Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur les productions laitères et la politique laitière européenne, à Paris le 24 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur les productions laitères et la politique laitière européenne, à Paris le 24 septembre 2002.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel.

FRANCE. FNSEA, président

Circonstances : Tenue du 26ème congrès mondial de Laiterie (Congrilait) du 24 au 27 septembre 2002 à Paris

ti : Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les congressistes,
Mes chers amis,


Je suis très honoré de vous accueillir à Paris pour ce 26ème congrès mondial de Laiterie. Congrilait est toujours un événement exceptionnel pour l'ensemble de la filière laitière.

Les hasards de la vie politique font parfois bien les choses. En 1978, Paris accueillait pour la première fois Congrilait. Un certain monsieur Raffarin était alors à ma place, à la présidence de Congrilait. Cette année, c'est avec un très grand plaisir et une certaine émotion que je m'adresse à son fils, Jean-Pierre Raffarin, notre premier ministre.

Merci, monsieur le Premier ministre, d'avoir tenu à honorer de votre présence l'ouverture de Congrilait.

En 25 ans, le paysage laitier a beaucoup changé. On a gagné en qualité et en sécurité, les produits transformés se sont multipliés, la distribution s'est considérablement améliorée et elle s'est aussi concentrée.

Mais ce qui n'a pas changé, c'est le double aspect de la production laitière.

La production laitière c'est à la fois un produit frais, à consommer rapidement et des produits transformés à longue conservation.

Je sais que je m'adresse à un public averti, cette particularité vous la connaissez bien. Elle conduit à une division du commerce des produits laitiers : les produits frais s'échangent au niveau de proximité, les commodités au niveau intercontinental.

Mais j'insiste sur cette double caractéristique de notre produit. Elle permet de bien comprendre les politiques laitières menées par l'Union européenne et les positions des uns et des autres dans les débats internationaux.

Ces débats internationaux s'intensifient et mettent en avant, de plus en plus, le libre-échange. Et bien entendu, à partir du libre-échange, on en arrive rapidement au prix mondial.

En agriculture, le prix mondial fait toujours référence à un prix pratiqué dans une zone bien déterminée, dans une zone où par exemple les conditions climatiques sont très favorables, où les charges sont réduites, où le coût du travail est diversement apprécié, où parfois même, les agriculteurs ne sont pas rémunérés.

Alors évidemment, dans certaines zones, et je n'en citerai aucune en particulier, les conditions de production permettent d'aboutir à un prix très bas.

Comment peut-on définir des règles commerciales mondiales à partir de ce prix qui finalement est un prix local ?

Le prix mondial n'a que très peu de réalité économique. Le prix mondial est un mauvais indicateur.

Et le prix mondial ne permet surtout pas de construire une véritable politique agricole.

Pour mettre sur pied cette politique, il faut d'autres critères. Il faut des critères qui tiennent compte de la diversité des conditions de production, des différentes attentes des consommateurs ainsi que des caractéristiques du marché du lait.

Le marché du lait est finalement régional lorsqu'il s'agit du lait de consommation, de produits frais et de certains fromages. Il peut devenir mondial lorsqu'il s'agit des produits industriels. Et ce marché mondial ne représente que 6 % de la production laitière totale.

La politique laitière ne peut donc se résumer à une politique du prix mondial. D'autres politiques, fondées sur le soutien interne, se justifient parfaitement pour notre secteur.

Ce congrès nous donne l'immense opportunité de nous expliquer, les uns les autres, les politiques que nous défendons dans nos régions.

Lors du récent somment de Johannesburg, la politique agricole européenne a été fortement critiquée. Le groupe de Cairns et les pays en développement mettent en cause les subventions accordées aux producteurs. Ces attaques visent tout particulièrement les producteurs européens.

Il est regrettable de porter ces accusations contre les aides à l'exportation sans tenir compte des autres formes de soutiens que sont l'aide alimentaire, le crédit, les garanties ou encore les entreprises d'Etat.

Je veux rappeler ici que l'Europe a fait le choix d'une politique laitière fondée sur une politique de maîtrise de la production accompagnée par les pouvoirs publics.

Cette maîtrise, cette gestion de l'offre, a permis de mieux réguler les marchés, de maintenir les prix, de rémunérer les exploitants et de garder des producteurs dans de nombreuses petites régions, qui, s'il n'y avait pas eu cette politique ne seraient sans doute plus là. Et c'est là un aspect fondamental. Cette politique gère les marchés et participe à l'aménagement des territoires.

Aux européens on reproche les subventions, on reproche aussi les restrictions d'accès au marché.

Mais il faut bien comprendre que la maîtrise de la production demande des efforts de la part des agriculteurs.

Ces efforts seraient réduits à néant si on laissait le marché communautaire totalement ouvert. Sans préférence communautaire, la maîtrise de la production n'a plus de sens.

Et j'ajoute que le modèle agricole européen c'est un ensemble d'obligations liées à la qualité, au bien-être animal, à l'environnement, aux conditions de travail, à la sécurité des produits. Ces exigences n'auraient aucun sens sans la préférence communautaire.

Mais il faut souligner que le marché communautaire n'est pas un marché fermé. L'accord de Marrakech, signé notamment par l'Union européenne, s'appuie sur trois piliers : les politiques de tarifs et d'accès, les politiques de subventions et les politiques de soutien interne.

De plus, l'Union européenne a ouvert le marché européen aux importations de produits agricoles en provenance des pays les moins avancés. C'est l'initiative "Tout sauf les armes".

En maîtrisant sa production, l'Europe a permis à l'Océanie et à l'Amérique du Sud de développer leur production laitière et leurs exportations.

Il est impératif de tenir compte de tous ces éléments à l'occasion des débats menés à l'OMC.

La PAC a permis de mieux gérer les marchés, de développer les productions et de nourrir les européens. Cette démarche régionale a fait ses preuves en répondant aux attentes spécifiques des consommateurs européens.

Elle est aussi une réussite budgétaire puisqu'en vingt ans les dépenses consacrées au soutien des produits laitiers sont passées de 5 milliards d'euros à moins de deux milliards d'euros.

Ce n'est certainement pas le résultat que nous aurions obtenu en permettant une libéralisation sans limites.

Satisfaire les exigences de ses propres consommateurs avant d'exporter sur le marché mondial ce doit être l'objectif commun de tous les producteurs.

Car en poursuivant cet objectif, on organise les marchés et on permet aux producteurs de vivre de leurs produits.

Ces positions nous les défendons aussi dans le cadre de l'élargissement de l'Union européenne. Il s'agit là d'une étape politique fondamentale. Nous encourageons fortement sa réussite. Mais nous demandons que l'achèvement de ce processus ne se fasse pas au détriment d'une politique agricole ambitieuse.


Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les congressistes,
Mes Chers Amis,

Je voudrais terminer mon propos en vous disant qu'une politique agricole est réussie lorsque les consommateurs ont à leur disposition des produits sûrs et savoureux, à des prix acceptables et que les producteurs peuvent vivre de la vente de leurs produits.

Demain, mes chers amis, vous irez visiter le Salon des Fromages. Vous y constaterez que la production laitière a une réalité économique, qu'elle est un véritable soutien pour nos terroirs et qu'elle sait enchanter le palais des consommateurs. Vous verrez la France de la diversité agricole, de la diversité des pays, de la diversité des goûts.

La filière laitière est une longue chaîne constituée de nombreux maillons scientifiques, commerciaux, agronomiques, culturels. Congrilait est une occasion unique pour rassembler ces différents maillons. Au cours de ce congrès, de nombreuses conférences vous accueillent pour découvrir ou approfondir les différentes facettes de notre filière.

Mais j'espère que ces journées vous laisseront aussi la possibilité de visiter Paris et je l'espère quelques unes de nos belles régions françaises.


Très bon congrès à tous !

Je vous remercie.

(source http://www.fnsea.fr, le 25 septembre 2002)

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