Interview de M. Pierre Bédier, secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice, à France 3 le 23 septembre 2002, commentant l'élection de M. Balkany à Levallois, la dissolution du RPR dans l'UMP, les projets gouvernementaux de construction et de rénovation por les prisons et l'ouverture au début de 2003 d'un premier centre fermé pour mineurs délinquants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Pierre Bédier, secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice, à France 3 le 23 septembre 2002, commentant l'élection de M. Balkany à Levallois, la dissolution du RPR dans l'UMP, les projets gouvernementaux de construction et de rénovation por les prisons et l'ouverture au début de 2003 d'un premier centre fermé pour mineurs délinquants.

Personnalité, fonction : BEDIER Pierre, CROS J-f.

FRANCE. SE aux programmes immobiliers de la justice

ti : On revient sur la victoire haut la main de P. Balkany à Levallois : vous l'intégrez au sein de l'UMP ?

- "Ce n'est pas à moi de décider. Mais P. Balkany, autant que je sache, n'est pas un pestiféré. Il a eu des problèmes avec la justice, la justice est passée et donc, maintenant, il est comme les autres."

Vous êtes d'accord, vous le prenez sans problème ?

- "Ce n'est pas à moi de décider mais je ne me ferai pas dire que monsieur Balkany est moins bien que monsieur Mellick. Le principe de la justice, c'est que lorsque, quelle que soit la personne d'ailleurs, élu ou pas, a commis une erreur, elle doit payer pour cette erreur. Une fois qu'elle a payé pour cette erreur, pourquoi voulez-vous que l'on continue à l'embêter ?"

Cela ne vous surprend pas que les électeurs ne soient pas très chatouilleux ni sur le plan de la morale ni de la légalité ?

- "Evitons les grands mots "la morale", "la légalité..." L'élection de P. Balkany, comme l'élection de monsieur Mellick, comme toutes les élections, à partir du moment où elle a eu lieu, elle est légitime, c'est la légitimité des électeurs. Puis, il y a la légalité, lorsque l'on a fait des bêtises et que l'on est condamné et que l'on a fait la réparation, c'est fini. Je crois qu'il n'y a de prime à rien du tout, il y a probablement prime à l'efficacité. Je ne connais pas la situation levalloisienne mais un maire qui est réélu avec 54 % des voix au premier tour, même si la participation n'est pas de 100 %, cela veut quand même dire que les gens l'apprécient."

Revenons à la dissolution du RPR qui s'est passée samedi ; le gaullisme va continuer ?

- "Mais bien sûr que le gaullisme va continuer ! Le gaullisme ne se résumait pas au seul RPR. On n'a jamais eu - puisque je suis issu de cette formation politique - cette prétention."

Il y avait tout de même beaucoup de nostalgie, il y avait quelques cravates noires en signe de deuil ; la fusion dans l'UMP s'est faite un peu aux forceps ?

- "Je suis un cas un peu à part. Je vais vous parler de moi puisque je suis militant depuis le premier jour, pour ne pas dire la première heure et la première minute. Pour moi, c'est un recommencement, c'est une renaissance. Donc, je rajeunis de presque 25 ans et donc, j'arbore non pas une cravate noire mais une cravate vive en signe de joie."

Le principe de l'adhésion automatique à l'UMP pour tous les militants du RPR, c'est quand même d'une efficacité terrible? Cela ne laisse pas place à des états d'âme...

- "Le mouvement gaulliste a toujours eu la caractéristique d'avoir privilégié l'efficacité. Encore une fois, il est tout à fait possible de ne pas adhérer à l'UMP mais il faut le faire savoir."

Comment va se passer la cohabitation avec les anciens DL ou les anciens UDF, qui étaient des rivaux, qui n'étaient pas des ennemis mais qui étaient des adversaires ?

- "Il y avait aussi des rivaux à l'intérieur de la formation gaulliste. Il nous arrivait de ne pas être d'accord sur tout. Il peut y avoir des ambitions personnelles qui se contrarient, c'est la vie. La vie politique n'est pas plus simple que la vie tout court."

Vous étiez secrétaire général adjoint du RPR et vous étiez en charge des fédérations. Vous allez avoir des responsabilités à l'UMP ?

- "Personnellement, je ne le souhaite pas. Je suis très accaparé par ma fonction gouvernementale. Je crois que J.-P. Raffarin ne souhaite d'ailleurs pas que les membres du Gouvernement soient actifs dans cette organisation partisane. Il ne faut pas mélanger les genres. Donc, je ne suis candidat à rien."

Parlons de votre place au Gouvernement. On vous attendait à la Ville ; on vous attendait au Logement. Finalement, vous vous trouvez secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la Justice. C'est une première mais ça ressemble quand même à une "galère" !

- "C'est compliqué - ça, je vous l'accorde - parce que la France est très en retard. Je prends d'ailleurs ma nomination comme un signe de très grande confiance. Parce que c'est vrai que ce retard, il va falloir, en cinq ans, le ramener presque à rien. "Galère", le mot est sans doute exagéré, mais c'est difficile."

Vous avez dit dans un autre contexte "mon boulot à moi, c'est de faire le sale boulot". Vous considérez qu'on vous a donné, là aussi, le "sale boulot" ?

- "C'est un boulot difficile."

Quand on a vu récemment l'état des prisons - en particulier au moment de la libération de M. Papon, on a parlé de l'état sanitaire, des soins - on a dit que c'était lamentable.

- "Tout n'est pas lamentable, Dieu merci, mais c'est vrai que nous avons accumulé retards sur retards ; on n'a pas voulu s'occuper du sujet "prison" en France depuis fort longtemps. Et toute la réflexion, avec D. Perben, c'est non seulement de construire mais c'est aussi de faire [en sorte] que la prison soit un endroit qui réponde aux besoins de la société. Le besoin de la société ne peut pas s'exercer que dans la vengeance ou dans le retrait de la personne dangereuse. Il faut aussi rééduquer, réinsérer. Donc, il y a tout un travail à faire."

Est-ce que vous allez construire de nouvelles prisons en Ile-de-France ?

- "Il serait logique qu'en Ile-de-France soient construits de nouveaux établissements, doivent aussi en être rénovés un certain nombre, parce que l'Ile-de-France n'échappe pas, comme toutes les autres régions de France, à des retards."

Quelles sont les priorités ?

- " Aujourd'hui, si nous voulons pouvoir faire les réhabilitations des grandes prisons en Ile-de-France - La Santé, Fresnes, Fleury-Mérogis - il est nécessaire d'avoir une autre prison pour pouvoir placer les détenus dans cette autre prison car vous imaginez bien qu'on ne fait pas cette réhabilitation alors qu'il y a des prisonniers à l'intérieur. C'est un peu compliqué d'avoir un chantier avec des prisonniers à l'intérieur."

L'ouverture d'un premier centre fermé pour mineurs délinquants pour le début 2003, c'est toujours à l'ordre du jour ?

- "C'est toujours à l'ordre du jour ; j'espère même qu'on arrivera à deux en région Ile-de-France parce que c'est vrai que c'est en région Ile-de-France que se concentrent les problèmes. Ce seront, je tiens à le préciser, des centres expérimentaux. C'est-à-dire qu'on se donne quelques mois pour voir si ce qu'on a conçu est bien adapté à la situation. On le fera en liaison avec les juges chargés de la protection de la jeunesse et avec tous les professionnels du secteur."

Cela fait aussi partie du débat : les nouvelles prisons seront-elles publiques ou privées ?

- "Publiques ; il n'a jamais été question de privatiser autre chose que ce qui a déjà été privatisé en 1987 par A. Chalandon, poursuivi par le ministre socialiste M. Arpaillange : la nourriture, la blanchisserie, une partie quelquefois de la formation."


(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 sept 2002)

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