Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à M6 le 30 décembre 2002, sur la politique de sécurité routière et les jeunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à M6 le 30 décembre 2002, sur la politique de sécurité routière et les jeunes.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, LA VILLARDIERE Bernard de.

FRANCE. Premier ministre

ti : Bernard de la Villardière. - Bonsoir, Monsieur le Premier Ministre.

Jean-Pierre Raffarin - Bonsoir.

Bernard de la Villardière - Merci de nous accueillir dans ces salons de Matignon. Vous savez que les fins d'année, ce sont les heures des bilans, on fait les bilans en cette fin d'année 2002. En matière d'insécurité routière, c'est vrai que le bilan n'est pas bon : plus de 8 000 morts, 150 000 blessés, 10 000 blessés handicapés à vie. C'est un bilan, encore une fois, qui n'est pas bon. M6, vous le savez, est la chaîne qui s'est le plus mobilisée depuis quelques années en matière d'insécurité routière, pour lutter contre l'insécurité routière à travers des magazines comme " Zone Interdite ", comme " Ca me révolte ", à travers les " 6 Minutes ", les décrochages régionaux. Il y a en ce moment sur la chaîne des courts métrages qui ont été réalisés par des jeunes pour lutter contre l'ivresse au volant et sensibiliser les jeunes, ce n'est pas facile d'ailleurs de sensibiliser les jeunes. Et je vais profiter du fait aussi que nous sommes à la veille du réveillon, de cette nuit du réveillon qui est festive, qui est aussi mortelle, pour vous demander de bien vouloir faire passer un message d'incitation à la prudence peut-être à l'égard des jeunes.

Jean-Pierre Raffarin - Oui, je dis aux jeunes, la fête, c'est la vie. La vie, c'est ton visage. Ta vie, elle est importante pour toi, elle est importante pour tes proches, pour tes amis, pour ta famille, elle est très importante. Alors, protège-la. La vie, c'est ton visage. Et l'ennemi numéro un, l'ennemi public numéro un, c'est la vitesse. Tous les drames viennent de la vitesse. L'alcool accélère la vitesse. L'excès de vitesse est la source de drames multiples. Merci aux médias qui se mobilisent. Merci notamment à M6 de cette mobilisation puisque les statistiques sont meilleures depuis quelques semaines. La semaine de Noël, par exemple, on a vu une baisse des accidents de moins 25 %. C'est un petit résultat bien modeste parce que nous sommes dans une crise nationale. Mais avant, un accident, c'était un drame national et puis c'était une statistique nationale. Aujourd'hui, ça reste un drame personnel. Mais il faut aussi qu'un accident, ce soit un drame national, c'est une affaire de conscience collective, mais aussi de responsabilité personnelle.

Bernard de la Villardière - On voit bien que cela vous tient à c¿ur. D'ailleurs, vous avez une jeune fille de 20 ans qui est exposée à ces risques comme tous les jeunes de ce pays¿

Jean-Pierre Raffarin - J'ai les inquiétudes de tous les parents.

Bernard de la Villardière - Un tiers des victimes des accidents de la route sont des jeunes entre 18 et 25 ans alors qu'ils ne représentent que 10 à 15 % de la population, donc vous êtes sensibilisé. On sent bien que c'est une des priorités de votre gouvernement, vous l'avez dit à plusieurs reprises, le président de la République s'est exprimé sur ce point, mais vous savez que vous avez du boulot parce que 9 Français sur 10 estiment, d'après les sondages, qu'ils sont de bons conducteurs.

Jean-Pierre Raffarin - Oui, c'est la difficulté de ce sujet. C'est que finalement, il n'y a pas d'un côté les chauffards et de l'autre côté les bons conducteurs. C'est chacun de nous, à un moment. On peut être chauffard parce qu'on est grisé par la vitesse, parce qu'on est imprudent, parce qu'on n'a pas attaché sa ceinture, parce qu'on ne respecte pas le code. Chacun, par son imprévoyance, par quelquefois sa légèreté, peut être chauffard. Donc, c'est pour ça qu'il faut une conscience collective pour qu'on respecte les règles, mais aussi un engagement personnel pour qu'on soit attentif à son comportement. Et le bon conducteur peut, à un moment, faire l'erreur fatale. C'est pour ça que je dis vraiment que la vitesse, c'est l'ennemi numéro un parce que toute erreur n'est pas forcément fatale quand on ne va pas vite. Mais dès qu'on va vite, l'erreur est fatale. C'est pour ça que chacun doit se sentir responsable de son comportement parce qu'il y a ce que nous faisons, les responsabilités que nous assumons, les fautes qui sont celles des chauffards. Et puis, il y a 55 % des victimes qui, elles, n'ont rien fait, qui ont eu comme seul tort d'être là au moment où un chauffard passait. 55 % d'innocents parmi ces 8 000 morts, c'est quelque chose de révoltant, quelque chose qui exige la mobilisation publique.

Bernard de la Villardière - Vous avez aggravé les sanctions devant les tribunaux, mais aussi en matière de retrait de points du permis pour conduite en état d'ivresse, pour homicide involontaire également. On risque jusqu'à dix ans de prison pour homicide involontaire notamment en cas de récidive. Qu'est-ce qui est, dans ce que vous avez pris comme mesure, la mesure qui vous semble la plus spectaculaire, celle qui vous tient le plus à c¿ur ?

Jean-Pierre Raffarin - C'est l'automaticité de la sanction. Contrôle sanction, lien direct. Vous êtes contrôlé, vous serez sanctionné¿

Bernard de la Villardière - On vous retire votre permis ?

Jean-Pierre Raffarin - Car on pourra avoir directement le retrait du permis de conduire ou une contravention.

Nous allons installer un certain nombre d'appareils, mille très prochainement, sur les points noirs et vous serez identifié au moment où vous commettrez l'infraction, et directement vous recevrez l'amende, et vous recevrez la sanction directement. Cela va alléger l'ensemble du dispositif de justice qui est encombré par ce type de délits, ce qui fait que, finalement, nous avons une justice qui est trop lente. Nous allons rendre le contrôle et la sanction automatiques. Donc, là, il ne sera plus possible d'échapper. Je l'ai dit, " Pas vu, pas pris ", ça n'existera plus. On aura eu un excès de vitesse, on sera sanctionné, avec une sanction qui sera très lourde puisqu'on va augmenter le nombre de points pour la vitesse et pour l'alcoolémie. Pour l'alcoolémie, le conducteur novice se verra retirer dès la première infraction, son permis, s'il est en situation " d'état d'ivresse " c'est-à-dire au-delà des 0,5. Donc là, nous avons une sévérité qui est renforcée, même si nous allons aussi développer la prévention pour que l'on informe davantage sur les risques, mais aussi sur les bons comportements et les bonnes pratiques.

Bernard de la Villardière - Alors justement, à ce titre vous parliez tout à l'heure des jeunes. Les jeunes pensent volontiers que la mort c'est pour les autres, ils pensent aussi souvent que la sanction c'est pour les autres. Alors, en matière de prévention, de formation, qu'est-ce que vous comptez faire ? Notamment pour leur donner conscience du danger, ce qu'ils n'ont pas toujours d'après les psychiatres, à cet âge-là.

Jean-Pierre Raffarin - D'abord un travail éducatif, dans l'éducation. Le trajet domicile-école est très meurtrier. Il faut que l'Education nationale se mobilise pour aider à la prise de conscience de la sécurité routière pour aller à l'école. Et puis il y a aussi toute la formation pour le permis, permis probatoire. Une formation qui d'abord, naturellement, consiste à apprendre les règles du code mais aussi une formation qui apprend à connaître toutes les nouvelles technologies, aujourd'hui qu'il y a dans une voiture, qu'il y a sur une mobylette. On a des outils perfectionnés mais il faut bien pouvoir les maîtriser ces outils, il ne faut pas que la technique possède l'homme, il faut que l'homme possède la technique. Et puis aussi, il faut apprendre à mieux se connaître soi-même, à voir comment on réagit dans les circonstances difficiles, apprendre à anticiper, apprendre à prévoir. Sur la route, tout peut se passer, il faut y être très attentif. Au fond, la sécurité routière c'est une affaire collective qui concerne évidemment les pouvoirs publics mais c'est aussi une affaire personnelle, un engagement de chacun.

Bernard de la Villardière - Vous en faites une des priorités de votre action, c'est la raison pour laquelle d'ailleurs vous avez accepté notre invitation dans " Zone interdite ", la semaine prochaine, dimanche prochain, qui sera consacrée à l'insécurité routière.

Jean-Pierre Raffarin - Je ne fais que suivre les orientations du président de la République, sur ce sujet.

Bernard de la Villardière - Il me reste à vous souhaiter bonne année.

Jean-Pierre Raffarin - Bonne année à tous, et surtout, bonne santé sur la route.

Bernard de la Villardière - Merci à tous. Rendez-vous donc dimanche prochain dans " Zone interdite ", et bonne soirée sur M6. Merci d'avoir été avec nous.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 31 décembre 2002)

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