Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Sud-Ouest" le 29 et dans "La dépêche du Midi" le 30 novembre 2002, sur la relance des programmes militaires, la maintenance des avions C130 Hercules, la participation de la France à l'Europe de la défense et la mise en place d'une unité de pliage et de maintenance de parachutes à Montauban. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Sud-Ouest" le 29 et dans "La dépêche du Midi" le 30 novembre 2002, sur la relance des programmes militaires, la maintenance des avions C130 Hercules, la participation de la France à l'Europe de la défense et la mise en place d'une unité de pliage et de maintenance de parachutes à Montauban.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, BEDEI Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Sud Ouest : Les militaires français s'entraînent-ils en ce moment dans l'éventualité d'opérations liées à la crise irakienne ?

Mme Alliot-Marie : Les militaires s'entraînent tout le temps ! Mais les hommes ont dû souvent compenser les faiblesses du matériel, compte tenu de la baisse des crédits militaires décidée par l'ancienne majorité socialiste. Sur tous les théâtres cependant, les forces françaises ont démontré leur grande efficacité. Ne citons que les opérations Enduring Freedom et Héraclès en Afghanistan. Concernant de futures opérations, je rappellerai qu'il faut distinguer entre l'aspect politique et diplomatique et l'aspect technique. Sur le premier point, la position de la France est très claire : il appartient aux Nations unies de tirer les conséquences des inspections effectuées en Irak sur les armes de destruction massive détenues ou non par ce pays. Il n'y aura aucun engagement de nos forces en dehors d'une décision de l'ONU. Sur le second point, d'ordre opérationnel, nous pouvons faire face à n'importe quelle situation impliquant des forces terrestres, navales et aériennes.

Le Parlement examine actuellement le nouveau projet de loi de programmation militaire. L'effort financier envisagé se traduira-t-il par un renforcement des industries de défense en Aquitaine ?

Une vingtaine d'établissements, dont plus de la moitié en Gironde, travaillent en effet pour ce secteur. Le projet de loi de programmation militaire 2003-2008 va conforter ces activités de défense. Je citerais par exemple la livraison de 76 Rafale, la confirmation des programmes de dissuasion tels que le M 51 et le programme de simulation " laser Mégajoule ", la rénovation de nos hélicoptères, les livraisons des Tigre et des NH 90 de la marine. Tous ces programmes vont concerner directement des industriels de premier rang : Dassault, EADS, SNECMA, SNPE, Turboméca, Messier-Dowty, et les entreprises sous-traitantes installées en Aquitaine. L'effort entrepris en faveur de la recherche et du maintien en condition des matériels se traduira de manière positive pour le Centre d'essais des Landes de Biscarosse et l'Atelier industriel aéronautique que je viens visiter aujourd'hui.

A ce sujet, selon quels critères avez-vous décidé cette visite en région bordelaise ?

Deux raisons. D'abord pour rendre visite à l'une des activités industrielles de la délégation générale pour l'armement et y rencontrer les militaires et les civils qui y travaillent. Ensuite, parce que le rétablissement de la disponibilité de nos matériels est une de mes priorités. L'atelier que je viens visiter joue un rôle important dans ce domaine, à travers l'entretien des moteurs d'avions de combat dont il a la charge.

L'attribution du contrat de maintenance des C130 Hercules de l'armée de l'air à une entreprise portugaise a été très mal vécue par la société SOGERMA. Selon certaines sources, la disponibilité opérationnelle de ces avions aurait chuté depuis l'été. Comment comptez-vous réagir à cette situation ?

L'entretien des C 130 a fait l'objet d'une mise en concurrence en décembre 2001, comme les règles des marchés publics nous y obligent. La SOGERMA n'a pas été retenue car, à conditions égales, le montant de son offre était nettement supérieur à celui de l'entreprise avec laquelle le ministère de la défense a contracté.

Il est vrai qu'OGMA, la société portugaise, a connu des difficultés en début d'exécution du contrat. J'ai donc suivi avec attention ses démarches pour remédier à cette situation. Six C 130 sont à nouveau en ligne depuis quelques jours et nous devrions retrouver rapidement le niveau de disponibilité qu'exigent nos engagements sur les théâtres d'opérations extérieures. En ce qui concerne la SOGERMA, l'effort consenti dans la loi de programmation militaire ouvre de nouvelles perspectives. L'entreprise sera donc régulièrement sollicitée pour participer aux appels d'offres lancés par le ministère de la défense.

L'Europe de la défense demeurera-t-elle longtemps encore une vue de l'esprit ?

L'Europe de la défense se construit, à mon avis, plutôt plus rapidement que ce ne fut le cas pour l'Europe monétaire. L'Union européenne a prévu de se doter d'une capacité autonome de prise de décisions et de conduite des opérations militaires, là où l'OTAN n'est pas engagée. Elle s'est fixé des objectifs : être à même de déployer une force de 60 000 hommes avec une capacité collective de commandement et de contrôle, de renseignement et de transport stratégique.

Des structures permanentes ont été mises en place : Conseil politique et de sécurité, Conseil militaire et un état-major. Le réservoir de forces disponibles représente environ 100 000 hommes, 400 avions de combat ainsi qu'une centaine de navires. La contribution française s'élève à 12 000 hommes, 100 avions et 12 navires dont un porte-avions. La nouvelle programmation militaire tient évidemment compte du rôle que la France veut assumer dans cette perspective européenne. La première concrétisation de ces efforts pourrait intervenir à l'occasion de la relève de l'OTAN en Macédoine, en 2003. L'UE a réaffirmé sa disponibilité et la France y est très favorable.

Beaucoup de citoyens et d'élus sont inquiets des redéploiements qui vont avoir lieu dans la gendarmerie. Pourriez-vous les rassurer ?

Il faut rendre plus cohérent et plus efficace l'emploi des forces de sécurité intérieure. Cet objectif nécessite que soit engagé un redéploiement entre les zones de compétence de la police nationale et de la gendarmerie nationale, afin de confier à un seul service (police ou gendarmerie) la responsabilité des missions de sécurité et de paix publiques sur une aire géographique continue et homogène, en termes d'urbanisation et de délinquance. Le but visé est l'efficacité de l'action de l'Etat mais aussi la proximité dont le besoin est ressenti par les Français.

Cette réforme est conduite par les préfets de département en étroite concertation avec les élus et la population. Le principe du maintien d'une brigade par canton a été réaffirmé.

Votre collègue de l'intérieur n'exerce-t-il pas une tutelle de fait, aujourd'hui, sur les gendarmes ? On dit même que c'est lui qui a choisi leurs nouveaux uniformes¿

La gendarmerie dépend du ministère de la Défense pour ce qui concerne son statut militaire et ses moyens. Il n'y a rien de changé à ce sujet. Ce qui est vrai, c'est que la coopération entre le ministère de la défense et celui de l'intérieur s'est intensifiée, notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Pour ce qui concerne les nouvelles tenues de gendarmerie, j'ai eu mon mot à dire et je peux même vous confier que j'ai fait modifier la coupe de blousons que je trouvais peu seyante !

(source http://www.defense.gouv.fr, le 4 décembre 2002)
La Dépêche du Midi : Quel est l'objet de votre déplacement à Montauban ?

Mme Alliot-Marie : La première unité de pliage et de maintenance de parachutes, dont la première pierre marque aujourd'hui la naissance, fait évoluer un domaine jusqu'ici peu mécanisé. La mise en place de cette unité va faciliter ces opérations et en accélérer la réalisation puisque, à compter de 2004, 200000 parachutes et 14000 réparations pourront être traités chaque année. Au total, les matériels seront mieux protégés, et leur durée de vie va s'accroître. Il est normal que je vienne saluer les efforts de celles et de ceux qui ont contribué à cette réalisation. Le parachutisme a une solide tradition dans nos armées et beaucoup de nos militaires sont aussi des champions de haut niveau. J'ai moi-même pu en apprécier la compétence, le savoir-faire et les qualités sportives. La tradition du parachutisme est très vivante dans le Sud-Ouest et plus particulièrement dans la région toulousaine, avec l'école des troupes aéroportées. Il est donc logique qu'avec l'ouverture de cette unité de pliage de parachutes, la région en soit la bénéficiaire. Ainsi, cette usine, la première en Europe, qui va mobiliser 300 emplois, contribuera également au rayonnement de la région.

Le Budget de la Défense est en augmentation. La mise en ¿uvre d'un nouveau porte-avions est-elle vraiment nécessaire ?

Le redressement de notre effort de Défense, décidé par le président de la République et le gouvernement, était une nécessité. Chacun voit bien que la situation mondiale est dangereuse avec la multiplication des crises en Afrique, au Moyen Orient, et la montée du terrorisme. Nous devons en tenir compte en renforçant les conditions de notre sécurité. La programmation militaire pour les années 2003-2008 assure le redressement de la disponibilité de nos matériels, la modernisation de notre outil de défense, la préparation de l'avenir par la relance de notre effort de recherche et la consolidation de la professionnalisation. La construction d'un second porte-avions est en effet une nécessité, c'est elle qui nous garantit la possibilité d'intervenir, quelles que soient les circonstances, partout dans le monde où notre présence militaire est indispensable pour protéger nos ressortissants, défendre nos intérêts ou les valeurs auxquelles nous sommes attachés.

Sans sous-estimer la Défense nationale, ne serait-il pas plus judicieux de s'inscrire plus fortement dans le cadre d'une défense européenne ?

Défense nationale et défense européenne, loin d'être des objectifs contradictoires se confortent en réalité l'une l'autre. La reprise de notre effort de Défense, garantie de notre sécurité, est aussi notre contribution à l'Europe de la Défense. Elle nous permet d'être une force d'entraînement pour tous les autres pays d'Europe. L'un des programmes majeurs de notre prochaine loi de programmation est la réalisation du futur avion de transport européen qui remplacera le Transall en fin de vie. La conception, confiée à Airbus, se fera dans la région. Nous avons plusieurs autres programmes en cours ou en prévision qui portent sur les satellites, les hélicoptères ou des navires. La France inscrit résolument sa défense dans le cadre européen.

(source http://www.defense.gouv.fr, le 4 décembre 2002)

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