Conférence de presse à Paris le 18 octobre 2002, allocution à Strasbourg, le 19 novembre 2002, de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national sur l'élargissement de l'Europe à dix nouveaux Etats. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse à Paris le 18 octobre 2002, allocution à Strasbourg, le 19 novembre 2002, de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national sur l'élargissement de l'Europe à dix nouveaux Etats.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie.

FRANCE. Front national, président

ti : (Paris)
Mesdames et Messieurs,

Pourquoi ai-je décidé de faire aujourd'hui vendredi 18 octobre 2002 cette conférence de presse sur l'élargissement de l'Europe à 10 nouveaux Etats, ceux que l'on appelle les PECO (les 3 Etats baltes, la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie et la Slovénie) plus Chypre et Malte ?

Je crois que la date est symbolique pour une triple raison :

- Nous sommes à la veille du referendum en Irlande sur la ratification du Traité de Nice. Ayant "mal voté" en juin 2001, c'est à dire ayant voté Non à 54 %, on la fait revoter comme on avait fait pour le Danemark en son temps. Chacun, dans les 25 Etats, les 15 Etats-membres et les 10 postulants est suspendu au vote de ce petit Etat de 3,5 millions d'habitants. Et si le David irlandais terrassait demain le Goliath bruxellois, si le peuple irlandais refusait le diktat des eurocrates et des euromondialistes de tous poils.

- Deuxièmement, nous sommes la semaine qui suit la publication par la Commission européenne de son document stratégique sur "les progrès réalisés par chacun des pays candidats sur la voie de l'adhésion", document de 97 pages dans la version française qui donne son feu vert à l'adhésion de 10 nouveaux Etats membres tout en reconnaissant qu'ils ne sont pas prêts.

- Enfin, nous sommes la semaine précédant le Conseil européen de Bruxelles des 24 et 25 octobre qui, au vu du rapport de la Commission européenne et en tenant compte des implications agricoles, régionales et budgétaires, décidera si les 10 impétrants sont aptes à intégrer l'Union européenne, sans doute le 1er janvier 2004.

Pour être complet, rappelons que l'adhésion éventuelle de 10 nouveaux Etats-membres sera formalisée et signée lors du Conseil européen de Copenhague les 13 et 14 décembre prochains.

Aucun patriote ou nationaliste ne peut rester indifférent à ce grand rendez-vous de l'Europe avec elle-même qui risque de n'être que la grande illusion européenne, à la fois pour eux et pour nous.

Député européen depuis 18 ans, acteur et spectateur engagé, j'ai eu le temps d'observer au sein du Parlement européen et dans les autres institutions européennes ces forces centrifuges, destructrices des souverainetés et des identités nationales et qui sont encore aujourd'hui à l'oeuvre comme elles le sont depuis le début de la construction européenne. Il est paradoxal et choquant que ce soit la Commission européenne, organe supranational dont les dirigeants sont nommés, qui soit le maître d'oeuvre de l'élargissement et oblige les Etats membres à signer les yeux bandés, dans la précipitation, c'est-à-dire sans le recul suffisant ni les informations nécessaires. Il est vrai que les intérêts mercantiles des uns (les multinationales), les idéaux utopistes et antinationaux des autres (les eurocrates de Bruxelles et les fédéralistes) teintés d'idéologie revancharde sont assez puissants pour imposer aux chefs d'Etat et de gouvernement une Union élargie contraire aux intérêts de leurs peuples.

Dernier élément qui a son importance : c'est à un allemand, le social-démocrate Günter Verheugen, que la Commission avait confié le soin de préparer l'élargissement, c'est-à-dire de déplacer vers l'Est le centre de gravité de l'Europe, de faire une Mitteleuropa sous domination allemande.

Ce saut dans l'inconnu, MM. Chirac et Raffarin sont prêts à le faire au nom de la solidarité européenne mais ne sont-ils pas d'abord responsables et garants de l'avenir et du destin de la France devant le peuple souverain ?

L'élargissement à 10 nouveaux Etats-membres dont le PIB/habitant atteint à peine 35 % de la moyenne communautaire a de quoi inquiéter des hommes politiques, soucieux du bien commun.

L'état de préparation ou plutôt d'impréparation des 10 PECO dans des domaines aussi importants que le système judiciaire, l'organisation administrative, le système intégré de contrôle pour recevoir les fonds communautaires ou le contrôle aux frontières a également de quoi les inquiéter.

La corruption, les mafias souvent liées aux anciens apparatchiks du "parti", plus généralement le crime organisé ne sont pas de nature à nous rassurer pas plus que le coût escompté de l'élargissement : 40 milliards d'euros (260 milliards de FF) entre 2004 et 2006, beaucoup plus après.

Les risques certains, nous les prenons, le coût exorbitant, nous l'assumons par idéologie européiste et par peur de refuser aux Européens de l'Est ce qu'ils demandent : une adhésion au rabais pour bénéficier, demain, de la manne européenne. Comme nous l'avons dit, la Commission européenne reconnaît qu'ils ne sont pas prêts aujourd'hui. Seront-ils davantage prêts dans un an (le 1er janvier 2004) comme le suggère la Commission. Ce n'est pas sérieux !

Ce ne sont pas les clauses de sauvegarde (dans les domaines économique, de la justice, des affaires étrangères) même portées à deux ans, ni les périodes transitoires dans de nombreux secteurs qui peuvent faire illusion. Bien au contraire ! Elles ne sont là que pour donner à l'opinion publique l'impression qu'on a tout prévu et qu'on maîtrise la situation. Je parlerai plutôt de stratégie Potemkine, qui consiste à masquer la réalité derrière des apparences trompeuses comme le faisait le feld-maréchal de Catherine II qui pour cacher la misère du peuple à sa souveraine faisait dresser des villages riants avec des koulaks heureux de vivre qui n'étaient autres que des décors en trompe l'oeil et des figurants. Le stratagème de la Commission, Mesdames et Messieurs, c'est cela.

Sur les 31 chapitres que comptait la négociation d'adhésion avec les 10 PECO, 28 chapitres ont été clos pour les "meilleurs élèves". Les trois derniers chapitres, non résolus à ce jour, sont naturellement les plus conflictuels et les plus délicats :

- les fonds structurels et la PAC qui constituent à eux deux les 3/4 du budget européen ;

- les dispositions financières et budgétaires et la compensation à accorder aux PECO.

Permettez-moi de faire une courte parenthèse sur les questions institutionnelles qui détermineront l'architecture de la future Europe et qui sont, pour l'instant confiées à la Convention pour l'avenir de l'Europe avant qu'une nouvelle CIG ne décide à la mi-2003 ; la France dans une Europe à 25 puis à 27 n'aura plus aucun pouvoir, aucune influence, vassalisée par les Allemands ou les Américains. Nous n'aurons plus que 72 députés (au lieu de 87) sur 732 soit 10 % alors que les Allemands conserveront leurs 99 députés, 1 commissaire européen sur 25 à partir du 1er janvier 2005 et 29 voix au Conseil avec le système de pondération des voix alors que la majorité qualifiée sera à 258 voix sur 345.

Sur le plan politique, le statut de Chypre avec l'occupation de la partie nord de l'île par les Turcs depuis 1974 n'est toujours pas réglé ; de même n'est pas réglé le système de transit pour l'enclave russe de Kaliningrad entre la Pologne et la Lituanie. Les Russes demandent la suppression des visas entre la Russie et Kaliningrad ce qui reviendrait à les autoriser à traverser l'Union européenne sans visa. Quand on veut le bonheur de l'humanité, tout ceci n'est que subsidiaire et pour tout dire, dérisoire !

Cette fuite en avant des Européens de l'Ouest se double chez MM. Chirac et Raffarin d'une irresponsabilité politique gravissime. Comment la France, incapable de respecter la pacte de stabilité budgétaire, vertement réprimandée par la Commission, pourrait-elle financer l'élargissement à moins d'abandonner la PAC et de renoncer aux 10 milliards d'euros (65 milliards de FF) que nous recevons chaque année au titre du FEOGA Garantie.

En passant, je vous rappelle également que la contribution française au budget communautaire pour 2003 est de 15,8 milliards d'euros (103,6 milliards de FF) soit le quatrième poste du budget français derrière l'éducation, la défense et l'équipement et que notre solde est négatif de plus de 2 milliards d'euros (13 milliards de FF).

L'élargissement, ce sera le tonneau des Danaïdes et c'est déjà un scandale comparable à celui de l'affaire Enron : son coût a été volontairement sous-estimé comme le bilan d'Enron avait été "maquillé" et les problèmes sont sciemment minorés par la Commission comme la société d'audit avait minoré les difficultés de l'entreprise. Le résultat risque d'être le même : une catastrophe pour eux et pour nous. Ils ne sont pas prêts à intégrer l'acquis communautaire, ce monstre juridique à vocation totalitaire ; nous ne sommes pas prêts à financer cette adhésion bâclée en sacrifiant nos entreprises et nos agriculteurs sur l'autel du libre-échangisme mondial et de l'idéologie européiste.

Prenons l'exemple de l'agriculture : Pour la France, l'adhésion ce sera moins d'argent pour la PAC donc pour les agriculteurs et un marché inondé par des productions bon marché et de qualité médiocre.

Pour les PECO, l'adhésion ce sera un chômage important dans les campagnes, la déstabilisation du monde rural et un achat massif de terres par les étrangers.

Pour ne pas désespérer Varsovie ou Budapest, on préfère sacrifier Saint-Flour ou Saint-Nazaire ; pour augmenter les pouvoirs des eurocrates bruxellois, on préfère sacrifier la souveraineté et l'identité françaises ; pour étendre Schengen jusqu'aux confins de la Russie ou de l'Ukraine, on préfère sacrifier la protection de nos frontières et notre propre sécurité.

M. Chirac qui disait au Sommet d'Helsinki en décembre 1999 que "la Turquie, par son histoire, et pas seulement par la géographie, et par ses ambitions, est européenne" aura des comptes à rendre lorsqu'en 2006, nous aurons la plus grave crise de toute l'histoire de la construction européenne.

Cette crise sera entraînée par la révision des perspectives financières et par l'explosion des dépenses jusqu'ici minorées, de la PAC et des fonds structurels. Les Etats-membres, ayant été trompés par la Commission et abusés par leurs propres experts, voudront quitter le radeau de la Méduse et recouvrer leur liberté. Ce sera une crise à 25 avec en plus la Roumanie, la Bulgarie et... la Turquie à nos portes.

C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, il est urgent de proposer aux PECO une coopération sur les plans économique, scientifique, culturel, policier ou judiciaire et de les aider financièrement à sortir de 40 ans de communisme. Ce n'est pas l'adhésion qui aidera ces peuples à retrouver leur dignité, leur indépendance.

Je dis solennellement aux peuples de l'Est, à nos frères de l'Est : méfiez-vous de ce mirage européiste que l'on vous promet : il ressemble beaucoup à la prison des peuples que vous avez quittée il y a 10 ans. Pour quelques deniers, vous risquez de perdre votre liberté et votre âme en sachant que le droit de sécession n'existe même pas dans les Traités européens alors qu'il existait - de manière théorique je vous l'accorde - dans la Constitution de l'ancienne Union soviétique.

Devant la gravité de la situation, avant que l'irréparable ne soit commis, j'en appelle au Président de la République pour qu'il invite le peuple français à trancher par referendum sur l'élargissement de l'Europe comme devraient le faire l'ensemble des Nations européennes de l'Ouest et de l'Est, demande d'autant plus légitime que seulement 40 % des Français sont favorables à l'élargissement d'après le dernier sondage Eurobaromètre, score le plus faible dans l'Europe des Quinze.

Ce ne sera d'ailleurs par la première fois que les Français seront consultés par referendum sur l'adhésion de nouveaux Etats-membres puisqu'en 1972 le Président Pompidou avait, avec beaucoup de sagesse, demandé aux Français de s'exprimer sur l'adhésion du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark.

(source http://www.francaisdabord.info, le 4 novembre 2002)

(Strabourg)

ALLOCUTION DE JEAN-MARIE LE PEN

AU PARLEMENT EUROPEEN

Strasbourg, le 19 novembre 2002

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Je tiens, tout d'abord, à saluer tous les parlementaires des pays d'Europe de l'Est, aujourd'hui présents parmi nous, dans une séance, dont le moins qu'on puisse dire, est qu'elle est extraordinaire dans le fond, mirobolante dans la forme, et, en outre, marquée par l'absence scandaleuse des 4/5ème, que dis-je, des 9/10ème des députés européens !

Nous sommes, nous, nationalistes et patriotes, vos vrais amis, ceux qui ont lutté de ce côté-ci du Rideau de Fer pendant un demi-siècle, contre le communisme oppresseur qui a martyrisé vos peuples.

Cette page sanglante de l'Histoire de notre continent européen est, aujourd'hui, heureusement tournée et vos patries, ont retrouvé avec l'indépendance, la liberté et l'espoir de la justice et de la prospérité.

Je suis convaincu que l'Union Européenne, au lieu d'être une confédération de nations fraternelles, a dérivé vers la constitution d'un Empire bureaucratique et tatillon, soumis au protectorat de la superpuissance américaine qui encadre sa défense et sa diplomatie.

Convaincu aussi que, sinon son but avoué, mais en tous cas sa conséquence prévisible, est la destruction de nos nations, de leur indépendance, de l'identité de leurs peuples, je lance à leurs représentants une mise en garde solennelle : Ne tombez pas de Charybde en Scylla, n'échangez pas l'esclavage contre la servitude.

L'élargissement de l'Union est un miroir aux alouettes, un piège mortel.

L'Union Européenne est une tour de Babel, prisonnière de ses idéologies mondialistes et politiquement correctes, incapable d'assurer elle-même sa sécurité, incapable de maîtriser l'immigration de masse qui menace de la submerger et de la ruiner.

En revanche, il est possible aux européens sincères, de bâtir sur du réel, et d'organiser l'étroite coopération de nos nations, dans le respect de notre civilisation commune, chrétienne et humaniste.

Pour l'Europe des Patries, celle des peuples libres, Patriotes de toute l'Europe, unissons-nous !

(source http://www.frontnational.com, le 21 novembre 2002)

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