Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à RTL le 24 septembre 2002, sur son futur déplacement dans le Gard après les inondations et sur la fermeture annoncée des incinérateurs à dioxine hors norme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à RTL le 24 septembre 2002, sur son futur déplacement dans le Gard après les inondations et sur la fermeture annoncée des incinérateurs à dioxine hors norme.

Personnalité, fonction : BACHELOT NARQUIN Roselyne, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : R. Elkrief - Vous êtes une personnalité médiatique, chaleureuse, aux combats flamboyants ; aujourd'hui, ministre, vous êtes la cible de nombreuses critiques et même de railleries d'un goût douteux... Comment le vivez-vous ?

- "Je le vis avec une combativité encore plus déployée. Cela me dit aussi que sur mes combats, qui ont été mes combats du passé, par exemple pour l'égalité et la dignité des femmes, je ne dois pas baisser ma garde. Ils sont toujours et plus que jamais d'actualité, même si je me consacre à 99,9 % à l'écologie et au développement durable."

Est-ce que ce sont des critiques sexistes ou tout simplement des critiques politiques ? D'une certaine façon, vous êtes perçue comme n'étant pas du "milieu" de l'environnement, de l'écologie et souvent, on vous reproche de mettre les pieds dans le plat, d'avoir des réflexions ou un peu trop de franc-parler pour des sujets très techniques.

- "Il y a deux questions dans votre propos : est-ce que je suis victime d'attaques sexistes ou politiques ? Les deux. Le sexisme est en général une arme qui est utilisée par les médiocres dans les combats politiques. Et quelle est ma vision de l'écologie ? Elle est sans doute effectivement très différente de celle de mes prédécesseurs. C'est une vision de l'écologie qui privilégie l'écologie scientifique, le débat sur l'expertise et non pas sur le fantasme, et c'est aussi une écologie de terrain : je suis présidente de la commission de l'environnement dans ma région, présidente d'un conservatoire des paysages - le conservatoire de la Loire -, je suis une technicienne de l'environnement. J'ai donc une approche extrêmement pragmatique. Je me suis battue pour que ma région soit la première qui présente le maximum de schémas d'aménagement et de gestion. Tout le monde s'en fiche peut-être, mais pour moi, c'est extrêmement important, je suis une spécialiste du traitement végétal des berges, par exemple."

Mais quand vous dites qu'il y a toujours eu des cataclysmes, que les habitants des zones inondées vivent avec, tel le paysan du Nil... Cela rappelle à certains la phrase de D. Voynet : "le naufrage de l'Erika, ce n'est pas la catastrophe du siècle".

- "Là, il y avait une catastrophe "industrielle" qui est toujours évitable et il faut toujours se poser la question de ces catastrophes technologiques, comme dans AZF : comment les empêcher ? Parce que celles-là, elles doivent être empêchées. Ensuite, il y a des phénomènes naturels, des catastrophes naturelles et il faut savoir que quand on essaye d'y échapper - ou d'y échapper mal -, la nature se venge. Il faut être très intelligent avec la nature. Là, il y a une question de prévention, de précaution, d'alerte. Dans quelques minutes, je vais partir pour Nîmes, dans le Gard, pour présenter mon plan de prévention contre les inondations."

Vous allez "enfin" dans le Gard vont dire certains, puisque cela fait deux semaines que les inondations ont eut lieu et ils vous ont attendu.

- "Ils n'ont pas attendu le Gouvernement. Nous nous sommes concertés avec J.-P. Raffarin, pour voir quel était le meilleur temps gouvernemental : il y a un temps pour le Premier ministre, qui annonce les secours, les enveloppes budgétaires ; le ministre de l'Intérieur, qui organise les secours. Moi, j'ai une action différente en tant que ministre de l'Ecologie et du Développement durable : je suis en charge du plan de prévention des risques, de faire le bilan sur les organisations de secours et d'alerte."

Vous expliquez que ce n'est pas une gaffe, c'est concerté et préparé ?

- "Bien entendu ! J'étais à la disposition du Premier ministre et c'est tous les deux que nous avons décidé de ce temps gouvernemental."

Est-ce qu'occuper un ministère très technique, très particulier, ce n'est pas plus difficile que prévu ? Alors que vous êtes une personnalité très expansive et que votre franc-parler, c'est votre secret, c'est votre atout.

- "Ce n'est pas une difficulté, non, au contraire, c'est une chance. D'abord, c'est une chance, parce que j'ai la formation pour assurer cette fonction. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien..."

Vous êtes pharmacienne, vous avez fait de la physique.

- "Oui, et surtout, je suis une élue locale de terrain sur ce sujet, je ne suis pas "Marie-Antoinette au Petit Trianon" dans ce domaine. Dans ce domaine, en particulier, les gens ont besoin de vérité, ils ont besoin d'expertise. J'ai mis mon ministère, quand je suis arrivée en responsabilité, sous le triple signe de la sécurité, de la transparence et de la participation. Sécurité, on comprend très bien pourquoi et le sujet des inondations ou d'AZF dont on commémorait la catastrophe samedi, montre bien que la sécurité pour nos citoyens est un enjeu majeur. Mais il faut de la transparence, il faut comprendre pourquoi on prend une décision, et il faut que les citoyens participent à l'élaboration de cette décision. Ils ne peuvent y participer que si on leur donne les éléments de l'expertise. Je ne veux pas être le ministère de la punition et du fantasme, je veux être le ministre de la participation et de la vérité."

Jusqu'à présent, c'était le fantasme, c'était faire peur aux gens ? C'est ce que vous dites ?

- "Oui, parce que l'écologie était un enjeu politique et je veux en faire un enjeu de société. C'est totalement différent."

Est-ce que le rôle du ministère de l'Environnement n'est pas d'embêter un peu tout le monde ? Celui qui n'est pas d'accord, celui qui vient dire, "Attention, il faut s'occuper de cela" ?

- "Si vous pensez que j'ai perdu ma capacité d'emmerdeuse, rassurez-vous tout de suite. Je vais prendre un exemple tout à fait parlant : j'ai passé mon mois d'août à m'occuper des incinérateurs à dioxine. J'ai trouvé dans mon paquet cadeau en arrivant à ce ministère, 36 incinérateurs à dioxine hors norme. Ces incinérateurs seront fermés avant la fin de l'année et je suis absolument intransigeante, quand il s'agit de la sécurité de mes concitoyens et de leur santé."

Vous allez dans le Gard aujourd'hui et dans les journaux de J. Esnous, on a entendu que quatre maires portent plainte contre les services de l'Etat qui ne les auraient pas informés correctement. Ma dernière question portera sur le budget de l'Environnement.

- "La réponse aux quatre maires, c'est qu'ils ont bien été informés, mais qu'il y a sans doute besoin de donner une information de qualité. C'est la raison pour laquelle je vais améliorer le réseau de radars, je vais créer un centre d'appui à Toulouse avec Météo France, pour que non seulement on dise que la crue arrive, mais qu'on la quantifie, qu'on la qualifie. Parce que les maires ont été informés mais souvent les maires et les populations ne croient pas que le danger va arriver. Il s'agit donc - c'est aussi un des objets de mon plan - de développer non pas une "culture du risque" - je trouve cela affreux - mais une "conscience du risque"."

On a entendu J. Chirac à Johannesburg faire un très beau discours, mais on a l'impression que sur le terrain, ici, en France, que cela ne suit pas. Est-ce que votre budget est en hausse comme les années précédentes, où il y avait + 6 à 8 % par an. Ce sera le cas demain ?

- "Mon budget est consolidé et conforté et j'aurais l'occasion de l'annoncer dans quelques jours."

Est-ce que J. Chirac vous soutient ? Certains disent qu'il vous a lâchée, que de temps en temps, il s'inquiète ?

- "Vous pensez cela raisonnablement ? Je ne crois pas. Je l'avais encore samedi au téléphone et en général, J. Chirac me dit surtout : "Ne change pas"."

(source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2002)

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