Interview de M. Jean-Claude Gaudin, vice-président délégué de l'UMP, à Europe 1 le 4 décembre 2002, sur l'hommage rendu aux pompiers de la Drôme, la lutte contre la pollution par les hydrocarbures, le projet de loi de décentralisation, le mode de scrutin aux élections européennes et régionales et le débat au sein de l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Claude Gaudin, vice-président délégué de l'UMP, à Europe 1 le 4 décembre 2002, sur l'hommage rendu aux pompiers de la Drôme, la lutte contre la pollution par les hydrocarbures, le projet de loi de décentralisation, le mode de scrutin aux élections européennes et régionales et le débat au sein de l'UMP.

Personnalité, fonction : GAUDIN Jean-Claude, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. UMP, vice président délégué

ti : J.-P. Elkabbach-. Est-ce qu'on peut avoir une pensée ce matin pour tous les pompiers qui paient un tribut si lourd dans leur mission pour les autres et en Provence-Alpes-Côte-d'Azur d'abord ?

- "Bien entendu, sur les feux de forêts, année après année, nous avons vu des sapeurs-pompiers ou des marins-pompiers périr au feu. Ce sont des hommes jeunes, complètement dynamiques, dévoués. Je suis très heureux et très fier que le président de la République ait décidé de rendre un hommage national à ces sapeurs-pompiers de Loriol, de la Drôme, disparus dans les conditions que l'on sait. Et en même temps, c'est un hommage pour toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, nous protègent, c'est-à-dire les sapeurs-pompiers, les marins-pompiers, les policiers, les gendarmes, toutes celles et tous ceux qui exposent leur vie pour nous protéger."

Et l'émotion que l'on entend est-elle sincère ou de circonstance ?

- "A Marseille, par exemple, les marins-pompiers sont adorés par la population. Pourquoi ? Parce qu'ils interviennent généralement sur le lieu d'un accident, d'un sinistre en moins de dix minutes, au péril de leur vie. Cela mérite que le président de la République leur rende hommage."

Vous parlez de Marseille et des ports de la Méditerranée : est-ce qu'ils organisent leur défense contre l'insécurité maritime et contre les dangers éventuels en Méditerranée de marée noire ?

- "En Méditerranée, comme dans l'Atlantique et partout ailleurs, il faut - et heureusement qu'au sommet franco-espagnol, le président de la République et J.M. Aznar ont pris encore des décisions très précises - une Agence européenne de sécurité maritime. Plus vite on la créera, plus vite on la localisera, et nous éviterons ces désastres. Je pense qu'à Marseille, la COMEX par exemple, est capable de donner un coup de main pour savoir comment on peut pomper ce fuel dans ce navire échoué."

Il y a de la solidarité avec la Galice et les côte françaises de l'Atlantique. Mais est-ce qu'il y a des bateaux-poubelles près de chez vous en Méditerranée ?

- "Il faut absolument interdire la navigation de ce genre de pavillons de complaisance. On a trop hésité ; il faut frapper et frapper fort."

On parle de la décentralisation. Le projet de loi n'est plus ce qu'il était. En tout cas, le projet est en train de prendre du retard et en même temps de se racornir avec le temps...

- "Je ne suis pas tout à fait de votre avis. Il ne prend pas de retard, il est au Parlement ; le Parlement examine, amende. Mais en réalité, la volonté du Premier ministre, de J.-P. Raffarin, qui est un véritable décentralisateur, qui est véritablement un homme qui a gravi lui-même tous les échelons de la vie politique pour bien comprendre qu'il faut clarifier les pouvoirs et les pouvoirs que l'on donne aux régions, aux départements et aux communes. Et c'est une volonté aussi de faire changer les choses. S'il n'y a pas de décentralisation, vous ne faites rien changer dans ce pays ! Tous les ministres se sont usés dans l'Education nationale, or il faut prendre un certain nombre de mesures dans l'Education nationale pour faire changer les choses. Ce qui a été bien dans la décentralisation de 1982 de G. Defferre, c'est précisément qu'il y avait la clarification : aux communes, les écoles primaires ; aux collèges les départements et les lycées pour les régions. Nous avons tous fait un travail énorme."

Oui mais là, il y a tellement d'échelons administratifs...

- "Il faut les réduire."

On devait promouvoir la région, on renforce le département !

- "Non, pas tout à fait. On renforce le pouvoir des régions, on renforce le pouvoir législatif - nous le souhaitons au Sénat - pour les collectivités territoriales. En tout cas, c'est une aventure que le Premier ministre a voulu pour faire bouger les choses dans ce pays, et il faut que les choses bougent."

Pour la révision de la Constitution, vous préférez le référendum ou le Congrès à Versailles ?

- "Le Congrès. C'est une affaire qui intéresse les parlementaires. En réunissant le Congrès, cela suffira."

Deux problèmes qui ne payent pas de mine, mais qui sont éminemment politiques : un, les députés européens, est-ce qu'ils seront élus, dès 2004, dans le cadre de chaque région ou sur des listes nationales établies à Paris ?

- "C'est une position favorable de l'UMP. Nous sommes, s'agissant des élections européennes, pour des élections dans chaque région, et qu'on ne nous dise pas que ce n'est pas constitutionnel. Un député de la Corse, il défend d'abord la Corse. Alors, un député européen, il pourrait aussi défendre sa région. Ce n'est pas contradictoire avec le fait de siéger au Parlement de Strasbourg."

Et pour les régionales ?

- "Pour les régionales, je suis favorable depuis toujours à un scrutin à deux tours, car un scrutin à un tour, avec une prime, cela permettrait vraisemblablement à monsieur Le Pen d'être président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur - la troisième région de France, avec 6 millions d'habitants - eh bien, bravo ! Là, si on veut respecter l'esprit de l'entre-deux tours des présidentielles, il faut aussi dans cette élection, deux tours."

Donc, c'est une réforme de scrutin anti-Le Pen ?

- "Ce n'est pas un scrutin anti-Le Pen. C'est le fait de ne pas pleurer, comme certains l'ont fait le 21 avril, en découvrant tout d'un coup que Le Pen était retenu parmi les candidats du second tour. Là, tous ceux qui donnent de bonnes leçons, tous les jours, seraient très étonnés si au soir même d'un tour unique, Le Pen était élu en Provence-Alpes-Côte d'Azur."

Deuxièmement, à votre demande, le Gouvernement va sans doute redécouper le département des Bouches-du-Rhône. On fait du sur mesure pour J.-C. Gaudin ?

- "Quand j'entends les socialistes crier, je me dis qu'ils ne manquent pas de culot, eux qui, en 1983, avaient découpé Marseille pour m'empêcher d'être maire alors que j'avais plus de voix que G. Defferre."

Donc, cela va se faire ? Ils vous ont dit que c'est un casus belli ?

- "Respect de la Constitution, égalité devant le suffrage universel. Il est inacceptable qu'à Marseille, il y ait des cantons de 3 500 électeurs inscrits, et d'autres cantons de 40 000 électeurs inscrits."

Donc, cela se fera ?

- "Je le souhaite ardemment."

Vous êtes le numéro 2 de l'UMP, vice-président. L'UMP grince déjà... Le président de l'UMP, A. Juppé, a refusé de nommer secrétaire général adjoint, B. Hortefeux, qui est un des plus proches de Sarkozy depuis très longtemps. Pourquoi ces tensions ?

- "A partir du moment où nous avions décidé que nous nommions quatre conseillers politiques et dix secrétaires généraux adjoints, il était inévitable que tels ou tels de nos amis ne trouvent pas leur place dans cette première répartition. Pour ce qui est de la personnalité que vous avez citée tout à l'heure, il est probable qu'à mes côtés, cette personne pourra exercer son talent dans le domaine des investitures et des élections, avec B. Accoyer, nous y pensons."

C'est-à-dire quoi ? Vous nommeriez Hortefeux dans le comité des investitures ?

- "Il travaillerait à nos côtés. Vous savez, dans un parti politique, ce sont surtout ceux qui veulent qui se font leur place."

Et A. Juppé est-il d'accord, ou vous le faites contre lui ?

- "Je pense qu'A. Juppé sera d'accord sur ma proposition."

Cette rivalité Sarkozy qui a talent, Juppé qui a du talent, elle va durer quatre, cinq ans comme cela ?

- "Je ne pense pas qu'on soit déjà dans la campagne présidentielle de 2007. Nous sortons de la présidentielle. Et puis, lorsque j'observais l'autre soir, à l'hommage à A. Dumas, le président de la République, que je le voyais en pleine forme, je me dis qu'à 70 ans, quatre ans - mais c'est demain quatre ans, - 74 ans, pourquoi le président de la République ne serait pas encore candidat ? En tout cas, moi je le souhaite, comme cela, ça clôt le débat."

Vous allez donner la trouille à tous les autres candidats de son parti et de son camp !

- "Moi, je trouve que Chirac, aujourd'hui, tient bien sa place et rend à la France une place dans le concert des nations que nous avions perdue depuis longtemps."

A. Juppé, en ce moment, est peut-être ni tête de turc ni bouc émissaire, mais en tout cas, il sert de cible. Pourquoi ?

- "Oui, beaucoup même."

Il a des ennuis avec la justice, des démêlés qui reviennent. Est-ce que c'est grave et jusqu'où cela peut aller ?

- "Dans ce pays, on a trop tendance à prendre pour cibles les hommes politiques, pour eux, on ne réclame pas l'indulgence, mais pour les syndicalistes, oui."

Cela veut dire quoi, ça ?

- "Cela veut dire qu'on demande la grâce de Bové mais qu'on ne demande pas la grâce d'un homme politique, ce serait la mort, au contraire !"

Vous voulez dire qu'il faudrait défiler pour demander la grâce présidentielle de Juppé ?

- " [...] Le président de la République fera ce qu'il voudra. C'était pour Bové dont il était question, et pas de Juppé."

Et qui n'est pas condamné... Donc, à l'UMP, l'union c'est de la castagne ?

- "C'est un grand parti et pour l'instant, la droite française n'a d'ennemie qu'elle-même."

Ah ! avec l'accent ! J.-C. Gaudin ferait tout passer...

- "Bonne journée."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 5 décembre 2002)

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