Interview de M. Charles Pasqua, président du Rassemblement pour la France et député européen, à France 2 le 8 novembre 2002, sur le rôle international de la France notamment à l'ONU, sur la lutte contre le terrorisme et la politique de sécurité intérieure et sur les positions du RPF sur le projet de constitution européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du Rassemblement pour la France et député européen, à France 2 le 8 novembre 2002, sur le rôle international de la France notamment à l'ONU, sur la lutte contre le terrorisme et la politique de sécurité intérieure et sur les positions du RPF sur le projet de constitution européenne.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, SICARD Roland.

FRANCE. RPF, président

ti : R. Sicard.-Le Conseil de sécurité de l'ONU s'apprête à voter aujourd'hui, une résolution qui donne une dernière chance à l'Irak d'éviter la guerre. C'est un texte qui tient compte des réserves que la France avait émises, le retour à la force ne sera pas automatique. Est-ce que vous avez l'impression que dans cette affaire la France a réussi à faire entendre sa voix ?

- "C'est évident. Et a contrario, on s'aperçoit du handicap représenté par une position personnelle de la France, la cohabitation. C'est clair. Or, dans cette affaire, le président de la République a pu jouer son rôle et il a obtenu des Américains que le recours systématique à la force ne puisse pas intervenir et que, auparavant, on revienne devant le Conseil de Sécurité."

Mais ce retour de la France au premier plan, ça vous paraît vraiment une étape importante ? Est-ce que cela peut se prolonger, est-ce que la France doit continuer sur ce terrain-là ?

- "Certainement. Il y a eu deux phases du retour de la France au premier plan ; cette affaire irakienne en est une et la réussite du Sommet sur la francophonie en est une autre. Parce que, là aussi, la France a joué un rôle décisif et le président de la République, notamment."

Donc, c'est un hommage que vous rendez à J. Chirac ?

- "Un hommage... Oui, on peut présenter ça comme ça... Disons que je suis satisfait de voir le président de la République débarrassé de la cohabitation, enfin les mains libres, et que, en définitive il s'exprime au nom de la France. Il ne s'est pas exprimé au nom de l'Europe. S'il avait demandé à ses partenaires leur accord, on y serait toujours."

Cela dit, si la guerre malgré tout avait lieu, est-ce que la France devrait y participer selon vous ?

- "Tout dépend de la façon dont les choses vont évoluer. Nous sommes dans une alliance, dans une coalition. Et je pense qu'effectivement, si S. Hussein ne respecte pas les obligations qui lui sont imposées par l'ONU, alors on n'évitera pas le recours à la force. Est-ce que la France devra y participer ? Je crois que ça mériterait une réflexion un peu plus importante. J'espère que cette éventualité ne se présentera pas. Pourquoi ? Parce qu'il n'y aurait rien de pire que de donner le sentiment au monde musulman que c'est à l'ensemble du monde musulman que l'on s'en prend. Parce que cela aurait des conséquences incalculables. Mais d'un autre côté, si S. Hussein persistait dans une attitude de refus, je vois mal comment on éviterait une action militaire, et je vois mal alors comment la France n'y participerait pas."

Dans ce contexte, plusieurs rapports inquiétants montrent que la France pourrait être aussi l'objet d'attentats terroristes de la part d'Al Qaida. Est-ce que vous avez le sentiment que la France est prête à affronter ce genre de menaces?

- "Soyons lucides. On n'est jamais totalement à l'abri d'actions terroristes. Quels que soient les moyens qui sont utilisés. Je crois que de ce point de vue, les Services français sont efficaces. Mais quels que soient les moyens utilisés, aucun pays n'est jamais à l'abri de menaces terroristes. La France, pour ce qui la concerne, par conséquent, pas plus que d'autres. Pas moins, mais pas plus. Il faut être vigilant. Je crois que le Gouvernement fait ce qu'il doit faire."

Vous avez été ministre de l'Intérieur. Est-ce que vous avez l'impression que le plan Vigipirate est suffisant ou est-ce que, compte tenu du contexte international, il faut monter en puissance ?

- "Le plan Vigipirate en lui-même ne suffit pas. Mais la lutte contre le terrorisme se gagne en amont, elle ne se gagne pas au moment où les attentats risquent de se produire. Je veux dire par là, que c'est le travail du Renseignement, c'est éventuellement le travail d'infiltration des réseaux terroristes, qui permet de savoir à l'avance quelles peuvent être les cibles, quels sont les dangers. Et de s'y préparer. Vigipirate n'est pas inutile, mais ça a davantage un effet dissuasif qu'autre chose. Ce qui est important, c'est de donner aux Services de renseignement les moyens nécessaires."

Tout cela nous amène à la sécurité, les derniers chiffres sont bons. Avez-vous l'impression que N. Sarkozy est en train de réussir ?

- "On ne peut pas, au bout de six mois, dire que le ministre de l'Intérieur a complètement réussi..."

Il vaut mieux de bons chiffres que de mauvais quand même...

- "C'est évident. Je crois qu'il assume bien ses responsabilités. Les mesures qui sont prises vont dans le bon sens, il a réussi ce qui était indispensable : rassurer les forces de police et de gendarmerie, qui se sentent commandées..."

Vous pensez que l'état d'esprit a changé dans la police ?

- "Oui, certainement..."

C'est cela qui fait que les chiffres s'améliorent ?

- "C'est le premier élément. Mais ce n'est pas seulement cela. Le fait qu'il y ait un ministre de l'Intérieur, dont j'ai la faiblesse de penser qu'il reprend un peu ce que j'ai fait moi-même, qui s'affirme comme ayant la responsabilité essentielle de la sécurité des Français, ce qui est normal, a comme conséquence aussi, s'il rassure les policiers, de dissuader les malfrats. C'est effectivement ce que l'on est en droit d'attendre d'un ministre de l'Intérieur. Et puis, il y a les mesures qu'il prend sur le plan de la réorganisation, qui sont indispensables."

Vous avez abandonné une bonne partie de vos responsabilités politiques, mais vous êtes resté député européen. Et ce mois-ci, vous organisez un colloque sur l'Europe, auquel va participer P. Séguin, qu'on n'avait pas vu en politique depuis longtemps. Est-ce que cela signifie que le tandem Pasqua-Séguin, qu'on avait connu au moment du référendum de Maastricht en 1992, se reconstitue ?

- "Ce qui est certain, c'est que sur le plan de la défense de la souveraineté nationale, sur le rôle de la France en Europe et dans le monde, nous avons une vision identique. D'autre part, l'amitié qui nous lie est ancienne. Ce n'est pas parce qu'à l'occasion de telle ou telle péripétie nous n'avons pas eu la même attitude, que nous étions fâchés."

Vous allez refaire équipe ?

- "Nous verrons bien. Je ne sais pas si nous referons équipe. Ce sont les événements qui le commanderont. En tous les cas, je souhaite que P. Séguin, qui est un homme intelligent et de premier plan - on n'en a pas tellement dans ce pays -, s'investisse à nouveau dans la réflexion politique. Et dans l'action, nous verrons plus tard."

Il vous paraît dans cet état d'esprit ?

- "Je crois que oui. En tous les cas, on le verra lors du colloque."

Ce colloque va parler de l'Europe. Vous êtes hostile à une constitution européenne. Pourquoi ?

- "Parce que cela ne veut rien dire. Une constitution suppose des constituants, c'est-à-dire un peuple. C'est le peuple qui décide d'une constitution. Or il n'y a pas de peuple européen, il y a des peuples européens, il n'y a pas un peuple européen. Qu'il faille un traité qui clarifie l'organisation de l'Europe, c'est évident. Mais c'est un traité conclu entre les Etats, en fonction de leurs responsabilités propres, soumis à ratification de leur population. C'est cela qui devrait être fait."

Vous vous opposerez donc à ce projet ?

- "Je ne suis pas favorable à l'idée d'une constitution. mais surtout, nous allons voir ce qu'il y a dedans. Parce qu'il y a les mots d'une part, il y a les réalités d'autre part. Le terme de "constitution" est un terme équivoque et, d'autre part, le projet de V. Giscard d'Estaing me paraît présenter un défaut capital : c'est de vouloir donner satisfaction à tout le monde. On fait quelque chose qui fasse plaisir à ceux qui veulent l'Europe des Etats, on fait quelque chose qui fasse plaisir à ceux qui au contraire veulent l'Europe des régions, autre chose pour la fédération... Ce n'est pas très clair. J'espère que notre colloque permettra de poser les vrais problèmes et de dire aux Français que le moment venu, il leur appartiendra de se prononcer. Et j'espère que le président de la République les consultera par la voie du référendum."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 8 novembre 2002)

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