Interview de M. Noël Mamère, député des Verts, à La Chaîne info le 7 novembre 2002, sur la démission de Robert Hue, les relations entre les Verts et le PCF, les différends avec le PS et le débat au sein du parti sur le cumul des mandats. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Noël Mamère, député des Verts, à La Chaîne info le 7 novembre 2002, sur la démission de Robert Hue, les relations entre les Verts et le PCF, les différends avec le PS et le débat au sein du parti sur le cumul des mandats.

Personnalité, fonction : MAMERE Nöel, HAUSSER Anita.

FRANCE. Les Verts, député

ti : A. Hausser .- Les leaders de la gauche plurielle s'en vont. R. Hue a annoncé son départ. Qu'est-ce que cela vous inspire comme réflexion ?

- "Son départ était inévitable. R. Hue avait la prétention de réformer le Parti communiste français, il n'y est pas parvenu. Je pense que cette décision, un peu trop tardive à mon goût, était inévitable. D'autre part, je pense que pour M.-G. Buffet, la situation et l'héritage ne sont pas simples. Il faut que le Parti communiste français demeure un des acteurs de la vie politique française et qu'il reconquière cet électorat perdu qui, pour une bonne part, est parti dans l'abstention ou s'est réfugié dans le vote Le Pen."

Ce que vous n'avez pas toujours dit...

- "Je ne l'ai peut-être pas toujours dit, je le dis aujourd'hui, parce que je pense que le Parti communiste compte dans ses rangs des hommes et des femmes qui ont compris qu'il fallait tourner la page d'avant 1989, c'est-à-dire d'avant la chute du Mur de Berlin, et que le Parti communiste français, s'il voulait encore continuer à jouer un rôle et s'adapter à la nouvelle donne - c'est une donne mondialisée -, en même temps que l'évolution de ce qu'on a appelé la classe ouvrière, il ne peut pas camper sur le passé et porter les analyses du passé."

Et vous préconisez un dialogue plus actif avec le Parti communiste ?

- "Le dialogue n'a jamais été interrompu avec le Parti communiste français. Le problème, c'est que le Parti communiste est, aujourd'hui, aussi moins monolithique. On ne va pas s'en plaindre. On parle avec des réformateurs, avec des gens qui ont envie de sortir le PC de son ghetto, mais il y en a d'autres avec lesquels c'est encore difficile de créer des liens. Les liens n'ont jamais été interrompus. Nous continuons à mener des campagnes communes, à être sur le terrain ensemble. Sur des sujets comme par exemple celui de la loi Sarkozy et de la prostitution, nous étions hier avec des représentants du Parti communiste français."

Les Verts non plus ne sont pas un parti monolithique. Vos relations avec D. Voynet sont pour le moins tendues. Vous aviez fait la paix pour les présidentielles, et là...

- "Ce n'est pas un problème de personnes. C'est un peu facile de réduire les débats que nous avons chez les Verts à des problèmes de personnes. Pour une fois que nous avons un vrai débat politique, alors, portons-le sur la table. Effectivement, il y a débat. C'est D. Voynet qui l'a apporté au pire moment qui soit, juste avant le congrès, dans une période d'enjeux difficiles et où les esprits sont tendus."

Justement, est-ce que ce n'est pas le moment de poser le vrai débat aussi ?

- "On va le faire au moment du congrès. C'est la question de l'autonomie des Verts. J'ai toujours pensé, comme une grande majorité des Verts et comme D. Voynet d'ailleurs, que l'avenir des Verts est dans la gauche. Si, aujourd'hui, nous sommes un parti acteur de la vie politique, nous le devons aussi à Dominique et au choix qu'elle a fait avec ses amis à l'époque, en 1997. Maintenant, si on veut rester dans la gauche et ne pas être simplement des strapontins du Parti socialiste, il faut renforcer notre autonomie, renforcer notre identité et nous définir sur des bases politiques claires. Moi, je pense que précisément, parce que nous voulons rester dans la gauche, il faut renforcer notre autonomie. Donc, c'est le contraire de ce que propose D. Voynet, qui consiste à dire qu'il vaut mieux créer un grand parti de la gauche, ce qui me semble particulièrement suicidaire pour les Verts."

En quoi votre parti est plus identifié que le Parti socialiste ?

- "Tout simplement, parce que pour nous, nous ne donnons pas le même sens politique au développement durable. Par exemple, sur la question du nucléaire, nous sommes plus sur la position des Verts allemands et de la sociale-démocratie allemande qui a réussi à passer un contrat pour sortir progressivement du nucléaire, alors que nous savons qu'au Parti socialiste, encore une grande majorité de ses membres sont des nucléaristes. Nous n'avons pas les mêmes notions de la fiscalité écologique, de l'internalisation du coût des transports et de leurs conséquences sur l'environnement. Nous l'avons bien vu d'ailleurs durant la dernière législature, où nous avons eu tant de difficultés avec le tunnel du Mont-Blanc ou le troisième aéroport, pour ne citer que les exemples les plus emblématiques. Donc, nous avons des problèmes culturels avec le Parti socialiste. Je ne dis pas que les Verts ne doivent pas aussi faire des efforts. Il n'y aurait rien de pire que d'imaginer que le programme des Verts doive s'imposer à nos partenaires et à la société. On doit s'appuyer sur la société mobilisée mais je pense qu'il faut aussi que le Parti socialiste et le Parti communiste, qui sont nos principaux partenaires, fassent aussi leur aggiornamento culturel, et tant qu'il ne sera pas réalisé, nous aurons des difficultés à assumer une alternance correcte."

Le vôtre se ferait dans quels domaines ?

- "Dans le sens du compromis. Je pense qu'il faut que l'on crée des passerelles. On ne peut pas prétendre être un parti généraliste et un grand parti politique quand on a autant d'ennemis : les agriculteurs, les chasseurs, les chercheurs du nucléaire, les scientifiques, les transporteurs. Donc, je crois qu'il faut qu'on crée des passerelles avec eux. D'ailleurs, je peux vous annoncer que j'ai pris une initiative avec des chercheurs du CNRS pour une rencontre, un premier atelier de travail, le 20 janvier prochain, au CNRS, là où se fait la recherche fondamentale, pour parler de l'énergie et du nucléaire."


Et du nucléaire ! Ca, c'est intéressant. Donc, vous êtes ouverts à un compromis, finalement ?

- "Je pense qu'il ne faut pas que nous renoncions à nos convictions, mais c'est à partir de ces convictions qu'il nous faut renforcer, précisément, à travers notre congrès et un programme beaucoup plus lisible, une doctrine politique beaucoup plus lisible. C'est à partir de ces convictions qu'il faut que nous discutions avec ceux qui nous considèrent comme des boucs émissaires et que nous, nous traitons comme des ennemis, comme si nous étions dans une lutte religieuse."

Avec les chasseurs, par exemple, y avait-il un moyen de discuter ?

- "Bien sûr, nous discutons depuis longtemps avec des chasseurs. Mais, là encore, il ne faut pas faire d'amalgame. De la même manière que tous les gens du voyage ne sont des Roms ou des voyous, de la même manière, tous les chasseurs ne sont pas des gens du CPNT. Donc, nous discutons avec, par exemple, l'Association nationale pour une chasse écologiquement responsable et avec de plus en plus de chasseurs qui ont compris que CPNT les avait conduit dans l'impasse, c'est-à-dire une impasse politicienne."

Vous dites que votre désaccord avec D. Voynet n'est pas une question de personnes. Néanmoins, il y a un autre point de friction entre vous : la question du cumul ou du non cumul des mandats.

- "Ce n'est pas entre D. Voynet et moi."

Entre ses amis et vous alors ?

- "Non, ce n'est même pas ses amis. C'est le conseil statutaire qui représente six personnes. D'ailleurs, si on veut réformer les statuts, comme l'a recommandé très vivement l'audit participatif interne, je pense qu'il faudra purement et simplement supprimer ce conseil statutaire qui n'a aucune légitimité démocratique dans notre parti. Je vous rappelle que le parlement des Verts avait accordé une dérogation et que le conseil statutaire a cassé cette dérogation. Moi, je dis tout simplement aux Verts que je suis d'accord avec la limitation stricte du cumul des mandats. Mais ce n'est pas aujourd'hui où nous sommes dans l'opposition et nous n'avons que trois députés que je vais donner ma place à un socialiste. Ce n'est pas aujourd'hui que je vais donner la mairie de Bègles à un socialiste. Mais moi, je suis prêt à le faire, si le congrès des Verts écrit noir sur blanc : "nous sommes prêts à donner la mairie de Bègles à un socialiste, nous sommes prêts à donner la troisième circonscription de la Gironde à un socialiste". Dans ces conditions, il faudra qu'ils assument leur choix jusqu'au bout."

En somme, lorsque vous aviez dit que vous êtes prêt à démissionner de la mairie, vous croyiez très fort à la victoire de L. Jospin ?

- "Je pensais à la victoire de L. Jospin, je pensais à la victoire de la gauche effectivement. Et puis, vous savez, j'ai été élu dans ma mairie aux élections municipales de manière confortable, mais surtout aux élections législatives, au deuxième tour, j'ai fait 65 % dans ma commune. Aujourd'hui, les Béglais me disent : "vous n'avez pas le droit, après avoir été élu pour un mandat de six ans, de l'abandonner en cours de route". Effectivement, je n'ai rien contre le Parti socialiste avec lequel j'ai été élu député et avec lequel je suis en accord sur la mairie, mais je ne vais pas faire ce cadeau au moment où les Verts ont besoin de se renforcer. Ou alors, c'est que nous sommes suicidaires, mais il faut le dire clairement."

Les Verts sont-ils gouvernables ?

- "Difficilement, mais ils le sont. Je pense que nous sommes sans doute l'un des partis les plus modernes sur l'échiquier politique européen, parce que nous pensons de manière globale. Il faut que les Verts apprennent à avoir une certaine maturité. C'est difficile. Ils aiment bien diaboliser, ils n'aiment pas les têtes qui dépassent, ils n'aiment pas la culture du chef - je n'ai pas d'ailleurs du tout cette culture-là..."

C'est pour cela que vous ne voulez pas succéder à D. Voynet ?

- "Non. [C'est] parce que je pense j'ai été candidat aux présidentielles, que j'ai un rôle particulier à jouer au sein des Verts et dans la société aujourd'hui. Ce rôle particulier, c'est d'être un fédérateur et non pas un diviseur, c'est de permettre aux Verts d'être entendus dans la société - j'y ai contribué, c'était une étape que nous avons franchie dans l'élection présidentielle. Il faut continuer maintenant, mais je ne suis pas le seul à pouvoir le faire. C'est pour cela que je pense qu'il faut que de ce congrès sorte une équipe stable, cohérente et lisible politiquement."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 7 décembre 2002)

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