Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur le redéploiement territorial des forces de police et de gendarmerie, la compétence des préfets, l'organisation des communautés de brigades en concertation avec les maires et l'évolution des missions de la gendarmerie, Montluçon le 20 novembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur le redéploiement territorial des forces de police et de gendarmerie, la compétence des préfets, l'organisation des communautés de brigades en concertation avec les maires et l'évolution des missions de la gendarmerie, Montluçon le 20 novembre 2002.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : 14èmes rencontres de la gendarmerie à Montluçon (Allier) le 20 novembre 2002

ti : Monsieur le Directeur Général,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les représentants des polices et des gendarmeries amies,
Mesdames et Messieurs,


Je tiens tout d'abord à vous dire tout le plaisir qui est le mien à être aujourd'hui parmi vous à l'occasion de ces 14èmes rencontres de Montluçon, rencontres dont je sais toute l'importance qu'elles revêtent pour la gendarmerie.

Au cours de ces six derniers mois, très denses, j'ai tenu à entretenir un contact étroit, permanent, avec les gendarmes et les policiers, avec vous tous, hommes et femmes, qui avez choisi de vous engager chaque jour pour la sécurité de vos concitoyens.
J'ai déjà eu l'occasion de rencontrer, lors d'échanges privilégiés l'ensemble des officiers généraux, les commandants de groupement et aussi, c'était au Carroussel du Louvre le 5 juillet dernier, les commandants de légion, les commandants de compagnie et plus de 1500 commandants de brigades.

Quel que soit mon emploi du temps, je me fais un devoir de saisir chaque opportunité pour aller à votre contact. Chacune de ces opportunités est riche pour moi de beaucoup d'enseignements et ouvre la voie à de nouveaux projets.

Je vous l'ai déjà dit : nous avons un véritable défi à relever ensemble. La politique de sécurité intérieure, définie en conseil de sécurité intérieure, ne vise pas simplement à enrayer l'évolution extrêmement préoccupante ces dernières années de l'insécurité dans notre pays, mais à la faire reculer.
Une simple stabilisation de la délinquance serait un échec. Non, notre politique est plus ambitieuse. Il s'agit de faire reculer significativement et durablement l'insécurité sous toutes ses formes et de répondre ainsi très concrètement par des faits, des actes, des résultats et non par des discours à cette demande qu'ont exprimée sans ambiguïté nos concitoyens. Et, ce devoir nous l'avons à l'égard de toute les victimes de la délinquance - car toute victime est une personne qui souffre - mais d'abord à l'égard des premières des victimes : les personnes démunies qui ne peuvent compter que sur l'Etat pour les défendre.

Dès le mois de mai, le gouvernement a voulu se donner les moyens d'atteindre cet objectif. Nous devions dégager les moyens humains et financiers nécessaires pour les années à venir, mais aussi rattraper les énormes retards pris ces dernières années, qui ont pénalisé votre fonctionnement.
Tel était tout l'enjeu de la Loi d'Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure, adoptée dès le 29 août dernier. Cette loi viendra notamment abonder les moyens de la gendarmerie prévus par la Loi de Programmation Militaire. Cette loi viendra renforcer vos effectifs puisque ce ne sont pas moins de 13500 emplois dont 7000 de gendarmes qui vont être créés sur cinq ans. Cet effort sans précédent de la nation illustre bien les priorités retenues.
Donner aux forces de police et de gendarmerie les moyens humains, et matériels indispensables c'est bien. Mais il fallait également restaurer leur autorité et à travers eux l'autorité de la puissance publique et de l'Etat. C'est pourquoi, sitôt l'adoption de la Loi d'Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure, le gouvernement s'est attelé à la préparation de deux autres projets de loi, le premier sur la sécurité intérieure, voté hier par le sénat et le second, qui sera présenté au printemps, sur la lutte contre la criminalité organisée.

Il est indispensable en effet de vous donner, ainsi qu'aux policiers, les outils juridiques nécessaires pour combattre efficacement des comportements aussi inacceptables que la prostitution galopante, les abus de certains parmi les gens du voyage, la mendicité agressive, l'exploitation de la mendicité ou encore l'occupation des halls d'immeubles par des groupes plus soucieux d'intimider les honnêtes gens que de travailler.
Ces comportements n'ont que trop duré, ils n'ont que trop affecté les plus démunis, ils n'ont que trop fragilisé notre République. Et, tenter d'y mettre un terme ce n'est pas porter atteinte en quoi que ce soit aux libertés individuelles, c'est au contraire restaurer la capacité de chacun à en jouir pleinement. Car enfin chacun a le droit quand même à son intégrité physique, chacun a le droit à la tranquillité, au respect de sa dignité. Et, n'oublions pas que le code pénal est d'abord fait pour protéger les victimes et confondre les délinquants.
De la même manière, nous allons prendre les dispositions nécessaires pour que notre démocratie ait les moyens de défendre ses valeurs, et d'assurer sa sécurité en liaison avec nos partenaires étrangers. Je pense bien sûr à la lutte contre la criminalité organisée.

Demander aux contribuables des moyens supplémentaires, solliciter du législateur des outils juridiques nouveaux est justifié, à condition que dans le même temps l'on optimise l'utilisation des moyens déjà existants, que l'on rationalise leur emploi, que l'on se fixe des priorités claires, que l'on lutte contre les tâches indues, que l'on évalue les résultats¿Bref il ne suffit pas de demander davantage, il faut encore faire mieux.

Cette politique là , je l'ai engagée sans attendre l'arrivée des moyens nouveaux avec le concours des directeurs généraux de la gendarmerie et de la police, avec la mobilisation des préfets, avec l'adhésion des responsables de terrain à tous les niveaux, avec le concours des inspections générales.

Cette politique là, nous la menons avec pragmatisme et détermination au travers de multiples chantiers, car les marges de man¿uvre sont réelles et les marges de progrès certaines. A ceux qui disaient qu'on ne pouvait rien faire, que tout était bloqué, nous apportons ainsi des démentis quotidiens.

Nous avons constitué, dans la lignée des engagements du Président de la République, les groupes d'intervention régionaux dont l'objectif est, je le rappelle, la lutte contre les trafics en tous genres et l'économie souterraine.

Que n'avons nous pas entendu sur ce sujet de la part des habituels Cassandre et autres donneurs de leçons ? On nous avait dit que ça ne marcherait pas, qu'il serait impossible de faire travailler ensemble les différentes administrations, que les magistrats entreraient en conflit avec les préfets, que les policiers et gendarmes allaient se déchirer, que ce regroupement allait préfigurer une future fusion des deux forces et que sais je encore¿.
Eh bien les faits ont donné tort à tous ces beaux esprits, on s'est aperçu que les résultats arrivaient, que la résolution de belles affaires était grandement facilitée par la mise en synergie des moyens et des compétences, que l'intelligence et le sens du service public l'emportaient sur les corporatismes stériles¿et qu'est ce que j'observe aujourd'hui ? Les équipes sont soudées, les tentatives de dénigrement de ces structures, y compris médiatiques, ont cessé et ne peuvent que cesser devant l'ampleur des résultats obtenus.
C'est un succès qui vous revient, comme à l'ensemble des autres services impliqués, et je vous félicite très sincèrement de ces premiers résultats, qu'il faut améliorer encore dans le respect de la spécificité de ces structures. Spécificité qui est celle de la pluridisciplinarité, la seule qui permette une approche efficace de certaines manifestations criminelles.

Dans le même esprit de recherche d'une meilleure utilisation des moyens existants, nous devions aussi repenser en profondeur la doctrine d'emploi des forces mobiles. Elles étaient insuffisamment utilisées au profit de la lutte contre l'insécurité quotidienne. Mais, chacun conviendra aussi qu'elles étaient trop lourdes à mettre en ¿uvre, que leur emploi était trop centralisé, trop figé dans le cadre de la "fidélisation", qu'il était trop centré sur l'ordre public et notamment au profit de la région parisienne. Enfin, que dire des gardes statiques, si peu valorisantes, et pourtant si consommatrices d'hommes et de temps.

J'ai voulu repenser tout cela car nous disposons avec les forces mobiles d'un formidable potentiel humain dont le professionnalisme nous est envié à l'étranger. Il fallait donner à ces forces plus de souplesse d'emploi, plus de réactivité, plus de disponibilité pour les préfets de zone et de départements. Il fallait enfin retrouver un niveau d'engagement raisonnable, qui ne soit plus synonyme d'usure injustifiée des hommes et des unités.

Il y avait d'autant plus urgence à mettre en ¿uvre cette nouvelle doctrine que le suremploi a pénalisé les temps de formation et a limité le concours des forces mobiles dans les zones périurbaines et rurales. Le résultat a été simple, nous n'avons pu enrayer la montée continue de l'insécurité dans ces zones. Il fallait aussi, pour des raisons évidentes d'efficacité, de soutien et de connaissance du terrain que les escadrons de gendarmerie mobile et les compagnies républicaines de sécurité soient prioritairement déployés dans leurs zones de compétence respectives, c'est à dire les zone de compétence gendarmerie pour les premiers et de la police nationale pour les seconds.
Cette nouvelle configuration est mise en ¿uvre depuis le 1er novembre, et les premiers échos qui me reviennent sont positifs.
Nous ne somme certes pas au terme de la réforme entreprise. Ce n'est que progressivement que nous pourrons réduire les gardes statiques. Ce n'est qu'en renforçant les effectifs de la région parisienne que nous pourrons donner au concept de zonalisation toute sa dimension.

Mais encore une fois, je constate que le changement est moins difficile à mettre en ¿uvre que ce que craignaient certains. Au-delà, il y a une réelle satisfaction à ce que les forces de sécurité intérieure soient plus présentes dans les lieux et aux moments les plus sensibles. Il n'y a pas de secret, pour faire reculer l'insécurité nous devons mettre les gendarmes et les policiers là où se trouvent les délinquants.
Pour la gendarmerie, cette nouvelle utilisation des forces mobiles, ainsi que l'emploi de la réserve et la réorientation des Peloton de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie - les PSIG -, permet aussi d'intensifier dès maintenant votre présence la nuit et en fin de semaine dans les secteurs sensibles ; et ce, sans attendre l'arrivée des premiers effectifs accordés au titre de la LOPSI. Car, nous savons tous qu'un certain nombre d'unités élémentaires souffrent encore de "trous à l'emploi" dus pour l'essentiel à la diminution des postes budgétaires de sous-officiers, au cours des cinq dernières années.

Cette volonté d'optimiser nos moyens et rationaliser leur emploi, je pourrais l'illustrer à travers de nombreux autres exemples.

Ainsi, j'ai souhaité que les statistiques de la délinquance soient publiées chaque mois parce que je trouve normal que l'on organise une véritable transparence dans ce domaine. Les élus et la population de notre pays ont un droit légitime à une information objective, et quasiment en temps réel.
Je veux également insister sur la nécessité de mettre en place partout une véritable culture du pilotage et de l'évaluation. Tel est l'objectif des réunions mensuelles que j'ai voulu organiser avec les préfets, les commandants de groupement et les directeurs départementaux de la sécurité publique des départements connaissant la plus forte baisse et la plus forte hausse de la délinquance.
En effet, on ne doit pas attendre la publication des chiffres annuels pour s'interroger sur les causes de leur dégradation et procéder, avec un retard aussi préjudiciable qu'inexcusable, aux corrections ou aux ajustements de dispositifs qui s'imposent. Il me paraît indispensable que l'on améliore encore notre capacité collective et individuelle de réaction mais aussi d'anticipation.

C'est là l'objet de ces réunions mensuelles. Ce ne sont pas des réunions destinées à dénoncer ou à féliciter.
Ce sont des réunions destinées à comprendre, à échanger des expériences efficaces, à résoudre des problèmes qui se résoudront pas dans le cadre des procédures administratives normales. Ce sont aussi des réunions qui permettent de remettre en évidence quelques grands principes. J'ai ainsi été frappé lors de la première réunion, de voir toutes les analyses des commandants de groupements converger pour réaffirmer l'efficacité de la présence sur la voie publique dans la lutte contre la délinquance. Cela va de soi peut-être. Mais, de le dire en commun est à mes yeux quelque chose de positif.

La rationalisation, c'est aussi une nouvelle organisation. Je voudrais insister sur la nouvelle architecture de la sécurité intérieure.

Nous l'avons voulue cohérente. Elle l'est désormais à l'échelon national. Elle doit l'être aussi dans chaque département, et c'est pourquoi nous avons créé la conférence départementale de sécurité. Les relations entre la gendarmerie et les autorités judiciaires sont bien définies par le code de procédure pénale. Avec le préfet, vous l'admettrez comme moi, elles manquent de base juridique.

Or le préfet de département est le représentant de tous les ministres. Il est notamment celui du ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, responsable depuis le décret du 15 mai 2002, de l'emploi des services de la gendarmerie pour l'exercice de ses missions de sécurité intérieure.
La loi investit le préfet d'une mission de police générale. Chacun comprendra qu'il est conforme à notre ordre constitutionnel, légitime et logique que le préfet puisse à son niveau fixer les missions de la gendarmerie qui relèvent de la police administrative, notamment en matière d'ordre public, de sécurité générale et de sécurité routière.

On ne peut reconnaître la pertinence de l'unité d'action à l'échelon national et ne pas la réaliser à l'échelon départemental. L'article 1er du projet de loi pour la sécurité intérieure s'inscrit dans cette logique. Je sais que sa rédaction suscite parfois des craintes dans vos rangs. Je veux à la fois vous rassurer et vous parler franchement. Cet article ne remet en cause ni le statut militaire, ni l'organisation de la gendarmerie, ni sa chaîne hiérarchique. Il exclut d'ailleurs du champ de compétence des préfets les missions militaires qui relèvent du ministre de la défense.
La gendarmerie continue d'appartenir aux forces armées, comme le Président de la République et le gouvernement l'ont rappelé solennellement. Pour autant, elle ne peut être tenue à l'écart de la nécessaire coordination départementale des forces et des services, coordination sans laquelle on ne pourra "gagner la guerre" contre l'insécurité. Vous le savez mieux que personne, compte tenu de votre formation et de votre culture, l'action doit être dirigée, et dirigée au niveau territorial pertinent.

La direction de l'action par le préfet ne doit pas avoir pour conséquence une immixtion dans le commandement du service. Chacun a un rôle à tenir. Ceci est vrai pour la gendarmerie, comme pour la police. Comment pourrait-on autrement parler de responsabilisation des directeurs départementaux de la sécurité publique et des commandants de groupement de gendarmerie ?
Mais, une même inspiration doit guider l'action de l'ensemble des forces de sécurité intérieure.

Je sais que vous avez redouté par le passé qu'un rapprochement de la police et de la gendarmerie ne conduise cette dernière à devenir une force supplétive, notamment parce que la gendarmerie n'a pas de syndicats. Les faits vous ont parfois donné raison.
Mais je sais aussi que cette prévention a favorisé des attitudes de repli ou de défensive qui ne peuvent plus se concevoir. Vous avez tout intérêt à être proches de vos préfets, à entretenir avec eux des relations directes, franches. Ils vous apporteront en retour leur soutien et sauront être vos défenseurs.
Le travail mené en commun, dans le cadre du redéploiement et de la mise en ¿uvre des communauté de brigades, exige une collaboration entière de tous les échelons de la hiérarchie avec les préfets. Je peux vous assurer que nombre d'entre eux ont apprécié l'expertise des commandants de légion. Et, pour la territorialisation des forces mobiles, le préfet de zone de défense sait qu'il peut s'appuyer sur le commandant de région pour optimiser l'emploi des escadrons. La lutte contre l'insécurité appelle une coopération à tous les niveaux. Chacun d'entre vous, ici, doit en être l'acteur

Je ne saurais évoquer cette nouvelle organisation sans aborder la question du redéploiement des forces de police et de gendarmerie.

Ces redéploiement ne sont pas seulement souhaitables, ils sont une impérieuse nécessité. Ce n'est pas à vous que je l'apprendrai. Tous les plans ont jusqu'à présent échoué car si l'intention était bonne, la méthode l'était moins. Il faut dire, il est vrai, que dans ce domaine comme dans d'autres la frilosité et le conservatisme sont rois.
J'ai choisi de faire confiance aux responsables du terrain pour imaginer la carte idéale du département. Les propositions des préfets viennent de m'être adressées et les Directions Générales de la Gendarmerie Nationale et de la Police Nationale les examinent de manière conjointe.
Vous savez que dès lundi, dans le département de l'Aube, j'ai lancé ce vaste chantier, mais c'est au début du mois de décembre que je prendrai une première série de décisions portant, sans doute, sur une dizaine de transferts significatifs.

Je voudrais, cependant, dire devant vous deux convictions :
- soyons réalistes, nous ne modifierons pas en quelques mois l'héritage de 62 ans d'immobilisme. L'essentiel pour moi est de montrer que ces redéploiements sont possibles, qu'ils ne réduisent pas le niveau de sécurité antérieur, au contraire ! Tout le monde a à y gagner.
- soyons objectifs, nous aurons gagné notre pari si, après quelques dizaines de transferts réussis et équilibrés, la perspective d'un redéploiement n'est plus vécue de manière traumatisante par les uns ou par les autres. L'enjeu, nous le savons bien, c'est celui de la cohérence territoriale, de la meilleure couverture de territoires dont la démographie et l'urbanisation ont évolué sans que l'organisation des service aille au même rythme. C'est celui du bon emploi des moyens.
J'attache beaucoup de prix au succès de cette entreprise, ne serait ce qu'en raison de critiques injustes et parfois odieuses portées à l'encontre de la gendarmerie et de ses personnels. Leurs auteurs espèrent sans doute obtenir le statu quo par le dénigrement de son action, alors que chacun sait qu'elle a très bien su s'adapter aux évolutions de l'urbanisation. Soyons clairs, la gendarmerie peut assurer la sécurité de n'importe quelle ville comme la police. Cela étant, pour réussir il vous faudra aussi de la souplesse, de l'imagination. Il vous faudra rompre avec certains principes qui appliqués avec rigidité nous conduisent à l'échec.

Le prochain grand chantier sera celui des Communauté de brigades.
Vous avez compris qu'il ne s'agissait pas d'un nouvel habillage de la sectorisation, méthode employée hier pour gérer la pénurie. La communauté de brigades, c'est une autre manière de concilier l'efficacité de l'action, de jour comme de nuit, et le maintien, sauf cas particulier, du maillage territorial. Celui-ci fait la force de la gendarmerie car il conditionne l'action de proximité. Mais, il peut aussi révéler ses faiblesses en raison de la dispersion des effectifs.

La communauté de brigade a pour ambition d'en gommer les inconvénients. Elle repose sur un cadre territorial cohérent du point de vue géographique, humain, ou au regard des bassins de délinquance, qui permettra de penser le service de la gendarmerie à partir d'une analyse capacitaire.
Il devra notamment satisfaire aux engagements que vous aurez pris dans le cadre d'une véritable "charte de l'accueil du public et de l'assistance aux victimes" : comment organiser l'accueil du public ? Sur ce point précis je veux être très clair: les usagers qui se présentent dans une gendarmerie ou un commissariat doivent être accueillis comme s'ils s'agissaient de membres de la famille.
Vous devrez également vous interroger sur l'optimisation de l'emploi des moyens pour la surveillance, l'intervention, de jour, comme de nuit.
Telles sont les questions auxquelles il faut répondre tant pour penser l'emploi des moyens actuels que celui des renforts prévus au titre de la Loi d'Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure.

La communauté de brigades doit être aussi un espace de concertation avec les élus, notamment les maires.
Vous savez que je suis un adversaire déterminé de la "municipalisation" des forces de police et de gendarmerie. Mais je suis aussi élu local, et un défenseur inconditionnel de l'association des maires aux politiques locales de sécurité. Ils sont, vous le savez, investis par la loi d'une mission de police générale. Ils sont chaque jour questionnés, quand ils ne pas mis en cause, par leurs concitoyens exaspérés par l'insécurité. Aussi, chacun conviendra qu'ils doivent être informés des faits graves qui se produisent dans leur circonscription: c'est désormais une obligation.
Vous devez aussi mieux leur expliquer le fonctionnement du service, vos contraintes, vos difficultés. Par exemple, une concertation avec les élus d'une communauté de brigades peut permettre d'organiser l'accueil du public en limitant parfois la durée d'ouverture des bureaux pour assurer une meilleure présence sur le terrain. Cela, c'est clair, les élus peuvent le comprendre.

L'information des élus est indispensable car j'observe qu'ils ne connaissent pas toujours très bien l'organisation et le fonctionnement de la gendarmerie. Ils sont proches de leur brigade mais ils ignorent souvent le rôle des autres unités, notamment celles qui sont spécialisées dans la lutte contre la délinquance routière ou dans la prévention de la délinquance.
Parfois même, ils ont des idées reçues qui résultent d'un manque de communication. Par exemple, je ne conteste pas l'intérêt de l'organisation du service de nuit mise sur pied il y a dix ans, mais je sais qu'elle est encore mal comprise parce que mal connue. Certains élus me disent parfois que la gendarmerie ne travaille pas la nuit, alors que 2.000 à 3.000 patrouilles sillonnent chaque nuit les communes de France.

Ce déficit de communication doit être comblé, notamment en invitant les élus à visiter les unités de gendarmerie, le centre opérationnel départemental.

Je souhaite s'agissant tout particulièrement des personnels des Centres Opérationnels de la Gendarmerie - les COG - dont le rôle est capital en matière d'accueil et d'écoute et qui ont à gérer des situations parfois très délicates au plan humain, qu'ils bénéficient véritablement d'une formation adaptée afin qu'ils donnent d'emblée la meilleure image de notre service public.

Au delà de ces réformes de structures, je suis convaincu que nous devons approfondir la coopération entre la police et la gendarmerie

Cette coopération est un de mes objectifs prioritaires. Là encore, il ne s'agit pas de préparer une fusion qui en toute hypothèse est exclue mais de mieux valoriser les pôles d'excellence de chacune des deux institutions. Les Groupes d'Intervention Régionaux en sont une des premières concrétisations. Il faut aller plus loin.
Une étude menée conjointement par les inspections a délimité les domaines justifiant un développement de la coopération ou son intensification. Je compte bien m'engager dans cette voie.
Les champs d'action commune sont multiples: la logistique, la formation, la coopération internationale, l'exercice de la police judiciaire. Nous avons déjà accompli des progrès dans la police judiciaire puisqu'une cellule commune police/gendarmerie va mettre en ¿uvre le nouveau logiciel SALVAC pour mieux lutter contre les tueurs en série.

De même, la Cellule Interministérielle de Lutte contre la Délinquance Itinérante - la CILDI - dont les résultats sont tout à faire remarquables, va être prochainement transformée en office central. Et, s'agissant de la coopération internationale, le réseau commun des attachés de sécurité intérieure se met progressivement en place.
Ces exemples montrent que les progrès sont possibles. Jusqu'à présent nous avons agi au cas par cas. Je souhaite maintenant que la coopération police/gendarmerie fasse l'objet d'une étude d'ensemble. En particulier, le rôle de la gendarmerie dans les offices centraux de police judiciaire sera renforcé, comme je l'ai déjà annoncé, afin de mettre en synergie les compétences, de valoriser les savoir-faire des uns et des autres.

La gendarmerie a, et aura plus encore demain, un rôle central dans la politique de sécurité intérieure.

Depuis le mois de mai, beaucoup de choses ont changé. Les réformes sont nombreuses et je sais que vous les menez avec ardeur, convaincus d'être compris, soutenus.
Vous devez être fiers d'appartenir à un corps aussi prestigieux que la Gendarmerie et, je peux vous assurer que c'est une fierté que je partage. Je veux redonner aux policiers et aux gendarmes leur fierté d'appartenir à deux corps indispensables à la Nation. Et, nous y parviendrons en redonnant toute sa force à la loi. La puissance publique a trop souvent cédé la place à l'impuissance publique. Il est temps de retrouver la sagesse qu'inspire la seule présence du gendarme.
Il est temps de vraiment le protéger, lui et ses proches, contre les agressions, contre les menaces. Le gouvernement a donné des signes clairs, tant vis-à-vis de nos concitoyens qu'en direction des policiers et de gendarmes. La réussite est affaire de moyens mais aussi de volonté.

La gendarmerie a un rôle à jouer, une opportunité à saisir car aucune institution n'est pérenne si elle ne fait pas la démonstration, jour après jour, de son aptitude à évoluer, à s'adapter aux exigences de son temps. Le présent vous accapare beaucoup avec les multiples réformes qu'il faut mettre en ¿uvre. Vous devez aussi porter un regard sur l'avenir, apporter votre contribution à la réflexion afin de poursuivre le remarquable effort de modernisation mené depuis deux décennies.

Et, permettez-moi de vous dire que votre statut militaire est une force. Nous savons ce que cette spécificité apporte à notre appareil de défense et de sécurité, au moment où la mondialisation réduit les frontières entre la sécurité intérieure et la sécurité extérieure.

Pour remplir vos missions policières vous devez toujours prendre en compte l'évolution de la criminalité et de la délinquance, faire preuve de réactivité car l'adversaire a une capacité prodigieuse d'adaptation. Le duel entre le "canon et la cuirasse" est une réalité quotidienne dans les rapports entre "le gendarme et le voleur". La France est, comme toutes les démocraties, confrontée à la menace terroriste qui prend des formes redoutables.
A Canjuers, il y a quelques jours, lors de l'exercice Euratox, la gendarmerie a mis en action une de ses premières unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme "Nouveaux Risques Bactériologiques et Chimiques". Voilà un bel exemple d'adaptation!

S'agissant de votre spécificité militaire, vous devez développer vos savoir-faire pour agir en tous lieux, en toutes circonstances, là où précisément l'Etat a besoin de vous pour marquer sa souveraineté, pour répondre à ses engagements internationaux, je pense en particulier aux Balkans.

Je suis confiant dans la gendarmerie. Les contacts que j'ai eus avec les hommes et les femmes qui donnent un sens à la "force humaine" renforcent ma conviction. Je continuerai à être exigeant envers vous. Mais, je sais que mes attentes ne seront pas déçues. Je considère comme une grande satisfaction - pour vous comme pour moi - que la Gendarmerie ait réussi le mois dernier à stopper la hausse de la délinquance dans sa zone de compétence. Sachez que je serai aussi votre ardent défenseur.
Demain, lorsque vous serez de retour dans vos unités, je vous demande transmettre à tous vos subordonnés ce message d'estime et de confiance. Je vous demande de mobiliser toutes les énergies afin que nous gagnions ensemble le combat de l'insécurité.
C'est ce que nous devons aux Français, et c'est aussi ce que nous devons à la Gendarmerie, c'est à dire à son honneur.

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 28 novembre 2002)

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