Interview de M. Noël Mamère, député des Verts, à France 2 le 27 septembre 2002, sur la critique des choix budgétaires du gouvernement pour 2003 sur la sécurité, les restrictions sur les emplois d'aides-éducateurs et sur l'environnement et, en matière internationale, sur l'hostilité des sociaux-démocrates allemands à une "guerre préventive" en Irak. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, député des Verts, à France 2 le 27 septembre 2002, sur la critique des choix budgétaires du gouvernement pour 2003 sur la sécurité, les restrictions sur les emplois d'aides-éducateurs et sur l'environnement et, en matière internationale, sur l'hostilité des sociaux-démocrates allemands à une "guerre préventive" en Irak.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel, LABORDE Françoise.

FRANCE. Les Verts, député

ti : F. Laborde.- Vous avez regardé J.-P. Raffarin, hier soir sur France 2. Comment l'avez-vous trouvé, sur la forme et sur le fond ?

- "Je dirais que ces "100 minutes pour convaincre", on aurait dû les appeler "100 minutes pour endormir". Le Premier ministre est un habile présentateur. Mais au-delà de la forme, il a roulé les Français dans la farine, parce qu'il a évité de répondre aux vraies questions. Et pendant qu'il endormait les Français, quelques-uns de ses ministres sont en train de préparer des projets de loi qui sont des projets de loi liberticides, axés sur la répression. Le Premier ministre nous a fait croire qu'il était près de la "France d'en bas", selon son expression privilégiée, mais on sait que son budget est principalement consacré à servir d'abord les hauts revenus, à servir l'armée, à servir la police. Mais on fait des réductions sur l'éducation, sur la santé, sur l'environnement, sur la recherche, autant de secteurs qui sont essentiels. Et il est particulièrement incroyable de voir que ce Gouvernement met le paquet sur l'armée ou la police, alors que la première préoccupation des Français, c'est aujourd'hui le chômage. Et pendant ce temps, on supprime les contrats emploi-solidarité, les emplois-jeunes, qui sont considérés, paraît-il, comme des sous-emplois."

Vous évoquez là une question que tous nos téléspectateurs n'ont peut-être pas suivis : ce sont un certain nombre de fuites qu'on a vu dans la presse, hier notamment, concernant une nouvelle loi sur la sécurité, loi sur laquelle le Gouvernement dément l'essentiel du projet. Est-ce que vous pensez que la stratégie du "couac" organisé ou de la fuite organisée, est une façon pour le Gouvernement de communiquer ou de tester des projets ?

- "Ce n'est pas la première fois que le Gouvernement nous fait le coup. Il nous fait croire que ce sont des couacs, mais à chaque fois on s'aperçoit que ça met le Premier ministre en position d'arbitrage. Il suffit de regarder la presse ce matin et le contenu de ce que nous préparent messieurs Sarkozy et Perben, les "Pieds nickelés" du Gouvernement, pour comprendre l'importance et les dangers qui pèsent sur un certain nombre de Français. Sous des airs bonhommes, avec un Premier ministre qui assène les lieux communs comme on enfile des perles, qui veut nous faire croire que tout va bien, qu'il recherche l'équilibre, c'est un gouvernement qui derrière la bonhomie et des airs des chanoines, a la main très dure, et est un gouvernement extrêmement brutal."

Mais c'est un gouvernement qui a la majorité ! C'est une politique pour laquelle les Français ont voté. La sécurité est un thème sur lequel il y avait manifestement une attente, on l'a vu le 21 avril...

- "Pensez-vous que l'on renforce les problèmes de sécurité et la cohésion sociale quand on dit qu'il faut responsabiliser les parents et que l'on prévoit 2.000 euros d'amende pour des parents qui n'envoient pas leurs enfants à l'école, alors que ce sont des parents dont il faut s'occuper ?! Je ne fonctionne pas dans l'angélisme, je suis maire et je sais ce que sont les problèmes d'insécurité. Mais si vous donnez aux policiers trop de pouvoirs qui ne sont pas contrôlés par les magistrats - nous sommes quand même dans une démocratie -, si vous supprimez un certain nombre d'outils qui permettent la cohésion, comme par exemple la fermeture dans beaucoup d'écoles françaises de ces classes intermédiaires, de ces classes d'insertion, pour les étrangers qui ne parlent pas bien français ou pour les enfants qui sont en difficulté scolaire. On s'est battu, nous à Bègles, pour le maintien d'une classe de ce type dans une école, mais il y en a plein qui ont fermé. Est-ce que c'est ça la lutte contre l'insécurité ? La réponse est "non". L'insécurité n'est pas simplement la politique du gros bâton et la réduction de nos libertés."

Le volet décentralisation justement de l'Education nationale, puisque nous en parlons, on voit que les syndicats dans l'enseignement se mobilisent déjà dessus. Est-ce qu'il n'y a pas tout de même effectivement dans la décentralisation, de ce qu'on a appelé parfois "le mammouth", des éléments positifs ?

- "Bien sûr, mais la décentralisation est un grand sujet. D'ailleurs, M. Raffarin a reconnu qu'elle avait été l'¿uvre des socialistes, notamment de MM. G. Deferre et P. Mauroy. Mais la décentralisation doit se faire dans un esprit d'intercommunalité et surtout de délégations de pouvoirs réglementaires et même de pouvoirs législatifs sur les régions - M. Raffarin a été président de région. Sur la décentralisation pour ce qui concerne l'école, je considère que l'éducation ce doit être une priorité pour ce Gouvernement comme pour tous ceux qui se succéderont, parce que c'est l'essentiel de la cohésion sociale et de l'unité de la nation. L'éducation est une fonction régalienne de l'Etat, on ne doit pas pouvoir se permettre, dans un pays comme le nôtre, qu'il y ait, sous l'effet de la décentralisation, une école à deux vitesses, avec des régions sous-traitées et d'autres surexploitées."

Est-ce que tout de même, de votre point de vue, il y a quelque chose à sauver dans ce budget ?

- "Dans ce budget, si il y a quelque chose à sauver ? Quand je regarde le budget de près, je vous l'ai dit, sur l'éducation on supprime non seulement les surveillants, mais aussi les emplois-jeunes, qui permettaient précisément de maintenir une certaine cohésion à l'école..."

Les emplois-jeunes arrivent à terme, pour un certain nombre...

- "Ils arrivent à terme, mais ils peuvent être renouvelés. Quand M. Raffarin nous dit hier soir que les emplois-jeunes, c'est du mépris pour les jeunes, c'est quoi les contrats-jeunes ? Les contrats-jeunes, c'est faire un cadeau au patronat. Quand il nous dit, "je veux mener une politique équilibrée et je veux aider les plus faibles", il réduit les impôts sur le revenu et nous savons très bien, tous les économistes vous le diront, que lorsque vous améliorez la situation des plus riches, eh bien, les plus riches n'investissent pas dans l'emploi et dans la consommation, ils investissent dans l'épargne. Donc il ne faut pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Aujourd'hui, il y a une politique qui sacrifie sur l'essentiel, qui sacrifie aussi sur l'environnement. Je ne sais pas si vous avez regardé, mais il y a une réduction drastique de l'ADEME et du budget de l'environnement. Alors, le président de la République ne peut pas nous faire croire, quand il est à Johannesburg, qu'il est le premier écologiste du monde, et quand il revient chez nous, quand il revient chez lui, eh bien, il sacrifie sur l'essentiel pour satisfaire ses promesses électorales qui sont centrées sur la sécurité, sur l'armée, sur la police et sur la satisfaction des plus riches et du Medef !"

Manifestement, les Etats-Unis restent très en avant et très mobilisés concernant la guerre avec l'Irak. On a entendu le Premier ministre hier dire qu'il fallait au moins avoir une résolution de l'ONU. Est-ce que cela vous semble suffisant ou est-ce que vous partagez davantage le point de vue de votre homologue Vert, J. Fischer, qui a une position beaucoup plus ferme, tranchée, là-dessus ?

- "La position de J. Fischer est très ferme, c'est elle-même qui a déterminé celle du Chancelier Schröder et qui a contribué à la victoire de la social-démocratie et des Verts en Allemagne. C'est une position ferme sur laquelle nous sommes alignés, une position qui consiste à dire qu'il ne peut pas y avoir d'intervention américaine en Irak au nom d'une nouvelle jurisprudence inventée par le président Bush, qui s'appelle la "guerre préventive" et qui peut provoquer une instabilité considérable dans l'ensemble du monde. Aujourd'hui, on voit bien que les Américains sont en train d'instrumentaliser l'organisation des Nations unies ; c'était l'un des derniers instruments de gouvernance mondiale qui est aux mains des Etats-Unis. Qu'il y ait feu vert ou pas des Nations unies, nous sommes contre l'intervention en Irak, même si nous dénonçons les turpitudes d'un dictateur qui s'appelle S. Hussein. Mais mener une guerre pour contrôler l'essentiel des ressources pétrolières du monde et assurer la continuité du système économique américain, eh bien, nous nous ne marcherons pas dans cette combine. Il faut que l'Europe précisément offre des contre-propositions et une alternative à l'unilatéralisme américain."

Quand vous voyez J. Fischer, qui a gagné et qui est au fond le vainqueur de l'élection allemande, puisque c'est grâce à lui que le Chancelier Schröder est reconduit, cela vous laisse rêveur ? Jaloux ? Nostalgique ?

- "Non, cela ne me laisse ni rêveur, ni jaloux. Je me dis que nous ferions bien d'imiter nos amis allemands, mais pas simplement nos amis Verts : il faudrait qu'on dise aux socialistes français de s'inspirer de ce qu'ont fait les sociaux-démocrates allemands. Ils ont eu le courage de nommer un vert ministre des Affaires Etrangères et un autre ministre de l'Agriculture. Le jour où les socialistes comprendront un peu mieux les Verts et le jour où les Verts français seront un peu moins attirés et focalisés sur leurs problèmes de personne, et comprendront un peu mieux la société, je pense que nous aurons fait un pas et que les Verts compteront dans le paysage politique français."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 27 sept 2002)

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