Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à RMC le 25 octobre 2002, sur la prise d'otages par des terroristes tchétchènes à Moscou et sur la politique d'intégration des immigrés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, à RMC le 25 octobre 2002, sur la prise d'otages par des terroristes tchétchènes à Moscou et sur la politique d'intégration des immigrés.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, TRUCHOT Olivier.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : O. Truchot.- L'actualité est riche depuis le début de la semaine. Commençons par ce qui se passe à Moscou, avec cette prise d'otages. C'est un véritable camouflet pour V. Poutine qui avait promis de rétablir l'ordre en Tchétchénie. C'est aussi, d'une certaine façon, un camouflet pour la communauté internationale qui a quand même fait preuve d'un grand silence coupable sur la Tchétchénie.

- "Il faut quand même, dans cette affaire-là, bien séparer les choses. Il s'agit tout de même d'une prise d'otages dans des conditions absolument épouvantables. Je veux quand même rappeler que la première chose, c'est que nous la condamnons avec la plus extrême force. Une prise d'otages, dans les conditions que nous voyons, en direct à la télévision, depuis près de deux jours maintenant, c'est quelque chose qui mérite à tous égards, d'être très violemment condamnée, comme toute action terroriste, quelle qu'elle soit. Ce n'est certainement pas ces actions qui peuvent faire progresser la cause de ceux qui les conduisent."

Si les Etats-Unis, l'Europe et la France s'étaient un peu plus intéressés à ce qui se passait en Tchétchénie, on ne serait pas arrivé à cet acte de folie ?

- "Je ne suis pas tout à faire d'accord avec ce discours qui consiste à dire que la communauté internationale, et notamment l'Union européenne, n'a pas exprimé de position sur ce sujet. C'est très inexact. Depuis toujours, notre position a été à la fois de condamner tous les actes de terrorisme d'où qu'ils viennent, quels qu'ils soient et, en même temps, d'en appeler à des solutions politiques et à des solutions de dialogue. Ce sont les seules manières pour restaurer ou assurer la paix. Ce n'est certainement pas en étant dans une logique de dire qu'il y aurait peut-être quelques raisons d'excuser des actes comme ceux-là, parce que... Non, je suis désolé, on ne peut rentrer dans cette logique qui est absolument inacceptable à tous égards et, qu'encore une fois, je le répète, que le Gouvernement condamne avec la plus extrême force."

Parlons du contrat d'intégration qui a été présenté hier soir par J.-P. Raffarin. C'est la politique d'immigration du Gouvernement qui a été présentée dans ses grandes lignes. Ce contrat d'intégration sera donc proposé à tous les nouveaux venus sur notre sol, ceux qui bénéficient notamment du regroupement familial, mais aussi des réfugiés qui ont obtenu l'asile, ou encore les sans-papiers régularisés. Il s'agit en fait d'une sorte de donnant-donnant : "faites un effort pour vous intégrer, notamment faites un effort pour apprendre le français, et puis nous aussi, on va vous aider".

- "C'est un contrat, effectivement. L'un des grands échecs des politiques publiques qui ont été conduites ces dernières décennies, c'est celui de l'intégration de celles et ceux qui sont arrivés sur notre sol, dans les années 60, 70, avec malheureusement, au-delà des réussites individuelles formidables, un problème que l'on connaît bien quand on est - ce qui est mon cas - membre du Gouvernement mais aussi élu local - bienvenue à Meaux, ville qui est aussi un reflet de ces difficultés. Il y a vingt-sept nationalités, il y a des problèmes vraiment très difficiles de relations entre les gens, parce qu'effectivement, il n'y a pas eu les clés d'entrée pour se comprendre, pour se parler, pour se respecter, pour s'écouter. Cela se traduit par des manifestations de violence dans certains cas, mais aussi plus généralement par l'incapacité de beaucoup de nos concitoyens d'avoir la volonté de vivre ensemble. L'idée de la nation, c'est la volonté de vivre ensemble. Aujourd'hui, on le voit bien tous les jours, les gens ne se parlent plus, ne s'écoutent plus, ne se respectent plus. Il n'y a plus cette volonté de vivre ensemble. La grande idée du Gouvernement, c'est de dire, dans l'esprit de ce qu'a présenté J. Chirac à Troyes, est-ce qu'on ne peut pas imaginer un contrat d'intégration ? Car finalement, quand on regarde le détail de cela, on s'aperçoit qu'il y a à la fois une politique d'immigration qui n'est pas assumée, et là il va bien falloir une bonne fois pour toutes - et on va commencer de le faire - qu'on réforme complètement les procédures de droit d'asile. Aujourd'hui, en moyenne, il faut deux ans entre le moment où un immigré arrive et demande le droit d'asile et le moment où on lui donne une réponse, positive ou négative. Evidemment, vous ne pouvez pas expulser des gens en situation irrégulière, dans les mêmes conditions, quand ils sont là depuis des années, avec des enfants, ou bien quand la décision est prise tout de suite dans les jours qui suivent leur arrivée. Là, il y a vraiment un premier point : il faut complètement assumer une politique d'immigration organisée, avec notamment la réforme du droit d'asile, et le cas échéant, soit une politique de retour pour celles et ceux qui n'ont pas de raison d'être présents, soit une politique progressive d'intégration. Et l 'autre grand sujet, c'est celui de dire qu'on ne peut pas réussir l'intégration si on ne maîtrise pas la langue française, si on n'est pas dans une logique de processus de formation professionnelle, éducative... Bref, toute une série d'éléments qui viennent ensuite et qui conduisent chacun à partager les valeurs de la société française."

Question d'auditeur : [résumé] Je trouve stupide ce contrat d'intégration. Cela ne résout pas le problème de l'intégration. L'étranger qui n'a pas envie de s'intégrer, contrat ou pas contrat, ne respectera pas les valeurs de la société française.

- "Ce qui compte, c'est la motivation. Je suis d'accord avec vous, mais enfin, ce que je constate aujourd'hui, c'est qu'on a des situations de non réponse pour des gens qui, aujourd'hui, arrivent ou sont là depuis quelques temps, et sont quelque peu paumés, comme on dit, et donc repliés sur des tentations communautaristes. Et c'est, la plupart du temps, lié au fait qu'il y a un problème de bonne connaissance de la langue, un problème de ghettoïsation. C'est vrai que la politique de la ville doit maintenant y répondre à travers des restructurations sur les grands ensembles - et on sait de quoi on parle, notamment ces grandes tours inhumaines, qui aujourd'hui, sont génératrices de toutes les inégalités, de toutes les injustices, de toutes les violences. Et puis enfin, l'autre point sur lequel je voudrais insister avec vous, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas de discours fort sur l'intégration. C'est cela qui conduit au repli sur le communautarisme. Alors, oui, il y a beaucoup de gens qui sont dans une logique d'intégration, et qui ont simplement besoin d'avoir, effectivement, une main tendue pour qu'on fasse la différence entre ceux qui le veulent et ceux qui ne le veulent pas."

Un discours fort sur l'intégration, certes, mais vous n'allez pas jusqu'au bout : pas de droit de vote aux immigrés, a dit J.-P. Raffarin, hier ?

- "Mais qui peut penser un instant que la réussite de l'intégration, son point d'aboutissement, c'est le droit de vote ?"

Beaucoup le pensent. Lorsque vous payez des impôts en France, vous pouvez avoir effectivement, légitimement, le droit de savoir qui vous représente ensuite au conseil municipal, par exemple.

- "Le point d'aboutissement d'une intégration réussie, c'est l'acquisition de la nationalité française. C'est là-dessus qu'il faut bien qu'on insiste. Le lien premier, il est entre la nationalité française et le droit de vote. C'est la nationalité française qui est le point d'aboutissement. Le combat que nous voulons conduire, consiste en fait à convaincre qu'à travers ce parcours d'intégration, dans lequel on accède progressivement à l'adhésion aux grandes valeurs de la République française, très naturellement, au bout d'un certain nombre d'années, cela conduit à l'acquisition de la nationalité française et à l'ensemble des droits et des devoirs de la nationalité française. Donc, y compris le droit de vote. C'est capital ce point-là. L'acquisition de la nationalité française, c'est le point essentiel. Cela ne peut pas être bradé, ça doit être mérité à travers ce contrat d'intégration."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 28 octobre 2002)

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