Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la sécurité des Français à l'étranger face à la menace terroriste, l'action sociale en leur faveur, le développement de l'enseignement français à l'étranger et la valorisation du Conseil national des Français de l'étranger, Paris le 6 décembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la sécurité des Français à l'étranger face à la menace terroriste, l'action sociale en leur faveur, le développement de l'enseignement français à l'étranger et la valorisation du Conseil national des Français de l'étranger, Paris le 6 décembre 2002.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion du Conseil supérieur des Français de l'étranger à Paris le 6 décembre 2002

ti : Monsieur le Président,

Madame et Messieurs les Sénateurs,

Messieurs les Présidents,

Je suis très heureux de pouvoir répondre à l'invitation de votre président, aujourd'hui, pour avoir avec vous un échange approfondi et pouvoir ensemble tracer quelques lignes d'avenir.

J'ai été formé aux grandes questions qui vous concernent par l'équipe des sénateurs et sénatrices ici présents, et donc, j'étais habitué à fréquenter les sujets qui sont les vôtres. Je suis très heureux d'avoir ce contact direct parce que je sais que vous êtes l'assemblée représentative des Français qui sont établis hors de France, ces deux millions de nos compatriotes qui sont expatriés et qu'à travers vous, je veux saluer. Donc, très heureux de pouvoir, avec vous, réfléchir sur la situation des Français expatriés qui sont évidemment pour notre pays, une force et une richesse qu'il nous faut valoriser, mais aussi pour laquelle il nous faut une grande attention. Ils portent notre voix, ils assurent la présence de notre culture. Ils sont notre identité sur tous les continents. Ils sont, au quotidien, les ambassadeurs de nos savoir-faire et de notre créativité, la créativité de l'esprit français.

Je tiens vraiment, aujourd'hui, à adresser un message de soutien et d'encouragement, à tous ces compatriotes. Nous sommes à leurs côtés, nous sommes à vos côtés, vous qui les représentez, dans les moments de joie, dans les moments de succès, dans les moments de réussite, et Dieu sait s'il y a des joies, des succès et des réussites pour la France, mais aussi dans les moments de difficultés et dans les moments de drames que nous avons connus, que nous connaissons et, hélas, que nous connaîtrons. C'est dans la solidarité que nous voulons permettre de vivre leur appartenance à la communauté nationale. C'est cette exigence de solidarité qui guide toute l'action du gouvernement à leur endroit.

Vous connaissez les priorités de l'action gouvernementale que sous l'autorité du président de la République, je conduis. Je voudrais insister sur deux éléments de cette stratégie. D'une part, tout ce qui concerne la sécurité, je dirais d'une manière plus large l'autorité républicaine, d'autre part, tout ce qui concerne l'action sociale et la valorisation de notre énergie nationale. Sur l'autorité républicaine, nous voyons bien qu'il est nécessaire, aujourd'hui, en France et dans le monde, de redonner confiance dans la capacité de la France de croire en nos valeurs. Nous avons tous au c¿ur de nos convictions, ces valeurs de la République. Encore faut-il montrer que nous sommes prêts à les défendre, prêts à mettre les moyens pour assumer ces valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité, que la République, pour nous, ce n'est pas seulement un message écrit aux frontons de nos édifices, mais c'est un ensemble de valeurs, un pacte qui rassemble tous les Français. Et nous voyons bien aujourd'hui qu'au c¿ur de ce pacte républicain, la sécurité à l'intérieur et à l'extérieur de nos frontières est une priorité qui exige la mobilisation de l'Etat. C'est pour cela, vous l'avez noté, que nous sommes engagés dans cette action pour combattre l'insécurité quotidienne, le crime organisé et, aujourd'hui, plus que jamais aussi, le terrorisme.

La sécurité des Français se joue en France, mais évidemment aussi à l'extérieur et nous savons qu'aucun pays, aujourd'hui dans le monde, n'est à l'abri, et même s'il n'y a pas de menace précise contre la France, plus notre pays est courageux pour la paix, plus notre pays s'engage avec force et ses talents, plus évidemment, il est cible pour tous ceux qui, aujourd'hui, mènent des combats terroristes.

Ces derniers mois, les communautés françaises à l'étranger ont été dramatiquement éprouvées par de multiples attentats. L'attentat de Karachi : nous étions tout juste arrivés aux responsabilités, quand cet attentat a tué onze ingénieurs et techniciens de la DCN. Et puis Djerba, et puis Bali nous ont montré que, partout, les touristes de France pouvaient devenir des cibles du terrorisme. Ces épreuves sont rudes et dans notre peuple. Ce sont des épreuves qui sont profondes. Notre réponse doit être à la hauteur du défi qui est nous évidemment lancé.

Après l'attentat de Karachi en mai dernier, j'ai demandé - ce fut l'une de nos premières initiatives - une enquête sur l'évaluation du risque et les menaces dont nous pouvions être les cibles, et sur les moyens nécessaires de prévention qu'il nous fallait mettre en place. Cette enquête a montré la nécessité de consacrer davantage de moyens à la sécurité de nos compatriotes à l'étranger. Et malgré une situation budgétaire que vous connaissez, qui n'est pas facile, l'on fait en sorte que dans le budget 2003, les crédits destinés à la sécurité des Français de l'étranger augmentent de 30 % par rapport au service voté en 2002. Ce n'est évidemment qu'un premier pas, mais c'est un premier pas pour notamment développer l'équipement de nos ambassades et consulats en moyens de communication avec nos ressortissants, et aussi la capacité que nous devons à mettre des moyens au service des stratégies de regroupement qui sont nécessaires en cas de crise.

Pour faire face aux risques et en particulier à la menace terroriste, les compétences et l'expertise de tous les services de l'Etat sont nécessaires. C'est pour cela que j'ai souhaité qu'on travaille de manière interministérielle et un comité de sécurité est ainsi créé dont la vocation est de faire des recommandations concrètes, opérationnelles sur la manière d'améliorer la sécurité des Français à l'étranger. Cet outil interministériel permettra à l'ensemble des départements d'accompagner le ministère des Affaires étrangères dans cette mobilisation nationale, pour la sécurité de nos compatriotes.

Lorsque j'ai participé à l'accueil de nos ambassadeurs, lorsqu'ils sont venus à Matignon en août dernier, à l'occasion de leur conférence annuelle, j'ai renouvelé les consignes de prévention et d'alerte pour lesquelles je souhaite de leur part une grande vigilance. Des efforts importants ont déjà été engagés par Dominique de Villepin et le ministère des Affaires étrangères pour réagir aux différentes crises qui se sont succédées au cours des derniers mois. Je tiens ici, devant vous, à rendre hommage au dévouement et à la disponibilité. Je le fais très sincèrement, avec conviction : le dévouement et l'engagement de nos postes diplomatiques et consulaires. Je pense à ceux de Karachi, Djakarta, Saana, et aussi en Côte d'Ivoire ou en Centrafrique, ainsi que nos consuls honoraires que je ne voudrais pas qu'on oublie. Je pense en particulier à ceux de Bouaké, de Khorogo et de Bali.

La prévention des risques et la gestion des crises, lorsqu'elles surviennent, implique qu'au plus haut point, nos ressortissants qui résident à l'étranger et c'est pour cela que ces sujets vous concernent, vous qui les représentez, au premier chef, il est donc indispensable que vous puissiez être encore davantage associés aux efforts de nos ambassades et consulats pour la sécurité de nos ressortissants. Naturellement, ceci doit se faire avec votre engagement et l'engagement de nos postes. Mais votre participation notamment aux travaux des comités de sécurité des ambassades et des consulats, aux côtés des chefs de postes et de leurs collaborateurs, doit contribuer au progrès que nous attendons.

Au-delà de cette mobilisation sur les questions de sécurité, qui sont une ambition collective face aux différentes inquiétudes qui sont les nôtres, mais qui aussi impliquent une vigilance personnelle, je vous demande de transmettre ce message aux uns et aux autres, cette vigilance ne peut pas être simplement une délégation aux pouvoirs publics, c'est à la fois un engagement des pouvoirs publics mais c'est aussi une vigilance personnelle qui requiert l'attention des uns et des autres, quelle que soit leur situation géographique.

Sécurité mais aussi l'action sociale et tout ce qui touche à la libération de l'énergie nationale. Je sais que sur le terrain de la solidarité, vous êtes les uns et les autres très engagés. J'ai souvent vu dans les textes de loi au Sénat, les sénateurs représentant les Français de l'étranger capables de présenter de multiples amendements pour faire en sorte et bien veiller à ce que la loi concerne bien les Français de l'étranger. D'ailleurs, il est remarquable de noter que la loi ne concerne pas les Français à l'étranger et qu'il faut la présence des sénateurs pour que ceux-ci puissent être reconnus par notre République. Un effort considérable a été entrepris sur ces questions de solidarité et je pense que la généralisation des comités consulaires pour la protection et l'action sociale, auprès de chaque poste diplomatique ou consulaire a été un progrès. Je crois que l'on avance sur l'aide aux personnes âgées, l'aide aux personnes handicapées, l'assistance à l'enfance défavorisée, l'accès aux soins médicaux. Il y a là un certain nombre de sujets pour lesquels des progrès sont enregistrés puisqu'aujourd'hui, plus de 6 000 de nos compatriotes de l'étranger perçoivent une aide permanente.

Dans les années à venir, je crois qu'il faut poursuivre cet effort de solidarité. Il faut sans doute améliorer la protection sociale apportée à nos compatriotes en France mais aussi, évidemment, à l'étranger. Pour faire face à l'accroissement dont vous êtes les uns et les autres témoins, il convient de préserver l'équilibre financier du système de protection sociale consulaire qui est la condition de sa pérennité, il ne faut pas l'oublier. Il faudra sans doute, donc, que l'on travaille les uns et les autres pour introduire davantage d'équité dans l'attribution des aides. Je crois que c'est une ambition collective que nous devons partager, que ces moyens financiers qui sont, par définition, rares, soient vraiment destinés à ceux qui en ont le plus besoin et que nous ayons cette capacité de discernement pour que la valeur d'équité soit au mieux partagée.

Pour les personnes ayant l'âge et la capacité de travailler, nos objectifs prioritaires devront être concentrés sur l'accès à une formation et à l'intégration dans les milieux où elles ont choisi de vivre. Je ne voudrais pas omettre dans cette action sociale la mise en ¿uvre de la loi du mois de janvier 2002 sur le dispositif d'aide pour l'assurance volontaire maladie-maternité, la caisse des Français de l'étranger en faveur de nos compatriotes expatriés qui disposent de revenus plus modestes. Là encore, c'est une avancée que je veux saluer. Je suis heureux de voir qu'il peut y avoir ainsi des premières aides qui ont été mises en place rapidement. C'est un des éléments très importants de notre prestation sociale et pour lequel je vous ai sollicités et je sais que vous avez un rôle très important de médiateurs qu'il faut encourager.

Prestation sociale, mais aussi - c'est une demande très forte de nos compatriotes à l'étranger -, la qualité de l'enseignement, l'effort de formation. Nous sommes conscients de cette attente, de cet engagement qui est à la fois un engagement auprès de nos compatriotes mais aussi auprès de l'image et du rayonnement de la France. Puisque grâce à cet effort, nous pouvons participer à la formation d'un certain nombre d'élites dans le monde entier. Nous savons que la qualité de l'enseignement dans les établissements de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger est une des priorités qu'il nous faut renforcer. Je sais que les entreprises, et je sais que vous-mêmes, vous y êtes tous très attachés. Nous avons un bon réseau mais il nous faut faire un certain nombre d'efforts, saluer les performances. Il ne faut pas, même s'il y a des difficultés, les omettre mais aussi saluer un certain nombre de performances et notamment, noter que le résultat aux examens, par exemple, sont des résultats qui sont supérieurs à la moyenne nationale. Et très souvent, dans nos concours, y compris le concours général, on voit des jeunes qui sont dans les lycées français à l'étranger être parmi les premiers dans cette excellence que révèle le concours général. Donc, je pense qu'il faut bien avoir conscience que nous avons là un patrimoine de qualité pour lequel il faut sans cesse se battre parce qu'elle est toujours menacée dans les 300 établissements qui, tous, reçoivent une aide substantielle de l'Etat mais qui tous ont évidemment des besoins et qui tous cherchent à accueillir non seulement des jeunes Français, évidemment, mais aussi tous ces jeunes qui peuvent venir rencontrer la France, apprendre notre culture, partager nos perspectives et nos ambitions. C'est, pour un pays comme le nôtre, important pour son rayonnement culturel. Il est nécessaire pour nous de faire en sorte que l'agence soit de plus en plus performante ; un audit externe sera rapidement engagé pour définir les nouvelles orientations et faire en sorte qu'un dispositif partagé, transparent, lisible, nous permette de très clairement tracer les perspectives de la formation à l'étranger et que nous puissions évaluer l'ensemble de ces efforts de manière à ce que l'on puisse mesurer la mobilisation nationale en faveur de cet effort d'éducation et de formation. Sans objectif, il n'est pas possible d'évaluer et si nous voulons une évaluation claire, il nous faut définir des objectifs importants. Nous savons bien que les moyens financiers n'étant pas illimités - nous avons à défendre des établissements mais nous avons aussi évidemment à travailler à la remise sur pied d'établissements. Il faut s'occuper de Kaboul, il faut s'occuper d'un certain nombre d'établissements pour lesquels nous avons des efforts budgétaires majeurs. Cela fait aussi partie de notre présence mondiale. C'est donc une nécessité et j'y veillerai personnellement.

Je voudrais vous dire un mot sur votre conseil, qui vous intéresse et qui m'intéresse aussi. Je suis toujours attaché, étant un vieux républicain qui n'a pas pour la politique et la représentation toutes les réserves qu'on entend ici ou là - je trouve que la démocratie représentative est encore ce que l'on a inventé de mieux - et donc, quand on a un espace important de démocratie représentative, il faut le valoriser, le conforter, le moderniser, lui donner de la force. Parce que sans la capacité à valoriser ces structures intermédiaires, on construit une France de la solitude, de l'indifférence et de l'abstention. Ce n'est pas comme ça qu'on fait progresser la République. Donc, je souhaite vraiment et très sincèrement, ici, solennellement témoigner de la reconnaissance du pays envers le rôle qu'est le vôtre et qui est trop souvent méconnu, ce rôle du Conseil supérieur des Français de l'étranger. Il est très important que nous puissions travailler ensemble à son renforcement, à sa valorisation et, au fond, à toute sa place dans notre démocratie participative que je souhaite beaucoup plus vivante dans le pays. Je sais que les plus avancés parmi vous envisageaient même à un moment de se considérer comme une collectivité territoriale, ce qui, quant à la division de l'espace est une gageure, mais néanmoins, il y a là une idée importante, qui est la responsabilisation de l'Assemblée. Je crois que c'est très important : les assemblées respectables sont des assemblées responsables et c'est comme cela que l'on construit sa mobilisation et sa capacité de rayonnement. Je sais que vous avez beaucoup travaillé sur ces sujets, que vous avez beaucoup réfléchi ; je sais que le Conseil constitutionnel nous a recommandé, au lendemain de l'élection présidentielle, que soit examiné l'ensemble des propositions émises par votre Conseil supérieur. Il y a là des éléments très importants puisque personne ne peut être satisfait du déclin de la participation électorale, celle des Français de l'étranger sur nos grandes élections, y compris d'ailleurs sur vos propres élections. C'est dire que nous avons tous intérêt à ce que la participation électorale soit la plus forte possible. C'est de là que sortent toutes les légitimités et c'est là que nous pouvons trouver les moyens de l'action et de la modernisation pour notre pays.

Je crois qu'il y a des sujets qui sont très importants à évoquer, je pense que sur ces questions-là une réforme du Conseil supérieur du Français de l'étranger doit pouvoir vous permettre, dans le cadre de votre proposition, sous l'autorité de votre président et en concertation avec les uns et les autres, de faire un certain nombre de propositions, quand vous aurez remis votre rapport au président Dominique de Villepin. Le gouvernement se saisira de ces sujets, vous fera un certain nombre de propositions. Je crois que nous pouvons ensemble construire cette gouvernance moderne qu'il nous faut renforcer.

C'est un des éléments importants que nous devons, les uns et les autres, vraiment réussir. Je le dis avec sincérité. Les sénateurs ont pu faire en sorte que l'idée de Français de l'étranger entre dans notre réforme constitutionnelle, par le biais du Sénat qui, en premier, peut examiner un certain nombre de textes qui concerneraient les Français de l'étranger.

On peut considérer que tout cela est une avancée mineure mais c'est une avancée stratégique. C'est d'abord la reconnaissance qu'un texte qui concerne les Français de l'étranger a une spécificité et que cette spécificité doit pouvoir trouver sa place. Elle trouve sa place en donnant un espace prioritaire à la Haute assemblée parce que c'est là que sont aujourd'hui et seulement aujourd'hui, les Français qui représentent, comme parlementaires, nos compatriotes de l'étranger.

Donc, il y a là une démarche qui est très importante et je salue cette initiative de vos sénateurs, parce que c'est un des éléments importants de la démarche d'avenir qui nous permet, je crois, de renforcer ensemble votre rôle et de moderniser l'action qui est la vôtre. Les Français de l'étranger sentent que vous êtes vraiment un espace médiateur entre leurs aspirations et leurs attentes, et les décisions de la République. Et au fond, c'est cela le rôle de toutes les formes d'expression de type parlementaire, de type représentatif qui doivent faire en sorte que, entre le décideur et le citoyen, il y ait ce lieu de concertation, ce lieu de préparation des décisions.

Je voudrais pour terminer vous dire vraiment que nous serons très attentifs à ce que vous ferez quant à votre organisation et quant à la place des Français de l'étranger dans notre effort national de mobilisation qui est engagé sous l'autorité du président de la République.

Vous connaissez Dominique de Villepin, votre président, vous avez vu son énergie, sa capacité de rayonnement. Voyez la manière dont il porte, avec le chef de l'Etat, notre diplomatie. Voyez comme au sein du gouvernement il y a un certain nombre d'hommes et de femmes qui portent cette énergie qui est la nôtre.

Je voudrais vraiment vous dire que, pour nous, l'horizon a toutes les couleurs des continents. L'horizon de la France aujourd'hui est forcément planétaire. Ce n'est pas prétentieux que de dire ça. C'est, à la fois, vouloir être fidèles à notre tradition, de se dire que, quand la France a cru en elle-même, quand elle a cru à ses idées, elle n'a pas trouvé de frontières pour l'arrêter. Et donc quand la France a vraiment de l'ambition pour elle-même, quand elle croit à un certain nombre de valeurs, on voit bien qu'elle est capable d'exister dans le monde. Je crois que c'est un élément très important de la stratégie de la France aujourd'hui dans le XXIème siècle. Ou nous nous replions sur nous-mêmes, en nous disant que, finalement, avec nos 60 millions d'habitants, nous pourrons rester un pays de taille moyenne, dans un monde auquel les décisions qui seraient prises pourraient nous échapper. Ou bien nous disons que nous devons nous organiser, partout, pour faire en sorte que notre clarté intérieure, cet esprit français, dont parlait Victor Hugo à propos d'Alexandre Dumas, dans les citations du chef de l'Etat, récemment, pour l'entrée au Panthéon d'Alexandre Dumas, il y a, au fond, cet esprit français, cette humanité que nous avons dans notre histoire, et qui, elle, peut parler au monde entier, pour peu que, naturellement, nous nous organisions les uns et les autres, pour que, d'une part, on assure la présence de la France partout dans le monde, que, d'autre part, on soit présent dans tous les lieux de la décision, y compris naturellement le grand projet européen qui est pour nous un multiplicateur d'influence. Y compris dans les lieux de la décision, comme ce qui se passe aujourd'hui avec la communauté internationale rassemblée à l'Onu pour décider de l'avenir des tensions dans le monde.

Je crois que nous avons aujourd'hui, une perspective pour la France, qui est une perspective audacieuse, qui n'est pas une perspective prétentieuse, car nous ne réglerons pas tous les sujets au monde, mais la valeur de paix est au c¿ur de nous-mêmes. Et quand nous disons, quand Dominique de Villepin, et quand Jacques Chirac disent au monde entier et à l'ONU qu'il n'y a pas de "guerre heureuse" et que la guerre, c'est le stade ultime de toutes les décisions, c'est, je crois, très important. Et là, nous sommes au c¿ur même de l'esprit français. Quand le président, à Johannesburg, dit qu'"il faut que nous pensions à la planète" car on est en train de détruire l'espace vital des générations futures, nous sommes en train, nous-mêmes, fils de l'humanité de menacer l'humanité. Il faut le dire et c'est la France qui le dit. Il y a là, je crois, beaucoup d'idées qui sont des idées fortes, qui appartiennent au patrimoine que nous représentons.

Alors, sans décrocher du terrain, sans décrocher de notre modestie qui doit toujours être la nôtre, nous pouvons nous dire aussi que nous portons une cause qui est plus grande que nous et cela vaut la peine de se rassembler dans des instances comme les vôtres, dans des dialogues comme les nôtres, pour pouvoir ensemble créer ces actions qui font que nous servons, tous ensemble, une cause qui est belle parce qu'elle est plus grande que nous.

(...)

J'ai été très attentif aux propositions quelquefois très avancées que vous avez formulées. Sur la stratégie générale, je crois qu'il est très important en effet d'essayer de valoriser le conseil que vous représentez, de le fortifier, de trouver les formes, et de représentation et d'activité, qui lui donneront toute la puissance nécessaire. Après, une fois que le travail est organisé, que la puissance est mise en ¿uvre, on peut ensuite légitimement prétendre à un représentant, si nous allons à une régionalisation pour la liste européenne. Nous avons tous un effort à faire pour donner à votre conseil la capacité de travail et cette reconnaissance générale qui est très importante dans une démocratie de proximité. Au fond, il faut bien réfléchir à ces questions-là qui concernent l'évolution de la société. Moi, je suis très préoccupé devant la montée de la complexité de la société. Et je vois bien que les choses deviennent de plus en plus complexes. Et d'ailleurs, le citoyen demande à ce que ce soit plus complexe parce qu'il demande à être reconnu pour lui-même, en fonction de son lieu d'habitat, de sa catégorie professionnelle, de sa religion, de son engagement culturel, quelquefois de sa langue régionale. On voit qu'il y a une volonté chez les citoyens d'être de plus en plus personnifiés. Et qui dit personnalisation dans la République veut dire complexité.

D'ailleurs, seules les dictatures sont vraiment très simples. Dès qu'on veut écouter tout le monde, dès qu'on veut entendre les uns et les autres, il faut gérer la complexité. Comment peut-on gérer la proximité sans structures intermédiaires, démocratiques et représentatives qui prennent en compte cette complexité et qui apportent des solutions humaines. Donc, là, je crois qu'il y a une vraie place stratégique et très souvent, je vois dans nos difficultés budgétaires qui sont très nombreuses ; aujourd'hui, nous sommes quand même dans un pays qui, grosso modo, chaque année, depuis un grand nombre d'années, dépense 20% de plus que ce qu'il gagne. Cela nous crée quand même un certain nombre de difficultés. On fait semblant les uns et les autres de ne pas le mesurer, mais c'est quand même une réalité quotidienne pour notre pays. Donc, on a des difficultés et quelquefois, on se dit : "Supprimons des structures qui ont l'air d'être des structures intermédiaires". Et finalement, on a supprimé par le passé, beaucoup de structures et d'échanges. Et on se rend compte que quand on touche à ces structures, on met le citoyen dans la solitude, grand mal de la société aujourd'hui. Je pense que nos compatriotes expatriés sont, encore plus que d'autres, exposés à cette solitude, à ce manque de France. Je crois que nous avons un certain nombre d'initiatives à prendre pour pouvoir le structurer. Mme Lepage parlait tout à l'heure de l'établissement public ; cela me paraît une étape un peu lointaine encore, mais il y a entre la situation initiale et l'établissement public un certain nombre d'étapes que nous pouvons sans doute franchir pour pouvoir avancer dans l'organisation des travaux. J'ai bien entendu le message de M. Cantegrit, notamment sur l'Unedic. C'est un sujet, en effet, dont je vais me saisir, compte tenu des relations que j'ai régulièrement avec les partenaires sociaux, notamment en ce moment, où vous savez que l'Unedic connaît des difficultés importantes quant à son financement. Mais ce n'est pas une raison pour créer des disparités dans les prestations sociales. Je vais regarder cette question avec importance.

J'ai bien aimé l'intervention de C. Cointat, cela a commencé comme Lamartine, avec le fond des yeux, et ça s'est terminé comme Chateaubriand... outre frontières. Cela fait du bien quand même et quand j'ai vu la contestation politique, je me suis dis que c'était quand même bien. On n'est pas obligé de copier systématiquement l'Assemblée nationale mais entre les deux, cela fait du bien d'avoir des structures très vivantes. Je crois qu'il est très important, en effet, de pouvoir faire en sorte qu'on puisse répondre à cette logique de confiance que vous évoquiez tout à l'heure, cher Christian.

Sur les questions de votre Internet, je pense que des progrès peuvent être faits, d'une manière générale, dans notre démocratie. C'est une forme d'expression qui est en train de se développer de manière considérable. Compte tenu du faible niveau d'équipement en France, on ne peut pas considérer le sujet comme démocratique mais cependant, on voit une évolution, et notamment sur des catégories professionnelles ou d'âge. Aujourd'hui, je peux vous dire, à Matignon - j'imagine que c'est comme ça aussi au Quai d'Orsay - dès qu'il y a un grand débat qui arrive, qui se passe dans l'opinion, on est envahi de messages dès le lendemain, et là, on a une réactivité. On peut dire qu'il n'y a pas à se tromper sur l'état de l'opinion, quand, d'un seul coup, ça déferle par centaines ! On sent bien que là, la préoccupation existe. Il faut que l'on se prépare à gérer ce type de communication, notamment pour tous ceux qui éloignés, tous ceux dont la distance est une cause de difficulté. J'ajouterai que, pour ces sujets-là, on a sans doute à préparer, dans un horizon de 4-5 ans, des modifications fondamentales de notre expression pour les élections locales. Il y a là sans doute des moyens de s'intégrer, pour les Français de l'étranger, à une réflexion générale que nous allons engager pour l'ensemble des élections.

Voilà quelques réflexions. Je vais laisser à Dominique de Villepin, le soin d'être plus précis. Je voudrais simplement vous dire que je suis prêt à travailler avec vous, au travers de l'ensemble de vos groupes, à travers l'action que vous pouvez avoir avec votre président. Ce qui me paraît très important, aujourd'hui, c'est de bien convaincre les Français, les Français du dedans comme les Français du dehors. Aujourd'hui, dans le monde, la France est de retour. C'est celui-là notre message principal : c'est de se dire les uns et les autres que - je ne critique pas le passé, je ne veux pas dire que ce n'était pas le cas avant -, mais je veux dire que dans la stratégie mondiale qui est la nôtre aujourd'hui, dans une situation où on voit bien que la mondialisation porte des valeurs qui ne seraient pas forcément les nôtres - la concentration, le gigantisme, la standardisation, la banalisation -, nous, nous sommes dans le camp de l'innovation, de l'idée, de la créativité. Nous sommes dans le camp de la valeur ajoutée, nous sommes dans le camp de la diversité culturelle. Nous sommes dans un autre camp. On a décidé de faire entendre notre voix dans le monde et nous nous rendons compte que cette voix est entendue. Donc, je crois qu'il y a là une mobilisation importante qui concerne les Français, parce qu'il s'agit de la réponse de la France à la mondialisation. Il s'agit des Français qui sont aujourd'hui en métropole, mais il s'agit de tous les Français qui, ainsi, constituent cette communauté nationale présente partout sur la planète. Donc, il y a, je crois, un ton, une mobilisation pour lesquels nous avons besoin de vous et c'est ce que je suis venu vous dire aujourd'hui.

Merci.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 23 décembre 2002)

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