Déclaration de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, sur les lignes politiques du MPF et de l'UMP, la mise en oeuvre de la politique gouvernementale et le projet de réforme du mode de scrutin, Paris le 14 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, sur les lignes politiques du MPF et de l'UMP, la mise en oeuvre de la politique gouvernementale et le projet de réforme du mode de scrutin, Paris le 14 septembre 2002.

Personnalité, fonction : VILLIERS Philippe de.

FRANCE. Mouvement pour la France, président

Circonstances : Conseil national du Mouvement pour la France à Paris le 14 septembre 2002

ti : Chers amis,

D'abord je salue la presse qui nous a rejoint et je leur souhaite une bonne année politique. C'est le moment pour moi d'adresser deux messages de conclusion de nos travaux de la matinée. Le premier c'est un message pour nos amis du Mouvement Pour la France, pour nos militants, ceux que vous reverrez demain, et enfin un message pour le gouvernement.

Pour nos amis, je dirais ceci : restons nous-mêmes. Il n'est pas question pour nous, il n'est pas question pour vous, d'aller nous fondre, d'aller vous fondre dans un hyper-centre, d'aller nous confondre, parce que nous avons une indépendance d'esprit et une singularité à défendre. Quelle est notre utilité, notre singularité dans la vie politique française ? C'est la souveraineté, ce que l'on appelle le souverainisme. Or l'UMP, qui va se constituer, ce sera un grand parti centriste, un parti eurofédéraliste, et donc forcément réducteur, alors que le MPF a une voix différente à faire entendre. Le risque de la démarche de création de l'UMP, c'est de sacrifier les idées aux structures et de vouloir faire entrer tout le monde dans le même moule. Notre message à nous, c'est-à-dire notre singularité, notre indépendance, c'est quoi ? Cela se résume très facilement : pour nous, la cause de l'impuissance publique, c'est que le pouvoir n'a plus le pouvoir. Et donc la reconquête du pouvoir passe par la reconquête de la souveraineté. Il faut bien insister sur ce que je viens de dire et qui résume les travaux de la matinée, le Mouvement Pour la France n'est pas un mouvement politique de plus, c'est un mouvement indispensable, reconnu comme tel, en ce qu'il défend des idées qui ne sont pas celles qui seront défendues par l'UMP. L'UMP aura une ligne ; cette ligne sera à la fois centriste et eurofédéraliste, je ne leur en fait pas le reproche, mais c'est la justification pour nous de notre rayonnement à venir, puisque tous ceux qui ne sont ni centristes, ni eurofédéralistes, pourront trouver chez nous de quoi être accueillis. On dit qu'ils s'appelleront "la maison bleue"¿ alors nous serons "l'auberge tricolore".

Et un message pour nos gouvernants puisque c'est la rentrée. Nous sommes dans une période d'espoir, nous percevons des signes d'impatience, nous sommes les porte-paroles de cette impatience ce matin et c'est pourquoi j'appelle Jean-Pierre Raffarin au courage. Nous sommes dans une période d'espoir, je dirais même un espoir immense. L'espoir des Français, l'espoir que les immenses problèmes de la France vont enfin être pris à bras le corps, l'espoir que l'on va enfin passer en France du traitement médiatique des problèmes au traitement politique des problèmes devant un pays qui s'abîme, asphyxié, déclassé, menacé de perdre à la fois son identité et ses libertés fondamentales, c'est-à-dire sa souveraineté. Le constat est terrible, il suffit de lire la presse ce matin avec France-Télécom. Le bilan de ceux qui ont précédé les actuels gouvernants est un bilan catastrophique. Aujourd'hui, il y a l'espoir. A quoi tient cet espoir ? A trois raisons : d'abord, la gauche n'existe plus. C'est un chaos impressionnant, un chaos conceptuel, l'archaïsme de la pensée socialiste, un chaos affectif parce que la gauche a trahi les couches populaires avec les 35 heures et l'insécurité, un chaos moral : France-Télécom et les scandales continuent. A chaque fois que la gauche est au pouvoir, elle laisse derrière elle des scandales. Donc la gauche n'existe plus. Deuxième raison d'espoir : un homme neuf à Matignon, un homme de la France d'Amélie Poulain plutôt que de celle de Marguerite Duras, un homme de la province plutôt que de la technocratie, et dont la cote de confiance aujourd'hui lui permet toutes les audaces. Troisième élément, troisième raison de l'espoir : la droite a toutes les manettes. Elle doit agir, il n'y aura pas d'alibi si la majorité actuelle recule ou reste immobile. Donc c'est une chance historique et c'est la raison pour laquelle je lance ce matin un appel au courage à Jean-Pierre Raffarin et à son gouvernement. Non pas le courage pour contourner les problèmes, mais pour les affronter, pour les régler un à un. Naturellement, nous comprenons que les choses soient difficiles et qu'il faille du temps. Mais pourtant il faut aller vite pour ne pas céder à cette période que qualifiait Milton Friedman, lorsqu'il disait "après x jours, c'est la tyrannie du statu quo, pour tout gouvernemnt démocratique". Donc il faut aller vite. Le courage cela veut dire d'abord le courage d'agir. S'il faut passer par le référendum pour contourner les bastions syndicaux ou idéologiques, passons par le référendum. S'il faut des ordonnances, allons-y pour les ordonnances. Il faut aller vite, accélérer le pas, réformer pendant qu'il est possible de réformer, et surtout affronter les nomenclatura idéologiques. Quand je dis le courage d'agir, c'est le courage d'agir vraiment, pas de demi-mesure, pas de trompe l'oeil, pas de faux-semblants. Cela veut dire d'abord de tenir les promesses électorales.

La baisse de l'impôt sur le revenu a été promise par Jacques Chirac à raison de 5 % de baisse par an pour arriver à 30 % en 5 ans. Donc déjà 5 % par an pour arriver à 30 %, 5 fois 5 égal 25, mais enfin en euros... Mais cela ne peut pas être 5 % cette année et 1 % l'année prochaine. C'est 5 % cette année et 5 % l'année prochaine. Sinon, alors nous constaterons la déception.

S'interdire les réformes trompe l'oeil : la décentralisation doit être une occasion d'économies pour l'Etat, de proximité et de simplicité et non pas une nouvelle usine à gaz. Je fais confiance à l'expérience de l'ancien Président de la région Poitou-Charentes pour le comprendre et le faire appliquer. Mais j'irai plus loin, le courage d'agir vraiment, c'est le courage de ne pas se laisser intimider. J'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider par les corporatismes pour rétablir vraiment et complètement en France la liberté du travail, pour remettre la France au travail. J'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider par les lobby de la fonction publique qui confondent quantité et qualité, pour pouvoir vraiment réformer l'Etat, baisser le nombre des agents publics, diminuer la dépense publique et donc pour pouvoir durablement diminuer les prélèvements et les impôts. J'appelle Jean-Pierre Raffarin au courage de ne pas se laisser intimider par les maîtres-chanteurs grévistes, preneurs d'otage des entreprises publiques monopolistiques qui profitent de leur monopole pour que demain, enfin, en France, les services publics ne soient plus des preneurs d'otages et que les usagers retrouvent la liberté de circuler. J'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider par les groupes de pression immigrationnistes pour rétablir le droit, pour évacuer les lieux de culte occupés irrégulièrement et le faire immédiatement et pour expulser les illégaux. J'appelle Jean-Pierre Raffarin au courage des mots, à lui et à ses ministres. Le mot "sans-papiers" ne veut rien dire, ce qui veut dire quelque chose hélas c'est "immigrés illégaux". Alors la loi et l'ordre. J'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider par le syndicat de la magistrature pour interdire en France demain la syndicalisation des magistrats, et donc la politisation de la justice. J'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider non plus par les syndicats d'enseignants pour que l'Education Nationale retrouve le sens des mots, qu'elle redevienne une éducation et non plus une officine post-soixante-huitarde qui prépare la techno-parade et qu'elle redevienne nationale, c'est-à-dire qu'elle apprenne à nouveau aux jeunes à aimer la France. J'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider par les "bobos" et les militants de l'hétérophobie et de la "gay-pride" pour que, en France, demain les hétérosexuels puissent encore survivre et s'exprimer et qu'on ait en France une grande politique démographique et familiale, seule capable de sauver nos retraites. J'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider par les "raveurs" et les petits dealers du "chit" pour interdire, pour oser interdire, les "teufs" quand les "teufs" sont des prétextes à devenir des supermarchés de la drogue. Enfin, j'appelle Jean-Pierre Raffarin à ne pas se laisser intimider par Bruxelles, pour baisser tout de suite la TVA sur la restauration, et pour montrer aux Français, ce qui sera nouveau, que nos gouvernants écoutent plus facilement et plus rapidement les citoyens français auxquels ils ont fait des promesses que les technocrates de Bruxelles dont nous ne supportons plus les injonctions quotidiennes.

Quand je dis agir, le courage d'agir, le courage d'agir vraiment sur les causes, quand on regarde la situation pitoyable de notre pays, il y a trois grandes causes de malaise. Il y a une phrase de Bossuet qui me revient à l'esprit à l'instant : "les peuples de la décadence sont ceux qui dénoncent les effets des maux dont ils chérissent les causes". Et donc si l'on veut faire autre chose que de la politique cosmétique, il faut aller aux trois causes. La première cause, c'est la dépense publique. Si l'on veut demain réformer l'Etat, décentraliser et rendre aux Français la liberté, et notamment la liberté de créer, la liberté de rester en France, alors il faut s'attaquer au problème de la dépense publique. Quand on nous dit "on ne va ne pas recruter 1500 fonctionnaires sur 60 000 qui partent à la retraite cette année", je rejoins le propos tenu par M. Balladur, c'est bien sûr très insuffisant. Et si je cite M. Balladur, c'est parce qu'en 1986-88 je me souviens très bien qu'un fonctionnaire sur 3 partant à la retraite n'était pas remplacé. Il faudrait que sur les 60 000 fonctionnaires qui partent à la retraite, on n'en recrute que 1 sur 2, proposition de l'éminent Jacques Bourdu : 2 départs, 1 embauche. Donc la liberté. Ensuite, l'idée de la France qui est aujourd'hui menacée de dissolution. Et là je voudrais demander au Premier Minsitre de prendre à bras le corps le problème de l'immigration et de la manière suivante : premièrement, mettre en place une grande politique de co-développement, de coopération, mettant à profit les séjours d'immigrés en France pour le développement du pays d'origine, à la manière de ce que nous a exposé tout à l'heure à cette tribune Dominique Souchet sur la coopération entre certains départements et certains pays africains, en l'occurrence entre la Vendée et le Bénin. Donc signer des conventions de co-développement avec les pays les moins avancés, prendre en charge des formations professionnelles sur place, donner une aide à la réinstallation aux immigrés qui veulent retourner dans leur pays d'origine, mettre en place des mécanismes de prêts spécifiques pour l'aide au micro-investissement, conclure avec les pays tiers concernés des accords de réadmission précisant les droits et les obligations de chacun, afin notamment de faciliter le retour des personnes en fin de droit ou des personnes expulsées. C'est-à-dire une grande politique qui va à la cause de nos problèmes, de notre problème d'immigration. Mais cela ne suffit pas. La deuxième chose à faire, et immédiatement, le ministre de l'Intérieur dit ce matin dans le journal Ouest France : "nous allons régulariser au cas par cas. Non à la régularisation totale, sous-entendu oui à la régularisation partielle". Non, on ne peut pas régulariser, parce que si l'on commence à régulariser, on donne un signal à la terre entière, à la misère du monde. On donne une chance à ceux qui sont dans une situation d'illégalité de tourner la loi française. Et donc le mot d'ordre est le suivant aujourd'hui : on stoppe complètement l'immigration illégale et tous ceux qui sont en France aujourd'hui en situation d'immigration illégale doivent être expulsés, c'est-à-dire tous ceux qui sont dépourvus d'un titre de séjour. Troisièmement, il faut renforcer les contrôles aux frontières afin de procéder dans la plupart des cas au refoulement des personnes qui tentent de pénétrer clandestinement sur le territoire français. Il faut rétablir la condition d'assimilation et son application effective pour l'acquisition de la nationalité française. Il faut établir la pratique du serment solennel devant le maire, en présence de deux témoins, pour l'acquisition de la nationalité française. Il faut que le gouvernement le fasse vite. Et enfin, dans cette période de grands troubles où nous sommes, nous la France, comme les Etats-Unis, comme le monde entier, devant la menace du terrorisme islamique, il faut prendre soin naturellement de ne pas confondre islam et islamisme, et être très nets et très clairs sur la question de l'immigration musulmane. Très nets et très clairs. C'est-à-dire que la liberté du culte en France doit être garantie, mais il ne faut accepter la construction de mosquées que si leurs responsables s'engagent par écrit et sous peine de sanctions à y dispenser un enseignement religieux conforme aux principes républicains incluant notamment la reconnaissance des libertés civiles, de la liberté de conscience, et notamment de la liberté de changer de religion, la séparation du politique et du religieux, donc le respect des lois adoptées par le peuple français, l'égalité des citoyens, y compris celle des hommes et des femmes, et enfin, l'interdiction de la polygamie.

Enfin, la souveraineté. Le pouvoir n'a plus le pouvoir. Aujourd'hui, la machine bruxelloise fonctionne par phagocytose comme disent les chimistes et les biologistes, c'est-à-dire par une absorption progressive, lente, discrète et qui d'ailleurs ne fait l'objet aucun commentaire dans le débat politique français, avec la mise au pas des Etats. Je citerai trois exemples qui datent de l'été : le premier, le plus spectaculaire, c'est cette affaire de TVA sur la restauration. Vous avez un Président de la République, Jacques Chirac, qui pendant sa campagne fait une promesse explicite aux restaurateurs "nous allons baisser la TVA, là maintenant, pour 2003, nous allons baisser la TVA sur la restauration". Et puis tout à coup ce n'est pas possible. Soit il le savait et il ne l'a pas dit. Mais je ne crois pas. Je crois qu'il ne savait pas. Et donc ce sont les commissaires de Bruxelles qui ont fait savoir au gouvernement : "vous ne pouvez pas le faire, cela n'est plus votre problème". Et il y a un autre exemple que vit en ce moment le ministre de l'Intérieur, malgré sa détermination qui est incontestable et son ardeur au travail qui ne l'est pas moins, c'est l'affaire d'immigration, parce que le 1er janvier 2004, toutes les compétences de l'Etat en matière d'immigration passent entre les mains de la Commission de Bruxelles. Quels sont les Français qui le savent ? Est-ce qu'il va y avoir là-dessus un débat dans la presse ? Aucun. On va cacher aux Français que tout ce qui concerne le droit d'asile, le franchissement des frontières, la nationalité passent, articles 61 et 67 du traité d'Amsterdam, entre les mains de la Commission et tenez-vous bien avec son monopole d'initiative. Alors nous nous allons essayer d'ouvrir ce débat. Autre exemple de l'été : la saisine de la Cour de Justice par la Commission pour infliger à la France des sanctions pécuniaires à la suite de son refus de lever l'embargo sur la viande bovine. Vous avez bien entendu : la France a refusé de lever son embargo et voilà, elle va être condamnée. Sanctions pécuniaires. Et la Commission rappelle à la Cour de Justice qu'il faut des sanctions pécuniaires. Et puis dernier exemple, il est le plus flagrant, la presse en a fait état, il n'y a eu aucun commentaire dans le monde politique, c'est l'interdiction d'utiliser la langue française pour l'étiquetage des denrées. Donc la France a été menacée par la Commission, cet été, d'être condamnée... Disons la France condamnée pour l'utilisation de la langue française en France, ce n'est pas beau cela... !

Voilà et je terminerai par le courage qui va bien à Jean-Pierre Raffarin de rester l'homme de la France d'en-bas. Attention à tous ceux qui autour de lui voudraient le faire tomber dans le piège de la France d'en-haut. Et l'exemple le plus typique de cette mise en garde, de ce qui se rapporte à cette mise en garde, c'est naturellement le changement des modes de scrutin. La France a condamné la gauche parce que la gauche, avec l'affaire du calendrier, des modes de scrutin, a donné le sentiment qu'elle avait trop tendance à aller vers les tripatouillages et les magouilles. Et ce qui a imposé l'image de Jean-Pierre Raffarin, homme proche du peuple, ce qu'il a appelé lui-même la France d'en-bas, c'est justement une image de transparence et d'homme droit. Je dis ce que je fais, je fais ce que je dis, mais il n'y a pas de coup tordu. Ceux qui ont préparé, ou qui préparent, ou qui discutent des modes de scrutin, doivent faire bien attention à un problème majeur et préalable, c'est l'image de leur Premier Ministre et de leur gouvernement tout entier. Parce que si la droite au pouvoir fait ce que la gauche a fait, il lui arrivera la même chose, mais plus vite. Ce que l'on attend aujourd'hui de Jean-Pierre Raffarin et du gouvernement, c'est de s'attaquer aux problèmes des Français et non pas de s'attaquer aux problèmes de l'UMP. C'est-à-dire que le problème de l'UMP c'est peut-être d'essayer d'écraser, de piétiner des mouvements politiques comme celui de François Bayrou ou le mien, ou d'autres, les Chasseurs, etc... c'est-à-dire des courants de pensée qui ne sont pas alignés par rapport à l'UMP, mais si c'est cela, cela va se sentir, cela va se savoir. Et d'ailleurs la presse est là pour cela. Je voudrais dire ceci : la question du changement des modes de scrutin, c'est typiquement une question de la France d'en-haut, ce n'est pas une question de la France d'en-bas. Il n'y a pas un Français quand vous allez retourner chez vous qui va vous dire : "alors, les modes de scrutin, où est-ce qu'on en est ?". Cela n'intéresse que les observateurs professionnels de la vie politique et la France d'en-haut, c'est-à-dire le milieu politique. Et la question du changement des modes de scrutin, c'est un sujet ravageur pour l'image de la nouvelle majorité toute entière. Cela veut dire "avez-vous vu à quoi ils s'amusent ?". Et quand vous allez voir les questions d'actualité et la discussion sur les modes de scrutin qui va durer au moins quinze jours, au Sénat, à l'Assemblée Nationale, etc... et bien vous aurez des Français qui diront "pendant ce temps-là le chômage augmente et qu'est-ce qu'on fait pour la sécurité, et la baisse des impôts, et la TVA sur la restauration et le reste?". Donc casse-cou. Un pouvoir ne peut pas gagner sur des changements de règles du jeu, un pouvoir gagne sur ses projets et sur ses résultats.

Quant au scrutin européen, parmi les changements de mode de scrutin, on voit bien que ce n'est pas du tout un changement technique. On voudrait nous le faire apparaître comme un changement technique. On nous dit par exemple "c'est pour plus de proximité". Ah oui ! Ah bon ! Et quand le député européen serait élu, par exemple au niveau de la région Basse-Normandie ou Rhône-Alpes, il sera plus connu. Et est-ce que vous connaissez vos conseillers régionaux ? Et bien c'est le même mode de scrutin que celui qu'ils veulent appliquer aux européennes. Donc le seul argument, la proximité, c'est un argument qui ne tient pas. Mais surtout, il faut savoir que c'est une tentative de captation du débat pour éviter le débat. Aujourd'hui, le seul moment dans la vie politique française, le seul moment en dehors du référendum sur Maastricht, où on parle un peu de la question européenne qui commande nos destins personnels et collectifs, de plus en plus, le seul moment, c'est au moment des élections européennes. Cela dure trois semaines, les trois dernières, mais au moins on en parle. Il y en a que cela gêne évidemment, il y en a d'autres que cela ne gêne pas. Et si on en parlait trois mois au lieu de trois semaines, alors les dégâts électoraux seraient considérables. Parce qu'évidemment, aux prochaines élections européennes, si on parle de la TVA sur la restauration, les restaurateurs + les Chasseurs + les Pêcheurs + etc... cela commence à faire du monde. Au slogan "c'est normal il n'y a pas assez d'Europe", on entendra la réponse "il y a trop d'Europe". Et donc en fait ils veulent abolir le mode de scrutin, ils veulent en fait empêcher le débat sur l'Europe. Donc la question est la suivante : est-ce qu'on va accepter de mutiler la démocratie ? C'est un risque politique pour la majorité de Jean-Pierre Raffarin parce que cela veut dire qu'il y aura deux élections régionales en même temps : les conseillers régionaux et les conseillers européens régionaux. Et la vocation des conseillers européens régionaux ne sera plus de contrôler Bruxelles et de défendre la France à Bruxelles, comme c'était le cas actuellement, ce sera de défendre la Basse-Normandie, Rhône-Alpes et les Pays de la Loire. Et en fait très vite ils deviendront les missi-dominici de la Commission de Bruxelles pour devenir les distributeurs des fonds structurels, et ainsi ils seront respectés, effectivement. Mais à ce moment-là, cela change la nature du mandat, mais le sens même du mandat et je crois Jean-Pierre Raffarin trop fin, trop habile et trop prévoyant pour passer en force. Je pense que le débat européen va prendre de plus en plus d'importance, il y a c'est vrai, aujourd'hui, dans la majorité une proportion importante de leaders politiques qui croient à l'eurofédéralisme, qui par exemple commentent de manière élogieuse le propos de M. Giscard d'Estaing hier qui a déclaré "il faut qu'à l'avenir la politique étrangère soit décidée à la majorité qualifiée", vous vous rendez compte de la novation, c'est une novation considérable, cela veut dire qu'il n'y a plus d'ambassade de France nulle part, cela veut dire que si c'est les Anglais qui gagnent, on s'aligne sur la position anglaise. Donc en cas de guerre ou de paix, cela peut nous poser à nous des problèmes. Cela veut dire que la France disparaît complètement, elle n'a plus aucun rôle singulier. C'est vrai qu'une grande partie des leaders politiques de la majorité adhère à cela et préparent les travaux de la Convention avec M. Giscard d'Estaing dans ce sens-là et nous concoctent une Constitution européenne qui va rendre caduque définitivement la Constitution française si elle est adoptée. Mais il y a aussi des gens en France qui pensent différemment. Et l'intelligence politique du Premier Ministre, c'est de l'avoir compris et de considérer que sa majorité est plus large que la seule UMP parce qu'elle n'est pas monocolore, l'UMP c'est un violon à une corde. Ce n'est pas avec cela qu'on fait un orchestre. Et donc j'ai demandé au Premier Ministre de me recevoir, vite, pour parler de tout cela avec lui. Je lui poserai la question de savoir comment marche la fameuse Convention de Giscard. On nous parle de plus en plus d'un traité constituant. Un traité constituant, ce n'est pas rien, même Maastricht n'avait jamais osé cette formule. Parce qu'une Constitution, c'est la norme supérieure à partir de laquelle s'organisent toutes les autres normes de droit et qui lui deviennent subordonnées. Et donc un traité constituant, cela veut dire qu'on change en France de Constitution, cela veut dire que la Constitution deviendrait comme le règlement intérieur d'un Conseil général, c'est-à-dire le règlement intérieur d'un land. Il faut oser dire les choses par leur nom. Alors qu'il y ait traité constituant, qu'on nous le propose, ou qu'on nous l'impose, cela mérite quand même un débat. Ce que je vous demande à tous, parce que cela vient vite, le projet est fin 2003 : ouvrez le dialogue avec nos amis, avec nos partenaires, ouvrez le dialogue avec les militants, et à partir de là, lancez l'idée d'un référendum Un traité constituant, ce n'est quand même pas rien. La "landérisation" de l'Europe, cela vaut le coup qu'on en discute. Et vous réclamez un référendum sur la future Convention. Ce qui serait génial, et Giscard y a pensé, ce serait de faire le référendum le jour des élections européennes, tant qu'à faire. Et là on aurait un vrai débat sur l'Europe, on aurait deux réponses, avec deux questions. La première : qu'est-ce que vous souhaitez pour vous représenter et contrôler Bruxelles ? Des eurofédéralistes ou des souverainistes. La question se pose. Et deuxième question : est-ce que vous acceptez le principe d'une Constitution européenne, donc d'une norme juridique supérieure à la Constitution française. Là tout est dit. C'est fini : la défense, la politique étrangère, et naturellement la fiscalité, tout y passe. Mais la noblesse de la politique, la grandeur, la dignité des hommes politiques, c'est de ne pas mentir. Donc osez poser cette question aux Français. Voilà. Nous sommes dans l'espoir, l'enthousiasme post-électoral reste tellement intense avec cet été indien qui n'en finit pas, qu'il efface les impatiences. Nous sommes dans l'espoir et nous appelons Jean-Pierre Raffarin au courage d'agir, d'agir vite, d'agir complètement, d'agir vraiment et d'agir sur les causes des problèmes de la France. Parce que nous sommes et nous serons toujours le mouvement du redressement français.

Merci de votre attention.

(Source http://www.mpf-villiers.org, le 7 octobre 2002)

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