Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national à "Français d'abord" en novembre 2002 sur les conditions de la création du Front national, sur sa succession au sein du parti et sur les premières mesures prises ou annoncées par le gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national à "Français d'abord" en novembre 2002 sur les conditions de la création du Front national, sur sa succession au sein du parti et sur les premières mesures prises ou annoncées par le gouvernement.

Personnalité, fonction : LE PEN Jean-Marie, FONTANGES Bernard.

FRANCE. Front national, président

ti : - Quelles étaient les motivations qui vous ont poussé à créer ce mouvement ?

Il faut remonter à quelques années en arrière. J'ai créé et animé de 1963 à 1966 le Comité TV qui avait présenté, supporté et organisé la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour, candidat de l'opposition nationale.

Malheureusement, Tixier, qui aurait dû se retirer comme il s'y était engagé, a négocié son échec relatif avec J. Lecanuet, contre 5 investitures centristes, aux législatives qui ont suivi l'élection présidentielle. Je me suis alors retiré de la vie publique active pour me consacrer à la remise en ordre de la SERP, ma société de production de disques historiques que j'avais, avec mon associé Pierre Durand, un peu délaissée au bénéfice de la campagne présidentielle de Tixier.

Les événements de 1968 ont placé la gauche estudiantine en situation de monopole. Il en découlera des conséquences considérables. Après l'échec du référendum de 1969, le général De Gaulle se retire. Il nous paraît alors qu'une page est tournée et que l'action nationale peut de nouveau, après la terrible épreuve de l'Algérie, reprendre son cours normalement.

C'est alors qu'un certain nombre d'hommes, et tout d'abord François Brigneau, journaliste à Minute, m'incitent à prendre des responsabilités.

J'ai toujours milité en faveur de l'union des nationaux, et c'est ce que je vais, en créant le Front National, m'efforcer de mettre sur pied avec Georges Bidault, les jeunes d'Ordre Nouveau, mais aussi avec tous mes camarades, anciens du Comité TV, notamment J.-P. Reveau, Roger Holeindre, Dominique Chaboche, et les mouvements patriotiques qui s'étaient succédé depuis les années 50.

- Aujourd'hui le Front National a-t-il, encore, un avenir devant lui ?

Plus que jamais ! Le FN est aujourd'hui la troisième force politique française, peut-être même la deuxième, qui soit homogène, qui ne soit pas impliquée dans les abandons de souveraineté ou dans la décadence morale et politique. Le Front National est l'espoir de la France. En tout cas le principal espoir.

- Près de six mois après l'élection présidentielle, quel regard portez-vous, avec le recul, sur cette élection et votre présence au second tour ?

Pour tous les politologues, le fait que le candidat national puisse, avec des moyens cent fois inférieurs à ceux de ses grands concurrents, faire jeu presque égal avec le Président sortant, et battre le Premier ministre et la coalition gouvernementale de la gauche plurielle qui dirigeait le pays depuis cinq ans, a été un séisme politique.

L'événement le plus important de cette campagne, a été le second tour qui a démontré la formidable capacité du système à se défendre contre tout changement, toute rénovation, toute renaissance.

Des moyens totalitaires ont été mis en oeuvre contre moi. Néanmoins, et malgré cette opération de terrorisme intellectuel imposé au peuple français, nous avons gagné des voix. En retour, le score de 82 % obtenu par Jacques Chirac le marquera au fer rouge pour l'avenir.

- Le gouvernement Raffarin s'agite beaucoup. Pensez-vous que cette fébrilité soit efficace ? Est-il en mesure de résoudre les grands problèmes qui se posent à notre pays, comme, par exemple, l'insécurité, le chômage, l'immigration, le fiscalisme ?

M. Raffarin est un professionnel de la publicité dont on sait qu'hélas elle s'intéresse souvent plus à l'emballage qu'au contenu.

Son gouvernement ne résoudra pas les grands problèmes qui se posent au pays : l'immigration, la sécurité, le chômage, le fiscalisme, la perte de l'indépendance nationale.

C'est si vrai qu'il lance, comme de la poudre aux yeux, des projets de réforme électorale dont la France se passerait bien.

- À propos de la réforme des scrutins électoraux, vous avez été reçu, avec Bruno Gollnisch et Carl Lang, par le ministre de l'Intérieur à ce sujet. Que pensez-vous de cette réforme, qui est destinée, certains n'en font pas mystère, à barrer la route au FN et à son président ?

Je crois que personne, dans les allées du Pouvoir, ne fait mystère de la volonté de faire taire, ou en tous les cas d'assourdir les cris des patriotes, même si les prétextes qui sont avancés peuvent apparaître à d'aucuns comme positifs.

Ces projets ont aussi pour objectif de jeter aux yeux du public la poudre d'innovation structurelle pour masquer l'absence de solutions aux vrais problèmes.

- Justement, cette réforme envisagée ne risque-t-elle pas de se retourner contre leurs auteurs, et se traduire par l'arrivée d'exécutifs FN à la tête de régions ?

Toute réforme est un boomerang qui, quelque fois, revient frapper durement le lanceur ! C'est toute la grâce que je nous souhaite, en particulier dans les régions méridionales de la France. Je pense aux régions Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Rhône-Alpes, ou Languedoc-Roussillon.

- Vous-même, vous serez candidat ?

J'ai annoncé que je serai tête de la liste régionale dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, avec la ferme intention d'arriver au pouvoir dans cette région française.

- Un autre des grands chantiers du gouvernement Chirac-Raffarin c'est la décentralisation. Celle-ci ne conduit-elle pas à la disparition de la France au profit d'une Europe des régions ?

Maurras, lui-même, disait que la décentralisation ne pouvait être bénéfique que si elle était réalisée par un État fort. Dans l'état actuel des choses, elle est, évidemment, un moyen criminel de briser la résistance de la Nation française au bénéfice de l'euromondialisme.

- Que pensez-vous de la création de l'UMP ?

À chaque nouvelle consultation, le parti bourgeois change d'étiquette, comme les commerçants de mauvais aloi changent d'enseigne pour ne pas payer leurs dettes, tandis que les grandes maisons sont fières de se référer à leur fondation ancienne. C'est le cas du Front National.

- Les USA semblent décidés envers et contre tous, à attaquer l'Irak. Quel rôle peut jouer la France pour empêcher ce conflit aux conséquences incalculables ?

L'intention cyniquement affichée du gouvernement américain d'attaquer sans motif sérieux, un pays de vingt millions d'habitants, déjà exsangue, constitue beaucoup plus qu'un crime, une faute susceptible d'initier la troisième guerre mondiale.

La France devrait se faire un devoir d'incarner, contre la guerre, la volonté de l'immense majorité des peuples. Elle en a le moyen c'est son droit de veto au Conseil de Sécurité. Encore faudrait-il que Chirac ait la volonté et le courage de mettre en oeuvre cette procédure salvatrice. Je ne crois pas trop à sa sincérité quand il prétend s'opposer aux USA sur le problème de l'Irak !

- Une série d'attentats sanglants vient de secouer le Sud-Est asiatique. L'Europe, et particulièrement la France, est-elle à l'abri de ce type d'attaque ?

L'une des conséquences principales de la volonté d'agression américaine contre l'Irak est de solidariser contre l'Occident un monde arabo-musulman, traversé de violents courants activistes voire terroristes, portés par l'énorme force d'un torrent démographique.

L'Europe, évidemment, se trouve géographiquement, et par la présence de très importantes minorités ethnico-religieuses, au premier rang des cibles de rétorsion. Les Américains boivent, ce sont les Européens qui vont trinquer.

- Guerre civile en Côte d'Ivoire, déploiement des forces américaines au Ghana, intérêt particulier des USA pour l'archipel de Sao Thomé et Principe, et son pétrole. La France a-t-elle encore une politique africaine ?

Affaibli par les avatars nauséabonds de la " Françafric ", la présence française ne cesse de reculer en Afrique sous la pression des ambitions américaines et par la dépression de notre vitalité et de notre rayonnement.

La France recule également sur le plan culturel. La langue française est, elle-même, menacée dans le monde. Elle s'effondre sous les coups de boutoir de l'hégémonie américaine et de l'anglais.

- La modification de la loi sur les 35 heures vous semble-t-elle une bonne chose. Le gouvernement a-t-il été assez loin ?

Il est un fait politique d'expérience, c'est que la droite n'ose jamais appliquer son programme quand elle arrive au pouvoir. Ni remettre en cause les politiques menées par la gauche.

Le gouvernement s'efforce donc non d'abroger des lois dont il a déclaré qu'elles étaient inanes ou nuisibles, mais simplement de les contourner par l'augmentation du nombre d'heures supplémentaires.

- Les Français ont à peine bénéficié de la première réduction d'impôt sur le revenu de 5 %, qu'on laisse entendre que ce serait la seule et unique. Cela vous surprend-il ?

La promesse de réduire l'impôt sur le revenu a sans doute été tenue pour la première et dernière fois.

Cette réformette ne perdurera pas les années suivantes. D'ailleurs, le ministre de l'Économie et des Finances prépare déjà l'opinion à cette reculade. Le pouvoir en ne s'attaquant pas aux causes profondes des phénomènes négatifs ne peut que toucher les conséquences immédiates sans effet de changement durable.

- À votre avis, quelles sont les véritables raisons de l'éternel déficit de la Sécurité sociale ?

Les vraies raisons de l'éternel déficit de la Sécurité sociale sont multiples. Il y a tout d'abord l'immigration massive, et son coût énorme pour le budget de la Nation.

Il y a aussi d'autres causes de ce déficit chronique, telles que la généralisation de la Sécurité sociale à tous les habitants, y compris clandestins, la crise de la natalité ou encore la mauvaise gestion et le chômage.

- Après Vivendi c'est au tour de France Télécom de faire naufrage. Ces entreprises ne sont-elles pas les premières victimes de l'esprit de mondialisation qui souffle sur la France ? L'irresponsabilité, voire l'incompétence de leurs dirigeants, tous issus de la fonction publique et placés à ces postes pour leur amitié avec le pouvoir en place, ne peuvent-elles être mises en cause ?

C'est évident. Le Crédit Lyonnais avait fait un trou de 150 milliards, on dit que celui de France Télécom pourrait être de cinq cents milliards ce qui prouve la supériorité des véritables entreprises privées sur les entreprises publiques ou celles qui sont dirigées par des fonctionnaires. Il n'est rien arrivé à monsieur Haberer, alors monsieur Bon peut dormir tranquille !

- La presse fait ses choux gras sur des prétendues dissensions entre Bruno Gollnisch et Marine Le Pen. Qu'en est-il réellement ?

Il n'y a pas d'affrontement au sein du FN et chacun ne peut que se féliciter de l'audience médiatique accordée à Marine Le Pen et à ses projets d'ouverture sur les nouvelles générations. Le FN comme le démontre d'ailleurs les sondages ne peut qu'en tirer un évident bénéfice.

Ce n'est pas en se repliant sur son honorable passé qu'il pourra assumer sa fonction salvatrice dans le pays, mais en se tournant vers le peuple et vers ses forces vives avec tous les moyens et toutes les personnalités qui sont au service de cette cause.


Propos recueillis par Bernard FONTANGES


(source http://www.frontnational.com, le 6 novembre 2002)

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