Interview de M. Charles Pasqua, président du Rassemblement pour la France, à La Chaîne info le 4 novembre 2002, sur l'arrivée des "islamistes modérés" après les élections en Turquie, son refus de voir l'Union européenne s'élargir à la Turquie, la décentralisation et ses propositions pour des transferts de compétences aux collectivités locales. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Charles Pasqua, président du Rassemblement pour la France, à La Chaîne info le 4 novembre 2002, sur l'arrivée des "islamistes modérés" après les élections en Turquie, son refus de voir l'Union européenne s'élargir à la Turquie, la décentralisation et ses propositions pour des transferts de compétences aux collectivités locales.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, HAUSSER Anita.

FRANCE. RPF, président

ti : A. Hausser .-En tant que député européen, je ne peux pas ne pas vous poser la question sur les élections en Turquie, où le Parti de la justice et du développement a obtenu la majorité absolue, c'est-à-dire 361 sièges sur 550. C'est un parti qui se dit européen. Est-ce que cela vous renforce dans votre hostilité à l'adhésion de la Turquie ?

- "Je ne suis pas favorable à l'adhésion de la Turquie. D'abord, parce que la Turquie n'est pas en Europe : elle a une petite portion de son territoire en Europe, mais l'immense partie de son territoire n'est pas d'Europe. D'autre part, l'entrée éventuelle de la Turquie dans l'Union européenne correspond à un souhait exprimé par les Américains, qui souhaitent que finalement, l'Union européenne et l'OTAN couvre le même territoire."

Il y a un peu de logique là-dedans.

- "De leur part à eux, oui. Mais en ce qui nous concerne, avons-nous intérêt à voir arriver dans l'Union européenne 100 millions de Turcs, dont la plupart sont islamistes ? Moi, un "islamiste modéré", je ne sais pas ce que c'est. Je sais ce qu'est un musulman, très bien. Mais un islamiste, ce n'est pas quelqu'un de modéré, c'est quelqu'un qui veut que le pouvoir islamiste s'implante dans le monde entier. Voilà la réalité des choses."

Redoutez-vous que l'Europe devienne islamiste ?

- "Non, je ne redoute pas que l'Europe devienne islamiste, mais elle a déjà suffisamment de problèmes, je ne vois pas pourquoi, de surcroît, elle se collerait celui-là sur le dos. Mais attendons de voir ce qui va se passer. Je doute fort que les militaires laissent cette situation se développer sans en tirer un certain nombre de conséquences."

Ce qui veut dire qu'ils reprendraient le pouvoir ?

- "Je ne sais pas, mais je doute fort qu'ils acceptent cela. Maintenant, un petit commentaire sur les raisons pour lesquelles les islamistes sont arrivés au pouvoir : c'est l'échec de la coalition précédente, qui a été incapable de faire face aux problèmes du peuple turc. Mais ce sont aussi les conséquences de la politique conduite par le FMI qui a, sous prétexte de redresser la situation économique - et comme on le voit souvent, en Amérique du Sud notamment -, a eu pour conséquence d'augmenter les difficultés des populations."

C'est pour cela que vous devez saluer l'assouplissement du Pacte de stabilité ?

- "Oui, bien entendu. Je n'ai jamais cru à ce Pacte de stabilité. Je ne veux pas dire par là que la recherche du déficit budgétaire ne doive être pas une priorité, bien sûr que non. Il faut une certaine souplesse. Et le Pacte de stabilité a été conclu - ce qui ne manque pas de sel - à la demande des Allemands ; ce sont d'ailleurs eux qui ont imposé le seuil de 3 % du déficit budgétaire et qui ne peuvent pas eux-mêmes le respecter, parce que nous ne sommes plus tout à fait dans la même situation économique. Il faut en tirer les conséquences, il faut s'adapter."

Pour en venir aux problèmes franco-français, vous avez été pendant des années président du Conseil général des Hauts-de-Seine, vous suivez de très près les affaires du département. Vous aviez fait part de votre scepticisme à propos de la réforme de la décentralisation. Quand vous entendez J.-L. Debré s'indigner contre "l'intégrisme décentralisateur", vous êtes de son avis ?

- "Non, pas tout à fait. Je comprends les préoccupations de J.-L. Debré, parce qu'il est vrai que si on laissait la décentralisation se développer de manière anarchique, notamment avec l'expérimentation dont on ne sait pas si ensuite on en tirerait les leçons pour l'ensemble du territoire ou pas, tout cela joint aux problèmes causés par la réorganisation de l'Union européenne et la tendance à voir s'organiser l'Europe des régions, tout cela risque de porter en germes la désagrégation de la nation. C'est clair. Je suis favorable à la décentralisation, parce que je crois que l'Etat est boulimique, trop présent, qu'il faut le dégraisser, transférer aux régions, aux départements, aux communes, un certain nombre de compétences."

N'aurait-il pas fallu faire un choix, une fois pour toutes, entre département et région ? N'y a-t-il pas un échelon administratif de trop, comme on le dit régulièrement ?

- "Non, je ne crois pas. La question que l'on peut se poser, c'est s'il ne faut pas revoir les découpages géographiques, ce qui est un autre problème. Certains départements sont aussi importants que des régions. Chaque département de la région parisienne fait plus d'un million d'habitants, donc beaucoup plus que certaines régions. D'autre part, si on recherche la proximité, c'est-à-dire un pouvoir décisionnaire le plus proche possible des électeurs, alors, ce sont les communes et les départements, la région étant beaucoup plus loin. Ce qu'il faut faire, c'est probablement préciser quelles compétences on peut transférer aux régions, quelles compétences on peut transférer aux départements et idem pour les communes. Je vais prendre des exemples très rapides. Pourquoi ne pas transférer, aux communes par exemple - alors qu'on a commencé à leur reconnaître des pouvoirs de police -, tout ce qui concerne la circulation ? Elles ont déjà le stationnement. Pourquoi est-ce que ce doit être la police nationale qui s'occupe de la circulation ? Cela, on peut parfaitement transférer cela aux communes. Pourquoi ne pas transférer aux régions les universités ?"

Elles ont les lycées...

- "Mais les lycées, on pourrait parfaitement les donner aux départements, qui ont déjà les collèges. Il y aurait une certaine cohérence. Parce que ce dont on a besoin, c'est de rapprocher les universités des citoyens. Cela n'est valable que si, dans le même temps, on ne se contente pas seulement de donner tout ce qui concerne les investissements, car il faut également transférer les personnels."

Ce que vous reprochez au projet Raffarin, c'est en fait de manquer de cohérence ou de clarté ?

- "Je trouve que pour le moment, cela manque un peu de clarté. Les débats parlementaires devraient contribuer à clarifier les choses. Mais j'ai aussi dit autre chose : une grande réforme, telle qu'elle doit être conduite en France, telle qu'elle devrait être conduite, suppose un débat dans le pays, auprès de tous les Français, et pas seulement auprès des élus."

Une dernière question : est-ce que le RPF peut survivre en dehors de l'UMP ?

- "Le RPF survivra en dehors de l'UMP, il n'y a aucun problème. Que des élus aillent à l'UMP, je le comprends très bien. D'ailleurs, je n'y vois pas d'inconvénients. Nous avons décidé le principe de la double appartenance lors du dernier bureau national. Mais pour le reste, en ce qui concerne les adhérents du RPF, ils n'ont aucune envie d'aller à l'UMP."

Quelle est votre raison d'être ?

- "C'est tout ce qui concerne les intérêts vitaux du pays, au premier rang desquels il y a l'organisation future de l'Europe. Est-ce que cela va entraîner de nouveaux abandons de souveraineté ? Je compte d'ailleurs m'entretenir prochainement avec le Président, parce que c'est lui que cela concerne au premier chef."

Il vous a convié ?

- "Nous sommes convenus de nous rencontrer pour en parler."

Vous nous en direz plus lorsque vous l'aurez vu !

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 4 novembre 2002)

Rechercher