Interview de M. Pierre Bédier, secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice, à LCI le 6 décembre 2002, sur les programmes gouvernementaux de rénovation et de construction de prisons, sur le budget 2003 pour la justice et sur la polémique entre l'UMP et l'UDF concernant la candidature de Christian Blanc dans les Yvelines. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Pierre Bédier, secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la justice, à LCI le 6 décembre 2002, sur les programmes gouvernementaux de rénovation et de construction de prisons, sur le budget 2003 pour la justice et sur la polémique entre l'UMP et l'UDF concernant la candidature de Christian Blanc dans les Yvelines.

Personnalité, fonction : BEDIER Pierre, HAUSSER Anita.

FRANCE. SE aux programmes immobiliers de la justice

ti : A. Hausser-. Vous êtes secrétaire d'Etat aux programmes immobiliers de la Justice et non pas seulement à la Condition pénitentiaire. Vous avez un objectif très ambitieux de construction de prisons et d'établissements plus spécialisés. Mais vous êtes aussi très préoccupé par la sécurité dans les prisons. Depuis hier, "la reconnaissance biométrique" est en place à la Santé. Ce système va être mis en place dans combien d'établissements ?

- "Ca va être généralisé à tous les établissements. Nous avons des détenus suffisamment dangereux pour que l'on prenne toutes les précautions. C'est-à-dire une trentaine d'établissements."

D'une manière plus générale, vous avez mis en place une mission pour l'amélioration de la sécurité en prison. C'est à la suite des évasions manquées d'Arles ?

- "Non, cela avait été décidé auparavant, lorsqu'on s'est rendu compte, au vu de l'actualité récente, qu'effectivement, même dans des établissements réputés sûrs, il y avait des failles. Et donc, on a décidé de regarder nos problèmes en face et de confier à un ingénieur le soin de nous dire ce qu'il fallait faire. C'est donc un rapport, pas de ceux qui sont faits pour être enterrés, les 1000 pages que personne ne lit. C'est établissement par établissement, pour ceux ayant les détenus les plus dangereux. C'est une fiche nous recommandant les mesures à prendre."

Quand on voit les images des prisons qui peuvent être filmées, tout cela est quand même terriblement désuet et obsolète. Le matériel est très ancien. Donc, est-ce que, finalement, ce n'est pas une question de modernisation ?

- "Cela suffit pas. Il y a des établissements où on a du matériel très moderne, mais on n'a pas forcément formé les personnels à l'utiliser. Donc, ce sont tous ces petits dysfonctionnements qu'il convient de corriger. C'est l'objet de cette mission confiée à cet ingénieur."

Puisque vous ne voulez pas enterrer les rapports, que lui avez-vous donné comme objectif : la mission doit être terminée quand ?

- "Fin janvier. Et on rentrera dans l'opérationnalité, on a déjà prévu les crédits dans le budget 2003 pour pouvoir prendre les mesures qu'il préconisera."

On ne lésine pas sur le budget de la Justice. Il n'y a aucun risque de gel ?

- "Sur la Justice, je ne pense pas, parce que c'est une vraie priorité gouvernementale. C'est vrai que si nous ne consommons pas les crédits, ce qui arrive - alors je ne vais pas faire de la technique budgétaire - un peu trop souvent à la Justice, on nous dira qu'"on n'est pas bons". C'est d'ailleurs pourquoi on pousse les feux avec D. Perben, pour faire qu'effectivement, les crédits substantiels qui ont été alloués par le chef du gouvernement et par le ministre du Budget soient consommés."

Pour 2003, cela fait combien ?

- " Pour 2003, il y a une augmentation de plus de 7%, presque 7,5 %. Dans le secteur qui est le mien, donc celui de la construction, j'ai annoncé un programme pénitentiaire d'1,4 milliard d'euros en cinq ans."

Il y a une question qui semble un peu oubliée, c'est celle la condition de vie des prisonniers. Evidemment, cela paraît un peu dérisoire, mais il y a eu des rapports parlementaires qui ont dénoncé très vivement, droite et gauche réunies, les conditions de vie des prisonniers, des détenus.

- "Tout à fait. Alors ce qu'il faut bien expliquer à nos concitoyens, c'est d'abord que la prison trois étoiles n'existe pas ; que les prisons en France sont plutôt vétustes ; et que de toute façon, la privation de liberté est une peine terrible. Deuxièmement, la prison, ce n'est pas un lieu de vengeance de la société. La prison, c'est un lieu où la société met à l'écart ceux qui sont dangereux, et s'efforce ensuite de faire un travail pour les réinsérer dans la société. Il faut donc des conditions matérielles convenables pour pouvoir faire ce travail de réinsertion. Il faut avoir le courage de le dire : la prison, ce n'est pas autre chose qu'un lieu qui doit préparer à la réinsertion."

Et votre objectif dans ce domaine ?

- "C'est de faire..."

Oui, mais matériellement ?

- "Matériellement, c'est avec des établissements neufs, à la fin du programme, dans cinq ans, la moitié des prisons françaises aura moins de 20 ans. La moitié des places aura moins de 20 ans. Et ça, c'est un sceau qualitatif considérable. Parce que des prisons plus modernes, ça veut dire des salles de classe, des lieux où justement on travaille à la réinsertion."

A propos de modernisation de prison, le garde des Sceaux a annoncé le transfert de détenus condamnés en Corse - quatre pour le moment -, dans des prisons qui ne sont pas aménagées pour cela ; est-ce qu'il y a eu un miracle ? En six mois, on a aménagé des cellules susceptibles d'accueillir ces condamnés ?

- "Le garde des Sceaux avait dit, et c'est ce que nous faisons, que lorsque les places se seraient libérées par le mouvement naturel des rotations, que des détenus qui sont en métropole, correspondant aux critères de détention dans les établissements que nous gérons en Corse, pourraient donc y venir. C'est ce qui est en train de se faire. Il n'y a donc pas de mesures particulières à prendre. Sinon, nous avons fait cet effort de mesures en termes de personnels, pour être certains qu'il n'y ait pas de vide, de manque qui pourraient naturellement favoriser des évasions."

Alors pourquoi construire de nouvelles centrales ?

- "Parce que nous avons aussi un problème de vétusté et de place. Ne sont concernés pour l'instant que quatre détenus corses et très probablement ce sont plusieurs dizaines - sans doute trois dizaines - qui devraient être concernés à terme."

Vous êtes élu des Yvelines, c'est un département qui provoque quelques flammes dans la majorité. Il y a notamment une polémique entre A. Juppé, G. de Robien et F. Bayrou, à l'occasion d'une législative partielle qui se déroule dans la 3ème circonscription : A. Juppé a contesté à G. de Robien le droit d'aller soutenir C. Blanc qui est candidat UDF.

- "C'est un peu compliqué. Je reconnais que le problème tient à ce que C. Blanc a pris l'étiquette UDF sans être UDF. C'est un ancien collaborateur de M. Rocard, qui est socialiste et M. Rocard dit que ce serait bien qu'il y ait une alliance entre le PS et l'UDF... Donc, cela a créé le sentiment, chez ceux qui appartiennent à la majorité présidentielle, à l'UMP et même à l'UDF - des UDF départementaux soutiennent le candidat UMP - la crainte que l'UDF départementale, par le soutien à C. Blanc, ne soit pas autant dans la majorité présidentielle qu'on le souhaite. Naturellement, il faut que les électeurs de cette circonscription qui est dans la majorité présidentielle, élection après élection, soient bien conscients de cet enjeu. Ce n'est pas plus grave que ça.

La polémique n'a pas lieu d'être ?

- "Je crois qu'il n'y a pas lieu de polémiquer sur cela. C'est vrai que la candidature de M. Blanc n'est pas clair en termes de positionnement."

A. Juppé n'est pas caporaliste ?

- "A. Juppé a son tempérament, chacun le sait bien. Il a dit ce que le patron de l'UMP avait à dire, et puis voilà. Ce n'est pas quelque chose qui remet en cause le fonctionnement du Gouvernement. Je suis Yvelinois, je soutiens le candidat de l'UMP et je travaille en parfaite harmonie avec le ministre de l'Equipement."

Etes-vous candidat à la candidature à la présidence de la région ?

- "La présidence de la région, c'est en 2004 ; j'ai un programme pénitentiaire à lancer, j'ai des palais de justice à construire, y compris à Paris. J'ai plein de travail ! Je suis naturellement fasciné par la dégradation des conditions de vie des Franciliens, qu'il s'agisse des transports, du logement. Nous sommes la région la plus riche de France ; la taille des logements se réduit chaque année et leur vétusté augmente. Les temps de transport dans les transports en commun ou dans les transports individuels - la voiture - va aussi en s'allongeant. La qualité de vie des Franciliens est épouvantable aujourd'hui ! Il faudra y apporter des réponses en son temps. Avec qui ? On verra bien... Laissons un peu le suspens se poursuivre."


(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 décembre 2002)

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