Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur la recherche biomédicale et l'imagerie médicale, notamment la filière nucléaire sur le vivant, Paris le 11 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur la recherche biomédicale et l'imagerie médicale, notamment la filière nucléaire sur le vivant, Paris le 11 septembre 2002.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Inauguration du nouveau cyclotron du service hospitalier Frédéric Jolliot à Paris le 11 septembre 2002

ti : Préambule

Monsieur l'Administrateur Général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d'abord remercier Monsieur l'Administrateur Général du Commissariat à l'Energie Atomique pour son aimable invitation à participer, de manière conjointe avec François Mattéi, mon collègue du gouvernement en charge de la santé, à cette inauguration du nouveau cyclotron du Service hospitalier Frédéric Joliot. Je tiens à marquer ici tout mon intérêt pour les recherches biomédicales, et tout particulièrement pour celles menées au CEA dans le domaine de l'application des radio-isotopes à l'exploration fonctionnelle du vivant. Mon parcours personnel de médecin et de biologiste ayant choisi de travailler en physiologie neurosensorielle ne fait que renforcer mon intérêt scientifique à découvrir ce grand centre français de recherche en imagerie médicale, pionnier dans le domaine de la médecine nucléaire.

La place et les missions du CEA

Le CEA occupe en France, dans le paysage de la recherche en biologie, une place bien particulière en raison de ses missions spécifiques. Elles relèvent de deux axes: l'étude de l'effet des rayonnements ionisants sur la matière vivante, d'une part, le développement d'applications des radio-isotopes et, plus largement, des technologies issues du nucléaire à l'exploration du vivant, d'autre part.

Dans un contexte international où l'option de l'énergie nucléaire paraît plus que jamais devoir être maintenue largement ouverte il est capital d'encourager une recherche scientifique de haut niveau consacrée aux conséquences des rayonnements ionisants et des matières toxiques produits par la filière nucléaire sur le vivant. La responsabilité de conduire cette recherche est confiée par l'Etat au CEA. L'excellence scientifique de vos recherches et votre capacité à partager vos connaissances avec la société civile sont des conditions indispensables pour assurer un choix éclairé de nos concitoyens à propos de l'option nucléaire.

L'autre grand axe de travail du CEA en biologie est plus spécifiquement l'objet de notre rencontre aujourd'hui. Depuis un demi-siècle, le CEA a joué un rôle pionnier dans le développement des utilisations des radio-isotopes en biologie. Parmi celles-ci, l'imagerie médicale, avec la scintigraphie monophotonique et, plus récemment, la tomographie par émission de positons (TEP), est probablement le domaine le mieux connu du grand public et celui dont l'impact sur la santé est le plus directement perceptible.

L'investissement du CEA dans l'imagerie TEP

Les acquis actuels et l'énorme potentiel à venir de la TEP dans le diagnostic et le suivi thérapeutique des patients, en particulier dans le domaine de l'oncologie, seront plus particulièrement évoqués par Jean-François Mattéi. Je voudrais donc plutôt partager avec vous quelques réflexions et les attentes du Ministère concernant l'utilisation de la TEP à des fins de recherche.

Bien avant l'explosion de l'IRM comme technique alternative pour l'exploration fonctionnelle du cerveau humain, la TEP a représenté l'archétype de la méthodologie mi-lourde utilisée en recherche biomédicale.

L'accès à la TEP est onéreux en raison des coûts d'investissement considérables que représentent l'achat d'une caméra TEP, la construction d'un cyclotron et l'installation des laboratoires de radiochimie associés. De plus, des moyens humains très importants doivent être mobilisés en ligne, depuis la production de l'isotope émetteur de positons jusqu'à l'obtention d'une image fonctionnelle quantitative. Cette importante mobilisation de moyens, inhabituelle en biologie, restreint considérablement le nombre de sites de recherche disposant de cette méthodologie. Je dois ici souligner le rôle moteur du CEA qui en raison de ses missions, mais aussi grâce à la flexibilité de son mode de fonctionnement, a su très tôt mobiliser les ressources requises pour doter la France d'un centre compétitif de recherche en imagerie TEP à Orsay. Cet engagement a été maintenu au cours des vingt dernières années, grâce à la mise à niveau régulière des équipements et des compétences, au Service Hospitalier Frédéric Joliot, et grâce à la participation du CEA au développement d'un second centre de recherche en imagerie TEP à Caen, au sein du Groupement d'Intérêt Public CYCERON.

L'arrivée d'un nouveau cyclotron du Centre Hospitalier Frédéric Joliot marque une nouvelle étape de l'implication du CEA dans le développement de l'imagerie TEP. Il s'agit, bien sûr, de pouvoir répondre à la demande croissante de Fluoro-Désoxy-Glucose pour les applications cliniques en oncologie. Le rôle précurseur du Centre Hospitalier Frédéric Joliot dans la production de cette molécule pour la communauté francilienne de médecine nucléaire trouve ici un juste retour récompense, sous forme de ressources propres qui seront réinvesties dans la recherche.

Les défis de la recherche en imagerie TEP

Il me paraît tout à fait capital que l'activité de recherche, destinée à s'amplifier grâce à la capacité du nouveau cyclotron, reste au c¿ur des préoccupations du CEA dans la mesure où l'imagerie fonctionnelle des phénomènes moléculaires dans le vivant constitue aujourd'hui un enjeu majeur, pour notre pays.

L'imagerie TEP, par sa sensibilité inégalée, est probablement l'outil le mieux adapté pour sonder, directement dans le cerveau intact, l'activité synaptique contrôlée par les neurotransmetteurs. Je mesure combien il est difficile de mettre au point des radio-traceurs suffisamment spécifiques et aux propriétés cinétiques compatibles avec les expériences in vivo ; je suis néanmoins convaincue que l'imagerie TEP est l'une des clés qui permettront aux chercheurs en neurosciences d'élucider l'implication des différents systèmes de neurotransmission dans les fonctions supérieures du cerveau humain.

Le développement de l'imagerie de l'expression des gènes représente un second défi tout aussi ambitieux.

Quelle que soit la stratégie envisagée, la possibilité de cartographier directement in vivo l'activité de transcription d'un gène particulier représente une avancée majeure. Par rapport aux méthodes optiques déjà opérationnelles, l'imagerie TEP dispose d'une sensibilité tout à fait compétitive et permet surtout une visualisation des tissus profonds ainsi qu'une quantification rigoureuse. De plus, la disponibilité croissante de caméras TEP cliniques rendra possible la transposition directe au contexte médical de la cartographie de l'expression des gènes utilisant cette modalité d'imagerie. Je pense ici naturellement à un domaine d'application comme le suivi de la thérapie génique, dont le développement à venir dépend largement des méthodes d'évaluation précoce de l'efficacité du transfert de gène. Mais il me semble évident que l'imagerie de la transcription des gènes par TEP aura dans les prochaines années à une portée beaucoup plus large, puisqu'elle pourrait constituer une méthode générale pour explorer le phénotype moléculaire d'une population cellulaire donnée.

Parallèlement à cette approche universelle, qui restera peut-être limitée au domaine de la transgenèse, de nombreuses autres cibles moléculaires méritent toute l'attention des chercheurs en radiochimie et en pharmacocinétique qui développent les traceurs TEP. Dans le domaine de l'oncologie, des maladies inflammatoires ou ischémiques, des sites extracellulaires facilement accessibles pourront être imagés à l'aide de diverses sondes radiomarquées, telles que des anticorps, des peptides ou des mini-protéines.

Je suis persuadée que l'explosion que connaît actuellement l'utilisation du Fluoro-Désoxy-Glucose en oncologie est seulement le prélude à de multiples autres débouchés de l'imagerie TEP dans le diagnostic médical et la recherche clinique. De plus, la disponibilité récente de caméras TEP dédiées aux petits animaux ouvre de nouvelles perspectives pour des applications multiples en post-génomique dans les modèles murins.


Voici donc brossées quelques orientations qui nous montrent toute l'importance de cette nouvelle installation. Je sais que le CEA poursuivra avec enthousiasme et détermination, à l'aide du cyclotron que nous inaugurons aujourd'hui, des recherches méthodologiques de très haut niveau en vue de développer les applications biomédicales de l'imagerie TEP, outil précieux pour l'aide au diagnostic et au traitement.

Je serai très attentive aux conclusions du comité de visite international du CEA, qui évaluera cette année spécifiquement ses activités de recherche en sciences du vivant. En fonction de celles-ci, sachant combien je suis confiante dans leurs expressions positives et constructives, nous veillerons à ce que les recherches en biologie menées au CEA au meilleur niveau d'excellence soient soutenues, à la hauteur la plus appropriée.

Je souhaite donc vous délivrer un message fort et chaleureux d'encouragement à poursuivre selon les voies exigeantes que vous avez su de manière générale, et tout particulièrement en recherche biomédicale, emprunter au CEA. Le CEA a su répondre présent depuis sa création aux besoins stratégiques de notre pays. Il a toute notre confiance pour l'avenir, dans ce domaine comme dans les autres domaines particuliers civils qui lui sont confiés en relation avec la production d'énergie et le développement technologique.

Je vous remercie de votre attention.


(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 13 septembre 2002)

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