Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, à France Info le 19 décembre 2002, sur le déroulement des inspections de l'Onu et la participation française à une intervention décidée par l'Onu en Irak, la crise ivoirienne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, à France Info le 19 décembre 2002, sur le déroulement des inspections de l'Onu et la participation française à une intervention décidée par l'Onu en Irak, la crise ivoirienne.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

ti : Q - Washington et Londres estiment qu'il y a des trous dans la déclaration d'armement de Saddam Hussein et qu'elle serait mensongère. M. Blix, le chef des inspecteurs ne dit pas grand chose de nouveau ? Et qu'en est-il du gouvernement français ?

R - Il dit qu'il y a des zones d'ombre et nous faisons confiance à Hans Blix et M. El Baradeï pour compléter cette déclaration, pour vérifier les informations qui sont contenues dans cette déclaration sur le terrain. La clé pour la France, c'est l'exigence de coopération de la part de l'Iraq. Ce que nous voulons, c'est ne jamais perdre de vue l'objectif qui est le nôtre, désarmer l'Iraq.

Q - Alors Washington voudrait que les inspecteurs de l'ONU se montrent plus agressifs en Iraq. Etes-vous de cet avis ou estimez-vous que les inspections se déroulent de façon satisfaisante ?

R - Ceux qui sont le mieux placés pour dire ce qui est nécessaire, c'est bien évidemment les inspecteurs eux-mêmes et ceux qui les dirigent, c'est-à-dire le président de la Commission de contrôle et le président de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Nous leur faisons confiance pour qu'ils nous disent ce dont ils ont besoin. Il faut faire bien évidemment le nécessaire. L'intérêt de la communauté internationale, notre intérêt à tous, c'est d'avoir des inspections efficaces, et nous pensons que cela est possible. Nous notons d'ailleurs que sur la centaine d'inspections qui se sont déroulées au cours des dernières semaines, sur 80 sites, M. Hans Blix considère qu'elles se déroulent dans de bonnes conditions, donc, nous prenons acte de cette situation.

Q - Alors, en cas de litige grave, est-il concevable que la France joigne une éventuelle intervention non décidée par l'ONU ?

R - La résolution 1441 est parfaitement claire. En cas de manquement grave, on retourne devant le Conseil de sécurité et il lui appartient d'examiner la situation, l'ensemble des solutions, y compris le recours à la force. Le recours à la force n'a de sens que si la coopération de l'Iraq s'avère impossible, c'est bien évidemment dans ce cas que nous nous retrouverions devant une situation de blocage. A partir de là, alors évidemment, toutes les options devraient être envisagées par la communauté internationale.

Q - Mais s'il y avait intervention unilatérale anglo-américaine, la France n'y participerait pas ?

R - Depuis le départ, nous avons fixé la règle du jeu : le droit et la morale, dans le cadre des Nations unies et du Conseil de Sécurité. Nous ne changeons pas notre position.

Q - Est-il écrit, Monsieur le Ministre, que la France se joindrait forcément à une intervention décidée par l'ONU ? Elle pourrait aussi s'abstenir ?

R - Nous assumons nos responsabilités, dans le cadre du Conseil de sécurité et dans le cadre des Nations unies. Il est évident que si la communauté internationale, soucieuse de défendre le droit et la morale, décidait d'agir, la France tiendrait ses engagements.

Q - Monsieur de Villepin, vous recevez ce soir votre homologue israélien, qui n'est autre que M. Netanyahou, un dur parmi les durs au Likoud et un partisan de la liquidation politique d'Arafat. Que lui direz-vous ?

R - Je suis très heureux de le recevoir, parce qu'il est urgent que la communauté internationale puisse répondre à la double aspiration, l'aspiration du peuple israélien et celle du peuple palestinien : vivre en sécurité. Et effectivement, imaginez ce qu'est la vie au quotidien avec ces attentats qui se multiplient en Israël, imaginez ce qu'est la vie au quotidien du côté des territoires palestiniens avec ce sentiment profond d'absence d'avenir et d'injustice. Tout ceci pèse lourd et il est important que la communauté internationale prenne la mesure, agisse, c'est le sens de l'action du Quartette depuis déjà plusieurs mois. Le Quartette - qui réunit les Nations unies, l'Union européenne, la Russie, les Etats-Unis - va se réunir à nouveau le 20 décembre. Il est important que nous définissions clairement ensemble la feuille de route qui permettrait dans les prochains mois et les prochaines années d'éclairer le chemin, convaincus que nous sommes qu'il faut créer cet Etat palestinien sur la base des frontières de 1967. C'est l'intérêt d'Israël, que d'avoir un Etat responsable à ses côtés, un Etat capable d'assumer pleinement ses responsabilités.

Q - Monsieur de Villepin, la France peut-elle sauver la Côte d'Ivoire d'elle-même ?

R - La France n'a pas vocation à se substituer aux pays africains, la France a vocation à exprimer sa solidarité, son ambition pour l'Afrique, sa confiance dans l'Afrique et à déployer son énergie pour travailler à des solutions de paix. Et ce que nous faisons depuis le début de la crise, depuis début septembre, nous sommes à la tâche pour trouver avec nos amis africains les voies qui permettraient de régler cette très grave crise qui est le fruit d'une évolution de nombreuses années, avec une dimension ethnique, une dimension économique, une dimension religieuse, c'est dire à quel point il s'agit d'une crise profonde. Eh bien, nous essayons de trouver les voies d'une solution, en liaison bien sûr, en appui à la médiation africaine.

Q - En fait, il s'agit de l'échec de la succession du président Houphouët Boigny ?

R - Il y avait un miracle ivoirien qui tenait un équilibre préservé entre différentes communautés, des concepts aussi dangereux que celui de l'ivoirité, ont mis le feu aux poudres ; la loi foncière a révélé cette complexité de la situation ivoirienne, il faut trouver le moyen de faire vivre cette population ivoirienne ensemble à nouveau.


Q - Vous avez rappelé que si la France n'avait pas été là-bas, il y aurait déjà eu une catastrophe en Côte d'Ivoire ? C'est-à-dire en fait que les rebelles auraient pris Abidjan et le pouvoir puisque pour l'instant, ils sont bloqués par le dispositif français à Yamoussoukro ?

R - Pas uniquement la catastrophe, c'est aussi le risque d'une confrontation ethnique. Ce n'est pas uniquement le combat de quelques-uns contre quelques autres, c'est le risque d'embrasement des différentes communautés en Côte d'Ivoire, vu la multiplication des ethnies, vu la complexité géographique de la Côte d'Ivoire, c'est dire qu'il faut un principe de modération, il faut un ferment, il faut un élément d'unité. La France, vous le savez, travaille sur la base de principes très simples et très clairs, l'appui aux autorités légitimes, il faut ce repère central, ce n'est pas le soutien à une équipe ou à un homme, c'est le soutien à un principe qui vaut pour l'ensemble de nos pays. Deuxième élément extrêmement important, c'est l'appui à la médiation africaine. Les Africains doivent trouver le chemin, c'est pour cela que nous appuyons les efforts de la communauté régionale, de la CEDEAO. Vous savez que les pays de la région se sont réunis à Kara, il y a deux jours ; ils se sont réunis hier à Dakar et ils ont esquissé un plan de sortie de crise qui permettrait, d'une part le recours au Conseil de sécurité, d'autre part la mobilisation d'un certain nombre de forces africaines pour se déployer sur place, pour sécuriser la situation et appuyer la recherche d'une solution politique

Q - Sécuriser le régime Gbagbo peut avoir aussi l'inconvénient de le conforter dans sa dérive violente et d'épuration ethnique : escadrons de la mort dans Abidjan, charnier dans l'ouest, après le passage de l'armée ivoirienne ?

R - Nous avons été les premiers à dénoncer les exactions, les violences, nous avons saisi la Commission des Droits de l'Homme des Nations unies, j'ai été en contact permanent avec le secrétaire général des Nations unies. Quand j'entends dire ici et là que la France choisit son camp, je m'indigne. Il est inacceptable de porter des accusations comme celles que l'on porte dans certains cas, contre la France. La France prend ses responsabilités très fortement vis-à-vis de la Côte d'Ivoire, comme elle les prend vis-à-vis de toute l'Afrique, il y a là un élément d'une politique nouvelle, que, je crois, il faut saluer.

Q - Si l'armée française est témoin d'exactions de l'armée ivoirienne, que fera-t-elle sur place ?

R - La France n'admettra aucune exaction, elle les dénoncera. Vous avez mentionné le cas de charniers, nous avons demandé que des enquêtes aient lieu, la France n'est complice d'aucun de ces actes de violence, elle les dénonce, elle veut lutter contre, elle est mobilisée contre cela.

Q - Merci Monsieur de Villepin.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 26 décembre 2002)

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