y compris la Charte des droits fondamentaux, pour l'élaboration de laquelle l'Espagne joue un rôle très important.

Q - Ne pensez-vous pas que l'Europe donne actuellement une image de désunion face à une question internationale telle que l'éventuelle attaque nord-américaine de l'Iraq ?

R - Je crois qu'il faut différencier deux sujets distincts : d'un côté, il y a la lutte contre le terrorisme, qui concerne non pas seulement les Etats-Unis mais aussi malheureusement, l'Europe et les autres continents. Dans ce cas, l'Europe a apporté un plus pour lutter contre le terrorisme dans un contexte international plus dangereux. La coopération exemplaire entre la France et l'Espagne dans la lutte contre le terrorisme en est un exemple, étant donné que nous avons renforcé notre coopération au niveau des services de police, de renseignements et au niveau de la justice. D'un autre côté, il y a la scène internationale et là, il faut se rappeler que les Etats membres avaient déjà, avant même la création de l'Union européenne, des politiques étrangères propres, politiques qu'ils ont poursuivies, bien qu'ils aient, sur plusieurs sujets, des positions communes comme par exemple sur le Proche Orient.

Q - Mais quand surgit un conflit entre l'Espagne et le Maroc, ce sont les Etats-Unis qui servent d'intermédiaire¿

R - Dans une même famille, il est parfois difficile de garder la distance suffisante face aux événements. La France est un pays très proche de l'Espagne, comme voisin et comme ami, mais elle entretient également des liens historiques bien connus avec le Maroc et nous nous réjouissons de la médiation nord-américaine qui va permettre de renouer le dialogue à la fin du mois de septembre.

Q - Et quant à votre autre voisin, l'Allemagne ?

R - Nous avons renoué un dialogue très fort avec l'Allemagne, ce qui était souhaité par les Quinze vu que l'Union européenne ne peut fonctionner sans dialogue.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 septembre 2002)

Rechercher