Interview de M. Jacques Barrot, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à LCI le 15 octobre 2002, sur le projet de budget pour 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Barrot, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à LCI le 15 octobre 2002, sur le projet de budget pour 2003.

Personnalité, fonction : BARROT Jacques, HAUSSER Anita.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale;FRANCE. UMP, membre du comité politique

ti : A. Hausser.- Le débat budgétaire commence aujourd'hui à l'Assemblée nationale dans un contexte pas très facile, une croissance incertaine. L'hypothèse du Gouvernement de 2,5 %, personne n'y croit. Des parlementaires parlent même de récession. Est-ce qu'on peut vraiment dire qu'il s'agit d'un budget sincère ?

- "Le Gouvernement, en choisissant une perspective de croissance normale de 2,5 %, en quelque sorte appuie la croissance. Parce que si vous affichez par avance des prévisions trop pessimistes, comment voulez-vous que les acteurs économiques, les chefs d'entreprise eux-mêmes, ne viennent pas à douter un peu plus encore de l'avenir ? Je crois que c'est un peu logique, cette manière de procéder. Cela étant, le Gouvernement sait bien que nous sommes devant des incertitudes très grandes, notamment en raison des événements internationaux. Donc il faudra sans doute en effet ajuster les choses. Mais on ne peut pas non plus demander au Gouvernement d'en rajouter encore sur le pessimisme des Français. Ce serait, à mon avis, le plus mauvais pilotage."

Sans en rajouter, est-ce qu'il ne fallait pas faire deux hypothèses de travail par exemple ?

- "Vous savez bien qu'il existe toutes les techniques budgétaires pour, à un moment donné, geler un certain nombre de dépenses qui ne sont pas absolument indispensables et ainsi tenir compte de la conjoncture. De toute façon, il faut bien, dans la traversée d'une période incertaine..."

C'est fataliste...

- "Non, il faut être pragmatique. Je suis tout le contraire d'un dogmatique. Et j'aime bien tous ces donneurs de leçons, parce que quand on est dans une météo tout à fait imprévisible, franchement, on pilote raisonnablement, sans excès de pessimisme et avec un volontarisme qui me semble être l'expression de ce budget."

Vos 365 députés vous font part de ce volontarisme ? Est-ce qu'il n'y a pas plutôt de l'inquiétude chez eux ?

- "Non, les députés comprennent très bien que le Gouvernement doit aussi éponger un certain nombre de situations héritées du gouvernement précédent. Ce n'est pas nous qui avons inventé ces cinq Smics qu'il faut réunifier en augmentant d'ailleurs toutes les rémunérations les plus basses en trois ans, ce qui va permettre aussi d'alimenter le pouvoir d'achat des Français qui sont dans les revenus du travail les moins élevés. Et il faut l'accompagner avec la baisse des cotisations, pour que le prix de revient du travail français ne soit pas trop lourd et ne nous entraîne pas des délocalisations. On peut dire tout ce qu'on veut ; je lisais hier D. Strauss-Kahn : il oublie tout de même que pour 1,5 milliard d'euros cette année, on accompagne, par la baisse des cotisations, et on rend possible cette augmentation des salaires les plus modestes. Si ce n'est pas une politique de soutien à l'emploi, je n'y comprends rien !"

Vous faites la réponse avant que je vous pose la question ! Un des reproches qui est adressé à ce budget, c'est justement que la politique de l'emploi est incohérente, insuffisante. On entend toutes les critiques à ce propos...

- "Quand les critiques sont aussi contradictoires, elles s'annulent les unes les autres, je suis formel. Qu'est-ce qu'il y a dans ce budget ? Il y a essentiellement cet effort pour les charges sociales, un souci de terminer cette réforme - que nous n'avons pas décidée nous-mêmes - qui était celle de faire disparaître de la taxe professionnelle la part salariale, pour que la taxe professionnelle soit un peu moins dissuasive pour l'emploi. Et il y a une baisse de l'impôt sur le revenu, modeste certes, mais qui permet de montrer aux cadres notamment et aux cadres supérieurs de ce pays, dont on a bien besoin des services et du travail, que l'on va cesser de donner plus de la moitié de son revenu à l'impôt sur le revenu. Je trouve qu'il y a là toute une série de nécessités auxquelles le budget ne pouvait pas échapper."

Ce sont ces nécessités là aussi qui font que le Pacte de stabilité ne sera pas tout à fait appliqué cette année ?

- "Le Pacte de stabilité, il faut le gérer intelligemment."

Mais on n'est pas tout seuls...

- "Oui, mais il faut que la France convainque ses partenaires, d'abord qu'on ne peut pas se contenter d'une Banque centrale qui, magnifiquement, assise sur son trône, dit aux politiques "attention, rigueur budgétaire", tandis qu'elle continue à maintenir des taux d'intérêt stables au lieu de les baisser. Car un demi-point de taux d'intérêt baissé en Europe permettrait sûrement de soutenir l'investissement, qui en a bien besoin. Quand je regarde les Etats-Unis, ils pensent aussi que le déficit est très nuisible, ils pensent aussi qu'il faut mettre un peu de rigueur, mais ils ne sont pas dogmatiques. Ce qui nous manque en Europe, c'est à côté de la Banque centrale, un vrai gouvernement économique, qui permettrait de coordonner les politiques et de voir que dans une période difficile, ce n'est pas le moment où l'on règle ses dettes et où l'on réduit son déficit. Par contre, que la Banque centrale n'a-t-elle demandé au gouvernement Jospin, pendant les vaches grasses, de réduire le déficit. C'était là qu'il fallait vraiment l'imposer. Maintenant, elle pourrait émettre des recommandations un peu plus nuancées de pragmatisme. On ne peut pas en effet tout faire et on ne peut pas rajouter une rigueur budgétaire très forte à la difficulté présente. Ceci étant dit, la réduction du déficit est évidemment essentielle."

La rigueur n'est pas de mise ?

- "Je crois qu'il faut que les investisseurs continuent à investir, que nous ne découragions pas les consommateurs. Si tous les matins, on parle de rigueur, on n'en sort pas. Ce qu'il faut dire, c'est que nous traversons une période difficile, mais que nous avons un potentiel de croissance, si on met un peu d'ordre dans la Maison France. En réduisant les frais de fonctionnement, les frais généraux de l'administration française, on y arrivera."

Justement les frais généraux, c'est-à-dire une réforme de l'Etat ? Est-ce que la décentralisation qu'on nous promet et qui va être mise en place, va automatiquement entraîner une réduction de la taille de l'Etat central ?

- "Pas automatiquement. Il faut que cette volonté accompagne la décentralisation. Lorsque l'on confie une responsabilité à une collectivité locale, il faut que l'Etat sache aussi réduire sa voilure et se retirer carrément. Parce que jusqu'ici, l'Etat confiait des responsabilités, mais en même temps, il déconcentrait ses propres services. Alors, en quelque sorte, on avait un doublon entre les collectivités locales et l'Etat déconcentré."

Que faut-il faire ?

- "Lorsqu'une responsabilité est confiée à une collectivité, il faut la lui donner à part entière et que l'Etat se retire, gardant simplement dans certains cas la possibilité de contrôler a posteriori ce que fait la collectivité locale. Il n'y a pas besoin d'avoir une armée de fonctionnaires sur le terrain pour contrôler ce que font les collectivités locales."

J. Chirac a prononcé un discours sur la cohésion nationale, hier, à Troyes. Il a parlé de contrat d'intégration ; certains vont plus loin et disent qu'il faut accorder le droit de vote aux immigrés pour les élections locales. Quel est votre sentiment ?

- "L'intégration est un ensemble de démarches et je crois que J. Chirac a bien commencé par le commencement. La première démarche d'intégration, c'est l'accueil dans nos écoles, dans nos entreprises, sans discrimination. Et puis, effectivement, on peut imaginer qu'un étranger qui est resté un certain nombre d'années dans une commune, puisse participer au scrutin - c'est déjà vrai pour les ressortissants de la communauté européenne. Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs : il faut d'abord réussir cette véritable intégration dans sa dimension sociale et économique, et puis le juridique suivra."

Dans combien de temps ?

- "Ce qu'il faut, c'est que tous les Français vivent l'intégration comme un devoir, une chance, pensant à tout ce que peuvent apporter ces gens venus d'ailleurs à la communauté française. Il faut en faire de vrais citoyens de la République."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 15 octobre 2002)

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