Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la politique sportive, l'éducation sportive et l'organisation de filières professionnelles, les responsabilités territoriales et la délégation de service pubic, les financements et le remplacement du Fonds national pour le développement du sport (FNDS), Besançon le 4 novembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la politique sportive, l'éducation sportive et l'organisation de filières professionnelles, les responsabilités territoriales et la délégation de service pubic, les financements et le remplacement du Fonds national pour le développement du sport (FNDS), Besançon le 4 novembre 2002.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion des Etats généraux du sport à Besançon le 4 novembre 2002

ti : Je ne suis pas venu vous faire un discours, pour dire qu'elle doit être la pensée, vue de Paris, pour l'avenir du sport dans ce pays. Mais je suis venu frotter ma cervelle à la vôtre pour une cause très importante. Et c'est pour cela que je suis très heureux d'être à Besançon, dans le Doubs et en Franche Comté, autour des trois collectivités territoriales ici rassemblées.

Je salue monsieur le Préfet, je salue les parlementaires ici présents, le président de la Région et le président du département, je voudrais saluer toutes les personnalités qui sont présentes, les sportifs tous à des degrés divers, et vous dire combien ces Etats généraux du Sport sont pour nous Jean François [Lamour] et moi très importants pour réfléchir ensemble à l'avenir que nous voulons engager pour le mouvement sportif dans notre pays.

Je suis heureux de retrouver le président Sérandour et dire combien j'apprécie cette mobilisation nationale que Jean François Lamour a engagée partout dans le pays, pour tracer les lignes d'avenir et essayer de sortir un peu d'une difficulté. Parce que j'ai le sentiment que nous sommes au bout d'un cycle et qu'il nous faut inventer maintenant des voies nouvelles pour donner, dans notre société, au sport la place qui doit être la sienne.

D'abord, un mot quand même sur l'équilibre social. Nous avons vu au printemps dernier que la République était une cause très partagée par l'ensemble de tous les Français. Et la République, c'est un partage, ce n'est pas simplement écrire sur les frontons "Liberté, Egalité, Fraternité." C'est le partage dans la société. On voit bien que si notre société a quelquefois tendance à se déchirer, tous les responsables que nous sommes politiques, associatifs , devons en permanence tisser les liens sociaux qui évitent ces déchirures et ces blessures. Et de ce point de vue là, le sport mais l'action sociale en général doit être au coeur du problème de la mobilisation républicaine. Les mutations sont tellement nombreuses, les difficultés peuvent être tellement difficiles, que nous devons faire en sorte que l'action publique, notre "vivre ensemble", la mission de l'Etat, la mission des acteurs républicains doit d'être particulièrement vigilant sur cette exigence de proximité dans les liens sociaux, et notamment dans le lien sportif.

Je suis très heureux de pouvoir participer ici, à Besançon, parce que je connais les qualités sportives de cette ville, je connais les initiatives du département, je connais les initiatives de la région, je connais le handball féminin, je connais F.C. Sochaux, je connais la forte mobilisation associative, je connais un Franc Comtois sur quatre qui est licencié et cette mobilisation importante 300.000 licenciés. C'est très important quand on pense au tissu territorial. 300.000 licenciés dans une région comme la vôtre, cela montre l'importance sociale, économique, Politique avec un grand "P", le plus beau des mots ! pour un territoire d'être capable ainsi, non seulement d'avoir une pratique massive, mais d'être capable de dégager plus de 400 sportifs de haut niveau, capables de représenter non seulement votre région, mais aussi notre pays, au plus haut niveau des compétitions sportives. Donc, la Franche Comté est tout à fait intéressante pour être ce laboratoire de la réflexion et d'avenir pour une politique sportive d'ambition nationale.

Il est clair que nous sommes dans une situation où le sport vit une mutation très profonde. Nous voyons sous nos yeux les pratiques et les données être profondément modifiées. Alors, il y a les éléments très positifs, et notamment le fait que la pratique sportive s'intensifie considérablement, et c'est très important. Sept Français sur dix pratiquent une activité physique, une activité sportive. Au fond, c'est quelque chose qui est partagé par une écrasante majorité des Français. Je me souviens que l'ancien président de la République disait : "Il faut faire en sorte que deux Français sur trois partagent un peu les mêmes convictions." En matière de sport, c'est plus que cela même ! C'est sept Français sur dix qui sont rassemblés autour de ces valeurs et de ces pratiques. C'est, je crois, très important. Donc, une intensification tout à l'heure, on parlait de demandes sportives, de demandes sociales de sport...

Et puis, ce qui est aussi très important, c'est la diversification aujourd'hui de la pratique sportive. Ce qui nous pose d'énormes problèmes, puisque, comme la France aime bien la spécificité nous aimons ici comme ailleurs, la Franche Comté et le Poitou ont le fromage en commun, entre autres , dans le sport , c'est aussi un peu cela : chacun son label, chacun sa structure, chacun sa spécificité. Comment faire vivre ensemble tous ceux qui ont aussi le goût de la différence ? Parce que chaque sport est un épanouissement, est un itinéraire qui est poussé à son terme, qui est à côté de l'autre mais bien différent. Tout ceci exige donc la gestion de la diversité. Et cette diversité est dans la société maintenant, se mêlant au tourisme, aux loisirs, à des activités sociales variées, qui font que le sport a finalement gagné en importance sociale, mais perdu un peu après en puissance d'organisation c'est un peu l'albatros de Baudelaire, avec ses grandes ailes qui l'empêchent de voler. A force d'être présent partout dans la société, on se demande où il est. Parce qu'il est dans le tourisme, il est dans l'éducation, il est un peu partout. Et finalement, on voit bien qu'il faut aussi redonner de l'architecture à l'organisation sportive, pour lui redonner de la force.

Dans les mutations que nous avons aujourd'hui, celles qui sont particulièrement préoccupantes, ce sont probablement celles qui sont liées d'une part au problème général du bénévolat, avec ces 1,5 millions de bénévoles, très importants dans ce que nous appelions tout à l'heure cette revitalisation du tissu social. C'est un mouvement qu'il nous faut aujourd'hui repenser, d'une certaine manière, tout en en gardant la richesse, mais créer ces conditions d'une nouvelle fertilité du bénévolat. Et puis, à l'opposé, cette financiarisation du sport, dont il faut tout de même parler. Car on voit bien aujourd'hui la puissance de la financiarisation, de très nombreuses activités d'ailleurs, parce que c'est aussi dans la culture, dans bien des domaines où la puissance, qui est souvent liée à la médiatisation, fait que se creusent des écarts et finalement se séparent des mondes, qu'il faut sans cesse rapprocher amateurs et professionnels, sans cesse tisser des liens, mais on voit bien que les logiques de puissance écartent, tels des blocs qui se séparent, et on voit là des défis très importants à surmonter et à pouvoir réorganiser, si l'on veut éviter que finalement, dans notre société, le sport se divise de trop, se divise entre les sports, se divise l'éducation et le sport, se divise entre les amateurs et les professionnels... A force d'avoir trop de divisions, on risquerait de perdre la cohérence de ce qui doit être ce mouvement sportif dans son ensemble.

Heureusement et c'est un des éléments positifs de cette mutation , la passion de nos concitoyens pour le sport, et pour les résultats sportifs, la capacité que peut avoir notre pays de se mobiliser derrière ses sportifs, sont très importantes. On l'a vu récemment, avec notre équipe de volley, on le voit avec la Coupe Davis, on le voit régulièrement avec différentes épreuves sportives, il faut qu'il y ait de la diversité. Je pense que c'est très bien de voir notre pays se mobiliser. C'est un signe de jeunesse, forcément un signe de passion. Un pays qui est indifférent à ses résultats sportifs, serait sans doute un pays qui serait gagné par des scléroses sociales importantes.

C'est un levier très important nationalement mais territorialement aussi, parce que l'on voit les villes se passionner pour leurs activités sportives, ainsi que les territoires, les régions, les départements. Chacun peut ainsi s'engager. Je crois qu'il y a là une force qu'il nous faut essayer de maîtriser.

Donc, quand on jette ce regard sur le sport, on voit des forces qui sont très positives et des nouvelles questions d'organisation qui sont très importantes et qui nous font dire que, finalement, notre modèle peu traditionnel, est un peu à bout de souffle. Il faudra j'y reviendrai pour le FNDS inventer, parce que, là, nous sommes sur une disparition programmée. Mais au delà de cela, il faut repenser, en gardant ce que le sport a de formidablement riche dans notre "Vivre ensemble", mais en étant capables d'inventer des nouvelles formes d'actions.

Je crois que la première des choses à faire, c'est d'essayer, ensemble, de réfléchir à ce nouveau modèle sportif français.Il faut d'abord le placer au niveau de priorité nationale. Je pense qu'on a aucune chance de régler le problème si on laisse le sport être une activité socialement subalterne ou une activité de loisirs. Il faut mettre le sport au coeur même de la préoccupation nationale, républicaine disais je tout à l'heure, mais dans toutes les dimensions, y compris dans les valeurs et notamment dans l'éducation. Je pense qu'une des premières batailles à essayer de reconquérir, c'est de replacer le sport au coeur même de notre démarche globale éducative dans le pays. Parce qu'on n'a aucune chance de pouvoir faire en sorte que le sport soit partagé dans la société si, dans l'éducation, il reste une activité secondaire avec, encore aujourd'hui des questions d'organisation qui sont mal assumées. Quand on voit les questions de gymnase, de piscine, de pratiques sportives au lycée, au collège, on voit que malgré les efforts des collectivités territoriales, il y a encore des zones d'ombre qui sont vraiment des fragilités. C'est quand même la source du sujet.

Je crois qu'un pays ne peut pas, aujourd'hui, avoir d'autres priorités surtout quand on est attaché à ces valeurs de République et d'humanisme que sont les valeurs de la France, c'est à dire des valeurs de dépassement, de l'énergie humaine, de croire en la capacité de la personne. Donc, l'éducation est forcément le levier numéro 1. Et dans ce levier, l'épanouissement sportif fait partie de la préoccupation globale. J'ajoute à cela une autre préoccupation nationale qui est très importante, qui est le problème de la prévention en matière de santé. Quand on voit aujourd'hui les difficultés, au CHU de Besançon comme dans beaucoup de CHU aujourd'hui, les professeurs sont très inquiets, par exemple, du développement, y compris chez les jeunes, des maladies cardio vasculaires. Le sport est sans doute l'une des méthodes de prévention les mieux adaptées contre les maladies cardio vasculaires. Or c'est quand même le premier sujet de mortalité dans notre pays. Il y a beaucoup d'autres combats mais celui là peut aussi être attaqué quand on voit l'obésité chez les enfants dans notre système éducatif, quand on voit un certain nombre de sujets de cette nature, on doit se dire que la première chose que doit faire un Gouvernement et une République, pour ce qui concerne la politique éducative, c'est de vraiment mettre le sport parmi les priorités de l'Education. C'est, je crois, un point très important. Nous allons travailler sur ce sujet avec J. F. Lamour. J'espère que nous allons tirer des conclusions de tous ces débats puisque c'est le 8 décembre que la plate forme pourra jaillir de toutes ces discussions. Moi, je crois vraiment qu'il faut remettre le sport au coeur de notre démarche éducative et c'est un élément essentiel de notre politique d'éducation.

Pour nous, c'est le dispositif le plus mobilisant pour les jeunes aujourd'hui, pour ce qui concerne les formes d'épanouissement personnel. On voit bien tout ce qui peut être la mobilisation des jeunes, leur engagement. Il faut vraiment mettre le sport à côté des activités culturelles, à côté des activités sociales, à côté des activités humanitaires, comme un espace d'épanouissement personnel. Ce n'est pas simplement un bonheur égoïste, une joie personnelle, c'est aussi un accomplissement. Là, il faut revenir aux valeurs de l'humanisme auxquelles je suis très attaché. Il est très important de placer dans l'éducation le sport comme un espace fondamental d'accomplissement de sa personnalité, de conquête de son autonomie, de conquête de sa liberté. C'est ça la République, c'est la conquête par le citoyen de sa propre liberté, au travers d'une éducation républicaine et dans cette éducation républicaine, le sport doit avoir sa place. C'est à mon avis la première de nos priorités.

La seconde qui est aussi, je crois, très importante, c'est l'organisation de notre charpente sociale, de notre tissu social. La problématique a été posée par les emplois jeunes. C'est un sujet que nous considérons comme important, c'est un sujet difficile. Je ne crois pas que l'on puisse considérer idéalement que la méthode emplois jeunes soit, en soi, une méthode satisfaisante, de mettre des jeunes dans des situations de statut provisoire, avec finalement une limite au bout d'un certain temps. C'est une condition d'organisation qui n'est pas satisfaisante. Cela peut satisfaire la société, cela peut satisfaire ici ou là des organisations mais globalement, ce n'est pas une solution satisfaisante. Aujourd'hui, on doit pouvoir par les métiers du sports, par les métiers sociaux faire des carrières, avoir de véritables conquêtes de vie professionnelle. C'est cette logique que nous voulons développer.

Nous allons faire en sorte que, d'une part, on aménage le dispositif des emplois jeunes de manière à ce qu'il n'y ait pas de rupture brutale et que d'autre part, on puisse organiser CIVIS, la nouvelle forme d'intervention, qui se fera sur une question d'engagement, avec une capacité à déboucher sur une insertion professionnelle. Il faut qu'on travaille ces questions, parce qu'on ne peut pas dire aujourd'hui, "on a besoin des jeunes, on les prend, on fait vivre nos organisations, nos structures et une fois qu'on n'en a plus besoin, on les laisse à côté." Il faut pouvoir organiser des filières professionnelles, il faut pouvoir organiser un développement et un épanouissement des jeunes. Je crois qu'il nous faut trouver la formule ; nous y travaillons actuellement avec F. Fillon, avec J. F. Lamour. Je pense qu'il faut que d'ici la fin de l'année, nous soyons au point. Nous ne sommes pas loin du résultat, ce qu'il nous faut trouver comme solution, c'est le problème de la qualification qui, pour le mouvement sportif, a été un problème dans la mesure où, souvent, les emplois jeunes, qui au départ étaient faits pour des jeunes sans qualification, très vite, se sont adressés à des jeunes qui étaient qualifiés. Et dans un certain nombre d'associations, des jeunes qualifiés sont venus ainsi apporter une prestation de haut niveau, ce qui n'était pas tout à fait l'objectif. Et nous voudrions le remplacer par des dispositifs qui aideraient plutôt les jeunes qui n'ont pas la capacité à avoir une qualification, à trouver une insertion professionnelle. Et là, on risque d'avoir un problème qu'il nous faut traiter pour les associations qui ont besoin de compétences dans leurs prestations. Il nous faut trouver la formule "sportive", mais je pense que dans le sport et dans la culture, il y a peut être des systèmes à adapter de manière à ce que l'on puisse également faire en sorte que le mouvement sportif puisse disposer de prestations de jeunes de haut niveau qui peuvent aussi apporter leurs compétences à l'organisation sportive, avec leurs capacités professionnelles.
C'est, je crois, le deuxième point très important.

Le troisième point très important, et là je m'adresse au président Sérandour, je crois qu'il nous faut trouver le lieu de débat du sport dans nos territoires. Je pense que c'est au débat de le dire mais je crois qu'il y a au niveau de la région, cher Jean François, un Conseil économique et social qui a apporté beaucoup dans la préparation d'un certain nombre de débats stratégiques. Parce qu'il faut des lieux où on puisse discuter et un peu arbitrer. Je trouve qu'il faut un lieu sportif il faut trouver la forme au niveau du département ou au niveau de la région. Comment trouver ? Mais il faut que l'on puisse dire, que les collectivités, l'Etat puissent dire dans une région, dans un territoire que l'assemblée sportive se réunit et puis qu'elle puisse arbitrer. Parce qu'on ne peut pas satisfaire tout le monde, tout le temps, en même temps. Donc il faut qu'il y ait un lieu où le monde sportif puisse discuter en disant : "On va faire un plan à trois ans, on fait un plan à cinq ans, voilà les priorités, voilà comment on s'organise, voilà comment on arbitre les choses." La responsabilité, c'est le choix, et la dignité des élus, comme la dignité des responsables associatifs, c'est de faire des choix. Parce que ne pas faire de choix, dire oui à tout le monde, cela se termine toujours mal. Donc il faut trouver des lieux où on peut arbitrer entre les priorités, où on peut les discuter. Et je pense qu'il faut qu'il y ait cette idée de subsidiarité, c'est à dire que le monde sportif ait son lieu de dialogue où il peut affirmer un certain nombre de priorités et faire en sorte qu'il y ait là une sorte d'assemblée sportive qui peut participer à des débats et éventuellement rédiger à un moment ou à un autre un rapport ou une prise de position. Je pense que cela est très important. Dans une structure de subsidiarité, où on écoute les uns et les autres, il faut trouver des lieux où les débats sont particuliers, et où simplement les débats ne sont pas une somme d'aspirations, mais déjà une organisation entre les différentes aspirations pour définir des priorités. Je crois qu'une ville, un département, une région a besoin d'avoir un dialogue avec le mouvement sportif, dans lequel le mouvement sportif puisse donner des hiérarchies de priorités, et c'est, je crois, important. Si nous n'avons pas ce lieu de débats, on va se trouver tiraillés et, ce sont les plus forts, les plus malins qui arrivent à trouver le système.

J'ai été président de région une bonne quinzaine d'années, je vois bien comment cela se passe, mais globalement, je crois qu'il est bon, et on a fait cela pour un certain nombre de projets de faire en sorte que sur une année de sport, le comité régional puisse faire le programme et discuter d'égal à égal avec les élus, chacun assumant ses propres responsabilités, en ayant vraiment un lieu où il peut y avoir débat, où il peut y avoir discussion et où il peut y avoir une conclusion proposée. Elle est ouverte à la discussion. C'est très important. C'est la position de Jean François, et je suis tout à fait d'accord sur cette position de concertation, il est évident qu'il faut avoir des lieux où se prépare la concertation, et la concertation, ce n'est pas de l'improvisation. Et donc il y a des lieux où il faut préparer les discussions, faire les analyses et organiser les débats pour pouvoir amener à la décision.

Avant dernier point, qui est aussi très important dans notre nouveau modèle, c'est évidemment de redéfinir clairement le rôle des différents acteurs et de pouvoir placer le sport dans cette décentralisation que nous sommes en train de construire. Je dirais d'abord que le sport est le grand oublié des lois de décentralisation du début des années 80, des lois de décentralisation que je considère comme des lois positives qui ont apporté beaucoup mais qui, finalement, ont réglé un certain nombre de problèmes. Mais sur le sport, finalement, la clarification n'est pas venue, et ce faisant, chacun intervient et chacun se mobilise. Il y a beaucoup d'interventions, ce qui fait qu'aujourd'hui, les collectivités territoriales sont devenues le premier acteur sportif de notre pays ; deux tiers des investissements sont faits par le total des collectivités territoriales. Il est clair que les collectivités territoriales, finalement, ont pris un certain nombre de responsabilités qui n'étaient pas clairement définies dans la loi, mais elles ont assumé leurs responsabilités. C'est compréhensible parce que comme l'organisation du territoire, la vie sociale est la préoccupation première des collectivités locales et que le sport est essentiel dans la vie sociale. Il est évident qu'il est difficile d'assumer une responsabilité sociale territoriale sans être acteur de la politique sportive. Mais je crois qu'il y a là des choses qu'il nous faut, dans l'avenir, clarifier. Et je pense que ce qui est très important, c'est d'abord de bien définir ce que doit faire l'Etat. Et c'est le travail sur lequel Jean François a engagé la réflexion ; c'est un des éléments très importants du rôle de l'Etat.

Je pense que l'Etat doit définir dans ce domaine, comme dans d'autres, les priorités qui sont les siennes. Je pense qu'il faut que l'Etat assume ses responsabilités, et puisse organiser ses partenariats. L'Etat ne peut pas être maître d'ouvrage de l'ensemble des politiques, il ne faut pas qu'il le soit d'ailleurs, parce qu'à force de vouloir intervenir partout, il est présent plus tard et à force de remplacer la force de l'Etat par un étatisme dispersé, on finit par sentir l'Etat présent, mais presque plus présent par des pesanteurs que par véritablement des actions motrices. Ce qu'il faut, c'est que l'Etat puisse bien définir ce qui est de sa priorité.

Il y a un certain nombre de sujets qui nous paraissent importants comme la protection de l'usager, comme les enjeux de santé, comme le sport de haut niveau, comme les grands équipements. Il y a un certain nombre de sujets qui sont très importants. Je pense qu'il y a une définition d'une sorte de perspective. Je crois qu'on n'en est plus au Commissariat général au Plan, mais nous sommes en revanche à avoir une prospective. Quelle est la réflexion du sport français à dix ans ? Quelle est notre vision prospective du sport en France ? L'Etat doit s'impliquer, l'Etat doit être stratège, et l'Etat doit faire en sorte que lui qui a un peu de distance par rapport aux réalités du terrain immédiates, il doit avoir la capacité de réfléchir à ce que doit être la perspective du sport sur le moyen terme. Car il est évident qu'il y a des décisions lourdes d'investissement, des décisions de préparation qui exigent cette vision à long terme. Je verrais bien un Etat très stratège et un Etat qui se met en position de force sur un certain nombre de priorités, et quand il assume ses priorités, il les assume vraiment. C'est à dire qu'il n'est pas dans la situation où il va demander de l'argent aux collectivités territoriales, où il va se disperser quelquefois. Je n'aime pas quand l'Etat fait la manche ; l'Etat est partenaire. On perd un peu de soi même quand on va chercher de l'argent chez les autres. Quand on veut assumer ses propres responsabilités, on les assume et donc il faut des priorités. Et ensuite, il faut pouvoir organiser les partenariats et faire en sorte qu'avec les collectivités et les différents acteurs, on puisse faire en sorte que les territoires s'occupent par exemple de la promotion des pratiques, de l'animation des clubs, de l'ensemble de la dynamique sportive locale.

Il y a beaucoup de choses qui relèvent des collectivités territoriales. Je pense qu'il faut pouvoir, là, trouver des formes de partenariat qui sont finalement assez définis clairement, contractuellement ; l'Etat ayant son logiciel avec les orientations qui sont les siennes, et faisant en sorte qu'il puisse déléguer des responsabilités aux collectivités territoriales, sachant qu'il délègue aux fédérations le service public du sport. Donc, là, c'est la délégation de service public qui est très importante, qui est finalement le dispositif tel qu'il est organisé aujourd'hui, qui peut être aménagé mais qui fonctionne assez bien, je pense, notamment avec la Fédération des Ligues. Je pense qu'il y a un système national, là, qui est assez structuré, dans lequel les responsabilités des uns et des autres sont assez clairement définies. L'une des choses les plus importantes pour le 8 décembre, c'est de bien définir ce qu'on attend des uns et des autres. S'il n'y a pas de clarification dans les compétences des uns et des autres, on finira toujours par être dans un système qui serait un système quelque peu confus et on perdrait en efficacité. Ce n'est, je crois, pas l'objectif qui est le nôtre.

Il est évident que nous avons à organiser un dispositif financier qui devra venir à la place du FNDS. Là, c'est un point très important. Nous sommes, avec la loi organique, face à l'annonce de la disparition du FNDS, puisque ce type de formule ne sera plus possible prochainement. Il nous faut donc trouver une autre forme d'intervention. Nous y réfléchissons avec J. F. Lamour.

ll y a le dispositif des fondations. Nous allons voir comment est ce qu'on peut trouver la meilleure forme. D'ailleurs on travaille parallèlement avec le ministre de la Culture sur l'autre sujet, mais qui est assez voisin, qui est le mécénat, des formes de financement notamment dans la fiscalité, pour voir des avantages qui peuvent faire en sorte qu'on puisse drainer des flux financiers qui pourraient venir soutenir un certain nombre d'initiatives de l'Etat mais aussi des partenaires privés. Il y a des dispositifs qu'il nous faut inventer. Je pense que ça c'est urgent. Il nous faut créer cette forme d'intervention financière pour doter le mouvement sportif de ce moyen financier qui est un moyen important pour l'ensemble de la mobilisation sportive sur l'ensemble du territoire.

Là, c'est un nouvel outil juridique qu'il nous faut trouver qui puisse être participatif, qui puisse être ouvert, qui fasse l'objet de concertations, mais qui puisse faire en sorte que vous n'ayez pas à souffrir de la fin du FNDS. Il est clair que c'est un objectif que nous voulons évidemment atteindre, pour pouvoir faire en sorte que des moyens soient donnés aux acteurs de terrain, en ce qui concerne l'animation sportive.

Voilà quelques unes des réflexions que je voulais vous proposer et échanger avec vous. Ce qui me paraît au fond très important, aujourd'hui, c'est de faire en sorte qu'on puisse mettre le sport dans notre mobilisation à la fois nationale et je dirais de décentralisation. C'est un élément très important de notre bataille culturelle. On a trop souffert dans notre pays de ces idées hiérarchiques qui plaçaient toujours un certain nombre de valeurs au dessus d'un certain nombre d'autres. C'est comme cela que notre enseignement professionnel a terriblement souffert par rapport à notre enseignement général. C'est comme cela que dans les activités scolaires, le sport a souvent été considéré comme subalterne. C'est comme cela que la capitale a toujours été rayonnante et que les territoires provinciaux sont souvent apparus comme secondaires. C'est comme cela que ce pays, pendant très longtemps, a voulu organiser sa vie en société avec des hiérarchies. Cela doit être des restes de l'Ancien régime où on aimait bien des charpentes quelque peu structurées, voire un peu étouffante. Moi, je suis de ce point de vue là assez subversif et assez révolutionnaire.

Je crois qu'il faut faire en sorte qu'aujourd'hui, on abatte un certain nombre de cloisons, et notamment dans l'Education, qu'on abatte les cloisons qui empêchent le sport d'être une véritable discipline en ce qui concerne notre mobilisation éducative. De même, dans notre organisation de décentralisation, je pense que le sport a toute sa place, à côté des activités économiques, à côté des activités sociales, dans l'ensemble des compétences. Quand on pense qu'il y a une vingtaine d'années, on pouvait faire des lois de décentralisation sans citer le mot " sports ", quand on a fait des schémas de services, il y a encore quelques années, il a fallu que ce soit la Haute Assemblée qui rajoute les schémas sportifs pour les mettre, parce qu'ils n'avaient pas été prévus au départ. Finalement, le moment est venu de mettre le sport à sa place, c'est à dire dans notre vivre ensemble, c'est à dire au coeur de la société.

Je vous remercie."

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 21 novembre 2002)

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