Déclaration de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation de la pêche et des affaires rurales, sur la nécessité d'intégrer le développement agricole dans une perspective plus globale de développement des territoires ruraux, sur les chantiers en cours, notamment la prime herbagère agri-environnementale, et sur la position française concernant l'avenir de la PAC et les négociations à l'OMC, Paris, le 11 décembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation de la pêche et des affaires rurales, sur la nécessité d'intégrer le développement agricole dans une perspective plus globale de développement des territoires ruraux, sur les chantiers en cours, notamment la prime herbagère agri-environnementale, et sur la position française concernant l'avenir de la PAC et les négociations à l'OMC, Paris, le 11 décembre 2002.

Personnalité, fonction : GAYMARD Hervé.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales

Circonstances : Assemblée permanente des Chambres d'agriculture à Paris le 11 décembre 2002

ti : Monsieur le Président, cher Luc GUYAU,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,


C'est avec beaucoup de plaisir que je viens aujourd'hui m'exprimer devant vous qui représentez la vitalité de nos Chambres d'Agriculture.

Lors de ma prise de fonctions, j'avais dit mon souhait de réconcilier les Français et leurs agricultures, de réunir la France des villes et celles des campagnes. Il est important pour cela que les agriculteurs et les pouvoirs publics entretiennent un dialogue constructif et permanent, et les Chambres d'Agriculture ont vocation à y prendre toute leur part. J'ai été sensible -je dois le dire- à l'accueil du Président GUYAU et je veux le remercier sincèrement pour ses mots chaleureux.

Conseils des pouvoirs publics, défenseurs des intérêts agricoles, lieu par excellence d'épanouissement du débat, actrices du développement agricole et rural, les Chambres d'agriculture sont au coeur du monde paysan, au sens noble du terme.

Ces missions qui sont les vôtres, vous souhaitez aujourd'hui les inscrire pleinement dans le développement de nos territoires et oeuvrer, au côté des autres assemblées consulaires, en faveur de la création de richesses et d'emplois. La signature, à cet égard, de la charte interconsulaire pour le développement des territoires, le 27 novembre dernier, manifeste votre volonté de participer ensemble au processus de décentralisation et de voir reconnaître votre capacité d'expertise et d'intervention, en appui notamment des collectivités territoriales.

Parmi vos missions figure également votre contribution à la définition et à la mise en oeuvre des programmes et des actions de développement agricole.

La disparition des taxes parafiscales, programmée par la Loi Organique relative aux Loi de Finances (LOLF) au 31 décembre 2003 et la situation de blocage dans laquelle se trouvait l'ANDA depuis plusieurs mois nous a conduit, vous le savez, à bâtir ensemble un dispositif de substitution à cet outil essentiel dans notre dispositif de recherche appliquée et de diffusion de l'innovation dans les exploitations.

Il est vite apparu que les conditions de reprise d'une activité normale de l'association n'étaient plus réunies et que nos efforts devaient se porter sur la création d'un nouveau dispositif de développement agricole reposant sur quelques principes simples et partagés : maintien des solidarités entre territoires et filières, baisse globale du niveau de prélèvement sur les agriculteurs, modernisation du fonctionnement, simplification et transparence de la programmation, amélioration de l'évaluation. Aujourd'hui, après des échanges nombreux avec les organisations professionnelles agricoles, je peux vous indiquer que le gouvernement est en mesure de substituer à l'ANDA un outil qui réponde à ces principes et fonctionne dès 2003.

Répondant aux préoccupations du Conseil de l'Agriculture Française, le dispositif retenu s'efforce de limiter les transferts entre filières et garantit que la nouvelle Agence pour le Développement Agricole et Rural réserve une place prépondérante aux représentants de la filière agricole.

Dans un souci de simplification et d'allégement des tâches administratives qui pèsent déjà trop lourdement sur nos agriculteurs, le choix a été fait d'une assiette -le chiffre d'affaires- et d'un mode de recouvrement existant -celui de la TVA- qui ne nécessite donc aucune déclaration supplémentaire. L'exonération des exploitations non assujetties à la TVA n'est en rien un objectif. Elle est simplement le corollaire technique de ce choix de simplification.

Sa mise en place fait ce jour même l'objet de débats au Parlement. Cette réforme prend, en effet, la forme d'un amendement du gouvernement à l'occasion du débat parlementaire sur le projet de loi de finances rectificative pour 2002.

Pour l'heure, il me paraît indispensable de veiller à ce que la fin de gestion 2002 soit assurée dans les meilleures conditions possibles, sans pénalisation des opérateurs. C'est dans ce but qu'avec le ministre délégué au Budget, j'ai demandé au directeur de l'ANDA de ne pas appeler le reversement des avances déjà perçues en 2002 et de procéder au versement de nouvelles avances.

Conscient des difficultés importantes rencontrées par un certain nombre d'Organismes Nationaux à Vocation Agricole (ONVA), j'ai demandé à mon collègue Alain LAMBERT d'élargir la première liste des bénéficiaires d'avoirs aux organismes financés par le FNDA, et d'y inclure, bien sûr, les Chambres d'agriculture.

J'ai également veillé à ce que les Chambres d'agriculture puissent disposer pour l'année 2003 des moyens nécessaires pour mener à bien leurs différentes actions d'appui et de soutien au profit du monde agricole, en termes de niveau du taux plafond de la taxe pour frais de chambre, fixé par le législateur.

Ainsi, au taux maximum d'augmentation du produit de cette taxe de 1,7%, inscrit par le gouvernement dans le projet de loi de Finances et identique à l'accroissement prévu des dépenses de l'Etat en valeur, s'ajoute, cette année, la modification des modalités d'octroi d'une majoration exceptionnelle du produit de la taxe, dans la limite d'un plafond désormais égal à deux fois l'augmentation maximale du taux de base, au lieu d'une fois jusqu'à présent.

Afin de gérer ce nouveau dispositif, il est proposé au Parlement la création de cette nouvelle agence du développement rural (ADAR) dès 2003. L'ADAR assurerait le financement de programmes portant sur la recherche appliquée, la diffusion par l'information, la démonstration, la formation et le conseil, des résultats techniques auprès des exploitants agricoles. Son fonctionnement, par appel à projets, permettrait alors une modernisation des modes de financement du développement. Un accent tout particulier serait mis sur l'évaluation des actions engagées.

C'est en concertation avec vous, Monsieur le Président, et en lien avec vos services que nous avons élaboré le nouveau dispositif. A notre arrivée, le dossier, vous le savez, était sinistré. Le dispositif était totalement bloqué et ne permettait plus aux organismes concernés de fonctionner.

Un travail considérable d'analyse fourni par les rapports que j'ai commandé au Comité Permanent de Coordination des Inspections du Ministère (COPERCI) a dû être réalisé. Des contacts nombreux et répétés ont été nécessaires pour rapprocher les positions en présence. Tout cela a pris un peu de temps et nécessité beaucoup d'énergie. L'essentiel est acquis : dès 2003, le développement agricole repartira sur des bases clarifiées, tant dans ses structures que dans ses missions.

Je sais pouvoir compter, Monsieur le Président, sur l'établissement public que vous privilégiez pour impliquer les Chambres d'agriculture à leur juste place dans le développement agricole, qu'il faut intégrer désormais dans une perspective plus globale de développement des territoires ruraux.

Je voudrais également profiter de cette rencontre pour vous dire quelques mots de l'avancement des principaux chantiers que j'étais venu présenter devant vous cet été.

Le premier d'entre eux est la PHAE, la Prime Herbagère Agri-Environnementale, et c'est, vous le savez, une priorité majeure de mon action.

Cette mesure a, en effet, vocation à prendre le relais de la prime à l'herbe, qui vient à échéance à la fin de cette année. La Commission européenne s'est, en effet, opposée à sa reconduction en l'état pour une nouvelle période de cinq ans. Sans vouloir polémiquer, j'observe que le Gouvernement précédent n'avait pas prévu de mesure de substitution autre qu'un recours obligé aux CTE. Pour ma part, j'ai décidé d'autoriser l'accès à cette mesure indépendamment des CTE ou du dispositif contractuel qui, comme je vais vous l'indiquer, en prendra la suite. Les éleveurs pourront désormais souscrire une mesure agri-environnementale figurant dans des cahiers des charges régionaux, validés par la Commission. A cette occasion, le montant de la prime sera revalorisé de 70 % en moyenne, ce qui constitue la plus importante augmentation depuis de nombreuses années. L'enveloppe qui lui est consacrée est ainsi portée à 132 millions d'euros. Plus de 60 000 exploitants devraient en bénéficier. Compatible avec nos engagements communautaires, ce nouveau dispositif devrait favoriser un mode de production herbager respectueux de l'environnement.

Quant au financement de la prime, je confirme que les moyens nécessaires sont inscrits, en loi de Finances initiale et rectificative. Quant aux critères, nous conserverons 1,4 UGB à l'hectare et un taux de spécialisation d'herbe d'au moins 75 %.

S'agissant de la PMTVA, la Commission a accordé, en 2001, à la France une dérogation pour le complément extensification, compte tenu de la situation particulière de la filière. En 2002, au vu de la moins forte rétention de stockage des animaux, la Commission ne l'a pas reconduit.

Dans le même esprit, l'ICHN constitue un outil essentiel pour garantir l'équilibre des territoires et préserver l'activité agricole dans des zones fragiles où l'exploitation s'avère plus difficile. Le projet de Loi de Finances pour 2003 augmente sa dotation de 4,2%. Comme je l'ai annoncé à Clermont-Ferrand, le montant accordé pour les vingt-cinq premiers hectares sera augmenté progressivement, sur la durée de la législature et dans les marges que nous laisseront les contraintes budgétaires.

En dépit des difficultés rencontrées par les Contrats Territoriaux d'Exploitation (CTE), je demeure favorable à leur démarche contractuelle et à l'objectif qui consiste à rémunérer les diverses fonctions de l'agriculture, ses fonctions économiques comme ses fonctions de préservation des milieux et d'aménagement des territoires. C'est pourquoi j'ai annoncé il y maintenant deux semaines, au terme d'une démarche de concertation avec les organisations syndicales, le lancement d'un nouveau dispositif, le Contrat d'Agriculture Durable (CAD), à la fois simplifié, plafonné budgétairement et resserré sur les mesures agri-environnementales les plus pertinentes. Celui-ci comportera deux volets : économique et social d'une part, territorial et environnemental d'autre part. Les agriculteurs auront le choix de prévoir des engagements, soit dans les deux volets, soit en contractualisant uniquement des mesures agri-environnementales.

Après une année 2002 marquée par l'emballement du dispositif trop complexe des CTE, les crédits en faveur de la démarche contractuelle à caractère agri-environnementale se trouvent très fortement augmentés en 2003. Ils seront ainsi portés à 200 millions d'euros, soit trois fois la somme prévue dans le budget initial pour 2002.

Afin de responsabiliser l'ensemble des acteurs concernés et de simplifier le dispositif, un rôle prépondérant sera donné aux échelons départementaux et régionaux dans la mise en ¿uvre des CAD, notamment dans la définition des enjeux territoriaux prioritaires ou pour établir les règles de financement des investissements. La participation des collectivités locales pourra être renforcée.

L'encadrement budgétaire des CAD, sur la base d'une moyenne départementale de 27 000 euros par contrat sur cinq ans, alors que, je le rappelle, le montant initial affiché des CTE était de 23 000 euros, devrait garantir l'équité du nouveau dispositif.

Simplification, recentrage environnemental, équité, déconcentration, association plus étroite des collectivités caractérisent ce nouveau dispositif, dont les textes réglementaires devraient paraître dans le courant du premier semestre 2003.

Les échéances internationales -revue à mi-parcours de la PAC et reprises des discussions à l'OMC- nous occupent déjà et nous occuperont encore beaucoup en 2003. Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, beaucoup répétaient que, la révision à mi-parcours de la PAC se conjuguant avec l'élargissement, nous ne parviendrions jamais à tirer la France de son isolement et que c'en était donc fini de la PAC.

Or, l'accord conclu à l'initiative de la France et de l'Allemagne, la veille du sommet de Bruxelles, va redonner aux agriculteurs et aux filières un cadre d'action lisible et cohérent pour les dix prochaines années. Vous comprendrez donc que je souhaite vous en dire quelques mots.

Le Président de la République a, en effet, obtenu que l'élargissement ne bute pas sur les égoïsmes budgétaires, et que la politique agricole commune et les agriculteurs ne lui soient pas sacrifiés. Nous avons su convaincre nos partenaires d'octroyer les aides directes aux futurs Etats membres, le principe étant mis progressivement en oeuvre jusqu'en 2013. Chaque pays de l'Union disposera ainsi des mêmes droits et des mêmes devoirs.

D'autre part, le calendrier adopté à Berlin en 1999 sera respecté. Le premier pilier de la PAC se trouve ainsi conforté et les moyens consacrés à cette politique sont garantis jusqu'en 2013, ce qui n'est pas le cas des autres politiques communautaires, dont le financement sera soumis à débat en 2004.

L'accord de Bruxelles clarifie le débat sur la revue de mi-parcours. Pour résumer, je dirais qu'il ferme la voie aux solutions aventureuses mais n'interdit pas les solutions pragmatiques.

Cet accord ferme la voie aux solutions aventureuses, et notamment au découplage total des aides, vers lequel la Commission souhaite nous engager, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la PAC et tiennent à l'OMC.

Le Conseil des ministres de l'Agriculture n'a pas dissipé les ambiguïtés sur ce sujet. Alors que plusieurs Etats membres, dont la France, ont indiqué à la Commission que l'heure n'est pas à la décision mais à la réflexion, et lui ont demandé des options assorties d'études d'impact précises, afin de permettre un vrai débat, le Commissaire a exprimé son intention de poursuivre la voie qu'il s'est tracée au mois de juillet, au motif qu'elle a un droit de proposition garanti par le Traité.

Mon objectif, dans les semaines et les mois qui viennent, est de convaincre la Commission, en liaison avec nos partenaires européens, et notamment l'Allemagne et l'Espagne, que proposer au Conseil de décider le découplage total des aides est une voie sans issue, pour l'avenir de la PAC comme pour les négociations de l'OMC.

Mais, je le disais à l'instant, le Conseil européen de Bruxelles n'interdit pas les solutions pragmatiques. J'ai fait connaître, dès ma prise de fonctions, mon souhait de contribuer activement et positivement à une véritable revue à mi-parcours, qu'elle s'applique aux Organisations Communes de Marché qui fonctionnent mal et au second pilier, dont les mécanismes sont à revoir afin de doter l'Union européenne d'une politique de développement rural efficace.

Oui, des réformes dès l'an prochain sont possibles et souhaitables, conformément à l'accord de Bruxelles, qui renvoie très clairement aux dispositions de Berlin.

Mais toute réforme devra s'accompagner d'une attention renouvelée à deux questions très importantes.

La première est celle de la préférence communautaire, dans le contexte de la progression considérable des importations de blé des pays de la Mer Noire. La Commission va présenter aux Etats membres, lors du Conseil de décembre, les résultats auxquels elle est parvenue à l'OMC dans le domaine des céréales, afin de permettre une mise en oeuvre du dispositif au 1er janvier prochain. Le diable se cachant dans les détails, je serai particulièrement attentif à ce que les modalités pratiques de mise en oeuvre de ces mécanismes leur assurent un fonctionnement efficace, c'est à dire permettant de rétablir durablement un équilibre du marché communautaire.

La seconde question très importante est d'éviter que des réformes inutiles et coûteuses pour le budget communautaire ne soient décidées. L'accord des chefs d'Etat et de Gouvernement à Bruxelles stabilise la dépense en euros constants à partir de 2007. Nous devons plus que jamais éviter toute dépense inutile et coûteuse. Je pense par exemple à la baisse de 5% du prix d'intervention des céréales, qui ne se justifie pas dans l'état actuel du marché.

Permettez-moi de revenir un instant au deuxième pilier. Nous attendons une simplification des dispositifs de développement rural, car le système actuel ne fonctionne pas de façon satisfaisante. Je souhaite que notre pays sache mieux mobiliser les crédits que l'Union Européenne consacre aux actions du second pilier, et qui font l'objet d'une regrettable sous-consommation : en 2001 la Commission a même infligé à la France une pénalité de 21 millions d'euros, au motif qu'une somme de 289 millions d'euros n'avait pas été consommée durant cette année budgétaire.

Je voudrais, à cet égard, dire un mot sur la modulation, car 215 millions d'euros prélevés en 2000 et 2001 sur le premier pilier n'ont pas trouvé d'emploi dans le cadre des actions du deuxième pilier et demeurent encore bloqués sur les comptes du FEOGA. On nous dit que la modulation est un dispositif exemplaire, que c'est une forme de " Robin des bois " des campagnes, qui prendrait aux riches pour donner aux pauvres. Malheureusement, les riches ne sont pas aussi nombreux qu'on le dit, et l'on doit prendre aux moyens, les régions et les exploitations à revenu intermédiaire... On soutient également que le produit de la modulation servirait à financer les CTE, qui profitent aux moins riches.

Or, ce propos contient deux inexactitudes. D'abord, les CTE ont profité aux grandes exploitations plutôt qu'aux petites. Ensuite, le produit de la modulation est gelé. Sachez que nous négocions avec la Commission pour qu'elle soit débloquée le plus rapidement possible et vienne abonder le financement des actions du deuxième pilier

Enfin, sur le deuxième pilier comme sur le reste de la PAC, nous devons absolument simplifier les choses. Nous devons, tout d'abord, réduire le niveau des cofinancements nationaux, car ils sont une source de complications et nuisent à l'efficacité. Nous devons également obtenir un élargissement des actions finançables au titre du deuxième pilier. Je souhaite enfin que ces dépenses du deuxième pilier puissent être financées par redéploiement de fonds structurels, dont un certain nombre se rapprochent, par leur visée, des actions du deuxième pilier. Compte tenu du prurit réglementaire bruxellois, il me semble, en effet, légitime que ces mêmes fonds européens puissent venir financer les conséquences de cette activité normative et réglementaire...

Pour ce qui concerne enfin les discussions devant l'OMC, je ferai deux remarques.

La première concerne les liens entre la politique agricole commune et le développement du tiers-monde, notamment de l'Afrique.

Qui ne voit que les pays dits du groupe de Cairns ont acquis un art consommé de se dissimuler derrière les pays les plus pauvres, le Mali ou le Burkina-Faso, pour combattre la PAC, en masquant des motivations essentiellement commerciales ? Sachez bien que je ne me laisserai pas abuser par leur discours. L'Union Européenne dispose de nombreux arguments à faire valoir et il est plus que temps pour elle d'engager un puissant travail d'explication auprès des pays du Sud. Car, il faut voir les choses en face. Qui donne le plus -même si ce n'est jamais assez- pour l'aide au développement? C'est l'Europe. Quels sont les pays dont les marchés sont les plus ouverts aux produits agricoles du tiers-monde ? Ce sont encore les pays d'Europe, et non ceux du groupe de Cairns.

Si, d'autre part, l'on évoque le système des bourses de matières premières, notamment celles régissant le cacao et le café, c'est la Bourse de Londres qui doit être blâmée pour les déséquilibres de ces filières, et non la Commission européenne, ni la politique agricole commune... J'ajoute enfin que le mythe du prix mondial, avec les céréales à bas prix qui inondent les pays du tiers-monde, détruisent les cultures vivrières, provoquent l'exode rural et gonflent les bidonvilles autour des mégalopoles africaines, ne relèvent pas davantage de la politique agricole commune ! Qu'il faille prendre en main le développement agricole de l'Afrique et du tiers-monde est évident ; mais cessons de nous laisser tyranniser par le " politiquement correct ", qui veut faire de la PAC la cause des problèmes de développement de l'Afrique. Car ceci n'est pas exact et il ne suffit pas de répéter inlassablement une contre-vérité pour la rendre vraie !

Deuxième remarque concernant l'OMC : il y a quelques mois, la Commission européenne nous a dit avoir trouvé le remède miracle qui permettrait à la fois de faire une merveilleuse politique commune à l'intérieur de l'Europe et d'être imparables devant l'OMC. Cette formule magique, c'était, vous l'avez compris, le découplage.

Or j'observe, d'une part, que le découplage n'a fait l'objet d'aucune étude de son impact économique et social, sur l'emploi ou la propriété foncière. Je n'ai vu, d'autre part, aucune autre négociation où l'un des partenaires désarmerait avant d'engager la discussion. Cette attitude est particulièrement malheureuse, au moment où les Américains instaurent le Farm Bill. L'Europe, soyez en sûrs, ne gagnera rien à cette politique de bon sentiments, sinon l'échec et la désillusion.

Enfin, troisième observation, ce n'est pas parce qu'on passera -pour parler le jargon de l'OMC- de la " boîte bleue " à la " boîte verte " que la PAC sera moins attaquée. Il est temps que l'Europe ose faire entendre sa voix, notamment auprès des pays en développement. Avant même les négociations devant l'OMC, un G8 se tiendra à Evian, en juin. Sans doute devrons-nous alors évoquer le recours abusif des Etats-Unis à l'aide alimentaire ou l'indispensable encadrement des marketing loans. Nous avons beaucoup à faire pour retrouver sur ces sujets un écho dans le monde. Mais, les points de convergence entre l'Europe et les pays en voie de développement sont -je vous le dis- plus importants qu'on veut bien le dire. Je pense en particulier à la protection des indications géographiques, à l'encadrement des crédits à l'exportation, et je ne doute pas que, si nous en avons la volonté politique, nous remonterons le courant d'une pensée unique, qui depuis dix ans, s'est développé sur le lit de nos renoncements...

Défendre la PAC et l'OMC ne passe pas seulement par une diplomatie active à Bruxelles et à l'OMC. Comme l'ont prouvé les récents sommets internationaux, les attaques les plus virulentes sont le fait des pays du groupe de Cairns et doivent faire l'objet d'une politique ciblée que j'ai mise en place dès cet été, et qui sera une des priorités de mon action en 2003.

Conséquence directe de l'accord multilatéral de Marrakech, l'accélération récente de la mondialisation des échanges agricoles a placé la France sur le banc des accusés, ce que je récuse.

Les pays du Sud, ont basculé, en l'espace d'une décennie à peine, d'une économie de quasi-monopoles locaux protégés à une libre concurrence débridée sur le marché mondial, qu'aucun pays développé n'a jusqu'à ce jour expérimenté.

Au lieu de remettre en cause ce processus de libéralisation, comme c'est pourtant le cas pour les échanges de capitaux, le débat international s'est depuis lors concentré sur la dénonciation des politiques de régulation du Nord en général, et sur une demande à peine voilée de démantèlement de la PAC en particulier.

Ces procès, dont nous avons vu combien ils avaient été particulièrement virulents à l'occasion du sommet de Johannesburg en août dernier, sont pour une large part infondés. Selon les pays, les secteurs, les formes de soutiens, l'impact de la PAC sur le développement des pays du Sud est variable. Mais dans tous les cas, il ne saurait expliquer à lui seul le retard de développement de certains pays pauvres, comme on l'entend trop souvent.

Les secteurs libéralisés, en revanche, font des pays en développement les premières victimes de la mondialisation, ainsi que le prouve le marasme profond qui affecte les producteurs de cacao et de café, emportés dans les abîmes de cours mondiaux en chute libre. Derrière ce discours incantatoire en faveur du développement se dissimulent souvent, vous l'avez compris, de façon à peine voilée, les intérêts commerciaux de nos principaux concurrents à l'export.

Fortement relayés par les media, ces attaques répétées de la PAC auront, si rien n'est fait, des conséquences lourdes, alors que reprennent en mars les discussions devant l'OMC. Elles pourront, en effet, menacer, ne nous y trompons pas, la capacité de la France à conserver un secteur agricole pourtant essentiel à la qualité de son alimentation, à l'animation de ses campagnes ou à la préservation d'une identité culturelle séculaire.

C'est pour casser cette spirale infernale et éviter aux agriculteurs français de pas payer au prix fort ce bras de fer agricole à l'OMC que j'ai réactivé, dès ma prise de fonction, la politique de coopération internationale de mon Ministère. J'entends ainsi nourrir une nouvelle forme de diplomatie agricole, afin que nous ne laissions pas ces attaques sans réponse et que nous puissions rétablir un climat plus serein sur la question agricole dans les négociations internationales.

2003 nous offrira trois occasions de présenter des contre-propositions concrètes : les sommets France-Afrique et Europe-Afrique du printemps, le G8, qui se tiendra le 1er juin à Evian, sous présidence française, et la conférence ministérielle de Cancun, en septembre.

J'entends que notre pays fournisse un effort exceptionnel dans le domaine de la coopération agricole Nord/Sud, et cela auprès de cinq sous-ensembles du monde en développement : la Chine et le monde chinois, l'Inde, l'Afrique francophone subsaharienne, le monde méditerranéen, et les pays candidats à l'élargissement de l'Union Européenne. Dès le mois de janvier, un projet phare de coopération agricole sera mis en place avec le Sénégal, dont les liens d'amitié avec la France sont anciens et particulièrement forts. Dans l'Afrique francophone subsaharienne, ce pays a le premier accepté d'inaugurer notre nouveau dispositif. J'en ai personnellement arrêté les termes avec le président sénégalais, Abdoulaye WADE, lors de sa visite à Paris il y a trois semaines. J'aimerais d'ailleurs saluer son répresentant en la personne d'Omar SECK, et le remercier de son action, ainsi que celle de l'Assemblée générale des producteurs de blé dont le fort investissement en Afrique et en particulier au Sénégal fut déterminant.

Notre plan de coopération internationale pour 2003 répond au souhait du Président de la République, Jacques CHIRAC, de relancer une politique de coopération active avec le Sud et de relever en cinq ans nos dépenses d'Aide Publique au Développement de 50 %. Il répond également à l'appel des pays africains de mettre en ¿uvre le Nouveau Partenariat pour l'Afrique (NEPAD), un plan de développement inédit du continent, qui s'appuie notamment sur l'essor durable de l'agriculture familiale.

Pour être pleinement efficace dans cette démarche, j'ai besoin, Mesdames, Messieurs, de votre concours, car les agriculteurs sont tout particulièrement dépositaires de l'excellence française dont a besoin le monde en développement.

C'est pourquoi j'ai lancé en septembre un appel général aux Organisations Professionnelles Agricoles (OPA), leur proposant de soutenir et de coordonner leurs projets de coopération agricole à l'international.

La réponse ne s'est pas faite attendre. FNSEA, AFDI, Jeunes agriculteurs et un grand nombre de professionnels se sont mobilisés. Ce mouvement général devrait bientôt rendre aux agriculteurs français le rôle qui est le leur dans la communauté internationale : celui d'aiguillons du progrès, de vecteurs de compétences, de moteur de la solidarité entre les communautés rurales de la planète.

Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est offerte pour saluer tout particulièrement la qualité des actions entreprises par Luc GUYAU. Le projet " Afrique-partenaire ", qu'il vient d'exposer et qu'il conduira en partenariat avec mon Ministère, constitue un modèle de coopération généreux, proche du terrain et utile à la promotion du modèle français d'agriculture, qui nous est si cher.

Coordonner le savoir-faire des agriculteurs et la volonté de l'Etat, pour empêcher l'agriculture d'être sacrifiée sur l'autel de la mondialisation, voici la méthode que je vous propose aujourd'hui. Je remercie les Chambres d'agriculture d'y avoir souscrit avec enthousiasme, ainsi que l'ensemble des agriculteurs qui, à travers leurs syndicats ou leurs interprofessions, ont accepté de se lancer dans l'aventure l'année prochaine. Car c'est unie, et non divisée, que la France pourra emporter ce combat ambitieux.


Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


L'idée que l'on se fait de la place de l'agriculture dans la France d'aujourd'hui et dans les échanges économiques ne se sépare pas à mes yeux du rôle joué par les paysans dans la formation de l'identité de notre pays. Derrière cette notion que certains pourraient croire surannée, ce qui est en cause n'est rien de moins qu'une certaine idée de la civilisation qui place l'homme en son coeur, permet de se soustraire à la tyrannie de l'instant si caractéristique de notre époque et d'introduire la notion d'une responsabilité intergénérationnelle. En conjuguant efficacité économique et responsabilité sociale, l'agriculture doit assurer à ceux qui l'ont choisie les moyens de vivre, tout en faisant d'eux un élément de référence et de repère dans notre pays qui en a aujourd'hui plus que jamais besoin.

C'est dans cet esprit, qu'avec vous, j'entends travailler à faire de l'agriculture française une agriculture économiquement forte et écologiquement responsable dans l'esprit qu'a défendu le Président de la République, Jacques CHIRAC.

Je sais que je pourrai compter sur vous. Sachez que, de votre côté, vous pouvez aussi compter sur moi.

Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.agriculture.gouv.fr, le 13 décembre 2002)

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