Conférence de presse de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur la projet de budget 2003 du ministère de la culture et de la communication, Paris le 25 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur la projet de budget 2003 du ministère de la culture et de la communication, Paris le 25 septembre 2002.

Personnalité, fonction : AILLAGON Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Conférence de presse de présentation du budget 2003 du ministère de la culture et de la communication à Paris le 25 septembre 2002

ti : I Dans le domaine de la CULTURE, le budget 2003 répond à une stratégie volontaire, et à des partis pris réalistes et assumés, qui s'inscrivent dans trois perspectives.

1) La volonté de favoriser les activités et les projets, et non d'accroître le volume des crédits inemployés du ministère pour de pures raisons d'affichage. Il est une réalité peu connue de ce ministère : son incapacité, année après année, à consommer la totalité des crédits inscrits à son budget, et cela dans des proportions élevées et croissantes au cours des dernières années. Ainsi, en 1998, le taux de consommation des crédits était encore de 93 %, mais il n'a cessé de se dégrader, pour atteindre seulement 84 % en 2001 ! Il convient de préciser que ces ratios globaux recouvrent une grande disparité entre les crédits de fonctionnement et d'intervention, régulièrement consommés à 99 %, et les crédits d'investissements, dont le taux de consommation est passé de 79 % en 1998 à 57 % en 2001. Le ministère dispose pour cette raison d'une réserve de crédits de paiement d'investissement non consommés d'un montant de l'ordre de 450 ME.

cette situation de "sédimentation stérile" des crédits convenait à tout le monde : à mes prédécesseurs, satisfaits d'annoncer chaque année un budget se rapprochant du mythique 1 % ; aux ministres du budget successifs, trop heureux de consentir au ministère de la culture des sommes dont ils savaient très bien qu'elles ne seraient pas utilisées et ne dégraderaient donc pas, en fin d'année, le solde budgétaire de l'Etat¿

ce calcul était à courte vue : pendant que grossissaient les crédits de paiement d'investissement inutilisés, l'argent frais disponible pour les activités et les projets financés sur les autres parties du budget du ministère (titres 3 et 4) n'augmentait pas à un rythme suffisamment rapide pour permettre de couvrir l'évolution des dépenses courantes. Ainsi s'est développé le phénomène, trop connu dans les établissements culturels, de "l'érosion des marges artistiques et culturelles". C'est également pour cela que les divers ministres de la culture se sont trouvés dans la bien triste position de devoir constater, en arrivant dans leur fonction, que les marges de manoeuvre y étaient inexistantes. Tel est le paradoxe d'un ministère qui se rapprochait chaque année un peu plus du 1 %, mais qui ne cessait en réalité de s'appauvrir¿

Il fallait avoir le courage de rompre avec cette course effrénée au 1 % pour trouver une nouvelle stratégie, une stratégie de vérité, refusant le "façadisme".


Soulignons au passage à quel point ce 1%, en tant que tel, ne signifie rien :
- il inclut des crédits dont le ministère ne dispose en réalité qu'en partie : 162 ME de dotation globale de décentralisation immédiatement virés, début janvier, sur le budget du ministre de l'intérieur, et dont le ministère de la culture ne retrouve en gestion qu'environ la moitié, correspondant au "concours particulier des bibliothèques"; 9 ME de crédits transférés dans les mêmes conditions à la délégation interministérielle à la ville ;
- inversement, il "oublie" des crédits qui correspondent à de vrais moyens pour la politique culturelle : 450 ME sur le compte de soutien de l'industrie cinématographique et de l'industrie audiovisuelle géré par le CNC ; 22 ME de taxes recouvrées par le Centre national du Livre ; 11 ME de taxes parafiscales perçues au profit de l'association pour le soutien au théâtre privé et le centre national de la chanson, des variétés et du jazz.

Ceux d'entre vous qui ont quelque souvenir de leur cours d'économie se rappellent du principe selon lequel "la mauvaise monnaie chasse la bonne". Eh bien, nous avons essayé d'inverser la logique en faisant en sorte que la "bonne monnaie chasse la mauvaise", en l'occurrence que des crédits utilisables tout de suite viennent remplacer des crédits, certes plus abondants, mais inutilisables. J'ai d'ailleurs été très heureux de constater que le ministre du Budget était tout à fait disposé à faire sienne cette démarche de vérité, centrée sur l'exécution effective du budget de mon ministère, et à sortir de la logique, si confortable mais si vaine, du "bourrage" budgétaire.

2) Des résultats conforme à ces attentes : un titre 3 et un titre 4 qui croissent globalement à un rythme remarquable ; des emplois stabilisés ; une capacité d'investissement préservée. Au total, la capacité d'engagement du ministère augmente de près de 4 %.

Sur le titre 3 : une progression de 5,1 %, la meilleure depuis 8 ans à périmètre constant, de surcroît très au-delà de l'évolution moyenne annuelle de ces dix dernières années (2,5 %). Un effort tout particulier a été consenti en faveur :
- des établissements publics (+4 % et 90 créations d'emplois à périmètre constant, hors opération de transfert de crédits de personnels sur le budget du Louvre) ;
- de l'entretien du patrimoine (quasi-doublement des crédits directement engagés par l'Etat, qui seront en croissance de 8,5 ME) ;
- de la résorption des emplois vacants dans le ministère : l'habitude avait été prise de demander des créations d'emplois sans se soucier de pourvoir les nombreux emplois vacants du ministère. Il m'est apparu beaucoup plus vertueux de dégager avant tout les moyens nécessaires à la résorption de ces vacances, qui nuisent gravement au bon fonctionnement du ministère. Cette démarche permettra de renforcer sa capacité d'action réelle tout en participant à l'effort général de maîtrise de la masse salariale de l'Etat. Par ailleurs, 150 vacataires occupant des emplois permanents pourront, comme il se doit, être titularisés.

Sur le titre 4 : une progression de prés de 5 %, un montant très supérieur à la hausse moyenne des dix dernières années (1,5 %) ce qui nous permettra :
- de renforcer notre politique de diffusion culturelle de proximité sur l'ensemble du territoire,
- de consolider les marges artistiques du spectacle vivant,
- d'augmenter notre capacité d'acquisition d'oeuvres et d'objets d'art pour les collectivités publiques.

Il convient de préciser que j'ai voulu servir équitablement l'ensemble des secteurs de mon ministère, qui connaissent tous des progressions significatives. Par ailleurs, j'ai constitué une réserve de 7ME, non encore affectée à des projets précis, qui viendront abonder en gestion les besoins qui se seront déclarés dans des domaines prioritaires de mon action.

Sur les titres 5 et 6 : un maintien des capacités d'engagement en matière d'investissements. Les autorisations de programme, qui conditionnent l'engagement des projets, seront maintenues par rapport au niveau de l'année 2002. Cette stabilité en matière de crédits d'engagement permettra au ministère de conduire une politique d'investissement ambitieuse mais mieux maîtrisée. J'exposerai mes priorités et mes choix quant à la stratégie immobilière et institutionnelle du ministère lors d'un point de presse le 29 octobre prochain. Quant au niveau des crédits de paiement, qui servent à "payer les factures" au fur et à mesure de la réalisation effective des travaux engagés, parfois de longue date, il tient compte des énormes réserves accumulées les années précédentes et que j'évoquais plus haut. Ma demande de "crédits frais" a porté non pas sur la totalité des crédits de paiement qu'il est prévu de dépenser en 2003, mais sur un montant inférieur (de 320 ME au lieu de 525 ME), compte tenu des crédits que j'avais déjà à ma disposition. C'est un acte de responsabilité. Je disposerai en 2003 des crédits de paiement dont j'ai besoin, non seulement pour payer les factures qui arriveront à échéance mais aussi pour mener une politique volontariste d'accélération de la consommation des crédits d'investissement.

3) Ce budget, il faut le souligner, permet de mettre en oeuvre la politique que j'avais proposée au Gouvernement en matière culturelle, et dont je souhaite vous donner quelques illustrations :

A/ Reponsabilisation et augmentation des moyens des EP

* autonomie et responsabilisation des EP : je prendrai pour exemple la mesure phare que constitue le transfert de 1233 emplois de titulaires sur le budget du musée du Louvre. C'est une "première", une vrai mesure de modernisation de la gestion publique. L'absence de marges de manoeuvre du Président-directeur du musée du Louvre en matière de gestion de personnel avait été abondamment dénoncée, notamment par la Cour des comptes. J'ai estimé qu'il était nécessaire qu'il ait une réelle maîtrise de cette gestion, afin d'être pleinement responsabilisé et de pouvoir légitimement rendre compte de son action.
* augmentation de leurs moyens : je donnerai quelques exemples (à périmètre constant et après neutralisation des divers transferts opérés cette année) : la subvention de fonctionnement des théâtres nationaux augmente en moyenne de 3,8 %, celle du Louvre de 4,8 %. La montée en puissance de nouveaux projets comme le musée du quai Branly (+ 13,9 %) est également prise en compte. Enfin, les écoles bénéficient d'une attention particulière : Ecole nationale des Beaux Arts (+ 8,4), Ecole supérieure des arts décoratifs (+ 6,8 %), et surtout, écoles d'architecture, trop longtemps négligées, qui vont connaître une augmentation de 9,3 % de leurs crédits de fonctionnement et bénéficier de la construction de deux nouvelles écoles, "Paris-Val de Seine" et "Paris-Belleville".

B/ Défense de la création et de sa diffusion

*défense des droits des auteurs, notamment par le financement du droit de prêt en bibliothèque, qui fait l'objet d'une mesure nouvelle importante (5,6 ME) ;
*promotion des arts plastiques, qui bénéficieront d'un budget en progression de 4%, une croissance deux fois supérieure aux années précédents. Ces moyens permettront notamment *de célébrer avec éclat le 20ème anniversaire des FRAC ;
respect des marges artistiques du spectacle vivant : elles seront consolidées chez l'ensemble des intervenants, publics ou privés, ce qui m'a paru d'autant plus indispensable dans le contexte actuel où de nombreuses structures sont fragilisées par la hausse des cotisations d'assurance chômage des personnels intermittents. De grandes structures d'intérêt national, comme les Festivals d'Aix et d'Avignon, les Arts Florissants ou les Tréteaux de France, verront leur subvention significativement relevée.

C/ Défense de notre patrimoine

*protection du patrimoine monumental : les crédits spécifiques, si nécessaires au bon entretien de notre patrimoine, sont globalement en augmentation de 75 %. Il est en effet beaucoup plus efficace et économique de prévenir en amont la dégradation des bâtiments par des opérations d'entretien courant que de mettre en oeuvre de lourdes opérations de restauration a posteriori. Par ailleurs, une loi de programme viendra, en cours d'année 2003, accroître et pérenniser les moyens affectés aux "grosses opérations" de restauration ;
*acquisitions de trésors nationaux, qu'il faut absolument se donner les moyens de retenir pour qu'ils ne partent pas à l'étranger : le Fonds du Patrimoine est abondé de 1,52 ME, soit plus de 10 %.

D/ Favoriser un accès toujours plus large à la culture

*développement des équipements de proximité : nous savons soutenir la construction d'équipements importants et nous devons continuer cette action. Le programme des bibliothèques municipales à vocation régionale s'achève, mais j'ai souhaité que, dès 2003, un soutien spécifique soit aménagé pour permettre à d'autres grandes villes (après Troyes, Nice, Toulouse, Marseille) de réaliser des bibliothèques d'envergure régionale. Mais nous devons aussi apprendre à soutenir la création d'équipements de proximité, qui seront des instruments essentiels de la lecture publique en milieu rural et dans les quartiers périphériques des villes. Je souhaite donc lancer un programme national de réalisation de ces équipements. Les crédits dégagés viendront subventionner à 40 % la construction, l'équipement informatique, la constitution des collections et la création d'emplois qualifiés. Je serai particulièrement attentif à la qualité architecturale des projets et souhaite lancer un concours d'idées autour de ce nouveau concept. La même expérimentation sera engagée pour la création de centres d'archives communaux. Plus de 2 ME seront consacrés en 2003 à ces expérimentations ;
*éducation artistique à l'école, condition première de la démocratisation de la culture, qui bénéficiera d'une mesure nouvelle de plus de 1,7 ME, au-delà des 36 ME déjà consacrés en 2002.
*accès à la culture des personnes handicapées, qui constituera une priorité du ministère de la culture en 2003, année européenne du handicap, avec un quasi-doublement des crédits consacrés à ces actions. Il s'y engagera aux côtés du ministère chargé des personnes handicapées et en s'appuyant sur les préconisations de la Commission Nationale Culture/Handicap.
*utilisation des potentialités offertes par les nouvelles technologies, avec la mise en place du portail culturel du ministère et l'accélération du programme de numérisation des collections, avec une augmentation de 40 % des crédits qui y sont alloués.

4) Cette capacité d'action supplémentaire, je me donne pour objectif de la démultiplier :

*en mettant l'accent sur l'évaluation des actions conduites par le ministère : j'ai ainsi l'intention de faire mener, chaque année, 10 opérations d'évaluation de grande envergure, pouvant porter aussi bien sur des établissements publics que sur des directions centrales ou régionales du ministère, sur des festivals, sur des réseaux subventionnés, sur des politiques ou encore sur des problèmes de gestion transversaux. J'ai notamment souhaité que notre inspection générale, qui sera maître d'oeuvre de ces opérations, ait la possibilité de recourir à des missions d'audit extérieures. Les crédits d'étude du ministère ont ainsi été abondés afin de permettre de consacrer 1ME à ce projet.
*en demandant aux directeurs du ministère, directeurs d'administration centrale et DRAC, de me faire des propositions de redéploiement de certains de leurs crédits. Les directions devront ainsi montrer leur capacité à ne pas figer indéfiniment les subventions accordées, à évaluer et, si nécessaire, à repositionner les concours déjà consentis. Telle est en effet la condition essentielle de la conduite d'une politique d'intervention réellement dynamique, au-delà de la hausse, certes souhaitable de nos moyens. Les services de mon ministère doivent en effet s'habituer à mieux marquer leurs choix et à définir, avec mon accord, un certain nombre de priorités : à titre d'exemple, il conviendra de désigner un certain nombre de festivals "d'intérêt national" qui auront une vocation prioritaire à être financés par l'Etat.
*en prenant le parti d'une politique plus réaliste en matière de nouvelles constructions immobilières. L'audit mené en mai dernier a en effet démontré les dangers que faisait peser sur le ministère la démultiplication des grands projets d'investissements. Je tiendrai un point de presse le 29 octobre prochain à ce sujet. J'y développerai des principes simples :
- obligation pour le MCC de correctement entretenir ses équipements avant d'en envisager de nouveaux ;
- nécessité de ne pas se lancer dans de nouvelles constructions à Paris sans un concours significatif des collectivités locales ;
- priorité donnée à l'équipement dans les régions par rapport à l'équipement sur le seul territoire de la capitale.
*enfin, en mobilisant, grâce à de nouveaux avantages fiscaux, le concours de mécènes et de fondations. On oublie que la dépense fiscale peut être tout aussi efficace, voire plus, que la dépense budgétaire. J'ai fait des propositions en ce sens, qui donneront lieu à un débat interministériel.

II Dans le domaine de la COMMUNICATION, j'ai marqué le souhait de pouvoir disposer, d'une manière ou d'une autre, des moyens nécessaires pour mettre en oeuvre mes priorités. J'estime, là encore, que les décisions prises sont conformes à cette attente.

1/ PRESSE

Le PLF 2003 pour les aides à la presse écrite marque une "stabilisation dynamique" des crédits, reposant sur des choix stratégiques. Stabilisation dynamique, car malgré une apparente stabilité de la dotation, l'ensemble des moyens publics disponibles en 2003 seront en nette augmentation, grâce notamment à une mobilisation des crédits non consommés en 2002. En effet, les crédits effectivement disponibles en gestion progresseront de près de 3 % l'an prochain.

1) Un effort particulier pour stabiliser la situation de l'AFP

Il s'agit d'un choix stratégique : celui de traduire dans les chiffres l'engagement clair du Président de la République et du gouvernement de soutenir le développement de l'Agence France-Presse. C'est pourquoi j'ai souhaité pour l'an prochain un relèvement de 4,5 % du montant des abonnements souscrits par l'Etat, qui ainsi dépasseront les 100 millions d'E (100,2 ME). L'une des trois agences mondiales est française. Cette réalité est vitale pour le rôle de votre pays dans la "société de l'information". Or, malgré le renforcement de ses positions commerciales sur plusieurs marchés, la situation financière de l'agence reste fragile. Le Gouvernement est donc prêt à défendre l'avenir de cette agence à travers la définition d'un contrat d'objectifs et de moyens, en cours d'élaboration. Il le fera d'autant plus volontiers que l'agence saura elle-même poursuivre ses efforts sur le plan commercial et dans la maîtrise de ses charges.

2) Les aides à la presse sont maintenues

Les aides accordées à la presse écrite seront confortées, voire élargies. Ces aides s'organisent à travers trois grands axes : le soutien à la diffusion et à la distribution, la défense du pluralisme, l'encouragement à la modernisation :

*En matière de diffusion et de distribution, l'aide spécifique à la presse quotidienne nationale d'information politique et générale est consolidée, notamment grâce à la mobilisation de crédits non consommés par ailleurs. Il est va de même de celles à la presse hebdomadaire régionale, à l'impression décentralisée, au portage. Enfin, est reconduite la subvention à la SNCF, qui lui permet d'appliquer des tarifs allégés pour le transport des quotidiens et magazines.
*La défense du pluralisme est un élément vital de notre vie démocratique et civique. C'est pourquoi l'aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires (l'Humanité, la Croix, notamment) est évidemment maintenue, comme celle aux quotidiens locaux à faibles ressources de petites annonces.
*La presse ne peut affronter les défis de demain sans se moderniser. Les ressources attendues en 2003 sur le compte d'affectation spéciale (une taxe de 1 % sur certaines dépenses de publicité hors médias) alimentant le fonds de modernisation de la presse devraient être de même ampleur qu'en 2002 (29 ME). Le PLF 2003 fixe une nouvelle clé de répartition, plus favorable aux entreprises, entre subventions et avances (90 /10 contre 80/20 précédemment). La diversification vers le multimédia est également un vecteur important de modernisation : des crédits émanant de remboursements d'aides accordées antérieurement viendront alimenter une ligne budgétaire qui permettra d'assurer une aide aux entreprises développant des projets dans ce domaine.

2/ AUDIOVISUEL PUBLIC

Vous le savez, la ressource publique affectée aux entreprises audiovisuelles augmentera, en 2003, de 2 %, sans augmentation du barème de la redevance. Cette augmentation de la ressource apportera au secteur public les moyens de respecter pleinement les objectifs sur lesquels il s'est engagé avec l'Etat.

Mais avant toute chose je souhaite anticiper une question que vous avez nécessairement en tête : comment peut-on se satisfaire d'une non-augmentation du barème de la redevance alors qu'une augmentation de 3 % a été envisagée avant l'été ?

Dans une note confidentielle que je destinais au Premier Ministre, qu'une indiscrétion a rendue publique, j'avais exprimé mon souhait de voir les ressources publiques du secteur progresser en 2003. Il me semble en effet essentiel que l'Etat puisse honorer en 2003 ses engagements au titre des contrats d'objectifs et de moyens qu'il a signé France Télévisions, Arte et l'INA.

A cette époque, les prévisions de collecte de la redevance pour l'année 2003 étaient pessimistes et une augmentation du barème semblait nécessaire pour faire croître significativement la ressource publique.


Néanmoins, les bons résultats du service de la redevance cet été ont permis de revoir ces prévisions. Nous retrouvons ainsi une croissance " spontanée " de la ressource publique de 2% sans augmentation du barème. Ce phénomène reflète l'augmentation de la population assujettie à la redevance et l'efficacité du recouvrement.

Par ailleurs, les contrats d'objectifs et de moyens ont été signés en prévoyant un démarrage effectif de la TNT fin 2002. Or il est aujourd'hui clair que la TNT ne pourra pas être opérationnelle avant l'année 2004. Que les choses soient claires : il ne s'agit pas, ni de la part du Gouvernement ni de celle du CSA, d'une décision de report de la TNT ; je l'ai dit, je le répète : je suis favorable à la TNT, qui constitue un véritable progrès démocratique pour notre pays. Il s'agit, de façon objective, de prendre en compte un retard cumulé depuis l'origine de ce projet et qui n'avait, avant mon arrivée, jamais été révélé.


Ainsi, la croissance de la ressource publique permet de répartir entre les 6 sociétés concernées la somme de 2 468 ME, soit 50 ME de plus que l'année précédente.

- France Télévisions voit sa ressource publique portée à 1 499 M d'euros, soit une augmentation de 2 %. Les moyens affectés aux programmes seront supérieurs à ce que prévoyait le COM et croîtront de près de 3 %. En effet les nouvelles chaînes de la TNT devaient absorber en 2003 la totalité de la croissance de la ressource publique attribuée à France Télévisions, au détriment des chaînes existantes. De plus, les " obligations de production " des chaînes de France Télévisions, qui matérialisent leur soutien à la création audiovisuelle, seront bien augmentées conformément à leurs cahiers des missions et des charges. Je vous confirme enfin que le volume de publicité sur les chaînes publiques ne sera pas augmenté. Les recettes publicitaires de France Télévisions augmenteront au même rythme que celle de ses concurrents privés, soit 2 %.

- Pour ce qui est de ARTE France, l'entreprise bénéficiera d'une ressource publique de 189 ME, en augmentation de 3 %. La spécificité d'Arte justifie cet effort manifeste et traduit l'importance qu'attache le Gouvernement au partenariat franco-allemand. Pour les mêmes raisons que France Télévisions, le budget des programmes augmentera, lui, de plus de 6 %.

- L'INA, conformément à son contrat d'objectifs et de moyens, voit sa dotation stabilisée et poursuivra en son recentrage sur son coeur de mission, la sauvegarde de notre patrimoine audiovisuel.

- Radio France, RFO et RFI, dans l'attente de la signature de contrat d'objectifs et de moyens, verront leur ressource publique augmenter de 2 %.

- Radio France bénéficiera ainsi de 456 ME, ce qui lui permettra de poursuivre le déploiement du réseau France Bleu en ouvrant de nouvelles antennes locales, ainsi que la numérisation de la rédaction de France Inter.

- RFO bénéficiera, quant à elle, de 203 ME, et RFI, cofinancée par le Ministère des Affaires Etrangères, de 123 M d'euros, dont 40 % provenant de la redevance.

Vous comprendrez donc ma satisfaction devant un budget qui permet à l'Etat d'honorer ses engagements et de donner aux entreprises du secteur les moyens nécessaires pour atteindre leurs objectifs, tout en affirmant la priorité donnée aux programmes.

Je tiens également à souligner que l'arbitrage du Premier Ministre répond à deux objectifs essentiels à mes yeux : l'accroissement des moyens est obtenu d'une part sans que ne soit mise en cause l'existence de la redevance elle-même et d'autre part sans recourir à une augmentation du volume de la publicité. Il protège également les revenus des ménages les plus fragiles, sans pénaliser le service public.

Dans le domaine de la communication, le budget 2003 permet ainsi aux entreprises publiques d'aborder l'année dans la stabilité et la sérénité. Ces conditions devront être mises à profit pour poser les questions essentielles à l'avenir et au développement du service public, conformément au souhait du Premier Ministre.

1 - La question de la qualité des programmes : Je constate que le débat que j'ai lancé au moment de ma nomination est devenu un débat national. La question est posée de savoir comment, dans un environnement qui s'est profondément modifié, le service public va poursuivre ses missions particulières, faire valoir sa singularité en assumant ensemble ses trois exigences fondamentales : informer, éduquer, distraire.

Vous le savez, j'ai rapidement lancé deux missions :
- l'une sur l'offre des chaînes du service public en matière éducative et culturelle confiée à Madame Catherine CLEMENT
- l'autre sur la représentation de la violence à la télévision confiée à Madame Blandine KRIEGEL

Les conclusions de ces missions sont attendues d'ici la fin de l'année et éclaireront utilement le Gouvernement et les responsables des entreprises publiques concernées. Je le rappelle, sur de tels sujets, la responsabilité des dirigeants de nos entreprises publiques est entière en matière de programmes.

2 - La question de l'organisation et du périmètre du service public :

Je me suis déjà interrogé publiquement sur le nombre très élevé de structures dans le secteur audiovisuel public. Cette question devra être examinée en liaison avec les entreprises concernées. Un pôle regroupant toutes les activités de télévision et un pôle regroupant les activités de radio auraient à l'évidence une rationalité, et permettraient sans doute de dégager des synergies importantes. Il le faudra, notamment dans la perspective de lancement d'une chaîne d'information internationale souhaitée par le Président de la République.

Quant aux projets de développement de chaînes nouvelles sur la TNT, la mission de Michel Boyon apportera prochainement des éléments de réponse. Le Gouvernement prendra alors sa décision.


3 - La question du financement de l'audiovisuel public :

La télévision publique ne peut en effet jouer pleinement son rôle que si elle dispose d'un financement clair, adapté et bien compris par nos concitoyens. Ce financement ne peut venir prioritairement de la publicité : la contrainte d'audience ne permettrait pas à notre télévision publique de jouer son rôle et brouillerait davantage encore son image par rapport aux chaînes privées.

Le financement public doit cependant être adapté aux besoins du secteur : un service public fort et ambitieux a besoin d'une ressource cohérente. A l'évidence, la redevance doit être réformée. Vous savez que je m'en suis ouvert auprès du Premier Ministre, qui m'a chargé d'engager une réflexion approfondie sur cette question en concertation avec l'ensemble des partenaires concernés. Il s'agit-là d'un sujet complexe. Toutes les hypothèses seront bien entendu étudiées.

Ces trois chantiers mobiliseront notre énergie au cours de ces prochains mois.

Mesdames, Messieurs, le budget 2003 du ministère de la culture et de la communication est un budget généreux, un budget sincère, un budget véritable.

Exercice d'exigence et de responsabilité, il scelle un contrat de confiance mutuelle entre le ministre de la culture et de la communication et ses collègues chargés de l'économie, des finances et du budget. Je veux remercier publiquement Francis Mer et Alain Lambert.

Je souhaite que sa mise en oeuvre, respectueuse des engagements pris, capable de dégager des marges pour de nouvelles actions, inaugure une relation nouvelle avec tous les acteurs de la vie culturelle et jette les bases, avec eux, du nouveau contrat pour la culture appelé de ces voeux par le Président de la République.


(source http://www.culture.gouv.fr, le 27 septembre 2002)

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