Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine, dans "La Lettre de la DIV" du 30 octobre 2002, sur le projet d'orientation et de programmation sur la rénovation urbaine. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine, dans "La Lettre de la DIV" du 30 octobre 2002, sur le projet d'orientation et de programmation sur la rénovation urbaine.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis.

FRANCE. Ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine

ti : Le ministre précise les objectifs du projet de loi d'orientation et de programmation sur la rénovation urbaine, annoncé à Lyon, lors du congrès de l'Union HLM


LA LETTRE DE LA DIV : Vous avez lancé, à votre arrivée au ministère de la ville, la "nouvelle bataille de France", en précisant que la restructuration des quartiers dégradés étaient une priorité. Où en êtes-vous concrètement ?

JEAN-LOUIS BORLOO : Les nombreuses visites dans les quartiers, réunions de travail avec les acteurs de terrain, partenaires et bailleurs, ainsi que mon expérience locale dans une ville en grande difficulté m'ont convaincu qu'il fallait engager cette bataille au plus vite par un plan d'urgence. Il est toujours important de rappeler que plus de 6 millions d'habitants vivent dans des sites politique de la ville, qu'ils soient formés de grands ensembles de logements sociaux de quartier, d'habitat ancien dégradé ou de copropriétés en grande difficulté. Ces sites traduisent en terme urbain une France qui décroche de la République. L'intégration sociale y est difficile, le chômage y est 3 à 4 fois plus important que la moyenne des bassins d'emplois dans lesquels ils se situent.

Une donnée évocatrice pour illustrer cette problématique : 5 000 logements sont démolis en moyenne par an, ce rythme de renouvellement du parc suppose que les 4 millions de logements sociaux ont été construits pour 800 ans ! Quand on connaît les conditions de vie actuelles dans la plupart de nos quartiers, cela donne à réfléchir. Sans parler des besoins en logements neufs et de la requalification de notre patrimoine ancien et de centres villes dégradés. Mais j'insiste, ce n'est pas en terme de "démolitions" qu'il convient de parler mais bien de rénovation globale de nos quartiers : assurer un cadre de vie digne, agréable, sécurisant et durable. Des logements neufs - je pense plutôt à des maisons de ville, véritables "nids" pour les mamans - doivent être construits.

Certains immeubles doivent être détruits car les conditions de vie sont inacceptables, d'autres doivent être réhabilités et mieux entretenus régulièrement. C'est un véritable projet de vie et de ville à redéfinir pour les quartiers, avec les habitants. Quand je fais référence au "nid", c'est en fait la réappropriation de l'espace urbain par les familles, les mamans, c'est recréer un véritable lieu de vie et d'échanges. Fort du constat manifesté par les acteurs rencontrés, le gouvernement s'est saisi de cette priorité.

Après concertation avec mes collègues concernés et l'ensemble des partenaires, dont les représentants des bailleurs et des principaux financeurs présents dans ces actions (UESL, ANAH, CDC), nous avons travaillé cet été à la préparation de ce "plan de bataille". Le Premier Ministre a arbitré en faveur d'un projet de projet de loi d'orientation et de programmation pour la rénovation urbaine dont les grandes lignes sont proposées en Conseil des ministres le 30 octobre.

LA LETTRE DE LA DIV : En quoi ce plan peut-il accélérer la requalification des quartiers ? Quelles ont été les difficultés de mise en oeuvre de la politique de la ville jusqu'à présent ?

JEAN-LOUIS BORLOO : Il y a bien sûr des exemples de réussite en matière de restructuration urbaine et des actions "politique de la ville" particulièrement pertinentes. Je rencontre des élus, des associations, des acteurs sociaux et économiques de grande qualité, efficaces et énergiques. La politique partenariale n'est pas en cause. Cependant, tous les partenaires s'accordent sur les difficultés rencontrées : l'éparpillement des ressources financières au travers de multiples lignes de crédit (on n'a jamais l'argent ni au bon moment, ni au bon endroit), des changements constants dans les procédures alors que les projets de rénovation urbaine sont des programmes lourds, une complexité des réglementations et des dispositifs techniques liés à l'urbanisme et au logement, une grande disparité dans la santé financière des bailleurs sociaux et des communes déjà fragilisées. Tous ces obstacles donnent un sentiment de paralysie, donc "d'échec".

C'est ce que le tour de table de l'ensemble des acteurs m'a fait remonter. C'est donc en terme d'approche globale, dans une véritable logique de projet d'ensemble sur un quartier qu'il faut travailler. Il faut ainsi se fixer des objectifs précis à moyen terme sans changement de règles et définir une méthodologie qui simplifie les dispositifs. Je propose de mettre en place un comité d'engagement partenarial pour une approbation conjointe des projets qui sera un véritable "guichet unique" pour la rénovation urbaine.

L'objectif est d'établir un partenariat actif et efficace entre tous les financeurs. La loi de programmation présentant un plan sur 5 ans, permettra d'y répondre, notamment en fiabilisant les moyens financiers sur la durée. Les objectifs sont clairs : 200 000 constructions, 200 000 démolitions, 200 000 réhabilitations de logements sociaux à effectuer. Il s'agit aussi de favoriser la remise à niveau du reste du patrimoine et de traiter les 200 000 lots de copropriétés dégradées.

LA LETTRE DE LA DIV : Alors, quelles vont être les grandes lignes de ce projet de loi qui devrait être présenté début 2003 ?

JEAN-LOUIS BORLOO : Le projet de loi d'orientation et de programmation sur la rénovation urbaine devrait effectivement être présenté au Parlement début 2003 et portera sur la période 2004-2008. De manière très synthétique, en voici quelques points principaux :
- la création d'une mission de renouvellement urbain qui aura pour mission la gestion du "guichet unique" ;
- la mise en place du comité d'engagement des financeurs ;
- la garantie sur la fiabilité des engagements de l'Etat par une ligne budgétaire unique ;
- un texte pour supprimer tous les points de blocage actuels liés aux procédures d'urbanisme.

Parallèlement à cette démarche, il sera mis en place dès l'année prochaine dans tous les quartiers de la politique de la ville des actions portant sur l'amélioration du service rendu aux habitants dans le cadre de la gestion quotidienne de proximité des espaces publics, collectifs et communs en terme d'entretien, de propreté et de prévention.


(source http://www.ville.gouv.fr, le 4 novembre 2002)

Rechercher