Interview de M. Yves Cochet, député des Verts et ancien ministre de l'environnement, à RTL le 26 décembre 2002, sur le dispositif prévu par la France pour faire face à un risque de nouvelle marée noire, la réglementation des dates de chasse des oiseaux migrateurs, le classement des martres, belettes et putois dans la liste des animaux nuisibles et sur les débats internes aux Verts. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Yves Cochet, député des Verts et ancien ministre de l'environnement, à RTL le 26 décembre 2002, sur le dispositif prévu par la France pour faire face à un risque de nouvelle marée noire, la réglementation des dates de chasse des oiseaux migrateurs, le classement des martres, belettes et putois dans la liste des animaux nuisibles et sur les débats internes aux Verts.

Personnalité, fonction : COCHET Yves, ARZT Richard.

FRANCE. Les Verts, député

ti : R. Arzt - Vous avez été ministre de l'Environnement dans le gouvernement Jospin. Selon les observations aériennes qui datent d'hier, les nappes de pétroles provenant du Prestige, progressent vers les côtes françaises. Elles sont à 430 km, exactement. Vous estimez qu'il faudrait que la France se prépare davantage à un risque de nouvelle marée noire ?

- "Du point de vue législatif, oui. Du point de vue de l'opérationnel, je crois que le Gouvernement, là, a eu le temps de regarder ce qu'il fallait faire. Donc, je crois que la France est prête à faire si cela se rapprochait."

Le gouvernement espagnol a beaucoup tardé à prendre conscience, apparemment, de la gravité de la situation. Il est possible, néanmoins, pour le Gouvernement français de travailler avec les autorités espagnoles ?

- "Oui, ils l'ont déjà fait. J'ai l'impression là de faire la défense du Gouvernement, ce qui n'est pas mon rôle, en principe. Je crois que, sur ce point, madame Bachelot a été préventive. Donc, elle ne serait pas surprise si, en effet, les nappes se rapprochaient dangereusement de nos côtes. Tout est en place : est-ce que ce sera efficace ? C'est toujours difficile à dire."

Vous avez commencé en disant que sur le plan législatif, en revanche, on pourrait faire quelque chose ?

- "Oui, je crois. De nouveau, une marée noire qui, là, est en Galice mais cela peut se rapprocher chez nous. Nous, en tant que députés Verts, on a déposé une proposition de loi qui tend à renforcer la sécurité, notamment dans cette zone des 200 miles, c'est-à-dire que l'on passerait de 12 miles nautiques à 200 miles en ce qui concerne l'arraisonnement éventuel de navires poubelles..."

Il s'agit de la zone économique exclusive, c'est ça ?

- "Oui, pour le moment, mais là, ce serait plus opérationnel. D'autre part, je crois qu'il faut regarder l'équipage : les conditions de travail, les conditions de vie, la formation de l'équipage. En général, ce sont des gens qui connaissent peu de choses. Et enfin, nous proposons d'accorder ou de confier une nouvelle mission à la marine nationale qui est celle de garde côte, comme font les américains. On ne va pas attendre l'Europe pour le faire, il faut le faire dès maintenant."

C'est-à-dire que ce serait la marine française qui serait chargée de surveiller, en tout cas les côtes françaises ?

- "Absolument !"

Il y a cet exemple, hier soir, d'un pétrolier grec à simple coque qui est passé à 100 miles nautiques du littoral, c'est à dire au beau milieu de la zone économique exclusive ; dans votre proposition, la marine l'écarterait ?

- "Exactement. Je crois que la marine française a peu de travail réel dans la zone des eaux territoriales françaises. Elle pourrait avoir ce travail qui a montré son efficacité à la suite de la catastrophe de l'Alaska de l'Exxon Valdez, aux Etats-Unis. Donc, on peut le faire en France. J'espère qu'on le fera en Europe ; les Suédois le font déjà."

Donc, on pourrait au moins s'entendre avec eux, même si c'est loin... Autre sujet - là, je ne sais pas comment vous situer par rapport à R. Bachelot, mais il y a visiblement contradiction -, la chasse aux oiseaux migrateurs. Quand vous étiez ministre de l'Environnement, vous aviez limité les dates de chasse au 31 janvier ; R. Bachelot a repoussé la date jusqu'en février. Puis, le Conseil d'Etat a annulé l'essentiel de cette décision de R. Bachelot. Cela vous satisfait-il ?

- "Cela me satisfait parce que le Conseil d'Etat s'est appuyé sur une jurisprudence européenne - depuis la directive de 1979, cela fait maintenant 23 ans - que D. Voynet avait eu le grand courage de traduire en droit interne français par la loi chasse en l'an 2000. Et puis, l'an dernier, j'avais donc pris l'arrêté : le 31 janvier, c'est fini, sauf pour les bécasses. R. Bachelot a voulu prolonger de plusieurs semaines. Le Conseil d'Etat lui a donné tort et lui a enjoint de fixer un nouveau décret pour les dates de chasse des oiseaux migrateurs au 31 janvier sauf, peut-être, pour la bécasse qu'on peut pousser jusqu'au 20 février, les tourterelles le 16. Mais pour les autres, les pigeons, les canards, les merles..."

C'est un échec politique pour R. Bachelot ?

- "Oui, cela fait deux fois. Elle a d'abord essayé d'anticiper la date d'ouverture au mois d'août : [cela a été] de nouveau cassé par le Conseil d'Etat. Et là, de prolonger la date de clôture en février, [cela a été] de nouveau cassé par le Conseil d'Etat. Elle est trop sensible au lobby des chasseurs."

Qu'est-ce que vous leur dites aux chasseurs ?

- "Il faut s'appuyer sur des bases scientifiques. Nous, nous sommes évidemment d'accord pour s'asseoir à la même table que les chasseurs, avec les associations, les scientifiques et enfin terminer cette guéguerre sur les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse aux oiseaux migrateurs. Dans tous les autres pays, cela se passe très bien sauf en France. Pourquoi ? En plus, les oiseaux migrateurs ne sont pas français, ils sont européens, au moins !"

Il n'y a d'ailleurs pas que les oiseaux qui font l'objet de réglementations qui se contredisent, j'ai vu qu'il y a aussi les martres, les belettes et les putois. Vous les aviez sortis de la liste des animaux nuisibles ; R. Bachelot les a remis dans cette liste, le mois dernier. Le Conseil d'Etat a donné raison à R. Bachelot ; ces 3 animaux martres, belettes et putois sont des animaux nuisibles ?

- "Je ne le crois pas. En effet, on avait pris ce décret avant de quitter le Gouvernement, simplement parce qu'il nous semblait que dans les départements où il pouvait y avoir un certain nombre de ces animaux, il n'y avait pas de dégâts liés aux cultures, ni à quoi que ce soit. Et les associations, d'ailleurs, nous en avaient rendu grâce. Là, pour des raisons, encore une fois de démagogie ruralo-chasse, R. Bachelot vient de donner raison aux gens qui veulent tuer ces animaux. Je n'en vois pas du tout la nécessité et le bien-fondé."

On va terminer en parlant politique. Il y a eu cet imbroglio, à la mi-décembre, où les Verts on désigné une majorité très marquée à gauche mais n'ont pas réussi à élire une direction. Vous, N. Mamère, D. Voynet n'êtes pas dans cette majorité. La cohésion des Verts est en danger ?

- "Non. Ce qui est problématique chez les Verts, c'est la difficulté de prendre des décisions. La cohésion, je ne crois pas : on est d'accord à 90 % sur tout ce qu'il faut faire. Les 10 % qui restent, c'est ce qu'il aurait fallu faire. D'ailleurs, c'est le bilan en fait..."

Le débat porte sur le bilan de la participation au gouvernement de Jospin ?

- "Voilà. Il y a des gens qui disent que c'est plutôt quand même positif, depuis 1997, les Verts sont très visibles. C'est ce que pensent Mamère, Voynet et moi. Et d'autres qui pensent qu'il aurait fallu sortir du Gouvernement bien avant, etc. Mais pour ce qu'il faut faire à l'avenir, comme par exemple lutter contre la droite et son gouvernement régressif, là, on est tous d'accord. Et, même plus généralement sur l'autonomie politique des Verts."

Enfin, en même temps sur l'autonomie, on voit bien qu'il y a un débat sur quel type d'alliance faut-il avec le Parti socialiste sur le plan électoral.

- "Mais même du temps de notre majorité, on n'était pas les inconditionnels de la majorité plurielles. On disait à chaque fois qu'il fallait regarder les conditions de fond, notamment, c'est-à-dire les conditions à la fois électorales et politiques - on verra ça en 2004 pour les européennes et les régionales. Ce sera fait par un congrès en 2003. Il nous reste à élire, en effet, une direction qui corresponde à une nouvelle majorité chez les Verts. J'espère que ce sera fait le 12 janvier, exactement.

Si c'est bien G. Lemaire qui devient secrétaire national, quel genre de dialogue vous avez avec lui ?

- "C'est un militant qui a déjà beaucoup d'expérience. Il n'y a pas de raison d'avoir des conflits majeurs. Il a beaucoup de travail s'il devient secrétaire national notamment, - non pas renforcer la cohésion comme vous le disiez, mais l'organisation des débats chez les Verts."

(source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 décembre 2002)

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