Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur le bilan de l'intérêt scientifique, technologique et humain des vols habités et sur la politique et la coopération spatiales pour les prochaines années, Le Bourget le 7 septembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur le bilan de l'intérêt scientifique, technologique et humain des vols habités et sur la politique et la coopération spatiales pour les prochaines années, Le Bourget le 7 septembre 2002.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Commémoration de 20 ans de vols habités, le 7 septembre 2002 au musée de l'air et de l'espace au Bourget (Seine-Saint-Denis)

ti : Monsieur le Ministre,
Messieurs les Présidents et les Directeurs,
Mesdames, Messieurs,
et surtout chers amis,


L'extraordinaire aventure des vols habités

Vous pouvez imaginer ma joie de vous retrouver aujourd'hui ici dans un exercice, je dois l'avouer, assez inédit, en raison de cette conjonction qui fait de moi à la fois une astronaute et une Ministre, en charge de mener, au nom du gouvernement, la politique spatiale de la France.

J'avais l'impression depuis trois mois d'avoir posé mon scaphandre et puis, d'un seul coup, je me retrouve plongée dans cet environnement qui m'a donné tant de bonheur. Je revis intensément toutes les étapes de cette aventure humaine et technique tout à fait exceptionnelle de l'homme dans l'espace depuis 40 ans.

"20 ans de vols habités français" !

Au-delà de cet anniversaire exceptionnel, nous sommes réunis aujourd'hui pour réfléchir à la préparation de l'avenir et également pour nous apprêter à relever des défis tout à fait considérables, ceux du 21ème siècle.

Je ressens bien évidemment de la fierté mais aussi de la gratitude à me trouver au milieu de vous.

Ma gratitude va à tous ces amis astronautes, dont j'ai fait partie et dont je fais encore partie de c¿ur. Ce sont des gens d'exception qui ont su aller au bout d'une aventure qui ne serait rien sans la transmission et le partage d'expérience - transmission dont cette cérémonie offre l'exemple parfait.

Je crois que c'est un peu pour cela que je suis là aujourd'hui dans d'autres fonctions : pour porter un élan, un projet d'avenir. Ce projet d'une France forte, présente, en particulier grâce à l'excellence de sa recherche, c'est ma mission de le transformer en réalité. J'en sens l'immense responsabilité et je vais essayer de vous donner les moyens de croire en la poursuite d'une aventure spatiale conçue sur des bases durables, saines et ambitieuses pour la France et l'Europe.

Cet anniversaire est une occasion tout à fait exceptionnelle de retrouver la communauté des astronautes, presque tous représentés dans ce cadre prestigieux du Musée de l'air et de l'espace. Des profils tout à fait différents sont rassemblés : des polytechniciens, des ingénieurs, des scientifiques, civils et militaires, tous liés par une même passion, une même fascination de l'espace et par des qualités communes de patience, de détermination, de courage, permettant d'atteindre en équipe l'objectif fixé.

La seule ombre au tableau serait peut-être qu'il n'y a pas beaucoup de femmes dans l'aventure. Bien évidemment, parmi tous ceux qui participent à cette aventure, en particulier dans les équipes au sol, la représentation féminine est forte, mais il serait bon que les femmes soient aussi plus nombreuses dans les équipes de ces privilégiés de l'aventure spatiale qui iront, je l'espère, un jour sur Mars.

Je profite également de cette tribune pour exprimer au nom du gouvernement, à l'occasion de cette célébration, notre reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à cette réussite et, tout d'abord, à l'égard du CNES.

On a parlé tout à l'heure d'équipes projets : ces équipes ce sont les ingénieurs, les personnels administratifs et techniques qui font partie de l'aventure ; ce sont aussi ceux qui mettent en place ces orientations dans la maison CNES : je salue tout particulièrement le président, Alain BENSOUSSAN et le directeur général Gérard BRACHET, ainsi que leurs prédécesseurs qui ont permis ces grandes orientations.

J'aimerais citer les noms de ceux qui ont contribué à ce que notre politique spatiale ambitieuse se réalise : au titre de présidents du CNES, Pierre ROGER, Jean COULOMB, Jean-François DENISSE, Maurice LEVY, Hubert CURIEN, Jacques-Louis LYONS, René PELLAT et André LEBEAU et, parmi les directeurs généraux, le Général AUBINIERE, Michel BIGNIER, Yves SILLARD, Frédéric D'ALLEST, Jean-Marie LUTON et Jean-Daniel LEVI, parce qu'ils ont tous participé, à des époques très différentes, à la mise en évidence de ces compétences, de ce rôle du CNES dans la traduction de la volonté politique forte de la France et de ses responsables politiques de prendre des directions audacieuses, aboutissant pour la plupart à des réalisations exemplaires.

C'est également un grand plaisir pour moi de saluer les communautés scientifiques qui ont toujours travaillé de façon très proche avec nous. Je sais qu'ils sont ici nombreux et que des équipes jeunes, pleines de talent se mettent en place.

Longue vie donc à leurs brillantes interrogations scientifiques et à la communauté qui accompagne ces jeunes ingénieurs, en particulier celle des industriels qui savent travailler avec des contraintes toutes particulières dans le domaine du vol habité.

Notre gratitude va également à l'agence spatiale européenne ainsi qu'à tous nos partenariats internationaux.

Bilan critique de l'intérêt scientifique, technologique et humain des vols habités

L'intérêt scientifique des expériences réalisées en microgravité dans le domaine des sciences de la vie, de la physique des fluides ou des matériaux et des sciences de l'univers est indéniable. La microgravité donne en effet la possibilité de répondre à des questions dont nous ne pouvons trouver la solution quand nous restons dans nos laboratoires.

Cet aspect scientifique joue, de plus, un rôle pédagogique majeur permettant d'attirer vers les disciplines scientifiques et techniques de nombreux jeunes, d'allumer une lumière dans leur regard, de leur redonner un intérêt et une motivation pour devenir des participants actifs de cette aventure.

Les intérêts technologiques des programmes de vols habités ont été bien évoqués cet après-midi, en particulier dans la conception des systèmes, avec tout ce que cela implique de sécurité, de qualité, de performance et d'innovation technologique, que ce soit dans le domaine de la miniaturisation ou de l'utilisation de matériaux très spécifiques.

Cette capacité d'innovation doit, c'est ma conviction, rester le pivot de nos compétences pour pouvoir construire les programmes de l'avenir.

Bien sûr, le troisième intérêt de ces vols habités, au-delà de la science, c'est l'enjeu politique. A une logique initiale d'opposition a succédé une logique de coopération. Les vols habités ont été le catalyseur de partenariats internationaux tout à fait exemplaires. Les communautés scientifiques se sont rapprochées : elles sont maintenant mieux armées, par exemple dans le cadre européen, pour travailler ensemble.

Je souhaiterais saluer au-delà de nos collègues français les astronautes étrangers qui nous ont permis de réaliser nos missions, que ce soient les cosmonautes russes ou nos collègues américains. Par ces coopérations, nos astronautes se sentent à l'aise dans un environnement européen, à la Cité des étoiles ou au centre de Houston.

Notre troisième grand partenaire est bien entendu l'agence spatiale européenne. A travers elles sont développés des outils phares pour la poursuite de la présence des astronautes européens dans l'espace : l'Automated Transfer Vehicle ou le laboratoire Colombus qui sera bientôt adjoint à la station spatiale internationale pour réaliser les programmes expérimentaux.

Notre collaboration avec l'agence spatiale européenne porte depuis longtemps sur de grands programmes qui sont autant de succès majeurs : ARIANE, bien sûr, et plus récemment ENVISAT ou MSG.

Grands défis pour l'avenir

Cette Europe spatiale est puissante et désireuse d'afficher ses compétences et son rôle stratégique ; il s'agit là de projets à mettre en ¿uvre comme par exemple GALILEO.

Vous connaissez ma détermination. Sachez en outre que j'ai engagé, dans le cadre de mes attributions, une réflexion de fond sur ces questions. Je serai prochainement en mesure de préciser les grandes orientations de la politique spatiale ambitieuse que je souhaite mener au nom du gouvernement.

Or vous êtes, comme moi, conscients des enjeux considérables auxquels nous sommes confrontés. Les difficultés économiques d'Arianespace et du secteur des satellites, dans un monde de compétition exacerbée, sont réelles ; l'impératif de compétitivité s'impose à tous les acteurs du domaine spatial avec une acuité toujours plus grande. Outre la concurrence américaine, la volonté légitime de certains pays comme l'Inde, la Chine ou le Japon d'avoir, eux aussi, accès à l'espace et de développer une industrie dans ce domaine doit être présente à notre esprit et appelle de notre part un examen attentif des coopérations possibles.

Il s'agit là d'enjeux majeurs de compétitivité, de souveraineté et d'indépendance. Nous voulons veiller à ce que la pression formidable exercée par certaines grandes puissances du domaine spatial ne se transforme en un monopole qui n'est acceptable par aucun des partenaires, tout en gardant à l'esprit que l'enjeu de souveraineté est transféré pour notre pays - et c'est une chance formidable qu'il nous faut saisir - de l'échelle nationale à l'échelle européenne.

J'évoquerai en premier lieu les lanceurs européens. Notre tâche est de poursuivre le programme ARIANE 5 qui doit encore s'adapter davantage aux besoins du marché. Nous souhaitons voir aboutir le plus vite possible l'étage ESA qui nous permettra de mettre dix tonnes en orbite. Il nous faut également réfléchir au développement adapté de l'étage ré-allumable ESCB. Voilà autant de grands programmes qui doivent continuer à être notre fierté.

J'évoquerai ensuite la nécessité de tirer le meilleur parti de nos coopérations européennes et internationales, en particulier avec nos partenaires russes. Je ne peux pas ne pas évoquer ici l'ouverture du centre spatial guyanais de Kourou au lancement des Soyouz.

Le soutien aux lanceurs ne peut, par ailleurs, se concevoir sans un soutien aux satellites et à l'industrie spatiale qui permet de les réaliser. Cela implique sans doute d'aider ces industriels à poursuivre la réflexion entamée sur leur structuration et à développer leur compétitivité.

Je dirai un mot de la station spatiale internationale et l'avenir des vols habités. Soyez assurés que nous sommes ici pour donner le signal résolu que nous respecterons les engagements internationaux pris il y a déjà de nombreuses années pour qu'une telle infrastructure en orbite représente une réelle contribution pour toute la communauté scientifique. Soyez sûrs de notre résolution à poursuivre cette aventure pour l'emmener au-delà de son étape actuelle.

Vous savez mon attachement à voir la France jouer un rôle moteur dans la construction de l'espace européen de recherche.

Vous savez par exemple que le programme martien démarré dans une coopération bilatérale, est un programme ambitieux pour lequel nous réfléchissons actuellement, entre autres options, à la possibilité d'une intégration dans les grands objectifs communs européens. Je pourrai également évoquer les perspectives ouvertes par le programme AURORA qui se met en place actuellement.

Notre but dans tous ces domaines sera l'optimisation de la compétitivité des structures existantes au sein d'une Europe spatiale renforcée qui pourra exprimer, d'une voix unanime, sa présence et son rôle sur le plan mondial.

A l'heure où les technologies sont de plus en plus complexes et les synergies de plus en plus indispensables, la construction de l'Europe spatiale est un enjeu majeur.

Cela suppose, d'abord, le renforcement de la base des activités spatiales, en particulier les lanceurs, ce qui suppose le maintien et le développement des compétences technologiques et industrielles requises pour la définition, la production, l'exploitation, enfin les opérations de ces systèmes performants.

Cela passe aussi par le renforcement de la connaissance scientifique des grands mystères de l'univers qui demeurent encore à explorer avec, pour but, une meilleure compréhension de notre planète, de son atmosphère, du système solaire.

Cela implique enfin de mettre l'espace au service de la société en particulier pour ce qui concerne les télécommunications, la navigation et l'environnement. Ainsi, une initiative majeure a été mise en ¿uvre, le GMES (Global Monitoring for Earth and Security), visant à établir un système d'informations cohérent, opérationnel et tourné vers l'utilisateur qui servirait de support à la recherche dans des domaines aussi variés que la pêche, l'agriculture, l'environnement, la sécurité et le transport.

Voici donc brossées les grandes orientations que je souhaitais partager avec vous aujourd'hui.

Je vous remercie de votre attention.

(source http://www.recherche.gouv.fr, le 25 novembre 2002)

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