Déclaration de M. Alain Lambert, ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire, sur l'activité du secteur de la presse et sur la qualité du système de distribution assuré par La Poste, Paris, le 11 décembre 2002 | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Lambert, ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire, sur l'activité du secteur de la presse et sur la qualité du système de distribution assuré par La Poste, Paris, le 11 décembre 2002

Personnalité, fonction : LAMBERT Alain.

FRANCE. Ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire

Circonstances : Assemblée générale du Syndicat professionnel de la presse magazine et d'opinion à Paris le 11 décembre 202

ti : Messieurs les présidents,
Messieurs les directeurs,
Mesdames, messieurs,
Chers amis,


Des valeurs de liberté et de solidarité

Merci de m'avoir invité à votre Assemblée générale du syndicat professionnel de la presse magazine. Je suis heureux de pouvoir, au-delà des questions d'argent, parler avec vous de liberté, de solidarité donc de démocratie, valeurs que nous avons en partage. Je m'y appliquerai en réponse aux propos de François d'Orcival.

J'ai bien noté votre souci de la solidarité et de l'unité de la grande famille de la presse. Aujourd'hui, l'un de nos enjeux est effectivement la préservation de cette unité au service de la diversité des opinions, de la diversité des formats, en un mot de la liberté d'expression. Vos entreprises se modernisent et consentent des efforts exigeants de gestion afin de s'adapter à leur environnement. Il est donc naturel que j'échange avec vous ce soir sur les éléments de cet environnement qui relèvent de l'action publique, qu'il s'agisse des modalités des aides de l'État à la presse ou de l'aide de l'État à La Poste pour le transport de presse, dans une exigence de sincérité et de transparence.

Tout d'abord, je veux vous dire que le gouvernement est très conscient des difficultés que vous traversez.

D'un mot, avant d'évoquer les difficultés, réjouissons-nous que les dernières années aient été bonnes pour la presse en général. Les chiffres de la publicité en 1999 et 2000 semblent en témoigner. La diffusion aurait également progressé. La France aurait d'ailleurs un fort lectorat de presse magazine par rapport à ses partenaires européens. L'un des signes de la force de votre secteur est la maîtrise de ses prix de vente : comment ne pas constater sur les dix dernières années que l'indice des prix de la presse magazine a progressé moins vite que celui de l'inflation, à l'inverse de la presse quotidienne ?

C'est donc sur une base solide que s'appuie votre famille de presse. Elle s'organise en groupes puissants. Nous devons nous féliciter que les titres-phares restent entre des mains françaises.

Pour autant, le contexte général de ralentissement de l'économie française vous affecte particulièrement : vos recettes publicitaires reculent, mais aussi, fait nouveau, la diffusion de vos titres !

Pour 2002, cette récession perdure, attendu notamment la fuite des annonceurs du secteur des nouvelles technologies et l'absence de publicité financière. La presse écrite bénéficiant de la moitié des recettes publicitaires des médias, je souhaite avec vous un redressement global et rapide de ce marché.

Il reste de ce panorama une impression de fragilité qui rend plus nécessaire encore le soutien de l'État à la presse écrite. En effet, la consolidation de la démocratie à travers le soutien à la diversité philosophique et politique de la presse doit être clairement notre priorité.

Comme vous le savez, le soutien de l'État à la presse écrite est constant. Il est d'abord de nature fiscale puisqu'il peut être évalué à près de 400 millions d'euros.

Trois mécanismes budgétaires concourent aussi à ce soutien : les aides directes, le fond de modernisation et le flux d'abonnements à l'AFP. Le gouvernement a consolidé ces mécanismes et les montants pour le budget 2003.

Enfin, au moyen de l'aide qu'il verse à la Poste, d'un montant de 290 millions d'euros, l'État souhaite garantir l'égal accès du public à vos publications dont les qualités intrinsèques sont le meilleur facteur de réussite.


J'en viens au coeur de vos préoccupations : vos relations avec La Poste. A la suite des accords Galmot, nous devrons collectivement, non seulement en dresser le bilan, mais également réunir les conditions d'une dynamique positive pour tous les acteurs.

Pour le bilan, la réunion de l'Observatoire de la presse traduit une forte divergence d'appréciation entre les professionnels de la presse et La Poste. Vous vous étonnez que la majoration des tarifs et l'accroissement de votre diffusion qui permettent à la Poste de majorer son chiffre d'affaires de près de 150 millions d'euros, n'ait que pour effet de réduire de 50 millions d'euros le déficit qu'elle affiche sur cette activité.

Ce débat est important, et comme vous, je considère qu'il ne peut être clos par la seule adoption par La Poste d'une comptabilité analytique. Je sais que vous travaillez en ce moment à une contre-expertise. L'État veillera à se doter de ses propres instruments pour sa propre analyse.

Avec mes collègues Jean-Jacques Aillagon, Francis Mer, Nicole Fontaine, nous souhaitons confier à Henri Paul, conseiller-maître à la Cour des Comptes cette mission. Il devra établir un bilan contradictoire des accords Galmot et proposer une méthode pour fixer, de manière concertée, après vous avoir entendu, le futur cadre des relations entre la presse et La Poste.

Soyez assuré que je serais attentif à ces travaux. Comme je l'indiquais dernièrement au président de La Poste, chacun doit avoir pour objectif la vérité des coûts pour atteindre la vérité des prix. En un mot, " clarté et quantification " seront nos objectifs.

Quant à vos craintes sur la qualité de la distribution et les zones des distributions, sachez que je n'imagine pas la distribution de la presse par La Poste comme " un handicap concurrentiel ". C'est au contraire une chance pour le service public d'être au contact quotidien et universel de notre vie citoyenne et une source de sa légitimité.

Dessinons ensemble l'avenir et étudions toutes les options possibles. La seule défense du statu quo n'est jamais la seule voie d'avenir. Au contraire, une solution pourra, j'en suis sûr, être dégagée dans une démarche d'innovation, de dialogue et de débat constructif entre partenaires.

Vous m'avez mis en garde contre l'idée d'une sortie de la tarification générale au profit d'un système de grand compte client. Cette modalité permettrait peut-être à la presse de mettre en concurrence La Poste avec d'éventuels nouveaux acteurs. Je comprends cependant votre souci de cohérence et de solidarité pour la presse. Cette option mérite toutefois, comme les autres, d'être étudiée de manière approfondie, sous réserve qu'elle puisse être associée à deux garanties absolues :

la neutralité et le caractère objectif de l'aide ;
le pluralisme de la presse.
A ce stade, je vous invite à approfondir votre réflexion et évaluer les conditions d'une éventuelle évolution sur ce point. A l'heure où les négociations entre le gouvernement et La Poste s'engagent sur un nouveau contrat de plan, je crois en effet utile d'élargir la réflexion et d'évaluer toutes les hypothèses.

En conclusion, l'actualité, que ce soit celle du marché ou des relations institutionnelles entre l'État, la Poste et la presse, nous conduit à agir sans délai. Au-delà des chiffres et des mécanismes, je souhaite vous redire la volonté du gouvernement de conforter les valeurs de solidarité, de pluralité que vous défendez. Pour atteindre cet objectif, faisons preuve collectivement de lucidité et d'imagination. Ensemble, nous dessinerons un nouvel équilibre pour la presse, au bénéfice de l'information de nos concitoyens.

(Source http://www.minefi.gouv.fr, le 13 décembre 2002)

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