Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, dans "Le Figaro" du 12 novembre 2002, sur la fermeture de l'accès au centre de réfugiés de la Croix-Rouge de Sangatte, le projet de redéploiement de la police et de la gendarmerie, la lutte contre la prostitution et les enjeux du congrès fondateur de l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, dans "Le Figaro" du 12 novembre 2002, sur la fermeture de l'accès au centre de réfugiés de la Croix-Rouge de Sangatte, le projet de redéploiement de la police et de la gendarmerie, la lutte contre la prostitution et les enjeux du congrès fondateur de l'UMP.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, TABET Marie-christine, GONIN Jean-marc, LECLERC Jean-marc, BREZET Alexis.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

ti : (extraits de l'interview donnée par N. SARKOZY au Figaro du 12/11/2002)


Q - Près d'une centaine de réfugiés occupaient encore hier une église de Calais. La fin des admissions à Sangatte condamne-t-elle les Calaisiens à vivre ce genre de situation tout l'hiver ?

R - Sangatte n'est pas fermé, puisque 5.000 étrangers s'y sont fait recenser et qu'environ 1.800 y passent quotidiennement la nuit. En revanche, nous avons décidé de ne plus prendre de nouvelles inscriptions, afin de pouvoir régler humainement la situation de ceux qui s'y trouvent. Les flux d'arrivées d'étrangers se sont considérablement réduits. Certes, il en arrive encore quelques dizaines. Mais nous avons des places dans des centres d'accueil sur l'ensemble du territoire pour recevoir les étrangers. Nul n'est donc condamné à errer dans les rues, comme on voudrait le faire croire. La situation est suffisamment complexe - voire dramatique - depuis quatre ans à Sangatte pour qu'on ne la complique pas par des polémiques irresponsables. Des étrangers en situation irrégulière, il y en a dans toutes les villes de France.

(...)

Q - N'avez-vous pas sous-estimé le nombre des arrivées et arrêté trop tôt l'accueil des nouveaux arrivants ?

R - Cinq mille est-il un chiffre anecdotique, alors que le hangar peut en arbitrer 2.000 en tout et pour tout ? Il fallait programmer la fermeture de Sangatte. Personne ne dit d'ailleurs le contraire. A Sangatte, on entasse depuis quatre ans des milliers de malheureux venus du bout du monde. On ferme les portes, on met des grillages autour et on dit : "Je ne veux pas voir cette misère". Mais il faut regarder les choses en face.

C'est une gare de triage pour clandestins qui ne veulent pas rester en France. A Sangatte, seuls 1 % des réfugiés nous demandent un statut de réfugié. Ils n'ont qu'un objectif : passer en Angleterre. (...)

Q - Pourquoi avez-vous avancé la fin de l'accueil des nouveaux arrivants ?

R - Il ne s'agit nullement d'une décision précipitée. Elle a été préparée, voulue et réfléchie. Trois raisons militaient pour cela : d'abord, cela correspond à l'adoption par la Chambre des communes du nouveau texte de loi britannique sur l'immigration. Jusqu'à maintenant, il suffisait d'être demandeur d'asile en Grande-Bretagne pour avoir un permis de travail. Depuis mardi dernier, c'est terminé. J'ai eu cinq réunions de travail avec David Blunkett pour obtenir ce résultat. A partir du moment où les Britanniques tenaient parole et qu'ils supprimaient la principale motivation des immigrés à se rendre chez eux en passant par Sangatte, la France devait tenir ses engagements.

Deuxième raison, les polices française et britannique ont réussi à démanteler des réseaux mafieux extrêmement puissants présents dans le hangar de Sangatte, en Grande-Bretagne et en Afghanistan. Une cinquantaine de personnes appartenant à six clans sont aujourd'hui en prison. Il ne fallait pas leur laisser le temps de se reconstituer.

Troisième raison, il y a en moyenne entre 1.500 et 1.800 personnes dans le hangar, mais nous avons distribué 5 000 badges d'accès. Fallait-il en distribuer 10 000 et rendre le problème encore plus difficile ? Enfin, je pense aussi aux gens de Sangatte et du Calaisis, dont ces mouvements gênent la vie quotidienne.

Q - Certains reprochent au gouvernement un traitement trop policier et pas suffisamment social...

R - Je suis étonné que l'on m'ait reproché d'avoir recensé les gens présents dans le centre de Sangatte. C'est le comble. On a même employé le mot "rafle" ! Pendant quatre ans, on a entassé des gens sans se demander qui ils étaient. Or, sous ce hangar, cohabitent 55 nationalités, dont 180 Soudanais, 90 Roumains, une majorité de Kurdes, et 20 à 25 % d'Afghans. J'aimerais que tous ceux qui sont animés de beaux sentiments mais qui sont incapables d'agir m'expliquent comment traiter humainement des gens que l'on ne connaît pas. Nous avons fait venir le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), une organisation internationale unanimement respectée. J'ai rencontré son haut commissaire, Ruud Lubbers, pour le convaincre d'amener ses équipes à Sangatte. Ils vont étudier au cas par cas la situation de chacun pour déterminer qui doit retourner dans son pays ou rester en France, ou encore être accueilli en Angleterre. Ils ont déjà organisé le retour volontaire d'une dizaine d'Afghans, et c'est avec eux que nous avons mis au point l'aide de 2 000 euros pour les raccompagner. J'espère que ce programme de retour volontaire sera un succès.

Q - Que ferez-vous des clandestins qui ne pourront être reconduits comme les Kurdes d'Iraq ?

R - Pour ceux-là, nous nous sommes engagés avec la Grande-Bretagne à trouver une solution. Il est trop tôt pour aller plus loin dans l'explication. J'aurai l'occasion d'en parler avec le ministre de l'Intérieur britannique le 1er décembre à Londres.

Q - Sangatte a mis au jour l'importance des flux migratoires et l'incapacité de l'Europe à les gérer. Quelle est la politique de la France en matière d'accueil ?

R - Il s'agit d'accueillir tous ceux qui ont vocation à s'intégrer dans notre pays, et de raccompagner les autres, avec ou sans leur accord, grâce aux "filières positives" négociées avec les pays d'origine. Nous devons être beaucoup plus vigilants, car, après les deux vagues migratoires traditionnelles du Sud et de l'Est s'en annonce une nouvelle, venue d'Asie. Elle est d'autant plus préoccupante qu'elle est aux mains de véritables mafias, notamment chinoises. Notre politique est fondée sur la nécessité de défendre notre pays contre des vagues que nous ne pourrons maîtriser, et en même temps de mieux intégrer les hommes et les femmes dont nous aurons besoin, car je reste convaincu que l'immigration zéro n'a pas de sens.

Q - Faut-il une loi sur l'immigration ?

R - Je n'en suis pas sûr. Nous y réfléchissons. Il faut d'abord un débat adulte, et s'interroger sur l'établissement d'une liste de pays sûrs, ou l'on pourrait reconduire, avec des procédures simplifiées, des immigrés en situation irrégulière. Cela faciliterait le traitement des demandes d'asile. La Roumanie ou la Bulgarie, ce n'est pas l'Iraq de Saddam Hussein !

Autre sujet de réflexion, l'élargissement de l'Europe. Une des frontières extérieures de l'Union passera vraisemblablement par la Roumanie. Celle-ci n'est pas capable de la défendre seule. C'est pourquoi nous devons réfléchir à la création d'un corps d'officiers européens d'immigration, afin que chaque membre aide les "pays frontières" à protéger l'ensemble des pays de l'Union.

Q - Ce débat concerne-t-il aussi les sans-papiers, la double peine ou l'intégration ?

R - La discussion est ouverte pour tous ceux qui sont sur notre territoire et auxquels il faut trouver des solutions, mais elle n'est pas ouverte pour savoir qui la France choisit de laisser entrer.

Q - Quelles sont les priorités ?

R - Je pense par exemple que l'on devrait accueillir davantage d'étudiants étrangers, faute de quoi il ne faudra pas regretter de voir le rayonnement culturel et linguistique de la France à l'étranger décliner. Il faut cependant que, une fois formés, ces étrangers mettent leurs connaissances au service de leur pays, et non pas du nôtre. Il y a plus de médecins béninois qui exercent en France qu'au Bénin. Ce n'est pas acceptable.

Q - Souhaitez-vous une politique de quotas à l'américaine ?

R - Je n'aime pas le mot quota, qui laisse entendre que l'on prendrait les meilleurs et que l'on refuserait de donner leur chance aux autres. Nous n'avons pas à "piller" les pays, alors même que nous pouvons avoir besoin d'une main-d'¿uvre pour accomplir des travaux que nos compatriotes ne veulent pas exercer.

(...).

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 novembre 2002)

Rechercher