Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur l'enseignement du fait religieux à l'école, Paris le 5 novembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, sur l'enseignement du fait religieux à l'école, Paris le 5 novembre 2002.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement scolaire

Circonstances : Séminaire national sur "l'enseignement du fait religieux" à Paris le 5 novembre 2002

ti : Mesdames,
Messieurs,


Je suis très heureux d'ouvrir ces trois journées d'études et de débats consacrées à "l'enseignement du fait religieux".

Je voudrais d'abord saluer les éminentes personnalités réunies ce matin. En premier lieu, naturellement, Monsieur Régis DEBRAY qui, voici près d'un an, s'est vu confier la mission de procéder à un réexamen de la place dévolue à l'enseignement du fait religieux dans l'Ecole laïque et a clairement mis en évidence la nécessité de développer celle-ci ; Monsieur Jean BAUBEROT, président de l'Ecole pratique des Hautes Etudes et Monsieur Claude LANGLOIS, président de la section des sciences religieuses de cette école, qui ont accepté d'apporter le concours d'une institution prestigieuse à l'enseignement primaire et secondaire ; les nombreux universitaires et chercheurs de renom qui ont bien voulu éclaircir et enrichir notre réflexion.

Je tiens également à saluer Madame la Doyenne de l'Inspection générale de l'éducation nationale, les représentants des divers groupes de discipline de l'Inspection générale ainsi que l'ensemble des cadres pédagogiques rassemblés ici : membres des corps d'inspection du premier degré, de l'enseignement professionnel, de l'enseignement secondaire général et technologique, professeurs formateurs chargés de la formation initiale ou continue, représentants des IUFM.

Mesdames et Messieurs, vous serez amenés à votre tour à prodiguer, si j'ose dire, la bonne parole au sein des académies, au terme de ces trois journées qui s'inscrivent au sein du programme national de pilotage mis en oeuvre par la direction de l'enseignement scolaire.

Comme vous le savez, le séminaire qui nous réunit est la concrétisation d'une des recommandations du rapport remis par Régis DEBRAY. Celui-ci souhaitait que puissent être réunis d'un côté un groupe de chercheurs réputés rassemblés autour de la 5ème section de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, de l'autre des inspecteurs pédagogiques et des professeurs-formateurs représentant chaque académie - et ce dans une optique délibérément pluridisciplinaire. C'est donc aujourd'hui chose faite.

Alors que, jusqu'à présent, les problèmes que peut poser l'enseignement du fait religieux étaient principalement présentés dans une perspective historique et géographique, ils doivent, désormais, concerner davantage les littéraires, les philosophes, les professeurs d'enseignement artistiques ou de langues vivantes, qui ont des réponses spécifiques à leur apporter. Cette dimension pluridisciplinaire est évidemment essentielle, car elle peut notamment permettre une approche plus complète et plus transversale du fait religieux, à travers les dispositifs interdisciplinaires mis en place au collège et au lycée (TPE par exemple).

Sur l'ensemble de ce sujet, ces trois journées doivent d'abord nous permettre de faire le point. C'est ainsi que Régis DEBRAY en rappellera les définitions et les problèmes, que Claude LANGLOIS le situera par rapport à l'histoire de la place des sciences religieuses en France et que l'Inspection générale dressera un bilan pédagogique. Elles doivent aussi et surtout, grâce aux apports des spécialistes, nous aider à délimiter les acquis et à dessiner l'avenir.

S'agissant des finalités de l'enseignement du fait religieux, je crois que, depuis les premières interrogations sur ce sujet, à la fin des années 1980, un réel consensus s'est peu à peu établi. Le rapport de Philippe JOUTARD sur l'enseignement de l'histoire, en 1989, a clairement mis en évidence le déficit culturel né de l'ignorance des faits qui relèvent du religieux. Si ce déficit n'était pas comblé, il entraînerait une perte grandissante des codes de reconnaissance qui risquerait à terme d'affecter des pans entiers du savoir.

Nous en avons tous conscience ici : sans disposer des clés nécessaires, comment comprendre Phèdre ou Don Juan, les grandes pyramides d'Egypte, Sainte Sophie d'Istanbul ou une Vierge de Boticelli, comment percevoir le sens d'une cathédrale, d'une mosquée ou d'une synagogue, comment maintenir vivante et vivace une part essentielle de l'héritage que nous ont transmis les civilisations du Livre ? Lors de la consultation de 1998, les lycéens eux-mêmes ont émis le voeu de recevoir un enseignement qui leur permette de mieux s'approprier le monde qui était là avant eux et dans lequel ils traceront leur chemin.

Face à ces demandes, la politique du Ministère a été constante, indépendante même des différents changements politiques. Cette politique, affinée lors de nombreux débats auxquels des partenaires très divers ont participé, repose sur quelques principes simples :
- le refus constant de créer un enseignement spécifique concernant les religions,
- l'inscription naturelle dans les enseignements existants.

Ceci a été accompli, au milieu des années 1990, en histoire et en géographie. L'étape marquée par notre rencontre d'aujourd'hui n'est donc pas un changement de politique mais un approfondissement.

Essayons d'en cerner les contours : considérer le fait religieux pour les disciplines représentées ici, ce n'est pas introduire une catégorie nouvelle, c'est veiller à prendre en compte l'ensemble du champ scientifique : de même que l'histoire aborde naturellement des faits religieux pour comprendre les sociétés passées, que la géographie étudie les marques du religieux dans les territoires d'aujourd'hui, le professeur de lettres peut analyser l'éventuelle spécificité des textes dont la nature est religieuse, commenter Voltaire aussi bien que Pascal, le professeur d'anglais expliquer pourquoi le nom de dieu figure sur le billet vert, quels sont les rapports entre la couronne britannique et l'Eglise anglicane¿La démarche pour l'enseignement artistique et la philosophie va de soi. Comment parler de métaphysique sans référence au fait religieux ?

En résumé, l'ensemble de ces finalités me paraissent pouvoir être réunies autour de trois grands axes :

Enseigner le fait religieux, c'est reconnaître un langage spécifique, qui permet de le nommer et d'en déchiffrer des signes. Comprendre, en somme une des manières de dire le monde.
Enseigner le fait religieux, c'est permettre aux jeunes l'accès à d'innombrables chefs d'oeuvre du patrimoine de l'humanité.
Enseigner le fait religieux, c'est rendre les élèves capables de comprendre le rôle que le religieux joue dans le monde contemporain.

Comment y parvenir ?
Il va de soi que la démarche est totalement laïque, comme vient de le rappeler fortement le Président de la République.
Enseigner le fait religieux, ce n'est pas - est-il besoin de le souligner ? - s'immiscer dans la conscience de chacun. Ce n'est pas, pour reprendre une expression de Régis DEBRAY, " remettre Dieu à l'école ".

La démarche est descriptive, compréhensive, mais elle reste critique et raisonnée. Enseigner le fait religieux, c'est, comme pour tout enseignement, s'appuyer sur les valeurs les plus fondamentales de notre Ecole républicaine.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je tenais à dire brièvement ce matin. Je laisse maintenant à la libre réflexion des participants la tâche de mieux définir les voies et les moyens. Vous avez voulu, ainsi que l'indiquent les titres sous lesquels sont regroupés les différents ateliers, que cette rencontre puisse partir des textes et partir des oeuvres, c'est je crois, la bonne démarche, une démarche fondée sur une approche rigoureusement patrimoniale.

Indépendamment des conclusions de vos travaux, auxquels je serai naturellement extrêmement attentif, il me paraît nécessaire que l'inspection générale puisse préciser la mise en oeuvre et que les IUFM en tiennent compte dans les plans de formation des enseignants. Il est en effet essentiel que tous les professeurs concernés soient accompagnés et soutenus dans l'accomplissement de ce qui demeure, sans aucun doute, une de leurs missions les plus délicates. C'est votre responsabilité de cadres et de formateurs.


(source http://www.education.gouv.fr, le 7 novembre 2002)

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