Interview de M. Jacques Barrot, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à LCI le 19 décembre 2002, sur la sécurité routière, le budget 2003, la polémique à propos de la nomination du nouveau directeur de la Caisse des dépôts et consignations et sur les relations entre le gouvernement et l'UMP. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Barrot, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à LCI le 19 décembre 2002, sur la sécurité routière, le budget 2003, la polémique à propos de la nomination du nouveau directeur de la Caisse des dépôts et consignations et sur les relations entre le gouvernement et l'UMP.

Personnalité, fonction : BARROT Jacques, HAUSSER Anita.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale;FRANCE. UMP, membre du comité politique

ti : A. Hausser.- Vous nous direz, dans un instant, comment on dirige un groupe qui est fort de 364 membres. Mais avant je voudrais que l'on revienne sur les mesures en faveur de la sécurité routière, qui ont été annoncées, hier, par G. de Robien et Jean-Pierre Raffarin. Quand on regarde la liste, ce sont des mesures très sévères. Est-ce que le gouvernement a les moyens de les faire appliquer ?

- "C'est un grand changement pour tous les Français, parce que le Gouvernement, tout seul, n'y arrivera pas. Il faut que, vraiment, chacun d'entre nous change ses modes de vie."

Ca passe par l'éducation, ça aussi ?

- "Oui, mais ça passe tout simplement aussi, par le fait qu'on a pris conscience que, chaque année... - en 2001, il y a pratiquement plus de 2000 morts, rien que dans la tranche 18-25 ans, et 8000 blessés graves -. Ça, nous sommes tous interpellés. Alors, ça c'est fini, par le changement des comportements. Alors il y aura besoin, en effet, pour changer les comportements, de sanctions pour les chauffards de manière vraiment intraitable ; mais il y a aussi en effet des moyens qui sont là tout simplement, pour nous obliger à nous surveiller, les radars ; il y a les contrôles médicaux, quand on atteint un certain âge : c'est tout à fait admissible, il faut se faire surveiller¿."

En milieu rural - vous qui êtes un élu rural - , ça pose des problèmes, si les personnes âgées ne peuvent plus conduire ?

- "Mais il ne s'agit pas de leur retirer le permis de conduire ; il suffit de profiter un petit peu, justement, du fait qu'elles conduisent, pour regarder un petit peu comment faire un petit bilan de santé. Cela ne peut être que profitable à tous. Mais c'est vrai qu'il faudra, en même temps, continuer. Je vais me battre pour que le Gouvernement, lui aussi, soit très sensible à améliorer des itinéraires routiers qui sont encore insécurisés, parce qu'on a les routes à deux voies, puis à trois voies, puis à quatre voies. C'est moins les autoroutes qui sont en cause, que toute une série de routes secondaires sur lesquelles, il faut faire porter vraiment un gros effort d'investissements, pour la sécurité."

Mais on va vous renvoyer au département, à la décentralisation ?

- "Mais honnêtement, j'en suis d'accord, à condition qu'il y ait des péréquations. Mais je reconnais que moi-même, président de Conseil général, je fais de plus en plus porter mes investissements routiers sur les investissements de sécurité. Alors, voilà, ce serait tellement merveilleux si l'année prochaine, au lieu d'avoir 2000 morts et 8000 jeunes de 18 à 25 ans, blessés gravement, quelquefois atteints pour le reste de leur vie, pouvait enfin sortir de ce drame national, qui est le seul en Europe à avoir ces dimensions."

Autre question, le budget vient d'être adopté définitivement cette nuit. Les socialistes parlent de budget dangereusement virtuel. On voit mal en effet comment il pourrait être tenu, puisque personne n'ose imaginer que la croissance sera de 2,5 %, comme le prévoyait le budget initial. D'ailleurs, il y a déjà une loi de finances rectificative, qui a été adoptée. Et on nous annonce un plan d'austérité, des gels de crédits, vous êtes un peu inquiet pour la conjoncture de l'année prochaine ?

- "D'abord, j'objecterais, à ces procureurs que veulent être les socialistes, qu'effectivement, si on avait prévu un tel déficit à France Télécom - ils pourraient peut-être, être un peu plus modestes..."

- Il n'y a pas que France Télécom quand même ? "

- "Non, mais il y a quand même toute une série de choses qui n'ont pas été faites pendant la période des vaches grasses. Et, justement, nous allons essayer maintenant, de nous donner les moyens, même en cas de difficultés économiques mondiales - ce qui est le cas aujourd'hui, la croissance mondiale est faible -, de pouvoir piloter ce pays en ayant réduit certaines dépenses, ce que j'appelle "le train de vie". Et, ça, premièrement notre Commission des finances à l'Assemblée nationale, et notamment nos commissaires UMP vont faire du contrôle, dès le début janvier, de la dépense publique, pour essayer de voir¿"

Comment cela ?

- "Tout simplement, en surveillant un petit peu comment chaque ministère gère ses crédits, et ne pas attendre le mois qui précède le budget..."

Est-ce qu'on annonce toujours, des évaluations ?

- "Mais là, on va se donner les moyens.

Comment ?

- "Je vous donne un exemple : nous allons demander à l'Assemblée nationale, d'accepter le principe d'une commission de contrôle sur la manière dont nos entreprises publiques ont été gérées, dont les tutelles de l'Etat se sont exercées pour éviter de tomber demain, à nouveau, dans les pièges qui ont été tendus par l'inaction¿"

Vous visez qui ? France Télécom ?

- "Non, on ne va pas faire des règlements de comptes. On veut simplement comprendre comment, dans l'avenir, nos grandes entreprises publiques peuvent être mieux gérées. Et puis, nous évoquerons aussi les pollutions maritimes, mais nous allons faire du contrôle."

Avec une commission d'enquête ?

- "Oui. Je crois que c'est ça aussi notre mission. Ce n'est pas simplement de faire des textes - on en fait presque un peu trop, je dois le dire -, mais c'est de contrôler et de faire en sorte que, dans la sphère publique, on continue certes à apporter un bon service public, mais à un meilleur coût pour le contribuable. Mais je pense, personnellement, que le gouvernement - et J.-P. Raffarin en a la volonté et la détermination -, [a à] faire en sorte que l'argent public soit vraiment très bien utilisé. C'est capital, ça. Et puis j'ajoute que, malgré tout, dans ce budget, il y a la poursuite - très modeste, mais tout de même une poursuite - de la baisse de l'impôt. Et puis, il y a un certain nombre de mesures sur les donations par exemple que peuvent faire les grands-parents, à leurs petits-enfants."

Il y a une autre, un autre débat, une polémique même autour de l'Etat impartial. C'est la nomination du nouveau patron de la Caisse des Dépôts qui a suscité ce débat. Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux, carrément dire que, quand la couleur politique du gouvernement change, on change un certain nombre de personnalités, plutôt que de se retrancher derrière l'impartialité ?

- "Mais c'est la rotation normale, puisque, a très bien répondu le Premier ministre, c'est qu'il y a un certain nombre de hauts fonctionnaires qui ont servi le gouvernement Jospin, qui ont, aujourd'hui, des responsabilités nouvelles, différentes dans la France d'aujourd'hui. Donc c'est une rotation. C'est vrai, vous avez raison, il ne faut pas être hypocrite, dans chaque changement politique il y a évidemment une nécessité, aussi, de modifier un peu les équipes. L'essentiel, c'est de ne pas se montrer, je dirais intolérant, vis-à-vis des personnes. Il faut que les gens puissent retrouver d'autres responsabilités. Mais il est logique qu'un gouvernement, notamment sur des points stratégiques, accepte de changer un certain nombre de directeurs, de hauts responsables. Il ne s'agit pas de les mettre au placard."

Avant de conclure, un mot sur le groupe UMP, qui a montré, qui a eu du mal à se mettre en place. Il y a beaucoup de sensibilités, il est nombreux, et puis maintenant, il a démontré qu'il sait aussi être turbulent et refuser parfois de s'incliner. Comment est-ce qu'on dirige un groupe aussi nombreux ?

- "Moi je trouve que ces six mois ont été très fructueux. On a appris à vivre ensemble, à débattre. Et le mercredi matin, quand nous nous réunissons tous, je crois que nos différences nous permettent, justement, de mieux appréhender les problèmes, de pouvoir arriver à une synthèse, à une convergence."

Pas trop massif, ce groupe ?

- "Mais non, parce qu'enfin, nous pesons face à un gouvernement qui sait qu'il a en face de lui un groupe très représentatif, puisque nous avons la majorité absolue, et qu'il est obligé, en quelque sorte, de tenir vraiment compte de ce groupe parlementaire, qui le soutient certes, mais qui doit, en même temps, se montrer exigeant vis-à-vis de lui. Moi, je trouve cette expérience passionnante."

En un mot, est-ce que le groupe a fait plier le gouvernement sur certaines [choses] ?

- "Nous avons infléchi les choses, c'est clair. Le Gouvernement sur certains textes socialistes, voulait suspendre a minima : on lui a demandé d'en suspendre un peu plus. Et puis, bien sûr, on est en train de préparer les démarches nouvelles, les démarches novatrices - puisqu'on travaille ; il y a plein de groupes de travail. Donc, je suis convaincu que nous allons vers une législation, une législature très passionnante avec un Parlement qui va, enfin, être pris très au sérieux par un Gouvernement qui mesure sa chance, mais aussi l'exigence que nous représentons."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 décembre 2002)

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