Déclaration de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, sur la situation de la filière bois-forêt : les défis à relever à la suite des tempêtes, l'élargissement de la compétition économique, la décentralisation dans le domaine forestier, et sur la volonté gouvernementale d'intégrer la forêt et le bois dans le projet de loi sur les affaires rurales, Paris le 12 décembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales, sur la situation de la filière bois-forêt : les défis à relever à la suite des tempêtes, l'élargissement de la compétition économique, la décentralisation dans le domaine forestier, et sur la volonté gouvernementale d'intégrer la forêt et le bois dans le projet de loi sur les affaires rurales, Paris le 12 décembre 2002.

Personnalité, fonction : GAYMARD Hervé.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales

Circonstances : Assemblée générale de la Fédération nationale du bois à Paris le 12 décembre 2002

ti : Monsieur le Président de la Fédération,
Monsieur le Président de l'Office National des Forêts,
Monsieur le Directeur de l'Espace Rural et de la Forêt,
Mesdames, Messieurs,


Les circonstances ont voulu que, par de malheureux concours de circonstance, je n'ai pu participer, jusqu'à ce jour, à aucune des grandes assemblées générales des organismes ou organisations de la filière forêt-bois.

Dans l'appellation de mon Ministère, l'absence de la forêt, que vous avez relevé, Monsieur le Président, n'implique en aucune manière un quelconque désintérêt du Ministère à l'égard de cette part majeure de ses attributions.

L'élu savoyard que je suis est pourtant un témoin convaincu de la place de la forêt dans le territoire, et des rôles multiples que remplit la filière, notamment comme pourvoyeur d'emploi.

En tant que Ministre en charge de la politique forestière, je suis pleinement conscient des atouts dont dispose notre pays dans le domaine forestier : plus du quart de notre territoire est boisé ; notre forêt est très diversifiée et assure, à des degrés divers et selon les lieux, les fonctions sociales, environnementales et économiques qui lui sont classiquement assignées.

Je n'aurai garde d'omettre ce dernier point, et spécialement pas, cher Président, devant votre Fédération : car je n'oublie pas que votre filière forêt-bois est à l'origine de plus de 450 000 emplois, localisés, pour la plupart, dans le monde rural.

C'est dire que j'entends faire des questions relatives à la forêt et la filière forêt-bois l'un des points forts de l'action que je conduis au sein de mon Ministère.

Mais je sais bien que, quelle que soit ma détermination personnelle, nous ne serons pleinement efficaces qu'au côté de tous les acteurs. C'est pourquoi j'ai tellement insisté pour me trouver parmi vous ce matin. Je vous prie sincèrement de m'excuser pour les difficultés que nous avons rencontrées afin d'ajuster la date, puis l'horaire de vos travaux.

Cette assemblée générale est particulièrement symbolique pour vous, Monsieur le Président et Député, cher Dominique JUILLOT, alors que votre mandat professionnel s'achève, mais que votre engagement se poursuit au sein de la représentation nationale.

Je voudrais profiter de cette occasion pour saluer votre action et votre dévouement à la tête de la Fédération Nationale du Bois.
Je souhaite, en particulier, rappeler la manière remarquable avec laquelle vous avez pris part à la gestion des conséquences des tempêtes, et mobilisé tout le dynamisme des entreprises pour surmonter la crise, dans un esprit de solidarité.

Grâce aux efforts de tous, un volume important de bois chablis a pu être exploité et valorisé, limitant d'autant les pertes économiques directes et une dégradation trop massive de la matière première. Chacun a pu, en la circonstance, mesurer l'importance à la fois de la valorisation économique et de la nécessaire solidarité interprofessionnelle.

C'est pourquoi, je voulais, cher Dominique JUILLOT, vous dire toute ma reconnaissance pour votre excellent parcours, et saluer l'élection de Laurent DENORMANDIE, en formant le voeu que nous travaillons avec la même confiance et la même franchise.

L'un des premiers défis que nous aurons à relever ensemble sera d'aider la forêt et la filière bois française à surmonter durablement ces conséquences des tempêtes de la fin de l'année 1999.

J'ai bien conscience de l'ampleur des chantiers de nettoyage et de reconstitution qui subsistent, et de la mobilisation des propriétaires qu'ils impliquent.

Dans une conjoncture que vous savez difficile, j'ai fait en sorte, au travers de mes contacts avec le Premier ministre, que le budget alloué à la forêt, non seulement garantisse le respect des engagements antérieurs, mais ne confisque pas la totalité de l'activité au profit des seules zones sinistrées.

Ce n'est pas ici que je soulignerai la nécessité d'une filière forte, pour que le bois " sorte ", et soit valorisé.
Il convient donc de tourner également nos regards vers la filière aval, et de conjuguer nos efforts pour en améliorer la compétitivité.

A cet égard, sachez que j'ai demandé au Premier ministre de confier à Dominique JUILLOT, en sa qualité de Député, une mission parlementaire qui, fondée sur ses connaissances exceptionnelles et sur son expérience d'homme du terrain, puisse recommander des améliorations dans le fonctionnement de notre filière bois.

Je compte beaucoup sur vous, cher Président, car, en plus de la compétence que chacun vous connaît, vous bénéficiez d'un irremplaçable crédit de confiance et de sympathie chez tous ses acteurs.

Vos travaux, Monsieur le Député, ne manqueront pas de porter une attention particulière aux relations entre les détenteurs de la ressource et les industriels utilisateurs, en tenant compte des spécificités de la France dans ce domaine : la dispersion et la diversité des coupes exploitables et leur faible volume unitaire, ainsi que la présence d'un opérateur public, l'Office National des Forêts, qui met en vente environ 40 % des bois, pour le compte de l'Etat et des collectivités territoriales. Permettez-moi de vous dire, cher Dominique JUILLOT, combien je compte sur votre travail pour m'aider à agir plus efficacement au profit de notre forêt française.

Cette référence à l'Office National des Forêts m'amène au second défi auquel il nous faut répondre.

Il convient, en effet, d'aider l'office à profiter pleinement des effets de la réforme pour renforcer son dynamisme, son efficacité, et retrouver durablement son équilibre financier.

Dans ce domaine, j'ai fait en sorte que l'Etat respecte ses engagements contractuels, en dépit de la conjoncture budgétaire difficile que nous connaissons.

Nous savons tous, par ailleurs, que les systèmes de ventes en forêt publique française méritent d'être revus.

J'apporte mon plein soutien non seulement à vos réflexions, mais aussi à la capitalisation des expériences et au développement des outils informatisés qui les servent.

Comme signe de ma volonté d'aller de l'avant en ce domaine, j'entends demander au Conseil Général du Génie Rural des Eaux et des Forêts (CG GREF) d'apporter son soutien à la réflexion engagée par la région Franche-Comté, autour de la relève des opérations de mutualisation et de contractualisation des ventes.

De dérogatoires au droit pour cause d'urgence, il nous faut parvenir à des systèmes économiquement pérennes et conformes aux droits français et communautaire.

Je sais qu'il reste pour cela du chemin à parcourir et que nous devons faire preuve d'imagination, mais aussi de persuasion. Je serai votre allié déterminé dans cet exercice, et je suis confiant que nous saurons ensemble relever ce troisième défi.

Notre ressource forestière est -chacun le reconnaît- gérée de façon durable, elle est abondante et en expansion rapide. Mais elle demeure insuffisamment exploitée, alors que la demande mondiale en bois et en produits dérivés est soutenue. Simultanément, notre balance commerciale accuse des déficits en bois et produits dérivés qui enflent régulièrement.
Nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette situation paradoxale, car elle ne nous permet pas de tirer le meilleur parti de nos richesses et est contraire à nos objectifs de développement durable.

Une pleine valorisation du bois est le meilleur garant d'une gestion multifonctionnelle efficace de nos forêts, d'un développement dynamique des activités en milieu rural, et de sa contribution optimisée au stockage du carbone ainsi qu'à la lutte contre le réchauffement climatique.

Le Gouvernement s'est réuni récemment en séminaire pour mettre en oeuvre les orientations du Président de la République dans le domaine du développement durable. Je compte démontrer concrètement avec vous que la filière forêt-bois -qui y a bien sûr été largement évoquée au titre de mon Ministère- peut encore améliorer sa contribution économique au développement durable. D'autres secteurs de notre économie nationale n'ont pas cette chance de travailler sur une ressource et un matériau nobles et renouvelables.

Encore faut-il que les débouchés existent et que les produits soient compétitifs. Or, le champ de la compétition économique ne cesse de s'élargir à de nouveaux acteurs, à de nouveaux territoires et à de nouveaux domaines : vous-mêmes, comme chefs d'entreprises du bois, qui intervenez sur des marchés désormais mondialisés, vous le savez parfaitement. Des pays devenus récemment producteurs font irruption sur les marchés. Certes, l'introduction de l'euro a mis un terme aux dévaluations compétitives. Mais les circuits du commerce international entre régions de production, régions de transformation et zones de consommation sont en constante évolution. Par ailleurs, des thèmes comme l'écocertification et le commerce équitable prennent chaque année davantage d'ampleur.

Votre mission, Monsieur le Président, va constituer un atout précieux pour faire progresser la filière.

N'oublions pas que la France a souscrit divers engagements au plan international. A nous désormais de faire en sorte qu'ils soient pris en compte et honorés, non seulement dans la loi forestière, mais dans la gestion -et je n'hésite pas à dire- les diverses formes de gestion de la forêt. J'y inclus, d'ailleurs, aussi bien l'accueil du public que les ventes de bois ou la préservation des paysages.
En privilégiant le principe d'une gestion multifonctionnelle, la France a été longtemps isolée. Désormais, ce principe s'est non seulement imposé en foresterie, mais il sert également de modèle pour l'agriculture ou la pêche.

Le Premier ministre et le Gouvernement, vous le savez, ont décidé d'engager un ambitieux mouvement de décentralisation. C'est pourquoi je voudrais vous apporter quelques précisions sur ma position, et les évolutions attendues dans les domaines de notre compétence.

Avant d'évoquer ses applications au domaine forestier, je voudrais faire une observation d'ordre plus général. La décentralisation n'est pas plus un principe intangible, qu'un transfert de charges aux collectivités ou un enjeu de pouvoir. Elle est un débat que le Gouvernement a choisi d'ouvrir, afin que l'Etat puisse répondre avec plus de rapidité, de souplesse et de proximité aux besoins des Français.

Dans le domaine forestier, bien des choses ont été dites, et bien des évolutions peuvent être imaginées : associer davantage les collectivités à la gestion des forêts publiques, conforter leur rôle en matière de soutien au développement technologique et économique de la filière, leur confier des responsabilités accrues dans les domaines qui concourent fortement à l'aménagement du territoire ou bien encore, envisager des compétences nouvelles pour une meilleure prise en compte des fonctions sociales et environnementales des espaces forestiers. Je pense, par exemple, à l'accueil du public en forêt qui répond aux besoins exprimés par un nombre croissant de nos concitoyens.

Pour contribuer à nourrir ces débats -en particulier sur les enjeux, pour les communes forestières, de certaines des mesures envisagées- j'ai confié une mission de réflexion à Jean-Claude MONIN, Président délégué de la Fédération nationale des communes forestières de France (FNCOFOR).

Ces réflexions sont importantes, car je suis persuadé -et sans doute est-ce là le fruit de mon expérience d'élu montagnard- que la forêt est indissociable des territoires et qu'elle doit être l'un des grands piliers, incontournable, de toute initiative collective d'aménagement du territoire.

Dans ce domaine, j'ai déjà fait connaître ma position avec clarté : si je confirme que mon ministère s'engage dans une réflexion novatrice pour un meilleur partage des responsabilités entre l'Etat et les collectivités en matière de politique forestière, j'affirme avec force que celle-ci est, demeure et doit demeurer une politique nationale, ne serait-ce que parce que l'Etat est comptable des engagements pris par la France et l'Union européenne sur la scène internationale, notamment dans les conventions multilatérales portant sur le développement durable. J'ajouterai qu'une politique forestière se conduit dans la durée, selon un rythme qui n'est pas -par définition- celui de l'annualité budgétaire. J'ai eu l'occasion de le dire la semaine dernière devant la représentation sénatoriale, en réponse à une question de Yann GAILLARD, et sous la statue de COLBERT, dont nous connaissons la contribution à la construction de la France et au développement forestier.

Je sais que cette position correspond à votre avis et à vos souhaits.

Je précise qu'il convient à ce stade de mener à leur terme et sans a priori un ensemble de réflexions, si nous voulons fonder un partenariat renforcé avec les collectivités territoriales pour la mise en oeuvre des différents pans de la politique forestière nationale, en rejetant tout amalgame ou simplisme, qui seraient, à l'évidence, inadaptés.

Au début de mon propos, j'ai évoqué la solidarité de filière dans l'épreuve des tempêtes. Cette solidarité doit également s'exprimer en dehors des périodes de difficultés car la filière forêt-bois, trop souvent discrète, doit s'affirmer face à d'autres secteurs économiques et mieux faire connaître ses atouts comme ses valeurs.

Il lui faut davantage prendre sa destinée en main, définir les axes de progrès commun, et orienter les actions collectives et les programmes à conduire selon cette vision stratégique partagée. Les dividendes -soyez en sûrs- viendront, à terme, récompenser cette démarche.

Je sais que les travaux de préfiguration d'une structure interprofessionnelle oeuvrant en ce sens progressent à grands pas. Nous le devons notamment à l'action de votre Fédération, de ses responsables et principaux partenaires. Je vous encourage à les soutenir résolument. Le temps semble, en effet, compté, si nous observons les délais accompagnant la suppression du compte spécial du Trésor pour le Fonds Forestier National (FFN).

Je vous invite à me présenter rapidement le schéma qui vous paraît le plus adapté, sur les plans opérationnel, technique, et interprofessionnel. Vous pouvez compter sur mes services pour vous aider à étudier les conditions et les moyens de sa faisabilité, définir les variantes possibles et écarter les fausses solutions.

C'est avec un dossier aux arguments solides et offrant une bonne lisibilité des contraintes et des objectifs de chacun, que j'aurai à coeur de défendre efficacement la spécificité indéniable de votre secteur, auprès du Ministre de l'Economie, des Finances et de l'industrie, mon collègue, Francis MER.

Par ailleurs, et vous le savez sans doute, je présenterai au Parlement un projet de loi sur les affaires rurales, avant la fin du premier semestre 2003, afin de mieux valoriser les atouts de nos territoires ruraux.

L'espace rural est, en effet, confronté à des évolutions contrastées. Comme l'a souligné le Président de la République, lors de son intervention à Ussel, le 13 avril dernier, la politique d'aménagement du territoire a trop souvent délaissé le monde rural.

Notre espace rural mérite pourtant une véritable ambition. Il est plus que temps pour l'Etat de définir une politique reposant sur une meilleure articulation entre les échelons communautaire, national et local. La forêt et le bois ont une place essentielle à tenir dans ce nouvel élan, et je tiens à ce que des dispositions volontaristes soient introduites dans ce projet de loi sur les affaires rurales. J'attache notamment beaucoup d'importance à ce que les aspects économiques liés à la forêt et au bois y soient abordés avec pragmatisme, sans préjugé et de façon complémentaire à la récente Loi d'Orientation sur la Forêt (LOF).


Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Vous l'avez parfois regretté, les mots " forêt " et " filière bois " ne figurent pas dans l'intitulé, déjà long, du Ministère que j'ai l'honneur de diriger.

J'espère vous avoir convaincu de la place qu'ils tiennent en revanche, l'un et l'autre, dans les préoccupations et dans les projets du Ministre en charge de ces questions.

Il faudra, je le sais, beaucoup de détermination de la part de tous les acteurs, afin de relever les défis auxquels la filière est confrontée.

La filière forestière connaît dans notre pays un profond paradoxe. Car en dépit de solides atouts, elle rencontre d'importantes difficultés sur le plan commercial. Des progrès ont été faits, que la tempête est venue contrarier, et nous sortons aujourd'hui d'une période de turbulences.

Sachez que je nourris pour elle une grande ambition, tout en conservant, devant la difficulté, une profonde humilité. Je sais pouvoir compter sur vous, et en particulier la Fédération Nationale du Bois et son nouveau président, pour m'y aider.

Vous pouvez, quant à vous, être assurés de la détermination des responsables du Ministère, qu'il s'agisse des services ici représentés, de mon Directeur de Cabinet qui a choisi de traiter directement de la forêt et de la filière bois, et, j'espère vous l'avoir démontré, du Ministre lui-même.

Vous avez vous même, Monsieur le Président, parler d'amour, en évoquant la forêt. J'ai eu l'occasion d'en discuter avec Rigoni STERN, un auteur italien que j'affectionne, dont vous connaissez peut-être le livre Arbres en liberté. Après une longue soirée dans mon chalet de montagne, nous sommes convenus que la forêt est une affaire d'amour, de mémoire autant que de passion pour tous ceux qui veulent bien se laisser conquérir par son irrésistible beauté. Comme natif et élu de la montagne, je partageais, dès avant mes responsabilités ministérielles, cette même passion avec vous.

Je vous remercie.

(Source http://www.agriculture.gouv.fr, le 13 décembre 2002)

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