Déclaration de Mme Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et à l'égalité professionnelle, sur les les réflexions engagées et les actions menées en faveur de l'égalité hommes-femmes et le projet de création d'un Institut européen du genre, Toulouse le 17 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et à l'égalité professionnelle, sur les les réflexions engagées et les actions menées en faveur de l'égalité hommes-femmes et le projet de création d'un Institut européen du genre, Toulouse le 17 septembre 2002.

Personnalité, fonction : AMELINE Nicole.

FRANCE. Ministre délégué à la parité et à l'égalité professionnelle

Circonstances : Ouverture du 3ème colloque international de la recherche féministe francophone à l'univeristé du Mirail à Toulouse le 17 septembre 2002

ti : Avons-nous retenu toutes les leçons de l'histoire ?


Le 21è siècle sera-t-il celui du droit, des droits attachés à la personne humaine, ou bien le fossé se creusera-t-il encore entre l'idéal proclamé et la réalité du monde ?

En situant résolument vos travaux dans une perspective historique, vous faites de ce Colloque le reflet des grandes interrogations de notre temps et vous le situez aussi au coeur de ce monde nouveau, de nos sociétés multiples et ouvertes qui fondent leur destin sur la diversité des cultures, mais également sur l'émergence d'une éthique universelle.

Nous vivons, en effet, un double rendez-vous avec l'espace et le temps.

La configuration de ce colloque, la qualité de ses participants, traduisent bien une approche renouvelée de ces questions, fondée sur l'échange, le dialogue des peuples et des cultures, autour d'une langue en partage et d'idéaux communs.

Je suis heureuse de saluer chacune et chacun d'entre vous et de former des voeux de plein succès pour ces travaux, dont je mesure toute la portée et l'intérêt.

Ils marquent, en effet, une étape importante dans l'évolution de nos recherches collectives et s'inscrivent naturellement dans le sens de l'Histoire, dont trop de freins sociaux, politiques ou culturels retardent la marche.

Sachons aujourd'hui nous appuyer sur ce que vous représentez, le mouvement des consciences, l'intelligence du savoir et l'ouverture au monde.

Vous êtes porteuses et porteurs d'une culture humaniste attachée à la diversité, mais tout autant aux droits intangibles liés à la personne humaine.

A l'heure de la mondialisation, s'il s'agit, comme je le crois, au-delà de la stricte logique économique, de faire valoir les principes d'une nouvelle conscience universelle, fondée sur la dignité et l'égalité. Nul doute que les femmes constituent, pour une large part, les forces du changement.

C'est assez dire l'importance que je porte à cette rencontre et aux réflexions qu'elle induira.

Car aujourd'hui, le constat est clair. Entre l'égalité consacrée par le droit et l'égalité réelle, il existe une trop grande distance.

Il est du ressort du politique de donner un élan nouveau, déterminant à cette évolution nécessaire. Les politiques sociales sont, ainsi, parfaitement dans leur rôle, lorsqu'au-delà de la solidarité, elles servent la responsabilité individuelle et collective.

C'est le sens de la mission que m'ont confiée le Président de la République et le Premier Ministre.

J'ai conscience, comme vous-mêmes des progrès restant à accomplir, mais aussi de l'exigence démocratique que représente ce défi.

Ainsi, dans le domaine politique, si une démocratie peut naturellement coexister avec des différences, lorsque l'écart entre la réalité d'une communauté et la représentativité de ses instances se creuse, il est urgent et nécessaire de replacer la mixité au coeur des dynamiques sociales et politiques.

Ma conviction est qu'en effet, nos démocraties ne connaîtront de réelles marges de progrès qu'à travers des politiques plus fortes dans le domaine de l'égalité.

Dans notre pays, les femmes, souvent à l'avant-garde de l'histoire, ont tout aussi fréquemment raté la marche des siècles.

La Révolution française les a privés d'un scrutin qui n'eût d'universel que le nom.

Le Code Napoléon les a durablement contenues au sein de la sphère privée, consacrant ainsi la conception rousseauiste de la société.

Si le XXè siècle s'est ouvert sur de vastes espérances liées à l'héroïsme quotidien de celles qui assumèrent de lourdes responsabilités durant la guerre, bien après les pionnières du Wyoming, il fallut attendre la moitié du siècle pour qu'elles aient le droit de vote et ces trois dernières décennies pour qu'elles obtiennent la maîtrise de leur descendance et l'autonomie économique.

C'est la loi qui, dans son rôle de modernisation de la société, a favorisé ces mutations fondamentales.

Résultat d'une prise de conscience de la situation réelle des femmes, à travers leurs écrits, leurs voix ou leurs vies, d'Olympe de Gouges à Marie Curie, de Louise Weiss à Simone de Beauvoir, la conscience sans cesse réaffirmée d'une inégalité persistante entre les hommes et les femmes a suscité des modifications législatives et constitutionnelles.

Je conduirai, sous l'impulsion du Gouvernement, une action résolue dans ce domaine. Je souhaite la mener en favorisant l'idée que la mixité professionnelle, au-delà d'une simple mesure d'équité, est un facteur de croissance et d'enrichissement collectif.

Le principe d'égalité doit être un principe actif de management, le gêne organisateur d'une société moderne qui progresse sur une nouvelle dynamique hommes/femmes dans l'approche et la gestion des problèmes politiques, économiques et sociaux.

Certes, les stéréotypes et schémas sociaux ou culturels restent prégnants et sou tendent bien des comportements masculins et féminins.

A cet égard, chacun sait que les changements sociaux les plus importants, ceux qui affectent les attitudes et les mentalités, ne peuvent aboutir que si le dialogue social leur donne une forte impulsion.

Convaincre ou contraindre ?

Le cadre juridique existe au plan national. Les institutions communautaires se sont elles-mêmes fortement mobilisées sur ces questions, donnant une impulsion dont chaque Etat pourra bénéficier.

Il s'agit donc d'évaluer les résistances, les blocages et, parallèlement, de promouvoir de manière dynamique et positive les mesures nécessaires et adaptées au changement social.

Chacun le sait, au-delà des facteurs discriminants qui freinent le déroulement des carrières dès l'orientation scolaire et au sein même des entreprises, le poids des contraintes familiales subies, et souvent anticipées, justifient la moindre implication des femmes dans leur vie professionnelle.

Ouvrir davantage les entreprises à la parentalité, développer des modes de garde au sein même du milieu professionnel, rééquilibrer la présence des femmes dans les lieux de décision, accompagner de nouvelles stratégies de management fondées sur la mixité : tels sont les axes que la négociation professionnelle et le dialogue social vont nous aider à concrétiser.

Mais l'action politique ne peut être réellement efficace que si elle s'appuie sur une connaissance approfondie des phénomènes économiques et sociaux. C'est pourquoi les recherches féministes, que l'on pourrait également qualifier de recherches sur le genre, revêtent une grande importance pour la réalisation de l'égalité des chances.

Dès le début des années 80, une collaboration entre le ministère des droits de la femme et le ministère de la recherche a permis quelques avancées dans ce domaine. Nous sommes résolus à poursuivre et à développer cette collaboration, d'autant plus qu'en France, comparativement aux pays anglo-saxons et au Québec, ici représenté ou à certains pays d'Europe continentale, les enseignements et les recherches féministes n'ont sans doute pas encore la place qu'ils méritent, même si, de façon relativement récente, les séminaires, colloques et recherches intégrant la dimension du genre se multiplient. C'est la preuve d'un intérêt pour cette problématique.

Depuis les années 90, des associations regroupant des chercheurs et chercheuses spécialistes du genre se sont créées, surtout en histoire, et de nouvelles publications ont vu le jour, comme CLIO, la revue du Mage et les Cahiers du genre. Les chercheurs et chercheuses spécialisés se sont même constitués en réseau national interdisciplinaire et interuniversitaire sur le genre (RING). Cette constitution en réseau permet de répondre à l'exigence interdisciplinaire, qui est au coeur des recherches sur le genre, et de prendre appui sur des complémentarités entre les différents sites et les différentes équipes. Le RING a notamment pour objectif de coordonner des centres de recherche au niveau national, intégrés dans des universités, d'organiser des journées d'études et des colloques, de mettre en commun des ressources documentaires en relation avec des réseaux étrangers et de disposer d'une structure d'accueil pour les chercheurs et chercheuses isolés.

Ces initiatives montrent qu'en France, l'importance de l'expertise féministe est croissante.

Une dynamique s'est également engagée au niveau européen. Il convient de signaler le projet de création d'un Institut européen sur le genre, proposé en 1999 à l'initiative de la Suède et souhaité par la Commission Européenne. Rebaptisé depuis " institut européen pour l'égalité hommes-femmes ", il aurait pour objectif de centraliser et de diffuser l'information, de coordonner la recherche, de mettre en évidence la dimension de l'égalité des chances, enfin, de construire des outils pour intégrer cette dimension. Il ne s'agirait donc pas d'une institution de recherche, mais d'un lieu qui permettrait d'établir un lien plus étroit entre les chercheurs et les institutions européennes.

L'implantation de son siège n'est pas encore fixée, mais je souhaiterais, pour ma part, que la France propose la candidature d'une ville française, qui ne serait pas nécessairement Paris.

Au niveau institutionnel français, des initiatives récentes permettent également d'espérer de nouvelles opportunités pour les recherches féminines. Le Ministère de l'Education nationale et de la recherche a engagé, en 2001, des actions volontaristes en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes, avec la nomination d'une chargée de mission pour la promotion de l'égalité des chances hommes/femmes dans l'enseignement supérieur et la création d'une " mission parité "au sein de la Recherche. Outre un meilleur accès des femmes aux emplois de responsabilité dans l'enseignement supérieur et le recherche, il s'agit, plus globalement, de promouvoir la dimension du genre dans les enseignements et les recherches.

Par ailleurs, le Ministère délégué à la parité et à l'égalité professionnelle finance une étude, confiée à l'Association nationale des études féministes et dans laquelle l'équipe SIMONE est également très impliquée, qui a pour objectif de recenser les enseignements et recherches menés en France sur le genre. Les premiers résultats seront d'ailleurs présentés lors de ce colloque. Cette étude doit notamment permettre d'avoir une cartographie précise de la situation française, mais également servir de support de réflexion aux institutions concernées, afin de définir une stratégie de sensibilisation des équipes d'enseignements et de recherche à l'intégration de cette problématique dans leurs programmes et travaux.

L'apport des recherches féministes est indéniable, tant en termes de connaissances nouvelles et de remise en cause des approches neutres au regard du genre, qu'en termes d'expertise sur la situation professionnelle et sociale des femmes.

C'est une garantie de l'efficacité des institutions que d'apprendre à mieux se nourrir des éléments de vos analyses. Je veux donc vous dire toute l'importance que j'attache à notre partenariat et saluer l'initiative que vous avez prise en organisant ce troisième colloque international des recherches francophones.

Je lirai avec le plus grand intérêt les communications que vous avez programmées et les réflexions que vous aurez menées.

Les ruptures sont largement consommées. Les résistances faiblissent. Mais il y a toujours place pour les utopies directrices et mobilisatrices.

La politique est en phase avec les avancées les plus hardies de la connaissance, mais elle reste en prise aussi avec tout le conservatisme et toutes les ignorances, les préjugés ou les aveuglements.

Le moment est venu de construire une véritable éthique du futur à partir des droits intangibles qui, sur chaque continent, dans chaque pays, nous concerne tous.

Ainsi que le rappelait, à Johannesburg, le Président de la République, " au regard de la vie sur terre, l'humanité commence à peine, mais prenons garde à ce que le XXIième siècle ne devienne pas, pour la génération future, un crime de l'humanité contre la vie "

(Source http://www.social.gouv.fr, le 21 octobre 2002)

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