Interview de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, à "RTL" le 22 novembre 2002, sur l'évolution du conflit entre agriculteurs et grande distribution., notamment en ce qui concerne la garantie des prix minimum. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, à "RTL" le 22 novembre 2002, sur l'évolution du conflit entre agriculteurs et grande distribution., notamment en ce qui concerne la garantie des prix minimum.

Personnalité, fonction : GAYMARD Hervé, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales

ti : R. Elkrief-. Hier après-midi, vous avez rencontré, avec R. Dutreil, votre collègue, les agriculteurs de la FNSEA, vous leur avez donné plutôt satisfaction. On va revenir sur les détails. Pourtant ce matin, les barrages sont toujours là ?

- "La balle est désormais dans le camp des négociations entre la grande distribution et les agriculteurs. Ils ont une réunion ce matin, dont j'espère qu'elle sera conclusive, et nous verrons bien, dans le courant de la journée, comment le conflit évolue. Pour ce qui concerne le Gouvernement, effectivement, avec R. Dutreil, nous avons reçu, hier, pendant plus de deux heures, les paysans. Nous connaissons bien, l'un et l'autre, leurs problèmes, puisque nous ne les découvrons pas, puisque la question des relations entre les producteurs et les distributeurs est un sujet qui date au minimum d'une dizaine d'années..."

Qui est très ancien et qui a déjà été traité régulièrement.

- "...Et si c'était nouveau, cela se saurait. Je crois qu'hier, nous avons pu ensemble aboutir à des avancées positives."

Vous dites, ce matin, réunion entre producteurs et distributeurs. Concrètement, vous donnez une sorte de date limite pour que ce blocage des plate-formes d'approvisionnement des grandes surfaces soit levé ? Est-ce que vous dites : il faut que ce soit fini à midi, ce soir, demain matin ? Comment cela se passe-t-il ?

- "Le Gouvernement n'a évidemment pas de date limite à donner, puisqu'il s'agit de relations qui relèvent de la sphère privée. Mais il est bien évident..."

Bloquer une plate-forme d'approvisionnement ce n'est pas seulement la sphère privée non... ?

- "...Mais il est bien évident que l'Etat doit faire respecter la loi. Et que toutes les contraventions à la loi ne seront pas acceptées. C'est tout à fait clair."

Vous, vous êtes optimiste à cette heure-ci sur un aboutissement des négociations ?

- "Attendons de voir. Mais je crois qu'il y a un certain rapport de force ; il y a des discussions qui sont en train de se dérouler, qui vont reprendre dans quelques heures. J'espère en tout cas que la raison l'emportera. Parce qu'il n'y a aucune raison que la raison ne l'emporte pas."

Vous avez promis hier, comme Etat, de garantir des prix minimum en cas de crise, c'est déjà le cas sur les fruits et légumes et vous voulez l'élargir à d'autres produits, notamment la viande porcine, c'est ce que demandaient les agriculteurs. Ca ne peut pas être invalidé par la commission de la Concurrence de Bruxelles ? Parce que c'est un peu économie administrée non, ça fait un peu... ?

- "Il y a plusieurs sujets. Sur ce sujet, il y a deux ministères qui sont concernés : le ministère chargé de la Concurrence et de la Consommation, c'est mon collègue et ami, R. Dutreil ; et le ministère de l'Agriculture. Ce que nous avons dit hier, c'est plusieurs choses. D'abord que, sous l'impulsion de R. Dutreil, depuis que nous sommes arrivés, il y a six mois, des contrôles ont été effectués pour l'application effective des règles posées par la loi de 2001 sur "Les nouvelles régulations économiques". Et R. Dutreil a annoncé hier que 10 assignations en civil avaient été faites, 19 au plan pénal, etc, etc..."

C'est-à-dire, concrètement, que les abus de pratiques commerciales étaient réprimés, désormais, on fait attention.

- "Voilà. Et la justice est saisie. Et cela est quelque chose d'extrêmement nouveau puisque, avant, nous étions dans une zone de non-droit. C'est la première chose. La deuxième chose, c'est que, dans cette loi de 2001, il a été mis en place un système de prix minimum, en cas de crise, j'insiste bien, en cas de crise, dans le secteur des fruits et légumes. Et nous avons décidé d'étendre cette notion de prix minimum en cas de crise à tous les secteurs qui concernent..."

Pour garantir un revenu aux agriculteurs?.

- "...les produits frais. Parce que c'est vrai qu'il y a des fluctuations qui sont insupportables pour les producteurs."

Ma question est : ça ne peut pas être "retoqué", comme on dit, à Bruxelles ?

- "Non. C'est vrai que ce sont toujours des sujets compliqués, parce qu'il y a, à la fois, des exigences de la concurrence et de l'économie de marché, mais aussi d'assurer des conditions de vie décentes à des producteurs qui subissent de plein fouet des variations complètement spectaculaires et erratiques auxquelles ils ne sont pour rien. Enfin, troisième sujet, qui est purement agricole, j'allais dire : c'est qu'il faut aussi, et ça c'est le ministre de l'Agriculture qui parle, que dans certaines filières, des agriculteurs s'organisent mieux, dans des interprofessions puissantes, puisque c'est vrai que..."

Pour être plus forts face à la distribution...

- "...on a cinq centrales d'achats, et en face, dans certaines filières, on a des centaines voire des milliers de producteurs, donc le dialogue est inégal. Donc, moi, en tant que ministre de l'Agriculture, je dis aux agriculteurs dans ces filières : groupez-vous dans des interprofessions fortes."

Evidemment, il n'échappe à personne ce matin, que ce conflit des agriculteurs précède de trois jours un conflit annoncé et un blocus annoncé par les routiers. Mardi, on attend la Journée des fonctionnaires, la journée de manifestations ; le 8 décembre, une manifestation de l'Education nationale. Et on approche du mois de décembre... Cela ne vous rappelle rien ?

- "Comparaison n'est pas toujours raison. Je crois que..."

Evidemment, je pense à décembre 1995 et les manifestations contre le gouvernement Juppé.

- "Nous sommes dans une démocratie sociale vivante. Il est normale que les salariés ou les agriculteurs et leurs organisations s'expriment sur les sujets qui les concernent. Et c'est vrai, comme le disait A. Duhamel dans sa chronique, c'est qu'en France, on est très en retard par rapport à un dialogue social constant et efficace. Donc, je crois sur ce sujet, qu'il faut que tout le monde s'exprime."

Mais que fait-on face aux méthodes ? Car c'est vrai qu'il y a une attente de rétablissement de l'autorité de l'Etat dans l'élection du gouvernement Raffarin, mais pas seulement dans les banlieues difficiles, mais pour toutes les catégories qui, éventuellement, expriment une colère qui pourrait contraindre l'ensemble des citoyens. Qu'est-ce que fait, qu'est-ce que fera le Gouvernement ?

- "L'autorité de l'Etat sera respectée et l'intérêt général assuré. Et vous pouvez faire confiance au Gouvernement, sous l'autorité de J.-P. Raffarin, avec N. Sarkozy, pour procéder dans cet état d'esprit. Mais nous n'en sommes heureusement pas là."

C'est quand même un test très important pour J.-P. Raffarin. Comment est-il apparu hier ? Vous avez eu cette réunion. Est-il inquiet, est-il stressé ? Comment ça se passe ?

- "Ce n'est pas un stressé Jean-Pierre, vous savez. C'est un type qui a beaucoup de bon sens, qui écoute, et aussi beaucoup de détermination. Donc, je ne suis pas du tout soucieux. Nous sommes dans un état d'esprit serein, à l'écoute, décidés à prendre nos responsabiltités pour ce qui concerne les compétences du Gouvernent..."

Cela veut dire une intervention, par exemple, contre un blocus des routiers, une intervention... les chars, les...

- "Je ne suis pas ministre de l'Intérieur. Nous n'en sommes pas là. Nous sommes dans la phase du dialogue. Et je puis vous dire que je suis extrêmement confiant."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 22 novelbre 2002)

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