Déclarations de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur la refondation des relations franco-algériennes, le partenariat euro-méditerranéen, la coopération culturelle, la signature d'un accord de conversion de dettes en investissements privés, Alger les 16 et 17 décembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclarations de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur la refondation des relations franco-algériennes, le partenariat euro-méditerranéen, la coopération culturelle, la signature d'un accord de conversion de dettes en investissements privés, Alger les 16 et 17 décembre 2002.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Voyage en Algérie de M. de Villepin, les 16 et 17 décembre 2002 : entretien avec le président algérien, inauguration du Lycée international d'Alger, visite de la médiathèque créée à Bab el Oued et discours à l'Institut national de la magistrature

ti : (Déclaration à la presse le 16 décembre 2002 à l'aéroport d'Alger) :

Je suis très heureux de rendre visite à l'Algérie et aux Algériens.

Heureux, car je suis porteur d'un message d'amitié et de solidarité du peuple français, qui entretient une relation si forte, si étroite, si charnelle avec le peuple algérien.

Nos deux pays entrent dans une ère nouvelle ; ils ont décidé de se tourner ensemble vers leur avenir ; ils ont l'ambition d'ouvrir une nouvelle page de leur histoire commune.

La visite d'Etat du président Bouteflika, en juin 2000, a tracé la voie.

Le bilan de ce qui été fait est déjà remarquable.

Je suis ici, à Alger, pour poursuivre cet élan, lui donner un nouveau souffle. Je vais évoquer avec les autorités algériennes les grands rendez-vous qui nous attendent.

Je pense à l'Année de l'Algérie, qui s'ouvre à la fin de ce mois.

Je pense à la visite d'Etat en Algérie du président Chirac, en mars 2003, que nous préparons dès à présent.

Je pense à tout ce que nous allons entreprendre pour soutenir l'Algérie et les Algériens dans leurs efforts de réforme et d'adaptation au monde qui s'ouvre sous nos yeux.

Un nouveau cycle de nos relations s'est ouvert. Le temps de l'action est venu. Et c'est pour cela que je suis ici, aujourd'hui, en Algérie.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2002)

(Déclaration à l'Institut national de la magistrature à Alger, le 17 décembre 2002) :

Monsieur le Ministre d'Etat,
Mesdames,
Messieurs,


Laissez-moi vous dire combien je suis heureux de me trouver ici parmi vous à l'Institut national de la Magistrature. Du rayonnement de la Numidie aux splendeurs d'Alger, des éclats de Jugurtha jusqu'à la haute figure d'Abdel Kader, cette terre, votre terre, porte en elle la fierté qui force l'estime et le respect des peuples méditerranéens.

Peu de pays et de peuples entretiennent l'un pour l'autre des sentiments aussi forts. Parler de l'Algérie en France, comme parler de la France en Algérie, c'est exprimer toutes les couleurs du c¿ur. Ici et là, sourdent la méfiance, la ranc¿ur ou le ressentiment. Mais l'emportent surtout le respect, la confiance et l'espoir.

Et comment pourrait-il en être autrement ?


Depuis des siècles, à la fois séparés et unis par la Méditerranée, nous avons connu, la fascination et la rivalité, tous les traits de la passion, avant d'aborder aux rivages de la confiance.

Trop souvent, l'ignorance l'a emporté comme le notait déjà Tocqueville en 1847 :

"Quoique la côte d'Afrique ne soit séparée de la Provence que par 160 lieues de mer environ, on ne saurait cependant se figurer l'ignorance profonde dans laquelle on était sur tout ce qui pouvait concerner l'Algérie. Le pays même, ses ressources, ses rivières, ses villes, son climat étaient ignorés, on eût dit que toute l'épaisseur du globe se trouvait entre lui et nous".

Et pourtant, que de liens à partager dont témoigne Saint Augustin qui professait, ici comme en Europe, la paix et le dialogue, la recherche toujours recommencée du vrai visage de l'autre. Combien de révélations, de coups de foudre, dans le regard de nos artistes, écrivains et peintres, de Renoir à Marquet, de Dumas à Camus.


Mesdames et Messieurs,

Nos deux peuples se sont déchirés, violemment. L'Histoire a laissé derrière elle un long cortège de deuils et de souffrances. Je sais combien il est douloureux encore d'évoquer certains noms, certains lieux qui révèlent des meurtrissures profondes. Je sais combien il est difficile, en Algérie et en France, pour celles et ceux qui ont souffert, d'apaiser leurs blessures et de porter un regard serein sur une Histoire tumultueuse et souvent tragique. D'un côté comme de l'autre, la mémoire doit creuser au plus profond, explorer les voies de l'indicible, de l'inexprimable pour que nous puissions nous tourner pleinement vers le futur. La France avance sur ce chemin. Nos deux pays doivent continuer ce travail, main dans la main, pour convertir le passé en une force commune et écrire une partition qui réponde aux exigences de temps nouveaux.

Aujourd'hui, regardons notre passé en face, même dans ce qu'il eut de plus difficile. Nous devons, dans le respect des sensibilités de chacun, accepter ensemble les mémoires, toutes les mémoires. Ce travail, long et exigeant, est essentiel. Aujourd'hui et dorénavant, nous dialoguons et nous devons agir ensemble. C'est la meilleure façon de convoquer les volontés, les énergies du coeur et de l'esprit.

Nos deux peuples nourrissent l'un envers l'autre, des sentiments anciens, profonds, complexes. Il faut nourrir ce lien, fortifier cette relation riche d'atouts exceptionnels.

Ce lien, c'est surtout ce rapport direct et charnel entre nos deux pays, tant sont nombreux les Algériens et Français des deux rives, vivant au fil des générations d'un côté ou de l'autre de la mer, que ce soit par choix ou par nécessité. Cultivons cet atout, multiplions les échanges et les rencontres entre les hommes dans un esprit de responsabilité partagée.

L'amitié entre nos deux peuples ne peut s'établir sur des fondements solides et durables que si l'un et l'autre se découvrent et se reconnaissent dans leurs personnalités plurielles et complexes. Je pense à l'identité de l'Algérie, trop mal connue d'une majorité de Français. Je pense à l'immense diversité qui caractérise l'Algérie et à l'esprit qui anime son peuple.

La langue aussi fait un lien. Elle est constitutive de l'identité des peuples. L'Algérie a affirmé la richesse de son héritage. Elle l'a fait au cours de ces quarante dernières années. Aujourd'hui, elle entend renouer aussi avec la langue française qui est une part de son histoire et de son identité. Combien d'écrivains issus de cette terre l'ont illustrée et continuent de le faire ! L'invitation du président Bouteflika à Beyrouth, au Sommet de la Francophonie, en porte témoignage. Nous nous en réjouissons.

L'Année de l'Algérie en France, qui s'ouvrira dans quelques jours, nous permettra de découvrir ou de redécouvrir toute la richesse de la culture algérienne, notamment à travers des ¿uvres remarquables, d'Abdelkader Alloula à Amine Zaoui. Et il ne s'agit ici que de quelques figures révélatrices d'un mouvement important et rayonnant. Cette année sera une occasion exceptionnelle de tisser de nouveaux liens et de donner à voir, à entendre et à découvrir la création algérienne d'hier et d'aujourd'hui. Ce sera aussi la chance de pouvoir nommer, reconnaître, associer des mots, des images et des lieux. Afin que désormais nous puissions jeter les bases de notre avenir commun, afin que, de nos fragilités et de nos heurts, jaillisse le soleil d'une amitié vive et pleine d'espoir. Et je voudrais dire ma joie et ma fierté devant tous ces auteurs, ces artistes, ces créateurs qui vont nous offrir cette Algérie aux mille visages.

C'est par l'écho des 1 800 manifestations culturelles qui seront organisées en 2003 en France que peut se construire le rêve de Jacques Berque, écrivant dans ses Mémoires des deux rives : "aire gréco-latine d'un côté, aire arabo-islamique de l'autre, peut-être ne manque-t-il entre l'une et l'autre que les signes de la communauté".

Cette Année nous permettra de franchir les murs qui nous séparent et de construire cette communauté dont parlait Jacques Berque.


A l'aube de ce vingt et unième siècle, les relations entre l'Algérie et la France sont entrées dans une ère nouvelle. A l'image d'un besoin réciproque de réconciliation et d'entraide. A l'image aussi d'un monde qui reste à construire ensemble, autour des valeurs humaines essentielles pour chacun d'entre nous : la paix, la justice, le partage, le respect de l'autre.

Si nous avons choisi, avec l'Année de l'Algérie en France, de placer ces relations nouvelles d'abord sous le signe de la culture, c'est qu'elle constitue le plus précieux de nos héritages, la plus solide des passerelles entre les civilisations, le plus fort des traits d'union entre les continents.

Car les vrais piliers de nos relations, ce sont bien les affinités entre nos artistes, nos penseurs, nos juristes, nos scientifiques, comme les liens humains qui unissent tant de Français à l'Algérie et tant d'Algériens à la France. Ils nous ouvrent la voie.

Aux dirigeants politiques d'être eux aussi au rendez-vous. Naturellement, je veux y prendre toute ma part. Ils doivent fixer le cap et aider à regarder vers l'avenir. Ils doivent insuffler la volonté et donner corps à cette communauté de destin qui, par la force de l'histoire et de la géographie, lie nos pays riverains de ce lac intérieur qu'est la Méditerranée.

Cette histoire unique, ces liens sans équivalent imposent à nos deux gouvernements une responsabilité particulière. Le premier symbole en est la double visite d'Etat, celle du président Bouteflika en France en juin 2000 et celle du président Chirac en Algérie en mars prochain, première visite d'Etat de son nouveau mandat et première visite d'Etat d'un président français.

Quel est le sens de cette relation privilégiée ?

Il s'agit d'exprimer notre foi dans l'avenir de l'Algérie. Notre engagement est clair : nous sommes à vos côtés pour soutenir les politiques de réforme que vous souhaitez entreprendre. Il s'agit de construire une relation sereine, par delà les humeurs du moment. Une relation durable et ambitieuse, qui offre à l'Algérie une ouverture sur la France mais aussi sur l'Europe. Qui offre à la France une ouverture sur l'Algérie mais aussi sur le monde arabe et sur l'Afrique. Et je saisis là l'occasion de rendre hommage au rôle essentiel qui est le vôtre sur le continent africain, notamment dans le cadre du NEPAD, pour que les Africains soient maîtres de leur développement et de leur avenir partagé. Je tiens, dans ce grand projet, à rendre hommage à l'action personnelle, sage et dynamique, du président Bouteflika.

Beaucoup a déjà été fait entre nous. La France est le premier partenaire de l'Algérie dans bien des domaines. Les échanges humains sont d'une densité rare, et je salue ici les Algériens de France et les Français d'origine algérienne qui doivent, avec tous ceux qui aiment ce pays, contribuer au succès de notre relation commune mais il faut aller plus loin.

C'est dans cette logique que s'inscrit le développement de notre coopération bilatérale. Je pense en particulier à la réforme de l'Etat et ma présence ici, à l'Institut national de la Magistrature dont nous soutenons l'ambitieuse rénovation, en est une nouvelle manifestation. Et c'est à vous, jeunes magistrats qui incarnez la justice de votre pays, que je m'adresse. Nous savons tous les souffrances auxquelles a été exposée la société algérienne au cours des années passées, et l'ampleur des difficultés à surmonter pour le redressement du pays. C'est à vous qu'il revient de faire éclore une volonté de vivre ensemble dans la paix et l'Etat de droit. Vous incarnez l'avenir de l'Algérie. A travers vous triompheront les valeurs de liberté, de droit et de justice.


Et je vous invite à réfléchir ensemble à la meilleure façon de tisser des relations encore plus fortes entre les sociétés civiles algérienne et française ; à inventer avec nous des coopérations nouvelles dans le domaine juridique, au-delà de la seule formation : des partenariats entre magistratures, le développement de liens entre les ordres professionnels et entre les barreaux de nos villes. Car c'est par des échanges réguliers et un désir de connaissance réciproque fondés sur l'entraide et la confiance que nous échafauderons ensemble l'avenir de nos pays.

Je pense aussi à la modernisation de l'économie algérienne. La France, en liaison avec les institutions financières internationales et ses autres grands partenaires, ne ménagera pas ses efforts pour vous aider à poursuivre l'adaptation de l'économie algérienne au monde nouveau qui se dessine aujourd'hui. La transformation d'une économie et son ouverture au secteur privé et à la concurrence ne sont jamais faciles. Mais notre conviction est qu'en Algérie comme ailleurs, l'esprit d'initiative et la libération des énergies individuelles constituent le moteur du succès. Les nombreuses entreprises créées chez vous ces dernières années, en coopération fréquente avec les nôtres, témoignent déjà de la vitalité de votre secteur privé.

Nous sommes également aux côtés de votre pays pour l'aider à répondre aux défis sociaux qu'il doit aujourd'hui relever. L'Algérie fait déjà partie de nos plus proches partenaires, ceux qui peuvent faire appel à l'ensemble de nos instruments de coopération financière. Je connais les difficultés économiques et sociales de beaucoup d'Algériens. Mais je connais aussi, et je la salue, l'affirmation d'une société civile à la fois dynamique et imaginative. Je rends hommage, en particulier, aux femmes algériennes dont le courage et l'humanité contribuent à bâtir une Algérie nouvelle. Je connais leur ténacité : le combat pour leurs droits est aussi celui de la dignité de toute une nation.


Mesdames et Messieurs,

Le peuple français est solidaire du peuple algérien. Il l'a été dans les drames et les souffrances de ces dix dernières années. Il le sera encore, à l'avenir, aux côtés d'une Algérie confiante, trouvant en elle-même le chemin de la paix, de la sérénité, de la solidarité et de la prospérité.

Cette Algérie-là, seuls les Algériens pourront la construire. Mais ils peuvent compter sur la France pour l'accompagner sur le chemin, favoriser une entente fraternelle si nécessaire à nos deux peuples.


Si l'Algérie peut trouver en la France un partenaire solidaire et sincère, elle peut aussi compter sur l'Europe.

On a trop dit que l'Europe, depuis dix ans, n'avait plus d'yeux que pour l'Est. C'est oublier qu'elle a, dans le même temps et à l'initiative de la France en particulier, posé les fondements de nouvelles solidarités avec sa rive méridionale. Elle vient de conclure un accord d'association avec l'Algérie, comme avec ses voisins du Maghreb, qui préfigure un nouvel espace méditerranéen d'échanges et de partage. Comment la grande famille européenne, enfin rassemblée, pourrait-elle se montrer oublieuse, infidèle à celle qui la porta, à l'aube de sa première naissance - notre mer, la Méditerranée ?

Le Maghreb et l'Union européenne sont appelés à bâtir un grand partenariat. Le processus de Barcelone a jeté, depuis 1995, un pont entre les deux rives de la Méditerranée. Fondé sur le respect mutuel, le dialogue des cultures et le développement économique, ce processus doit être relancé pour établir un véritable espace d'échange, d'intégration et de solidarité. L'Algérie et la France doivent y contribuer au premier chef. Il revient à nos deux pays d'insuffler la dynamique qui permettra de rapprocher plus encore nos deux continents.

La France, à l'heure de l'élargissement de l'Union Européenne, veillera à ce que la relation avec la Méditerranée reste une priorité stratégique. Elle encourage l'Union du Maghreb arabe, espace naturel de solidarité et de coopération pour les peuples d'Afrique du Nord, pour construire un avenir commun dans l'espace euro-méditerranéen. La France sera toujours présente et toujours disponible pour faciliter les dialogues.

L'Algérie et la France ont aussi une responsabilité spéciale : aider à prendre conscience des risques politiques à surmonter entre les deux rives de la Méditerranée. Actuellement, alors que notre monde tend à s'unifier, alors qu'affleure en chacun de nous la conscience d'une communauté de destin entre tous les peuples du monde, nous voyons paradoxalement s'amplifier les risques de fracture. La prolifération des armes de destruction massive, le terrorisme et l'intégrisme bouleversent les équilibres et menacent d'entraîner la planète dans un engrenage d'incompréhension et de violence.

Nos deux pays savent quels dangers recèlent ces évolutions. D'abord, parce qu'ils sont tous les deux à la charnière entre les mondes, entre le Nord et le Sud, entre les pays riches et les pays pauvres. Ensuite, parce que nos deux pays refusent l'un comme l'autre de se résigner aux grands clivages du monde. Forts d'une diplomatie active, positive et soucieuse de renforcer le dialogue et la médiation face aux conflits et aux affrontements, l'Algérie et la France ont en commun une vision large et globale du monde, dont témoigne par exemple la nécessité qu'elles ressentent toutes deux à aider l'Afghanistan à se reconstruire.

Nous partageons bien souvent les mêmes préoccupations. En Afrique subsaharienne notamment. Il faut maintenant que nous puissions travailler davantage ensemble, forts de nos convergences et de nos complémentarités, aider l'Afrique à prendre le chemin du développement et de la paix.

Nous ressentons aussi les mêmes inquiétudes face à la situation du Proche-Orient, source de tant de souffrances et de haine. Toutes les énergies doivent se rassembler car le processus politique doit reprendre avec pour objectif une paix juste et durable, fondée sur la coexistence de deux Etats, Israël et la Palestine, jouissant de frontières sûres et reconnues.

Nos deux pays doivent rassembler leurs forces et convertir leur passé commun en une volonté d'action au service de la paix et de la justice. Cela nécessite que nous répondions à trois enjeux, qui doivent se fonder sur une confiance partagée.

- un enjeu éthique d'abord, car il faut ancrer les Droits de l'Homme dans les textes et dans la pratique. Je suis convaincu que nous partageons tous des valeurs universelles, auxquelles aspirent tous les peuples et dont la marche vers la démocratie, jamais achevée, fait partie intégrante.

- un enjeu culturel ensuite, afin de ne pas se laisser emporter par un processus d'uniformisation qui menace aujourd'hui notre village planétaire et risque de porter atteinte à la diversité des sociétés et des identités. A nous de cueillir ensemble tous les fruits de cette grande aventure contemporaine que représente la révolution des moyens de communication. Car la mondialisation, si elle est contrôlée et humanisée, représente aussi la chance d'un épanouissement pour les cultures, comme en témoignent la diffusion du raï dans le monde entier. Cette création algérienne a fait le tour de la planète : les accents de ces mélodies font partager à tous la sensibilité et la culture algériennes.

- un enjeu politique et économique enfin, pour lever tous les blocages du développement et éviter ainsi les tentations de repli identitaire et de refus de l'Autre.

Mais au-delà de nos deux pays, au-delà même de l'Europe et du Maghreb, l'Algérie et la France sont porteuses d'un message pour notre monde bousculé par l'urgence et la peur.

Alors, par ce dialogue que nous avons entamé et qui s'amplifie chaque jour un peu plus, "l'épaisseur du globe" dont parlait Tocqueville, censée séparer nos deux nations, aura fini de se dissiper.

Au c¿ur des élans du monde et de l'histoire, nos deux pays, riches de désirs, d'attentes et d'impatiences, portés par la confiance retrouvée, doivent maintenant écrire de nouvelles pages pour les générations à venir. A nous de les écrire dans un esprit de fidélité, de fierté et de justice. Forts de notre richesses d'hommes, de notre désir d'exemplarité, de notre volonté d'agir, nous pouvons prétendre ensemble aux ambitions les plus hautes.

Je vous remercie.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 décembre 2002)

(Déclaration à l'occasion de la signature de l'accord de conversion de dette à Alger, le 17 décembre 2002) :

Je suis particulièrement heureux de cette occasion de la signature de cet accord de conversion de dette en investissement privé. Vous savez que le président Jacques Chirac, lors de la visite du président Bouteflika à Paris, en 2000, avait marqué son engagement de réaliser cet accord de conversion. J'honore aujourd'hui l'engagement qui a été pris - et j'en suis particulièrement heureux - d'un accord de conversion de dette de 61 millions d'euros.

C'est un événement important, d'abord parce que, sur le plan financier, il marque l'engagement de la France auprès de nos amis algériens. C'est un élément important aussi, parce qu'il donne un signe à l'ensemble de la communauté des investisseurs, un signe de confiance de la France dans les réformes engagées en Algérie, dans l'ouverture de l'économie algérienne, et vous savez que nous voulons que notre pays prenne toute sa place. Nous sommes déjà le premier partenaire, hors hydrocarbures, de l'Algérie, et nous souhaitons continuer à intensifier les efforts qui sont les nôtres, parce que nous avons confiance, nous croyons à cette relation très forte, très ancienne, qui est celle de la France et de l'Algérie et que, bien évidemment, nous voulons étendre la perspective de développement et d'ouverture de l'Algérie, y prendre toute notre place.


Je vous remercie.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2002)


(Déclaration à la médiathèque "Rachid Kouache" à Alger le 17 décembre 2002) :

Je suis ému de me trouver dans ce quartier de Bab-el-Oued, qui a subi de plein fouet les intempéries catastrophiques du 10 novembre 2001.

Cette tragédie avait suscité en France une grande peine et une non moins grande compassion.

Le président Chirac était venu à Bab-el-Oued en décembre 2001, en compagnie du président Bouteflika, dans un beau moment de fraternité, de douleur partagée.

Je rends hommage aux efforts des collectivités locales, des entreprises, des Organisations intergouvernementale (ONG), des associations de quartiers qui se sont unies dans un formidable élan de solidarité.

Ce quartier a changé de visage, radicalement :

- Les terribles images de désolation qui nous ont frappé, ont disparu.

- Je constate que d'importants travaux de rénovation et de réaménagement urbain ont été menés dans Bab-el-Oued.

Cette médiathèque est le fruit des efforts conjoints :

- de collectivités locales (Wilaya d'Alger, Mairie de Paris, Cités Unies France),

- de l'établissement public "Arts et culture",

- de l'association française "Mosaïque du monde" qui se trouve aujourd'hui parmi nous, et de l'Ambassade de France à Alger.

Cette médiathèque a un triple rôle :

- permettre à des écoles de Paris et de Bab-el-Oued de partager leurs travaux, leurs idées, leurs projets artistiques et culturels. Les enfants des deux rives pourront travailler ensemble, échanger autour de ce grand réseau qu'est l'internet.

- donner l'occasion pour les enseignants des deux rives de mieux intégrer l'outil multimédia dans leur démarche pédagogique. C'est un chantier fabuleux et nécessaire : il est impératif, dans le monde moderne, que nos élèves maîtrisent les nouvelles technologies de l'information.

- contribuer au dialogue des cultures - Ces jumelages d'un nouveau type ("cyber-jumelages") peuvent créer de nouvelles solidarités.

Cette médiathèque répond aussi à notre ambition commune : voir les forces vives des deux pays, les entrepreneurs et les opérateurs privés, les collectivités locales et les associations, reprendre et amplifier la dynamique que les autorités françaises et algériennes ont engagée depuis trois ans.

La médiathèque "Rachid Kouache" est à l'image des habitants de Bab-el-Oued : inventive, généreuse, débordante d'énergie, riche de tous les possibles.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2002)

(Déclaration lors de l'inauguration du lycée international Alexandre-Dumas à Alger, le 17 décembre 2002) :

Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,


Je vous remercie chaleureusement de m'accueillir parmi vous, cet après-midi, dans votre lycée, le lycée international Alexandre-Dumas. En me rendant, pour la première fois, en ce lieu de culture et d'éducation que j'ai l'honneur d'inaugurer avec vous, j'ai l'impression d'un triple chantier :

- Un chantier au sens strict, ouvert il y a plus de deux ans et qui vous a permis de connaître la première rentrée scolaire, le 2 octobre, de ce nouvel établissement. Un chantier qui se poursuivra pour permettre l'ouverture en 2003 de classes de terminale. La présence à nos côtés de la directrice de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), Mme Bossière, marque bien toute l'importance que nous attachons au projet qui est ici mené.

- Je vois aussi un autre chantier, celui de l'invention d'un nouveau cursus scolaire franco-algérien, avec ses enseignements en français et en arabe, avec son option internationale du baccalauréat, avec ses pratiques pédagogiques à inventer ou à réinventer.

- Il existe enfin un troisième chantier, celui d'un dialogue entre deux cultures, sinon plusieurs. Ce chantier-là, le lycée international Alexandre-Dumas contribue à le construire. Il se veut un établissement d'enseignement mais plus encore, une structure de coopération, un partenaire pour tous les projets qui pourraient lui être confiés.

Votre lycée porte un nom prestigieux, qui nous fait tous rêver. Celui d'un grand écrivain, né il y a 200 ans, qui vient d'entrer au Panthéon des grands hommes mais dont la notoriété n'avait pas attendu cette date pour être mondiale. Comme l'écrivait Victor Hugo : "le nom d'Alexandre Dumas est plus que français, il est européen. Il est plus qu'européen, il est universel ". Connaissez-vous une figure aussi universelle que celle de d'Artagnan ? Pensons au mot de Robert-Louis Stevenson, l'auteur de L'île au trésor : "s'il me faut choisir des qualités pour moi-même ou pour mes amis, que ce soient celles de d'Artagnan".

Ce que nous aimons chez Alexandre Dumas, ce qui le rend éternel, c'est son goût de la vie, de la liberté, de la démocratie. C'est aussi une curiosité insatiable. Autant de qualités que l'on ne peut que souhaiter trouver et cultiver dans la jeunesse.

Mais Dumas nous est aussi très proche par son amour de la Méditerranée, dont l'aventure de Monte-Cristo n'est qu'un faible écho. Il en a parcouru les rives lors de plusieurs voyages, de 1834 à 1846. C'est ainsi qu'il se rendit en Algérie, il y a 156 ans, jour pour jour. Il avait un regard critique sur ce qui se passait alors ici et dénonça la parole non tenue envers Abd el Kader dont il comparaît le sort et le régime de surveillance surveillée à celui de Napoléon à Sainte-Hélène : "nous avons manqué à tous nos engagements envers Abd el Kader. Comment les hommes qui nous gouvernent n'ont-ils pas songé que le château d'Amboise est le pendant de l'île de Sainte-Hélène ? ".

Alexandre Dumas a toujours été ce mousquetaire de la justice mais aussi un homme du savoir, du plaisir d'apprendre et du bonheur d'enseigner. Il a toujours défié l'ignorance, refusé la bêtise et recommandé un seul mot d'ordre qui servait son génie : "instruire d'abord".

Quelle plus belle devise pour ce lycée international Alexandre-Dumas, auquel je souhaite une heureuse et très longue destinée ? Et je vous souhaite, à vous qui m'accueillez aujourd'hui, aux élèves mais aussi aux enseignants, dont la tâche est à la fois si exaltante et si ardue, ainsi qu'à l'ensemble du personnel de cet établissement, mes voeux les plus sincères de bonheur et de réussite.


Je vous remercie.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 décembre 2002)

Rechercher