Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense et ancienne présidente du RPR, à LCI le 20 septembre 2002, sur la fusion du RPR dans l'UMP, la procédure de désignation du candidat à l'élection présidentielle au sein de l'UMP, la question d'une intervention militaire contre l'Irak, la situation en Côte d'Ivoire et la loi de programmation militaire 2003 - 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense et ancienne présidente du RPR, à LCI le 20 septembre 2002, sur la fusion du RPR dans l'UMP, la procédure de désignation du candidat à l'élection présidentielle au sein de l'UMP, la question d'une intervention militaire contre l'Irak, la situation en Côte d'Ivoire et la loi de programmation militaire 2003 - 2008.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, HAUSSER Anita.

FRANCE. Ministre de la défense;FRANCE. RPR, ancienne présidente

ti : A. Hausser - Je suppose que ce matin, vous éprouvez des sentiments un peu mêlés, puisque vous êtes une ministre comblée et, en tant qu'ancienne présidente du RPR, vous devez être un peu attristée. Vous avez plus qu'un pincement au coeur à la veille de la dissolution du RPR ?

- "Bien sûr, c'est un moment de grande émotion. Le RPR, c'est une histoire partagée avec des dizaines de milliers de personnes, ce sont des joies de victoires, ce sont des larmes parfois de défaites. Et puis, c'est deux ans et demi que je viens de passer comme présidente à leur tête, en remontant un peu ce parti qui avait connu des périodes difficiles."

Quand on a passé trois ans à la tête du mouvement, on s'en va comme cela ou est-ce qu'on va s'impliquer dans l'UMP ou dans le "futur parti de la majorité", puisqu'il n'a pas encore de nom ?

- "De toute façon, je ne pars pas comme cela. Effectivement, je me sens responsable des gens qui m'ont donné la légitimité, qui m'ont fait confiance. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours été favorable à l'union. C'était un des engagements tenus de ma campagne électorale pour la présidence du RPR. J'avais dit qu'il faut remonter le mouvement, il faut faire cesser les querelles de personnes qui nous avaient déchirés, il faut gagner les élections - ce qui a été fait pour les municipales, les législatives et la présidentielle, bien entendu -, il faut faire l'union avec nos partenaires. Mais pour faire l'union, il faut être fort. Donc, il fallait d'abord passer par ces étapes précédentes. Maintenant, nous y sommes. Je souhaite vivement que cette union réussisse. Pour qu'elle réussisse, il faut d'abord l'adhésion, et l'adhésion du RPR qui va être au coeur de ce mouvement. C'est ce qui sera décidé, je l'espère, samedi par les militants. Je tenais à ce que ce soit eux, dans nos assises, c'est-à-dire notre instance démocratique, qui le décident. Ensuite, cette union, il fallait la faire aussi sur des bases qui soient modernes, c'est-à-dire des bases démocratiques. C'est la raison pour laquelle j'ai beaucoup insisté pour que les procédures d'élection, par exemple, du président au suffrage universel des militants, d'élection des instances locales, comme c'est le cas au RPR, soient acceptées et puis que les idées soient respectées."

Le futur président est presque désigné ?

- "Il y aura une élection, ne vous faites pas d'illusion. Est-ce que ce sera, comme cela a d'ailleurs été le cas la première fois au RPR, une situation où il n'y aura un seul candidat ? C'est possible, je n'en sais rien, cela dépendra des autres candidats, mais il y aura une élection et il y aura des élections très régulièrement, cela me paraît important. Et puis, il y aura également le respect des idées, parce qu'un parti politique, ce sont des gens, ce sont des procédures, mais ce sont surtout des idées. Et nous tenons à ce que les idées gaullistes qui, depuis 1945, existent, qui ont pris des formes diverses à travers le RPF, l'UNR, l'UDR, l'UD-Vème, le RPR, continuent à être un des moteurs de la vie politique française, parce que je crois profondément qu'un gaullisme moderne, c'est ce qui, aujourd'hui, répond aux besoins."

Est-ce vous qui allez incarner ce mouvement au sein du futur parti ?

- "Le problème n'est pas là. Il n'est pas question pour moi de créer un mouvement."

Un "courant" ?

- "Qu'on appelle "mouvement", c'est pour cela que je parle de "mouvement". Je me fixe un double objectif : le premier est de réussir à mettre sur pied ce nouveau grand parti que nos électeurs souhaitent, qui est nécessaire, à soutenir l'action du Gouvernement pour mettre en oeuvre les engagements du président de la République. La deuxième mission que je me fixe, c'est, au sein de ce mouvement, au sein de ce nouveau parti, comme je l'ai fait au RPR, de garantir l'unité. Je ne veux pas que l'on crée un parti qui ensuite se déchire. C'est d'ailleurs pour laquelle j'ai suggéré une idée - je ne sais pas si elle sera finalement ou non retenue - qui serait par exemple de faire en sorte que celui qui est président de ce parti au moment de la campagne pour l'élection présidentielle suivante ne puisse pas être lui-même candidat, ce qui éviterait que le parti devienne l'enjeu d'écuries de présidentiables, qui conduisent à la division presque à chaque fois."

Vous voulez être une sorte de vigie. Mais pour que le président du parti ne soit pas candidat - c'est un peu lui enlever une chance -, est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux introduire carrément des primaires ?

- "Il y aura peut-être des primaires. Nous allons effectivement discuter du mode de désignation du candidat qui sera soutenu par ce parti..."

N'est-ce pas l'enjeu des statuts ?

- "Ce sera un des enjeux des statuts. L'essentiel de l'enjeu des statuts, c'est surtout de permettre aux adhérents de pouvoir eux-mêmes décider au sein de ce parti."

On parle d'un troisième mandat pour J. Chirac. Etes-vous favorable à cela et est-ce que vous l'encouragez ?

- "Je ne crois pas du tout que ce soit les intentions du président de la République. Mais, vous savez, je n'ai pas l'habitude de le faire parler."

On va passer à votre domaine de prédilection actuel, qui est la Défense. On va parler de l'Irak. Après avoir observer des convergences, la France a de nouveau pris ses distances avec les Etats-Unis, puisque G. Bush ne semble pas vouloir être à l'écoute de l'ONU et s'apprête à faire voter une résolution par le Congrès qui l'autoriserait à faire appliquer par tous les moyens qu'il jugera appropriés les résolutions anciennes des Nations unies. Quelle est l'attitude précise de la France ?

- "La France n'a jamais changé d'attitude en la matière. Elle a toujours dit que l'Irak devait respecter les résolutions des Nations unies et notamment permettre que les inspecteurs reviennent vérifier si ce pays détient ou non des armes de destruction massive, prohibées par les résolutions des Nations unies. Deuxième position, la France a également toujours dit que c'était uniquement dans le cadre du Conseil de sécurité, donc de décision internationale, que des actions pouvaient être menées, le cas échéant, contre l'Irak. Cela nous paraît extrêmement important, parce qu'il faut la légitimité de la communauté internationale pour permettre qu'une action soit ressentie comme une action juste et non pas comme une action d'agression, qui serait très mal ressentie par notamment tout le monde musulman."

Là, vous n'avez pas le sentiment que S. Hussein cherche à diviser le Conseil de sécurité ?

- "Je ne crois pas que ce soit un problème. Le véritable problème est effectivement de garder l'unité du Conseil de sécurité et d'avoir cette légitimation par la communauté internationale des actions qui sont menées."

Un autre souci : la Côte-d'Ivoire. Le président Gbagbo a dit qu'il demanderait l'aide de la France si nécessaire. On est prêt à l'aider ?

- "Pour l'instant, il s'agit d'une affaire purement intérieure à la Côte-d'Ivoire. Nous suivons effectivement cette affaire très attentivement depuis hier, notamment parce que nous avons un grand nombre de ressortissants qui sont en Côte-d'Ivoire. Il y a donc eu une cellule de crise immédiatement mise en place. Nous avons pris toutes les dispositions nécessaires pour protéger nos ressortissants. Ceci dit, aujourd'hui, il ne semble pas du tout qu'ils soient menacés par quoi que ce soit. Maintenant, en ce qui concerne les demandes d'aide, elles se font dans un cadre extrêmement précis. La France n'a pas l'intention de s'ingérer dans le domaine d'un pays. Simplement, ce qui est prévu dans les accords de coopération, c'est que s'il y a une attaque d'un pays étranger à l'encontre d'un des pays, telle que la Côte-d'Ivoire, avec lesquels nous avons un accord de coopération, alors la France peut être amenée à intervenir, mais seulement dans ce cas."

A propos de votre budget, dont vous ne voulez pas en révéler la nature et le contenu, puisqu'il n'est pas encore adopté par le Conseil des ministres. Néanmoins, on a une idée, puisque vous avez déjà fait adopter une loi de programmation militaire, qui est très favorable pour les armées et qui permettra peut-être de rattraper tous les retards ?

- "Qui est surtout très juste, c'est ce que j'allais dire."

Mais est-ce que le Gouvernement a les moyens de votre politique, puisqu'il y a déjà des crédits gelés ?

- "Les procédures de gel sont des procédures habituelles en fin d'année de la part du ministère du Budget. Il s'agit pour lui, essentiellement, de faire le constat de crédits qui n'auraient pas été consommés. Ce que je peux dire, c'est que les crédits concernant les armées seront très largement consommés, puisque c'est simplement le paiement de commandes qui sont passées depuis très longtemps. En ce qui concerne la loi de programmation militaire qui doit nous permettre à la fois de remettre nos matériels simplement en état d'usage, puisque le déficit budgétaire des précédentes années avait considérablement affaibli la défense française, d'autre part, la loi de programmation militaire a pour but de commander de nouveaux matériels qui nous permettent de tenir notre rang et de pouvoir dialoguer et être respecté par nos alliés ; enfin, elle a pour but aussi d'assurer la fin de la professionnalisation des armées, ce qui se fait depuis cinq ans. C'est une loi qui a été voulue par le Gouvernement, selon les instructions du président de la République. Ce que je peux vous dire, c'est effectivement que nous aurons les moyens nécessaires, car c'est la volonté du Président et la volonté du Gouvernement."

(source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2002)

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