Interview de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, dans "Le Courrier de l'Anvar" de septembre 2002, sur l'aide à la création d'entreprise de technologies innovantes et les rapprochements entre la recherche publique et la recherche industrielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, dans "Le Courrier de l'Anvar" de septembre 2002, sur l'aide à la création d'entreprise de technologies innovantes et les rapprochements entre la recherche publique et la recherche industrielle.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

ti : Aider à la création d'entreprises innovantes est l'une de nos actions prioritaires


Comment stimuler l'innovation en France ? Quelle place le Concours national d'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes occupe-t-il dans le dispositif gouvernemental ? Quid du rapprochement entre recherche publique et recherche industrielle ? Autant de questions auxquelles Claudie Haigneré, ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies, a accepté de répondre pour Courrier Anvar.

Vous avez procédé, le 11 juillet dernier, à la remise des prix du Concours national d'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes. Quels sont, selon vous, les faits marquants de cette 4e édition ?

Ce concours, créé en 1999 par le ministère chargé de la Recherche avec l'appui de l'Anvar, est devenu une pièce importante du dispositif gouvernemental de soutien à l'innovation. La 4e édition a été marquée par quelques faits que je voudrais souligner. En effet, le concours a franchi le seuil symbolique des 1 000 lauréats en quatre ans et plus de 350 entreprises et 2 500 emplois ont été créés. Il est devenu aujourd'hui un solide label d'excellence pour les lauréats et les projets retenus.

Il a récompensé cette année106 lauréats dans la catégorie "émergence" qui ont reçu une aide moyenne de 32 200 ¿ pour des projets au stade de la préfiguration, et 118 lauréats dans la catégorie "création-développement" qui ont reçu une aide moyenne de 225 500 ¿ pour des projets plus avancés, pour lesquels la création d'une société est acquise ou hautement probable à court terme. Parmi les lauréats de la catégorie "création-développement" de cette année, 40% d'entre eux sont des lauréats "en émergence" des concours précédents : le concours accompagne donc de nombreux porteurs de projet jusqu'à la création de leur entreprise. Par ailleurs, 47 % des lauréats sont cette année issus de la recherche publique : le concours assure donc bien le lien souhaité entre la recherche publique et l'économie de marché. Je remarque également une forte synergie entre le concours et les autres mesures incitatives conduites par le ministère, puisque plus de 30 % des projets lauréats ont bénéficié de l'aide des incubateurs ou des fonds d'amorçage : le concours s'inscrit de manière cohérente et efficace dans l'ensemble des mesures d'aide à la création des jeunes entreprises. Enfin, je me réjouis du fait que les projets retenus couvrent l'ensemble des secteurs économiques biotechnologie, pharmacie, services informatiques, électronique et télécommunications, mais également les secteurs dits traditionnels, mécanique, chimie et matériaux. Ils ont connu une forte hausse d'innovation cette année.

Lors de la cérémonie de remise des prix, j'ai été frappée par la grande maturité et la haute compétence technique des lauréats. Ils incarnent cette société de l'innovation et de l'intelligence, créatrice de richesse et d'emplois que nous souhaitons tous, pour notre pays, voir se développer. J'ai été fière de remettre en personne dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, haut lieu de l'excellence scientifique, les neuf prix spéciaux à de jeunes chercheurs fortement motivés par leurs travaux. Ils ont su remarquablement les présenter et les défendre en quelques mots, et nous faire partager leur souci de tirer de leur découverte des applications commercialisables, avec des enjeux réels de progrès pour notre société. Je les remercie chaleureusement pour leur travail et leur participation quotidienne à l'innovation. Je souhaite que notre pays sache utiliser au mieux le potentiel de ces jeunes talents. J'adresse mes très vifs remerciements à Madame Lauvergeon qui a présidé cette année encore le jury national en y apportant son expérience et son dynamisme, ainsi qu'à tous les autres membres du jury national et des jurys régionaux et à l'Anvar pour leur assistance efficace. Merci également aux services de la direction de la Technologie de mon ministère, si impliqués dans l'organisation de ce concours.

Comment envisagez-vous de poursuivre ce soutien en faveur de la création d'entreprises innovantes ?

Le concours national est un soutien essentiel et reconnu en faveur de la création de jeunes entreprises innovantes. Nous voulons aller plus loin. Le renforcement de notre capacité de création de jeunes entreprises innovantes est l'un des axes de travail prioritaires de mon ministère.

La loi du 12 juillet 1999 sur l'innovation et la recherche a été une première étape nécessaire, mais elle n'est pas, je crois, suffisante, eu égard aux besoins constatés. Les soutiens et mesures existants seront complétés par un plan d'action global en faveur de la création d'entreprises innovantes qui marquera la volonté générale du gouvernement de renforcer l'innovation dans notre pays. Ce plan sera élaboré en concertation avec les autres départements ministériels concernés, en particulier avec le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie et avec le secrétariat d'Etat aux PME.

Pour cela, nous travaillons dans plusieurs directions. Il faut pérenniser les incubateurs qui accueillent les jeunes entreprises en création après une évaluation rigoureuse de leurs performances. Il faut améliorer et renforcer les structures d'aide à la création d'entreprises, ainsi que le financement, la fiscalité et le cadre juridique et réglementaire de ces jeunes entreprises ; nous travaillons déjà sur des propositions de modification de leur environnement fiscal. Il faut étendre l'application du crédit d'impôt Recherche et revoir l'ensemble des dispositifs fiscaux d'incitation à l'investissement en R D. Je crois aussi au développement d'un partenariat plus dynamique entre la recherche publique et la recherche privée pour faciliter et consolider la création de ces jeunes entreprises. Ceci doit passer par une meilleure reconnaissance des initiatives prises par les chercheurs.

Je suis consciente aussi qu'il faut accompagner les jeunes créateurs au-delà de l'acte de création, au moins pendant les premières années de vie de leur jeune entreprise, en leur permettant notamment de bénéficier des compétences juridiques et managériales, en particulier dans le domaine de la propriété industrielle et de la valorisation, ou d'acquérir ces compétences.

Les secteurs des nanotechnologies et des biotechnologies retiennent toute mon attention. La France creuse en particulier son retard en biotechnologie. Elle est en troisième position en Europe derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni. Nous devons agir vite et efficacement.

Quelles sont les priorités de votre ministère en matière de rapprochement entre recherche publique et recherche industrielle, en matière de sensibilisation à l'entrepreneuriat et à la recherche, et qu'attendez-vous de l'Anvar pour stimuler plus encore l'innovation au sein des PME?

Aider à la création de jeunes entreprises est l'une de nos actions prioritaires, mais elle n'est pas la seule. Un grand plan national de mobilisation sera au c¿ur de la politique économique ambitieuse du nouveau gouvernement, afin d'insuffler un nouvel élan indispensable pour la recherche et l'innovation et une nouvelle croissance. En dépit d'atouts incontestables, la France a perdu, au cours de ces dernières années, un terrain considérable en matière de recherche et d'innovation par rapport aux leaders européens et aux Etats-Unis. La Commission européenne a souligné ce retard. Si nous ne redressons pas sans délai la situation française actuelle, nous souffrirons d'un retard technologique et industriel grandissant.

Dans le cadre de ce grand plan national de mobilisation pour la recherche et l'innovation, le ministère veut agir pour engager des réformes d'envergure prioritaires dont l'objectif est d'atteindre 3 % du PIB en dépenses de recherche et développement à l'horizon 2010.

Pour cela, nous voulons conduire une action efficace à double échéance : une échéance à court terme pour ce qui concerne l'organisation et l'aménagement du dispositif existant capable de répondre aux urgences, et une échéance à moyen/long terme portée par une vision et une stratégie. Il s'agit de voir loin en élaborant une réflexion où les points de vue, les compétences et les disciplines, au lieu de se développer de manière cloisonnée, s'entrecroisent et se confortent. Pour cela nous avons établi une méthode et un plan de travail dans l'objectif de présenter les principales orientations de notre politique en matière d'innovation en conseil des ministres à la fin de l'année. Nous avons commencé à réaliser un état des lieux de l'innovation dans notre pays et nous travaillons sur quelques axes pour lesquels nous ferons des propositions devant déboucher sur des actions concrètes. Pour renforcer ce travail, je lancerai dès septembre une consultation approfondie des principaux acteurs sur le terrain.

Le renforcement du partenariat entre la recherche publique et la recherche privée est une de nos priorités. Je crois que la complémentarité des recherches publique et privée sera l'un des éléments principaux pour atteindre cet objectif. Nous aurons besoin d'une forte implication industrielle aux côtés de la recherche académique. Il faut un vrai partenariat avec des rôles identifiés, et une prise de conscience de la nécessité de travailler ensemble. La mobilité des chercheurs entre recherche publique et privée, la création de plates-formes technologiques mixtes et de grands équipements scientifiques mixtes, ou encore la multiplication des laboratoires mixtes et des cellules communes de valorisation des organismes publics traduiront ce rapprochement.

Le renforcement de l'esprit d'entreprendre est une de nos autres priorités. Je souhaite qu'un effort particulier soit appliqué à la sensibilisation et à la formation des jeunes à l'entrepreneuriat, dans l'enseignement supérieur et l'enseignement professionnel, mais également dès le lycée. Notre ministère a déjà engagé des réflexions sur ce sujet, notamment avec la Conférence des présidents d'université (CPU). Un Observatoire des pratiques pédagogiques en entrepreneuriat (OPPE) a été créé l'an dernier. Un travail d'évaluation et de propositions est en cours. Ces actions devraient aboutir à des échanges à double sens entre l'Education nationale et l'entreprise.

Mais il faut également augmenter la propriété intellectuelle en France et en Europe, véritable pilier de l'innovation technologique pour lequel la France doit combler son retard par rapport aux pays concurrents, et enfin affirmer le rôle moteur de la France dans la construction de l'Espace européen de la recherche et de l'innovation.

L'Anvar sera un de nos partenaires majeur et privilégié pour conduire ce grand chantier de l'Innovation. Nous capitaliserons sur sa parfaite connaissance du terrain et des différents acteurs. Je remercie par avance tous les membres de l'Anvar de leur mobilisation pour relever, ensemble, le défi essentiel d'une innovation plus performante et efficace.


(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 21 octobre 2002)

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