Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le développement des relations entre la France et le Vietnam, notamment sur le plan économique et universitaire, Paris le 28 octobre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le développement des relations entre la France et le Vietnam, notamment sur le plan économique et universitaire, Paris le 28 octobre 2002.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Visite officielle de M. Tran Duc Luong, président du Vietnam, en France du 28 au 31 octobre 2002

ti : Monsieur le Président,
Madame,


C'est pour moi un très grand plaisir de vous accueillir ce soir. Votre première visite en France est aussi la première visite d'Etat d'un Président de la République socialiste du Vietnam depuis que nos deux pays, en 1973, établirent leurs relations diplomatiques. C'est dire la dimension historique, Monsieur le Président, de votre présence à Paris.

J'ai toujours en mémoire ces instants inoubliables, quand, il y a tout juste cinq ans, Hanoi a magnifiquement organisé le 7e Sommet de la Francophonie. Ce furent, pour moi et pour toutes celles et tous ceux qui m'accompagnaient, des moments de grande émotion. Emotion devant tant de témoignages d'amitié de la part du peuple vietnamien. Emotion d'une rencontre avec la société vietnamienne, héritière d'une très longue histoire, dépositaire d'une civilisation brillante ; une société qui veut bâtir sur ses valeurs millénaires la prospérité et la modernité ; une société qui sans rien oublier du passé s'engage pleinement dans la grande aventure du XXIe siècle.

L'histoire de nos relations est à jamais gravée dans la mémoire de nos peuples. Elle fut souvent heureuse et parfois cruelle. Je pense, bien sûr, aux plaies de l'affrontement colonial qui, avec le temps finissent par se refermer. Un demi-siècle s'est bientôt écoulé. Nous pouvons aujourd'hui, à l'heure de l'amitié retrouvée, regarder le passé ensemble. Je pense aussi aux temps difficiles qui, avant 1975, précédèrent l'édification de la République socialiste du Vietnam et durant lesquels la France n'a cessé d'oeuvrer pour la paix et l'unité du pays. En janvier prochain, vous fêterez les trente ans des Accords de Paris qui ont mis fin aux déchirements du Vietnam.

Non, rien de ce qui touche le Vietnam et son destin n'est indifférent à la France. Au fond, Vietnamiens et Français se ressemblent. Ils ont commencé de cultiver au même moment, il y a mille ans, ce sentiment national qui a pris chez nous les traits d'une Jeanne d'Arc, quand, en même temps, le grand lettré Nguyen Trai ("Tchay") incarnait le patriotisme vietnamien. Ils partagent un attachement profond à leur identité qui puise dans une brillante tradition universitaire, le même culte de la langue et du savoir. Tandis que le Temple de la Littérature, première université du Vietnam, voyait le jour à Hanoi, la Sorbonne, à Paris, accueillait ses premiers étudiants. Nos deux peuples ont ainsi forgé dans leur histoire, un caractère indépendant et farouche, une volonté de défendre l'essentiel, c'est-à-dire : leurs valeurs, leurs traditions, leur âme, pour laquelle vous et nous avons dû mener si souvent un rude combat.

Nous vivons aujourd'hui dans un monde de dangers et de menaces, mais aussi de progrès et d'espoir. Un monde où nous avons besoin de dialogue et de respect de l'autre pour prévenir la confrontation et la violence. Un monde où chacun doit évoluer très vite, sans perdre son identité dans le tourbillon du mouvement.

La mondialisation impose partout une modernisation de la société et des institutions. C'est le sens des efforts qu'a engagés le Vietnam en s'ouvrant au monde, en modernisant sa société, en sollicitant davantage l'initiative individuelle et en mobilisant sa jeunesse, nombreuse et talentueuse. Il faut être toujours plus audacieux. Partout, les sociétés doivent en effet accomplir des progrès, gagner en dynamisme, libérer les énergies, susciter l'engagement de tous et de chacun, favoriser le progrès collectif et l'épanouissement individuel. Partout, les schémas volent en éclats. Partout, l'on cherche à s'affranchir des rigidités pour inventer une nouvelle relation de l'homme à la société, à son environnement et au monde.

Monsieur le Président,

Parce qu'elle est ancienne et privilégiée, parce qu'elle est riche et forte, la relation entre le Vietnam et la France constitue un socle solide sur lequel nous pouvons bâtir le partenariat de l'avenir.

Un partenariat politique tout d'abord. Votre pays est aujourd'hui l'un des membres les plus actifs de l'ASEAN et s'affirme dans le concert des nations. Sa voix est entendue. Et, je me réjouis que sur l'essentiel, l'organisation et l'équilibre du monde, la consolidation du rôle des Nations Unies, le dialogue entre l'Asie et l'Europe, nos positions soient souvent si proches.

Nous devons resserrer encore nos liens. Renforcer notre dialogue, lui donner une intensité nouvelle ; nous concerter plus régulièrement ; multiplier les passerelles à tous les niveaux, et d'abord entre nos parlements ; nous appuyer davantage sur le dynamisme de nos collectivités locales et des ONG.

Notre partenariat est aussi porté par les femmes et les hommes dont l'histoire personnelle rapproche nos pays. La présence en France d'une nombreuse communauté vietnamienne, ou d'origine vietnamienne, particulièrement active, et dont je rencontre régulièrement les représentants, constitue pour nous un formidable atout. Elle doit savoir combien chacun en France mesure et apprécie sa vitalité, sa créativité, sa volonté exemplaire, de s'intégrer dans le respect profond de ses propres traditions. Enfin, toutes ces familles françaises, candidates à l'adoption, et qui se tournent vers le Vietnam, manifestent cette affinité naturelle entre nos deux peuples. Dans ce domaine, nous devons poursuivre nos efforts, aplanir les difficultés, bref, donner toute sa force à ce lien précieux qui traduit notre attachement commun à la place des enfants et au rôle des familles dans la société.

Aujourd'hui, ces liens historiques, politiques et humains contribuent à un partenariat économique équilibré et solidaire. La France est ainsi l'un des premiers partenaires du Vietnam dans le domaine de l'aide publique au développement et de l'investissement. C'est dire, Monsieur le Président, notre confiance dans l'avenir de votre pays. Pour reprendre votre formule, je souhaite que la France soit "la tête de pont de l'Europe en Asie du Sud-Est", que notre coopération reste innovante, au service de vos priorités. J'espère aussi que nos échanges commerciaux se rééquilibreront et que davantage d'entreprises françaises recevront chez vous un accueil permettant de mener à bien les projets utiles à votre développement.

Votre croissance, votre développement, la France les soutient aussi, par son action diplomatique comme par ses projets d'aide. Elle appuie résolument la candidature du Vietnam à l'Organisation Mondiale du Commerce. Cette candidature est un défi pour le Vietnam, au moment où il doit absorber à la fois le choc de la compétition extérieure et celui de la modernisation intérieure. Je suis sûr qu'il saura le relever avec succès, comme il saura conclure ses discussions avec l'Union européenne. Là encore, la France, Monsieur le Président, est avec vous.

Enfin, s'il est un volet naturel de notre partenariat, s'il est un champ évident de notre engagement conjoint, c'est bien sûr l'affirmation et le respect de la diversité culturelle. A Copenhague, il y a quelques semaines, à Beyrouth, il y a quelques jours, le dialogue des cultures et des civilisations a été au coeur de nos discussions. Quel meilleur exemple de ce dialogue que celui du Festival de Hué, dont les succès nous réjouissent !

L'appartenance à la famille francophone, est pour le Vietnam un gage d'avenir. Vous souhaitez, Monsieur le Président, que la France soit "l'un des centres de formation des ressources humaines du Vietnam ".

Nous partageons cette ambition. L'éducation occupe d'ailleurs la première place dans notre coopération bilatérale : plus de 1.600 jeunes Vietnamiens étudient en France ; plus de 150 accords lient nos universités ou nos centres de recherche ; le nombre de visas pour études a presque doublé depuis un an à Hanoi, tandis que de vastes programmes de bourses et de formations ont été lancés et développés. Economie, gestion, recherche, sciences humaines et sociales, coopération juridique, autant de domaines où les savoirs francophones sont mis au service du développement du Vietnam. Un renforcement de l'enseignement de la langue française dans les écoles vietnamiennes nous permettrait, Monsieur le Président, d'aller plus loin encore. Le projet d'une université française du Vietnam implantée à Ho Chi Minh-Ville, fondé tout à la fois sur l'initiative privée et le partenariat public, en serait l'emblème éclatant. Travaillons la main dans la main pour que ce superbe projet voie bientôt le jour !

Monsieur le Président,

Parce qu'ils sont unis par les liens de l'esprit et du coeur, le Vietnam et la France peuvent accomplir ensemble de grandes choses. Il y a tout juste un mois, à Copenhague, nous avons décidé d'organiser le prochain Sommet Europe-Asie chez vous, à Hanoi. Puisse-t-il exprimer plus concrètement, avec plus d'ambition encore la communauté de destins entre nos continents ! Et puisse notre partenariat historique et exemplaire en être le moteur !

Je vais maintenant, Monsieur le Président, lever mon verre. Je le lève en votre honneur et en l'honneur de Madame Nguyên-Thi-Vinh, à qui je présente mes très respectueux hommages.

Je le lève en l'honneur des hautes personnalités, qui nous font ce soir l'amitié de leur présence. Je le lève en l'honneur du Vietnam et du peuple vietnamien qui nous est si proche et à qui je souhaite bonheur et prospérité. Je bois à la grande amitié entre le Vietnam et la France.

Vive le Vietnam et Vive la France !

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