Conférence de presse conjointe de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, et de M. Tassos Yannitsis, ministre grec délégué aux affaires européennes, sur l'élargissement de l'Union européenne, la réforme des institutions communautaires et les priorités de la présidence grecque de l'Union européenne, Athènes le 14 octobre 2002. (Propos de Mme Lenoir). | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse conjointe de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, et de M. Tassos Yannitsis, ministre grec délégué aux affaires européennes, sur l'élargissement de l'Union européenne, la réforme des institutions communautaires et les priorités de la présidence grecque de l'Union européenne, Athènes le 14 octobre 2002. (Propos de Mme Lenoir).

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

Circonstances : Voyage de Mme Noëlle Lenoir en Grèce le 14 octobre 2002

ti : Mesdames et Messieurs,


Tout d'abord je veux remercier mon collègue M. Yannitsis pour ses paroles d'accueil et d'amitié. Les thèmes qu'il a évoqués sont exactement ceux dont nous avons parlé. Juste un mot pour préciser l'objet de ma visite. D'une part, celle-ci s'inscrit dans le cadre de liens culturels et d'amitié extrêmement anciens, puisque l'influence de la culture grecque est très forte en Europe de manière générale et dans le monde, et surtout en France. Pour ma part, j'ai eu l'occasion de venir plusieurs fois dans votre pays, dans un cadre plus académique, pour rencontrer mes homologues professeurs de droit, conseillers d'Etat. Mais l'objet de ma visite s'inscrit dans un triple objectif : premièrement, celui de la présidence de l'Union européenne, que la Grèce assure dès maintenant dans les domaines de la finance mais aussi de la défense. Il s'agit là pour nous de grands enjeux de l'Europe agrandie dans un contexte beaucoup plus vulnérable que celui dans lequel nous avons vécu. Le deuxième objet, c'est de préparer ensemble le renouvellement de nos liens dans le cadre de la présidence grecque à partir du 1er janvier prochain. Comme l'a indiqué M. Yannitsis, le gouvernement français souhaite vraiment qu'il y ait une alliance franco-grecque et que nous puissions faire avancer des dossiers européens avec nos amis grecs sous leur présidence. Nous avons décidé, comme il a été indiqué tout à l'heure, d'instaurer des échanges à notre niveau, mais aussi des groupes de travail entre nos collaborateurs, sur tous les sujets importants.

Sur le premier thème, celui de l'élargissement, nous avons souligné qu'il s'agissait d'un moment tout à fait historique de l'histoire de l'Europe et que nous étions sans réserve en faveur de l'accession prochaine des dix pays qui ont été qualifiés par la Commission européenne.

Nous pensons que l'élargissement est la concrétisation de ce qui s'est passé il y a environ treize ans avec la chute du mur de Berlin. Cela faisait longtemps que ces pays étaient devant les portes de l'Europe et il était temps qu'ils nous rejoignent. Nous pensons que c'est une chance pour l'ensemble des Européens, et notamment pour les Etats membres actuels.

Nous saluons les progrès considérables et méritoires enregistrés par les Etats qui ne pourront pas nous rejoindre immédiatement, c'est-à-dire en particulier la Bulgarie et la Roumanie. Nous pensons que ces deux pays ont vocation à nous rejoindre dans quelques années et qu'ils seront alors certainement prêts. Pour la Grèce et la France, mais aussi pour les autres Etats membres de l'Union européenne, nous comptons les aider au maximum pour accélérer leurs progrès.

Nous saluons aussi la dynamique européenne de la Turquie dont l'engagement pour l'Europe est tout à fait important. Nous avons réaffirmé en commun la vocation européenne de la Turquie. Il ne s'agit pas de remettre en cause l'engagement qui a été pris de ranger la Turquie parmi les pays candidats.

Sur Chypre, l'espoir demeure que l'île puisse obtenir le règlement politique de sa situation de division. Ce règlement devrait intervenir, nous l'espérons, le plus tôt possible. Ce n'est pas un préalable à l'adhésion de Chypre, mais nous pensons que les efforts doivent être renforcés pour que ce règlement soit effectif très rapidement. Il faut saluer l'ouverture de la Grèce face à ce règlement politique. Nous pensons que le contexte actuel peut être très favorable à une accélération du processus. En tous les cas, nous restons tout à fait plein d'espoir pour les mois à venir.

Sur la Convention, tout pays doit faire preuve de beaucoup d'écoute de l'autre. Il est certain que in fine la Constitution européenne qui sortira des travaux de la Convention puis de la Conférence intergouvernementale ne sera ni le modèle français, ni le modèle grec, ni le modèle britannique, allemand ou belge. Ce sera la conjonction de l'ensemble des efforts qui auront été consentis par tous les Etats pour parvenir à un édifice commun. Il faut construire ensemble de nouvelles institutions sensiblement plus efficaces pour permettre à une famille agrandie à 25, et demain à davantage, de prendre des décisions communes dans des domaines de plus en plus divers.

Nous avons de larges convergences de vues en matière de justice et affaires intérieures, tout ce qui intéresse la lutte contre la criminalité transfrontière, la traite d'êtres humains, le terrorisme, le crime organisé. Nous allons travailler ensemble sur ces thèmes pour éventuellement faire une contribution commune à la Convention.

Sur l'architecture institutionnelle de l'Union, nous sommes ouverts à toute discussion et espérons pouvoir élaborer un travail en commun.

Nous avons évoqué les priorités de la présidence grecque. Nous pensons que compte tenu des caractéristiques de ce pays, il y a un thème, celui de la défense, qui est très important en raison d'une part, d'un équipement militaire tout à fait exceptionnel en Europe et d'autre part, d'une participation de la Grèce aux missions de l'Europe avec 2000 soldats dans les Balkans dont 1800 au Kosovo. Nous pensons par ailleurs que tout ce que fait la Grèce et qu'elle est seule à pouvoir faire, à savoir favoriser la stabilisation dans les Balkans, est bon pour l'Europe. Le rôle de la Grèce dans ce domaine est absolument incontournable. C'est la raison pour laquelle la politique européenne de sécurité et de défense est une priorité importante de nos deux pays.

La lutte contre l'immigration clandestine nous paraît aussi un enjeu extrêmement important dans le prolongement de la priorité qui avait aussi été définie par la présidence espagnole. Et à cet égard, nous pensons que cette question a une dimension sociale - car les étrangers en situation irrégulière n'ont pas de travail légal - et une dimension de sécurité qui doit être traitée au plan européen sous un angle beaucoup plus communautarisé.

La stratégie de Lisbonne, c'est-à-dire l'économie des connaissances, est aussi une priorité importante si l'on veut que l'Europe existe comme communauté politique, car une civilisation qui n'a plus de "cerveaux", qui n'a plus de recherche, de technologie, qui n'est plus productrice et qui devient consommatrice de connaissances, ne peut pas exister en tant qu'entité politique. Je crois que c'est aussi une des priorités de la présidence grecque à laquelle nous nous adhérons.

Un autre thème est celui du modèle social européen, une formule à laquelle nous souscrivons en commun et qu'il est inutile de commenter.

Et en dernier lieu nous sommes tout à fait favorables à ce que propose la présidence grecque c'est à dire d'avoir une stratégie beaucoup plus dynamique par rapport à ce que seront nos nouveaux voisins : c'est toute la problématique des relations avec la Russie, l'Ukraine, les frontières extérieures de l'Union, la relance de l'euro-méditerranée, du Sud de l'Europe, deux axes qui restent absolument majeurs et que la Grèce et la France proposent de développer de façon beaucoup plus décisive qu'à l'heure actuelle. Et c'est une excellente idée.

Inutile de dire que nous nous réjouissons des Jeux Olympiques de 2004, et on peut espérer que la France connaîtra de beaux succès à cette occasion.

Q - Quels seront les dangers d'un éventuel "non" de la part de l'Irlande sur la ratification du Traité de Nice ?

R - Inutile de vous dire qu'il y a un vrai risque et que le refus irlandais entraînerait une crise. Mais nous avons confiance, j'ai personnellement confiance, dans le résultat de ce référendum. Nous attendons le 19 octobre, c'est-à-dire dans quelques jours.

Q - Le début de la présidence grecque risque de coïncider avec le déroulement d'événements exceptionnels comme par exemple les relations des Etats-Unis avec l'Iraq. Est-ce que sur ce plan-là il y a eu une convergence des vues, notamment concernant un éventuel recours à la force dans le cadre des Nations unies ?

R - Comme vous le constatez, il y a une convergence de vues entre la France et la Grèce et, je dirais, au niveau européen, autour d'une idée force dans la gestion des crises, fussent-elles les plus graves, c'est à la communauté internationale de jouer son rôle. Il faut une approche multilatérale qui passe par l'ONU, en l'occurrence par le Conseil de sécurité. C'est la méthode à adopter aujourd'hui, comme ce doit être la méthode pour toute crise internationale. A cet égard, on peut constater une ligne européenne qui se dégage sur l'idée que la mission d'inspection doit se rendre en Iraq sans condition de la part du régime iraquien, avec un mandat des Nations unies. Nous nous concertons beaucoup entre nos deux pays, le Premier ministre grec, M. Simitis, se rend à Paris pour rencontrer le président Chirac le 6 novembre. Ils auront sans doute ce thème parmi leurs sujets de conversation comme d'autres sujets que nous avons évoqués aujourd'hui, plus strictement européens.

Q - Avez-vous abordé la question des Balkans ?

R - Je n'ai rien à ajouter à ce qui a été dit tout à l'heure. Nous sommes évidemment pour l'approfondissement d'un processus d'association et de stabilisation dans les Balkans tel qu'il est actuellement engagé.

Merci beaucoup

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 octobre 2002)

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