Point de presse de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur l'aide du G8 à la Russie, le souhait de M. Bush de voir écarter Yasser Arafat de la présidence de l'Autorité palestinienne, l'augmentation de l'aide au développement de l'Afrique et sur l'utilisation de la vidéoconférence à l'occasion du G8, Kananaskis, le 26 juin 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur l'aide du G8 à la Russie, le souhait de M. Bush de voir écarter Yasser Arafat de la présidence de l'Autorité palestinienne, l'augmentation de l'aide au développement de l'Afrique et sur l'utilisation de la vidéoconférence à l'occasion du G8, Kananaskis, le 26 juin 2002.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Réunion du Groupe des Huit à Kananaskis (Canada) les 26 et 27 juin 2002

ti : LE PRESIDENT - Mesdames, Messieurs, j'aurais personnellement souhaité que vous soyez plus nombreux, mais la loi est la loi. Et je m'adresse donc à la fois à vous, présents dans cette salle, et aussi à vos confrères qui sont à Calgary, et que je tiens à remercier d'avoir, malgré des conditions de travail pas faciles, accompagné ce sommet.

Un sommet qui, dans l'esprit du Premier Ministre canadien, et, me semble-t-il, à juste titre, a voulu revenir un peu aux origines. C'est-à-dire retour à l'esprit de Rambouillet, une réunion simple, avec peu de collaborateurs, un peu intime, ce qui facilite naturellement le contact. Et, nous l'avons vu aujourd'hui, le contact est beaucoup plus efficace. Mais ce qui ne facilite pas, c'est un fait, la médiatisation.

Hier, j'ai eu un entretien avec le Premier Ministre du Canada. Puis nous avons eu ce matin la séance de travail qui a commencé par un accord sur la poursuite et l'achèvement de l'annulation des dettes des pays les plus pauvres et je me réjouis des décisions qui, dans ce domaine, ont pu être prises. De même que sur la reconstitution des ressources de l'AID.

M. POUTINE est arrivé. Avant, nous avions évoqué longuement entre nous le problème de l'aide qui doit être apportée à la Russie et aux anciens pays de l'Union soviétique pour éviter les dangers de cet ensemble qui vieillit, et qui est celui de la Russie et des pays qui l'entourent, sur le plan nucléaire et la nécessité d'aider ces pays à sortir de cette situation difficile. En même temps, d'éviter les risques du terrorisme nucléaire, bactériologique, chimique, radiologique qui peut émaner de cette situation.

Nous en parlerons cet après-midi avec M. POUTINE, mais nous sommes décidés à faire un effort important pour aider les Russes à maîtriser ce danger.

Voilà les principaux points que nous avons évoqués ce matin avec aussi, c'est vrai, la lutte contre le terrorisme et notamment le rôle d'impulsion que le G7 doit jouer dans ce domaine aussi bien à l'ONU que dans le cadre de la coopération pour la lutte contre le financement du terrorisme, ce sur quoi nous avons fait des progrès importants, et aussi le renforcement de la sécurité pour les transports et notamment les transports aériens et les transports maritimes.

Nous allons maintenant avoir un déjeuner au cours duquel nous évoquerons avec le Président POUTINE les principaux problèmes que je viens de mentionner.

QUESTION - M. le Président, je sais que vous allez en discuter un peu plus tard dans la journée, mais je voulais savoir si vous considérez Yasser ARAFAT toujours comme un interlocuteur légitime ou, au contraire, si vous pensez comme le Président BUSH qu'il doit être écarté et laisser la place à de nouveaux dirigeants ?

LE PRESIDENT - Je n'ai pas besoin de vous dire que j'ai écouté avec beaucoup d'intérêt le discours que vient de tenir le Président BUSH. Et j'ai d'ailleurs relevé avec satisfaction la visite prochaine, la mission prochaine du Secrétaire d'Etat Colin POWELL dans la région. Sur le fond, le Président des Etats-Unis a rappelé un certain nombre des éléments, je dirais, incontournables d'une solution. Nous les avions très exactement mentionnés dans la conclusion de nos travaux au sommet européen de Séville : la lutte contre le terrorisme, naturellement, mais aussi la fin de l'occupation, l'arrêt de la colonisation, la création d'un Etat palestinien viable et démocratique vivant en paix, en paix garantie à côté de l'Etat d'Israël.

Nous avions souligné à Séville que ce processus impliquait de façon absolument nécessaire la reprise du dialogue politique, d'où l'importance que nous attachions dans nos conclusions de Séville au lancement de la conférence internationale que les Américains eux-mêmes avaient évoquée il y a quelque temps. Parce que c'est par la négociation d'un règlement de paix, c'est par une réunion, un dialogue, une concertation dans le cadre d'une conférence internationale que pourra réellement s'élaborer un réglement de paix. Et la reprise d'un processus politique est évidemment le meilleur moyen de mettre fin à la violence.

Alors, à partir de là, vous me posez la question sur le Président Yasser ARAFAT, que d'ailleurs le ministre français des Affaires étrangères vient de rencontrer hier. Pour ce qui concerne le Président de l'Autorité palestinienne, il appartient naturellement au peuple palestinien et à lui seul de choisir ses représentants.

Alors, je crois peut-être qu'on peut prendre une question venant de Calgary, d'après ce que j'ai compris.

QUESTION - Je voulais vous demander si vous escomptiez un accord avec vos partenaires sur la décision de consacrer la moitié de l'aide supplémentaire décidée à Monterrey, en mars dernier, pour l'Afrique ?

LE PRESIDENT - Je vous remercie de revenir au coeur de notre débat. Je voudrais en effet rappeler que ce sommet, c'est d'abord et avant tout le sommet de l'Afrique. Et ça, c'est un événement d'une portée considérable, c'est la première fois qu'au niveau des nations qui, ensemble, représentent quelque 70 % du produit intérieur brut mondial, c'est la première fois que l'on prend conscience de l'impérieuse nécessité d'apporter à l'Afrique une aide pour sortir de ses difficultés, en matière de développement en particulier, mais aussi de bonne gouvernance, de démocratie, etcà

Je crois que nous arriverons à quelque chose de très positif, aujourd'hui et demain, qui sera d'ailleurs le coeur substantiel des débats du prochain G8 sous présidence française, et, dans ce contexte, l'une des questions que nous nous posons, et que la France souhaite voir régler, c'est l'affectation de la moitié des sommes dégagées par les engagements pris à Monterrey d'augmentation de l'Aide Publique au Développement, la moitié pour l'Afrique.

Je crois que ce serait d'abord légitime, que ce serait raisonnable et juste et que ce serait l'un des signes forts que nous pouvons donner quant à notre volonté de soutenir et de développer cette action qu'on appelle le NEPAD et dont la philosophie consiste, vous le savez, à substituer une politique de partenariat à une politique traditionnelle d'assistance.

Alors, je pense que nous aurons l'accord tel que la France le demande avec beaucoup d'insistance sur ces 50 %. Je ne peux pas vous le garantir encore, nous le saurons demain soir, mais la France sera dans ce domaine très insistante.

QUESTION - Monsieur le Président, excusez-moi de revenir au Proche-Orient mais il semble clair dans le discours de George BUSH que les Etats-Unis mettent comme préalable au processus politique que vous mentionniez un départ de Yasser ARAFAT de toute forme de pouvoir. Est-ce que cela sembleà

LE PRESIDENT - Je vous ai dit, cher Monsieur, ce que j'avais à dire sur le Moyen-Orient et je vous ai dit également que le coeur de nos préoccupations, aujourd'hui, c'est l'Afrique. Est-ce qu'il y a une autre question venant de Calgary ?

QUESTION - Monsieur le Président, bonjour. Est-ce que, là vous nous parlez par vidéo interposée, est-ce que cela vous donne des idées pour les prochains G8 ?

LE PRESIDENT - C'est un peu prématuré. La question est intéressante. C'est un peu prématuré de le dire, mais je crois que nous serions bien inspirés, dans les relations internationales, d'utiliser davantage les possibilités que donnent les nouvelles technologies. Alors, j'entends bien que, dans les relations internationales, il y a une part importante qui tient aux contacts humains, personnels, que l'on peut avoir les uns avec les autres, la connaissance de l'homme, de ses réactions, de son regard, de son sourire. C'est très important, et naturellement c'est mal retranscrit sur des écrans. Mais, en revanche, l'économie de temps que l'on peut escompter d'une utilisation plus systématique, dont j'ai d'ailleurs fait déjà l'expérience, de la vidéo conférence, me paraît prometteuse. Donc il faut aller dans cette direction, me semble-t-il. Avec un peu de prudence, mais dans cette direction. Voilà, pas d'autre question ?

Je vous remercie.

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