Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, au "Figaro" et à France-Inter le 26 novembre 2002, sur la loi de programmation militaire 2003 - 2008, la lutte militaire contre le terrorisme, le risque d'une intervention américaine contre l'Irak et la force d'action rapide européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, au "Figaro" et à France-Inter le 26 novembre 2002, sur la loi de programmation militaire 2003 - 2008, la lutte militaire contre le terrorisme, le risque d'une intervention américaine contre l'Irak et la force d'action rapide européenne.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, MIGAULT Philippe, TABARD Guillaume, BREZET Alexis, PAOLI Stéphane.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Le Figaro :
89 milliards d'euros sur cinq ans sont inscrits dans la loi de programmation militaire que vous défendez cet après-midi à l'Assemblée nationale. Qu'est-ce qui garantit que les engagements seront tenus, contrairement aux précédentes lois de programmation ?

Mme Alliot-Marie :
La première garantie, c'est la volonté du Président de la République et du Premier ministre qui ont fait de la restauration de l'autorité de l'État, et donc de la défense, leur priorité. Contrairement à ce que certains avaient imaginé, la chute du mur de Berlin n'a pas ouvert une ère de paix durable. Le monde reste dangereux. Les premières décisions du gouvernement sont conformes à cette orientation puisque la loi de finances rectificative de l'été a affecté 980 millions d'euros à la défense, dont 100 millions d'euros en crédits d'investissement ce qui ne s'était jamais fait auparavant.

Compte tenu des incertitudes sur le niveau de la croissance, ne craignez-vous pas des gels ou des suppressions de crédits ?

Il y a eu évidemment des tentatives de gel, mais conformément à l'engagement du Premier ministre tout est dégelé au fur et à mesure de mes demandes. Pour 2003, la loi de finances initiale 2003 est totalement conforme à la loi de programmation.
La précédente loi de programmation militaire, c'est vrai, n'a pas été tenue par le gouvernement socialiste, qui a allégrement ponctionné dans les crédits. Malgré quatre années de forte croissance, il y a eu 20 % de crédits en moins par rapport à ce qui était prévu et nécessaire.
Ce manque a provoqué une chute considérable de la disponibilité des matériels, notamment en matière de transport aérien. Notre loi de programmation permettra donc de remettre à niveau nos armées du point de vue des matériels, de tenir nos engagements internationaux et de jouer notre rôle dans la construction de l'Europe de la défense.

L'opinion a surtout retenu la commande d'un deuxième porte-avions, que l'opposition met en balance avec le budget de l'Education. Que répondez-vous ?

La loi de programmation a pour but d'assurer la sécurité des Français en fonction du contexte international prévu ou prévisible. Même si nous ne sommes pas attaqués à nos frontières, ni aux frontières de l'Europe, nous voyons apparaître deux types de risques. D'abord la multiplication de crises régionales pouvant porter atteinte directement à la sécurité des Français ou aux intérêts de la France. Nous l'avons vu lors de l'attentat de Karachi. Nous le voyons aujourd'hui en Côte d'Ivoire ou en Centrafrique. On constate ensuite que le terrorisme prend des formes de plus en plus diverses, avec des menaces provenant d'Etats non contrôlés, ou de réseaux terroristes susceptibles d'opérer jusque sur notre territoire, ou encore d'actes de terrorisme individuels.
Notre devoir est de dissuader des pays qui en auraient les moyens d'attaquer le territoire français. C'est le sens de la dissuasion, avec les nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. Face au terrorisme de masse, le renseignement est une prévention essentielle, en particulier avec les satellites ou les drones.
Enfin, comme nous l'avons vu en Afghanistan, il faut avoir la possibilité d'aller détruire le terrorisme là où il se trouve. Pour cela, il nous faut des forces de projection. C'est notamment l'intérêt du porte-avions. Et, pour être en mesure d'intervenir à tout moment, il nous faut bien un deuxième porte-avions disponible lorsque le premier est en entretien de longue durée. Ce qui sera le cas du Charles-de-Gaulle d'ici une dizaine d'années. Je voudrais enfin préciser que, financièrement, le second porte-avions ne représente qu'une faible part des programmes engagés.

Le programme Leclerc se terminant, comment gérer la rupture du plan de charge de Giat Industries ?

Giat Industries est un problème depuis de nombreuses années. Les carnets de commande se sont complètement effondrés, au point qu'on aurait pu envisager purement et simplement une fermeture de la société. Nous ne voulons pas l'échec d'un plan de restructuration de plus. C'est pourquoi nous travaillons à un projet industriel, sérieux, viable, autour de la maintenance des matériels, du VBCI, des munitions et d'un certain nombre d'autres activités.

Le programme Rafale a aussi pris beaucoup de retard...

Oui, et cela nous coûte très cher. Nous avons perdu un certain nombre de contrats. Si le Rafale avait été prêt à la date prévue, il aurait été le seul sur le marché. D'où l'importance, là aussi, de respecter la loi de programmation.

Dans quelle mesure la France est-elle aujourd'hui menacée par le terrorisme ?

Tous les pays sont menacés. La France fait partie des plus menacés, car c'est un pays occidental qui, depuis des années, mène une lutte déterminée contre le terrorisme.
Ce qui m'inquiète, c'est l'utilisation possible des armes bactériologiques, chimiques et nucléaires. D'où les multiples précautions prises avec les plans Vigipirate, Vigimer et Vigiair, la protection renforcée des sites sensibles, des centrales nucléaires, et des réservoirs d'eau.

Qu'en est-il précisément du transfert des forces de gendarmerie vers le ministère de l'Intérieur? Dépendent-elles toujours de vous ?

Les gendarmes restent des militaires et tiennent à leur statut. Ils dépendent toujours de la Défense pour leur formation, leur rémunération, leurs matériels, leurs logements. Il n'y a que pour ce qui concerne l'emploi qu'ils sont mis partiellement à la disposition du ministère de l'Intérieur, avec lequel nous coordonnons les actions. En outre, les gendarmes conservent toutes leurs missions militaires.

Les gendarmes sont appelés en renfort pour faire passer le permis de conduire. Est-ce une bonne chose ?

Ils ont cette compétence, et en effet, du temps du service militaire, ce sont eux qui faisaient passer le permis aux appelés. D'autre part, les gendarmes sont là pour assurer la continuité de l'État au service des citoyens et ils peuvent être fiers de tout ce qu'ils font, en ce sens.

Quel rôle joue la réserve dans la lutte contre le terrorisme?

La réserve est un complément indispensable d'une armée professionnelle. Elle apporte les compétences techniques pointues et l'expérience de ses membres. Il faut la rendre plus attractive. Elle rétablit aussi ce lien entre la nation et l'armée, distendu par la disparition du service national.

Qu'en est-il de la Journée d'appel de préparation à la défense (JAPD) qui était censée sensibiliser les jeunes à ce besoin?

Il faut l'améliorer. Je ne pense pas que l'on puisse être efficace sur une seule journée. Peut-être faut-il y consacrer un week-end, et lui donner davantage de contenu, la rendre intéressante pour les jeunes. Il faut leur permettre d'avoir un vrai contact avec le monde militaire. Par ailleurs, pour leur permettre d'exprimer leur générosité et leur envie d'action, on pourrait envisager d'offrir aux jeunes un service volontaire au bénéfice d'une cause sociale ou humanitaire pour une période de trois ou quatre mois, par exemple pendant les vacances. Cela rappellerait aux jeunes qu'ils font partie d'une nation. Mais un tel service concernerait d'autres ministères que le seul ministère de la Défense.

Existe-t-il des problèmes de recrutement des militaires d'active ?

Dans l'ensemble, cela fonctionne. Nous rencontrons de réels problèmes pour des activités extrêmement spécialisées. Et c'est l'objet du fonds de consolidation de la professionnalisation. Une armée professionnelle ne peut se passer de personnels de haut niveau. Le manque d'atomiciens, voire de médecins, est le résultat d'une concurrence directe avec le secteur privé, qui offre à la fois des salaires beaucoup plus élevés et moins de contraintes.

Et pour ce qui concerne les militaires du rang?

Nous prévoyons de valoriser le métier militaire en rappelant notamment que l'armée est un formidable moteur de promotion sociale. Ce n'est pas l'ENA qui fait du petit-fils d'ouvriers agricoles un chef d'état-major...

Comment faire face au besoin du service de santé des armées?

C'est un point essentiel. Il faut un effort matériel mais aussi un "toilettage" du statut militaire. Dans ce cadre, l'an prochain, le cas de la médecine sera spécifiquement examiné.

Comment la France peut-elle aider à relancer l'Europe de la défense?

J'ai ressenti du jour au lendemain l'impact sur nos collègues européens de la volonté retrouvée de la France. Le sommet franco-britannique de Saint-Malo avait fixé la perspective. Depuis six mois, nous jouons à nouveau le rôle de nation cadre pour construire l'Europe de la défense. L'inventaire des lacunes avance. Nous soutenons avec vigueur les programmes en coopération. C'est notamment le cas de l'A400M, qui conjugue une forte visibilité politique à l'identification d'un besoin opérationnel avéré. De nouveaux programmes sont lancés, comme les frégates multimissions. Nous avons également progressé en matière de commandement militaire.
La question qui se pose aujourd'hui est celle de la lisibilité de la première opération extérieure. Une première opération extérieure, peut être en Macédoine, d'où l'OTAN doit se retirer prochainement, devrait le permettre.

En cas d'intervention en Irak, la France est-elle prête à participer ?

Sur le plan technique, nous sommes prêts à tout conflit. Mais une telle décision est un choix politique qui ne peut se faire que dans le cadre d'une décision de l'ONU et qui relève du président de la République. Je me contenterai de reprendre ses mots: "Aucune hypothèse n'est exclue". (¿/¿)

Propos recueillis par Philippe Migault, Guillaume Tabard et Alexis Brézet


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 28 novembre 2002)
S. Paoli-. Comment une démocratie peut-elle répondre au terrorisme ? M. Alliot-Marie dit à nouveau que la France fait partie des pays les plus menacés par le terrorisme. Alors que l'Assemblée nationale examinera à partir de demain le projet de loi de programmation militaire pour la période 2003-2008, vous êtes notre invitée. Je posais la question à N. Bacharan, qui est une historienne spécialiste de la politique américaine et consultante à France Inter : impossible aujourd'hui d'ouvrir un quotidien sans voir d'écrit quelque part que la guerre est inéluctable. Que dit, sur cette question, la ministre de la Défense ?

- "Je dis que la guerre n'est pas inéluctable si les demandes du Conseil de sécurité des Nations unies sont respectées. Qu'est-ce qui est essentiel ? C'est de faire disparaître les armes de destruction massive, si elles existent, en Irak. Pour savoir si elles existent, où elles sont et pour les faire disparaître, il faut que les inspecteurs des Nations unies puissent effectuer, totalement et en toute liberté, leur travail. C'est ce que nous demandons depuis le début et c'est ce que nous appuyons, ce que la France elle-même appuie, puisque nous participons à cette mission. Nous sommes une vingtaine d'experts - nous sommes d'ailleurs la deuxième délégation la plus importante, derrière les Etats-Unis - dans cette mission des Nations unies, et nous appuyons bien entendu sur le plan logistique cette mission."

Mais reconnaissez que lorsque l'on voit l'obstination et l'énergie que met J. Chirac à dire "Attention, il faut respecter les résolutions du Conseil de sécurité", on peut quand même se demander si, finalement, il n'y a pas un projet américain de faire, de toute façon, la guerre en Irak ?

- "Le Président Bush dit le contraire. Aux Etats-Unis, les opinions sont finalement très variées. J'étais aux Etats-Unis les 15 et 17 octobre et j'ai rencontré quasiment tous les responsables politiques et administratifs américains..."

Y a-t-il un débat là-bas ?

- "Cela n'est pas véritablement un débat. Je dirais qu'il y a tout l'éventail des positions, c'est-à-dire que j'ai rencontré des sénateurs ou de hauts responsables administratifs américains, qui disent que la guerre est la pire des solutions. Et, par conséquent, il faut tout essayer pour obtenir à la fois ce que nous voulons, c'est-à-dire qu'il n'y ait plus la menace d'armes de destruction massive, mais en essayant d'éviter la guerre, parce que, s'il y avait la guerre, il y a un risque de déstabilisation de tous les régimes voisins de l'Irak, des opinions publiques arabes qui ne comprendraient pas, et avec le risque de voir s'installer des gouvernements complètement instables dans cette zone. Il y a également un risque de recrudescence du terrorisme, parce que, s'il y a une action qui apparaît comme une action unilatérale, elle sera ressentie par les populations comme une agression du monde occidental contre le monde arabe. Et donc, nous risquons d'avoir du terrorisme, à la fois de réseau, voire du terrorisme individuel. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons insisté pour que la résolution des Nations unies puisse être prise à l'unanimité. L'unanimité, cela veut dire qu'il y a aussi un certain nombre d'Etats arabes qui disent qu'il faut que l'Irak détruise ses armes de destruction massive. Et c'est dans ce consensus qu'il faut continuer à avancer, à la fois parce que c'est une façon de faire pression sur l'Irak, et c'est une façon également de dire au monde entier que c'est la légalité internationale qui s'applique, qu'il ne s'agit pas d'attaquer un peuple, qu'il s'agit simplement de veiller à ce que la paix puisse exister dans le monde entier."

Dans ce contexte, quelle est notre posture militaire ? On voit bien que les troupes américaines sont prêtes à intervenir, il suffirait maintenant que le Président américain donne le signal pour que les Américains interviennent. Et nos troupes, que font-elles ?

- "Nous disons très clairement qu'il ne peut pas y avoir d'action militaire armée sans décision des Nations unies. Ceci dit, si là comme ailleurs, la France avait à intervenir, nous avons effectivement les moyens techniques de pouvoir intervenir dans un conflit armé. Regardez, d'ailleurs il n'y a pas si longtemps, ce que nous avons fait en Afghanistan : quand il s'agissait de lutter pour faire disparaître au maximum le siège d'Al Qaida, nous sommes intervenus. Je dirais même que la France est le pays qui a fait l'apport le plus important, après les Etats-Unis : ce sont nos avions de chasse qui, seuls avec les Américains, ont conduit un certain nombre de raids ; c'est notre porte-avions, le "Charles-de-Gaulle", qui est resté le plus longtemps en mer et qui a effectué des missions extrêmement importantes ; c'est également notre Marine et nos instruments qui ont permis, pendant plusieurs semaines, de couvrir le ciel aérien, ce qui est, dans le domaine civil comme dans le domaine militaire, un point extrêmement important que de pouvoir réguler les vols."

Certes, il y a l'engagement de la France. Mais face à l'hyperpuissance américaine, est-ce que cela a une signification que nous engagions à l'Assemblée, un débat sur le budget de programmation militaire français ? Est-ce que cela veut dire quelque chose face à cette puissance américaine ? Ne faudrait-il pas un jour que l'on se pose la question d'un budget de programmation militaire européen ?

- "Qu'est-ce qu'un Etat qui n'a pas la capacité de protéger ses propres citoyens, si une attaque intervient contre eux ? Je crois que c'est de l'honneur et de la responsabilité d'un Etat que de pouvoir faire face à toutes les situations. Or, aujourd'hui, nous le voyons, nous sommes dans un monde dangereux, dans un monde où se multiplient les crises régionales susceptibles de dégénérer. Nous l'avons vu dans les Balkans, c'était aux portes de l'Europe ; nous le voyons également avec le terrorisme. Alors il faut effectivement, certainement, construire l'Europe de la défense, nous le disons. Mais pour pouvoir entraîner les autres à construire une Europe, c'est-à-dire un ensemble puissant qui puisse assurer sa propre protection, il faut aussi donner l'exemple. Et je crois que c'est peut-être justement, parce que au cours des dernières années, la France n'a pas fait les efforts nécessaires, pour tout dire a régressé dans ses efforts, puisque le dernier gouvernement, le gouvernement socialiste, alors même que nous étions dans une période de croissance exceptionnelle qui permettait de faire les efforts nécessaires, a diminué les efforts budgétaires par rapport à ce qui était prévu dans la loi de programmation militaire 1997-2002, et qui était nécessaire."

Est-ce que le 11 septembre n'a pas tout changé dans la définition des enjeux et des risques aujourd'hui ?

- "Non, parce que nous avions déjà pris en compte, en France, le risque terroriste. Pour une raison très simple : c'est que malheureusement, le terrorisme de masse, nous l'avons connu sur notre territoire en 1985, en 1995, et nous avions d'ailleurs alerté nos alliés sur ce risque. Nous regrettons de n'avoir pas été suffisamment pris en considération à cette époque. Ensuite, les choses ont changé. Mais en ce qui nous concerne, nous avions déjà intégré un certain nombre de ces données. Cela ne veut pas dire que nous ne nous adaptons pas. La loi de programmation militaire tient compte de cela."

C'est tout l'enjeu... Vous dites "terrorisme" et en effet, quelle inquiétude ! Qu'est-ce qu'une démocratie peut opposer au terrorisme ? Est-ce que des chars, des porte-avions sont des outils pour lutter contre le terrorisme ?

- "Comment est-ce qu'on lutte contre le terrorisme ? La première des choses, surtout contre ces nouvelles formes de terrorisme, c'est de savoir au maximum ce qui peut se passer, quels sont les gens susceptibles de mettre en oeuvre le terrorisme. D'où l'importance que nous attachons à tout ce qui est le renseignement et l'information. Donc, des efforts sont faits dans la loi de programmation militaire, par exemple sur le renseignement par satellite, sur les drones d'observation, mais également sur le renseignement humain qui est une spécialité de la France et où nous sommes à la pointe. Deuxièmement, ce qu'il faut aussi, c'est être susceptible d'aller porter le fer là où se trouvent les sources du terrorisme. C'est ce que nous avons fait en Afghanistan. Pour cela, il faut que nous puissions nous "projeter", comme l'on dit. Et nous projeter, cela veut dire pouvoir envoyer très loin, notamment, des avions ou des hommes. Pour cela, il faut que nous soyons indépendants des pays autour. C'est la raison du deuxième porte-avions. C'est pour cela que je voulais vous répondre sur ce point. Le deuxième porte-avions nous permet d'aller loin, de porter loin nos armes, sans avoir effectivement à négocier avec les pays autour pour pouvoir y déposer notamment nos avions."

Porte-avions, force d'action rapide... Là aussi, vous savez mieux que nous tous que les Américains n'ont pas envie d'une force d'action rapide européenne ; ils sont même en train de se demander si au sein de l'OTAN, il n'y aurait pas moyen de concocter quelque chose qui empêche la création d'une force d'action rapide européenne.

- "Je crois que votre analyse n'est pas tout à fait exacte, si vous permettez. La force d'action rapide européenne est en cours de constitution. Elle existera avec 60 000 hommes projetables en 2003, donc dans quelques mois. Et l'OTAN s'est aperçue, d'ailleurs comme toutes les armées, qu'ils avaient besoin, pour répondre aux nouveaux risques, d'avoir la possibilité d'agir très rapidement. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé, à Prague, jeudi dernier, de créer aussi pour l'OTAN une force d'intervention rapide, qui est d'ailleurs moins importante que la force d'intervention rapide européenne. Elle ne sera que d'une de vingtaine de milliers d'hommes contre 60 à 65 000 hommes pour la force d'action rapide européenne. Et nous avons bien dit, et les chefs d'Etat et de gouvernement qui étaient là ont bien dit que les deux devaient être complémentaires et en aucun cas concurrents, qu'il n'y aurait pas de possibilité de préemption, c'est-à-dire de priorité donnée aux actions de l'OTAN par rapport à celles de l'Union européenne, et qu'en tout état de cause, ce serait dans le cadre du Conseil, donc dans un cadre politique, que les décisions d'intervention de l'une ou l'autre force pourraient être mises en oeuvre."

En Europe, aujourd'hui, c'est l'Angleterre qui consacre la part la plus importante de son budget à la défense. On a bien vu les positions de l'Angleterre dans le débat européen et son regard quand même un peu tourné toujours vers les Etats-Unis. La France a-t-elle l'ambition d'occuper la première place et peut-être de tirer les wagons d'un projet d'une Europe de la défense ?

- "Oui. La France est en quelque sorte chef de file de la construction européenne. Elle n'est pas seule, il y a les autres aussi, mais nous nous sentons une responsabilité en la matière. Et si la Grande-Bretagne a parfois donné l'impression de s'écarter de l'Europe, c'est peut-être aussi parce que les Britanniques n'avaient pas le sentiment qu'il y avait une vraie volonté de construction européenne. Je puis vous assurer et témoigner que depuis que la France a annoncé qu'elle faisait cet effort très concret d'améliorer sa défense à travers la loi de programmation militaire, l'attitude et le regard des autres pays européens ont complètement changé et les rapports que je peux avoir avec mon homologue britannique, mais également avec mon homologue allemand - puisque ce sont trois pays qui sont un peu leaders en matière de construction européenne - ont totalement changé. Et effectivement, aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'à travers les analyses que nous faisons pour combler les lacunes que nous pouvons avoir en matière d'armement, à travers la force d'intervention rapide, à travers des projets d'intervention pour conforter un certain nombre de situations internationales, l'Europe de la défense est effectivement en train de se construire, et grâce à la France."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 novembre 2002)

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