Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, sur les grandes orientations de la politique gouvernementale à l'égard des anciens combattants, à Rethondes le 11 novembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, sur les grandes orientations de la politique gouvernementale à l'égard des anciens combattants, à Rethondes le 11 novembre 2002.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918

ti : Madame la ministre,
Monsieur le ministre,
Monsieur le préfet,
Monsieur le sénateur-maire,
Monsieur le président de la Région,
Monsieur le président du département
Messieurs et Mesdames les parlementaires et les élus,
Messieurs les présidents d'association,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,


D'abord, très sincèrement, du plus profond de mon c¿ur, je voudrais dire merci à toutes celles et ceux qui, aujourd'hui, font revivre notre mémoire avec cette qualité et cette dignité. Comment ne pas ressentir une profonde émotion en entendant la sonnerie du clairon dans cette clairière. Chaque Français mesure ce que cela représenta lorsqu'il résonna le 11 novembre 1918. Sur tout le front, il était le symbole d'une des plus grandes victoires de l'Histoire de France, mais aussi d'une des plus chèrement acquises. C'est un conflit d'une intensité profonde, probablement sans précédent, qui s'achevait pour la plus grande gloire de la France mais aussi de ses alliés. Cette heure terrible, grande et magnifique, selon les mots de Clémenceau restera pour toujours dans la mémoire de tous nos compatriotes. Nos pensées vont en ce moment vers tous les peuples que cette tragédie a éprouvés. Je tiens ici à saluer chaleureusement nos alliés européens et américains. De même, la présence, aujourd'hui, parmi nous, de nos amis allemands et de ces jeunes que nous venons d'entendre, qui connaissent, comme nous, le prix de la guerre, revêt une signification particulièrement forte que nous mesurons tous.

Aujourd'hui, à Rethondes, je reprends volontiers la tradition qui veut que les Premiers ministres se rendent en ces lieux chargés d'Histoire après leur prise de fonction. Je crois cette tradition positive et nécessaire. C'est d'abord un devoir à l'égard de ceux qui ont tant souffert pour que la France retrouve son intégrité territoriale et conserve son indépendance. Une soixantaine de Poilus sont encore de ce monde et ils méritent un hommage digne et fort. Cette tradition s'impose ensuite vis-à-vis des très nombreuses familles qui gardent encore très vivant le souvenir des sacrifices consentis. C'est enfin utile pour que notre peuple conserve toute sa reconnaissance à l'endroit de ceux qui l'ont servi avec tant de bravoure et d'abnégation de 1914 à 1918.

Mais je voulais aussi saisir cette circonstance pour manifester au monde combattant réuni aujourd'hui, toutes générations du feu confondues, mon respect et ma gratitude pour ce qu'ils représentent et mon attention personnelle pour ses préoccupations. Je suis convaincu que le monde combattant a un rôle éminent à jouer dans notre société et je suis déterminé à agir pour que la transmission des valeurs qu'il porte vers les jeunes générations soit réussie et pérenne. Je le dis avec force et conviction : les anciens combattants ont droit, au plus haut point, au respect mais aussi à la reconnaissance de la Nation. Ce respect se fonde sur l'ardeur, le courage, la détermination et la discipline dont ils ont fait preuve sur tous les fronts, face à des adversaires multiples et dans les épreuves les plus dures.

Il se fonde aussi sur le besoin manifeste de notre peuple d'avoir des références communes. Chacun en est désormais pleinement conscient : notre jeunesse doit connaître son Histoire et la comprendre si elle veut bâtir un avenir de liberté et de paix. "Une civilisation qui oublie son passé se condamne à le revivre", nous rappelle A. Finkielkraut. Dans le domaine de la mémoire comme dans celui de la reconnaissance, les initiatives publiques doivent rassembler et fédérer. C'est le sens du travail de mon Gouvernement. Je souhaite que nous ayons une vision lucide de notre Histoire. Affronter les drames du passé ne doit pas nous conduire à oublier les héros et les justes, ceux qui ont su accomplir leur devoir. C'est pourquoi dans le respect des différences légitimes issues du passé et de la diversité des sensibilités qui caractérisent notre peuple, mon Gouvernement s'efforcera de contribuer au rassemblement et à l'union du monde combattant.

C'est dans cet esprit que le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants conçoit sa mission ; c'est ainsi que, sur des sujets difficiles, il s'est d'ores et déjà engagé pour rechercher les moyens de rétablir la concorde. S'agissant de la commémoration de la guerre d'Algérie, à notre demande, un historien aussi éminent et respecté que J. Favier a accepté d'apporter sa compétence et son énergie à l'émergence d'une solution. La réunion qui s'est déroulée mercredi dernier est déjà, en elle-même, très positive. Je souhaite qu'elle permette d'ouvrir progressivement le chemin à un accord aussi large que possible, sur une date qui permette à notre pays d'honorer dans la sérénité et le rassemblement les morts et les combattants de ce conflit. Très prochainement, monsieur le président de la République inaugurera le mémorial national de la guerre d'Algérie. Il marquera l'hommage du pays à ceux qui ont combattu au cours de cette guerre difficile, parfois jusqu'au sacrifice suprême.

L'esprit de concorde doit aussi prévaloir dans le règlement d'une question grave : je veux parler du dossier des orphelins de la déportation. Notre devoir est de faire émerger là aussi une solution équitable et raisonnable. Monsieur P. Dechartre a toutes les qualités pour explorer plus avant cette difficile et délicate question. L'attention due au monde combattant est également ce qui motive notre volonté d'être à l'écoute de ses représentants et je salue chaleureusement ici à Rethondes, les présidents des principales associations qui ont bien voulu nous accompagner. Je les assure de notre volonté d'établir, de maintenir avec eux un climat d'écoute et de respect mutuel. Demain matin, l'Assemblée nationale examinera le projet de budget des Anciens combattants pour 2003. Il marque une première étape importante dans cette volonté de répondre aux attentes exprimées dans le cadre de ce dialogue que je veux confiant et qui s'est instauré entre nous. Naturellement, tous les dossiers ne peuvent être résolus immédiatement et simultanément d'autant que certaines questions sont pendantes depuis de bien nombreuses années.

Néanmoins, des perspectives sont clairement tracées et je pense que les anciens combattants y seront sensibles et que les parlementaires les appuieront. Les dispositions sur les cures thermales, sur la rente mutualiste ou sur les bilans médicaux gratuits constituent des avancées significatives. Dans les années qui viennent, la stabilité politique qui nous a été donnée nous permettra de progresser raisonnablement sur d'autres dossiers sur lesquels se manifestent encore, je le sais, des impatiences fortes. Vos inquiétudes concernant l'Office national des anciens combattants et l'Institution nationale des Invalides ont été entendues et prises en compte. Ces deux institutions protégées seront modernisées. Nous ne pouvons oublier, ici, à Rethondes, la contribution éminente des forces de ce que l'on appelait alors l'empire. Plusieurs centaines de milliers de combattants venus du Maghreb, d'Afrique noire ou d'Asie ont servi à nos côtés. Ils ont à nouveau eu un rôle majeur dans l'Armée d'Afrique et dans la Libération et dans nos batailles, en Tunisie, en Italie et sur l'ensemble de notre sol.

La question est importante pour nous, aujourd'hui : finaliser la solution pour les pensions des combattants des pays autrefois placés sous souveraineté française. Lorsque les mesures seront arrêtées, prochainement, le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants se rendra dans les principaux pays concernés pour présenter les dispositions retenues. Au delà des aspects importants, techniques et financiers, il s'agit de mettre un terme à cette situation choquante et de nous souvenir de l'engagement de ces hommes de toutes races et de toutes conditions, qui se sont battus sous les plis du même drapeau que nous. Ce drapeau qui allie le bleu de notre histoire, le blanc de notre espoir et le rouge du sang de nos aînés, le sang de notre gloire.

Par ailleurs, je tiens, en ces lieux, à souligner notre décision de reprendre l'effort de défense si nécessaire à l'autorité de notre pays. Cet effort participe aussi au respect dû aux anciens combattants, car nous savons ce qu'il peut coûter à un pays de baisser la garde. Dans les enseignements que nous tenons à tirer de l'expérience du passé, il y a évidemment cette détermination sans faille à défendre notre effort de défense, mais aussi à poursuivre notre projet européen. C'est une nécessité impérieuse. Elle est exprimée dans le projet de loi de programmation militaire que défendra prochainement au Parlement, madame Michèle Alliot Marie, ministre de la Défense : une loi de programmation militaire pour les années 2003 et 2008, qui donnera à nos armées, à nouveau, confiance et puissance. Si nous voulons que la France puisse se faire entendre à l'ONU et partout dans le monde, avec force, elle doit être capable de montrer qu'elle même fait des efforts pour assurer sa propre défense. C'est, je crois, un engagement qui nous touche tous, et qui mobilise l'ensemble du pays.

Je tiens à vous le dire, pour moi, le message des Poilus est particulièrement actuel. Il résonne aujourd'hui au coeur des tensions internationales. La guerre sera toujours l'horreur. Il n'y a pas de guerre heureuse. Pour nos valeurs, il ne faut pas en avoir peur, mais il faut l'affronter pour l'empêcher et tout tenter pour l'arrêter. Et je suis fier, je vous le dis ici à Rethondes, de l'action du président de la République, de l'action de la France qui a conduit à ce que l'ONU donne tout récemment une chance supplémentaire au droit international face à la violence bilatérale. Le choix de l'humanisme est celui toujours de la force face à la violence.

D'une manière générale, la transmission de la mémoire est une préoccupation que nous partageons tous, car elle constitue un des enjeux décisifs des années à venir. La mémoire ne sera reçue par les jeunes générations qu'à condition d'être crédible, c'est à dire historiquement avérée et exempte d'arrière pensées partisanes. Elle est aujourd'hui fondamentale dans le processus d'intégration de toutes les populations qui vivent sur notre sol autour de notre projet, de notre pacte républicain.

La mémoire combattante, c'est l'attachement à la France et à la nation. La mémoire combattante c'est un formidable outil d'intégration à l'heure où certains, dans notre pays, manquent de repères. La mémoire combattante, c'est la mémoire de la République, c'est elle qui nous rassemble. Sur les modalités de cette transmission, face à l'ensemble des missions de devoir de mémoire, faisons preuve d'imagination et d'innovation. Pour marquer l'attention personnelle que je porte à la modernisation des pratiques quant à ses devoirs de mémoire, et à toute cette créativité nécessaire pour l'exprimer, je prendrai un certain nombre d'initiatives au cours de l'année 2003 qui sera marquée par des anniversaires très importants pour la Résistance. Nous prendrons des initiatives pour permettre l'expression de ce devoir de mémoire face, notamment, aux plus jeunes des Français.

Nous devons tous nous mobiliser, l'Etat à tous les niveaux assumera ses responsabilités. Mais les collectivités locales, ici représentées, ont aussi évidemment leur rôle. Elles l'assument d'ailleurs avec un dynamisme croissant et remarquable.

Je remercie monsieur le sénateur-maire de Compiègne des nombreuses initiatives qu'il a pu prendre en ce sens. C'est un exemple pour bien des communes de France. Je pense aussi à tous ceux qui, dans le monde de l'entreprise, dans les fondations et les associations, s'engagent à valoriser ce souvenir et à exprimer notre devoir de mémoire et de souvenir. Je retrouve, là, le traditionnel sens des responsabilités et du dévouement.

On peut aussi voir le sens de la fraternité qui est une grande caractéristique du monde combattant en France.

Messieurs les présidents, mesdames et messieurs les anciens combattants, qui ont su rester fidèles à cet idéal, vous êtes unis dans l'épreuve. Vous méritez la reconnaissance de la nation pour ce que vous avez fait mais aussi pour ce que vous êtes. On ignore trop souvent de nombreuses initiatives de vos associations dans bien des domaines. Celles de souvenirs évidemment, mais aussi de ces actions de générosité, de ces actions auprès de la cause humanitaire, marquée par cet engagement discret. Elles honorent leurs actions, ces actions, et elles sont dignes des vertus qui animèrent ceux qui s'illustrèrent sur les champs d'honneur.

Dans une société menacée par l'égoïsme, par la méconnaissance du passé et par le communautarisme, je crois qu'il est aujourd'hui nécessaire d'affirmer ce message de générosité, de fidélité et de fraternité du monde combattant. Il donne au mot de Renan - "avoir fait de grandes choses ensemble" - vouloir en faire encore, vouloir les conditions essentielles pour être un peuple, une résonance particulière et moderne. Je crois aujourd'hui, chers amis, que nous sommes rassemblés pour nous souvenir que la France nous rassemble, que la France, au sein de l'Europe, est porteuse d'un grand projet et que ce projet est plus grand que chacun de nous. Que ce projet mérite que nous puissions faire des efforts pour lui-même, pour son avenir, pour que puissent être respectées les valeurs fondamentales que la France a toujours portées dans le monde. Message universel qui nous rassemble et qui fait qu'aujourd'hui, c'est avec fierté que nous pouvons dire : vive la France et vive la République !

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 21 novembre 2002)

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