Déclaration de M. Léon Bertrand, secrétaire d'Etat au tourisme, sur la situation du tourisme en France et sur les mutations profondes qui se profilent dans ce secteur d'activité, Chamonix le 13 décembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Léon Bertrand, secrétaire d'Etat au tourisme, sur la situation du tourisme en France et sur les mutations profondes qui se profilent dans ce secteur d'activité, Chamonix le 13 décembre 2002.

Personnalité, fonction : BERTRAND Léon.

FRANCE. SE au tourisme

Circonstances : Clôture des 4èmes sommets du tourisme à Chamonix

ti :
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


Je suis heureux de conclure ces 4e sommets du tourisme consacrés aux nouveaux liens entre tourisme et culture et je vous remercie, Monsieur le Président de me l'avoir proposé.

Je crois que l'ensemble des thématiques abordées au cours de ces trois jours expose avec justesse l'objectif que nous devons nous donner en tant qu'acteurs du monde du tourisme.

Secteur économique florissant, facteur de développement économique et social, le tourisme n'est cependant pas exempt de critiques et nous devons les prendre en compte. Aujourd'hui, la question de la durabilité des activités humaines est centrale dans la conduite des politiques publiques. Le domaine du tourisme est caractéristique des enjeux qu'elle sous-tend.

Mon approche, en tant que responsable de ce secteur au sein du Gouvernement, s'articule autour de trois convictions :

- Tout d'abord, le tourisme est un secteur économique majeur en France et dans le monde, en passe de devenir la plus importante ;

- On constate cependant une certaine vulnérabilité de ce secteur et la volatilité de ses fondements socioculturels nous interrogent sur son évolution ;

- Enfin, la mise en oeuvre des principes du développement durable doit nous permettre de conforter ce secteur et d'affronter les défis qui nous attendent, car ces principes favorisent une approche globale ;

C'est pourquoi je m'implique de manière très volontaire dans le chantier sur le développement durable qui vient d'être lancé par le Premier ministre et dont je vous parlerai en dernière partie de mon intervention.

Je vais, tout d'abord, vous brosser à grands traits la situation du secteur dont j'ai la charge et sa place parmi les économies touristiques mondiales.

Notre pays a conservé, en 2001, son rang de 1ère destination au monde. Malgré les événements internationaux du 11 septembre 2001, nous avons accueilli 76,5 millions de visiteurs.

Notre tourisme est la 1ère industrie française, avec 15,2 milliards d'euros en 2001, représentant 7% du PIB.

Nous pouvons être fiers de rappeler ces excellents résultats.

Les clientèles étrangères sont restées fidèles à notre pays et les résultats enregistrés dans le secteur de l'hôtellerie sont globalement stables : durant les 9 premiers mois de l'année 2002, le nombre de nuitées est quasi identique à celui enregistré à la même période de l'année précédente.

Mais nous devons rester vigilants.

Les tragiques attentats sur l'île de Bali nous rappellent, une nouvelle fois, l'extrême fragilité de l'économie touristique.

A cet égard, il est nécessaire de renforcer notre présence internationale.

Nous devons poursuivre nos efforts de promotion de l'image de la France auprès de nos voisins européens, notamment parce qu'ils compensent en partie la baisse de la clientèle américaine et asiatique.

Je souhaite donc, d'une part, amplifier la promotion de notre pays, en liaison avec Maison de la France et, d'autre part, utiliser au mieux nos réseaux diplomatiques pour promouvoir l'image de la France à l'étranger. J'ai notamment participé à la Conférence des Ambassadeurs au mois d'août dernier et ceux-ci sont désormais mieux acquis à l'idée que le tourisme français est une composante de la politique extérieure et qu'il constitue un enjeu économique majeur.

Par ailleurs, j'entends re-dynamiser les accords de coopération qui nous lient à de nombreux pays sur la dimension essentielle que représentent la coopération et l'exportation de nos savoir-faire touristiques.

Ces quelques exemples illustrent la nécessaire recherche que doit conduire de notre secteur touristique pour renouveler ses ressources et s'ouvrir vers de nouvelles opportunités.

En effet, les perspectives, même à court terme, sont de plus en plus difficiles à prévoir face aux tensions internationales.

Par ailleurs, aujourd'hui, le secteur du tourisme connaît de profondes mutations. Sous l'effet de la mondialisation, de la construction européenne et des stratégies économiques, les regroupements dans le secteur touristique se multiplient. Les agences de voyages, les systèmes de réservation, les transports, l'industrie hôtelière sont à l'heure des partenariats et des fusions.

Les nouvelles technologies engagent le tourisme dans une nouvelle ère, celle de l'information interactive, de la promotion et de la distribution en ligne. La maîtrise de cet outil est incontournable.

Si l'offre se réorganise, la demande des consommateurs touristiques elle aussi évolue. Elle se caractérise désormais par une exigence accrue en matière de prix et de qualité, et par un comportement opportuniste et imprévisible du voyageur dans le choix de ses destinations.

Plus récemment encore, est apparue une demande de produits touristiques plus respectueux de l'environnement, des cultures et des hommes.

Les touristes accordent, de plus en plus, un grand prix aux valeurs et à l'identité culturelle locale, à l'insertion dans le milieu physique et humain, à une participation aux activités, coutumes et modes de vie des habitants, et à des rapports sociaux enrichissants.

Il importe de prendre en compte ces nouveaux aspects de l'offre touristique et ces nouvelles attentes des clientèles touristiques dans la mise en oeuvre d'une nouvelle politique du tourisme volontariste.

Je suis convaincu que la pérennisation des activités touristiques passe par la concrétisation des principes du développement durable. Les acteurs du secteur du tourisme doivent faire leurs les principes du ménagement des ressources naturelles et culturelles, d'équité sociale et d'éthique de la croissance économique pour assurer leur devenir.

Dans le cadre du développement des réflexions autour de ces problématiques, je tiens tout particulièrement à saluer l'action de votre association, Monsieur le président.

D'une part, les travaux qui se sont déroulés lors de ces rencontres depuis mercredi ont été d'une remarquable qualité. D'autre part, j'observe l'importance de la capitalisation de connaissances qu'a permis l'organisation de cette manifestation depuis 1999 et la structuration du réseau permanent qu'animent vos collaborateurs.

Votre association a pris à bras le corps la thématique ambitieuse du développement durable et je mesure l'étendue du travail accompli.

Il légitime pleinement le soutien que mon secrétariat d'Etat vous apporte et dont je me réjouis. En effet, la tâche qui nous incombe pour renforcer ce secteur et optimiser ses bienfaits pour l'ensemble de la société reste immense.

La réponse aux évolutions qui touchent les activités touristiques, que je rappelai tout à l'heure, ne peut venir, à mon sens, que de la recherche d'un très haut niveau de qualité des prestations, ainsi que, dans le même temps, de l'intégration des principes du développement durable dans les politiques dont dépendent ces activités.

Face à une offre touristique abondante et face à une clientèle toujours plus exigeante, nous devons adopter une politique du tourisme volontariste, qui ne peut se concevoir sans investissements significatifs dans une démarche qualité.

L'un des grands chantiers que je mène est précisément celui-ci.

Mettre en place un véritable Plan "Qualité France" pour le tourisme, qui s'inscrive dans le respect des objectifs de sécurité et des principes de durabilité souhaités par le Président de la République. La qualité est le garant de la continuité des activités et des métiers du tourisme.

Elle correspond également à une forte demande de la clientèle française et étrangère, les comportements changent, nous devons nous adapter.

C'est aussi la qualité qui positionne nos prestations sur le marché pour faire face à la concurrence, notamment européenne ou dans les Caraïbes.

Dans chacun de nos projets nous devons intégrer cette notion, comme le fil conducteur de toute démarche.

Développer un tourisme de qualité, c'est aussi veiller à en assurer la durabilité par une plus grande prise en compte de l'environnement naturel, culturel et social des territoires, dans les politiques qui seront mises en oeuvre.

La France est devenue une référence touristique mondiale en matière de développement durable, mais comme le montrent les nombreux questionnements que j'ai pu relever lors des débats précédents, beaucoup reste à faire.

En effet, phénomène social et source de développement économique, le tourisme est à l'origine de pressions qui peuvent être fortes sur l'environnement si des politiques de régulation ne sont pas mises en oeuvre.

Par ailleurs, 80% de la fréquentation s'effectuant sur seulement 20% du territoire national, mes actions viseront en priorité à équilibrer les flux touristiques entre les différents types d'espaces, en s'inspirant des principes du développement durable : maîtrise des concentrations spatiales et temporelles propres au tourisme, prise en compte des risques naturels, gestion des déplacements,...

Divers champs d'actions sont concernés : le respect de l'environnement par les opérateurs touristiques et les touristes, la gestion des activités par les communautés réceptrices, des emplois attrayants, des vacances accessibles au plus grand nombre.

Dans les stratégies de développement local, l'enjeu d'un partenariat et de la participation des citoyens est décisif pour le développement des activités touristiques. Pour cela, il est nécessaire de rapprocher les partenaires de divers secteurs de la culture, du tourisme, de l'économie, de l'environnement et surtout d'y associer les habitants.

Cette politique basée sur la qualité des équipements et des hommes comme sur la durabilité du développement, devra trouver écho en métropole comme dans nos départements et territoires d'Outre Mer.

Comme vous le savez, au lendemain du sommet mondial du développement durable de Johannesburg, le Président de la République a demandé au Gouvernement de se réunir pour donner "une impulsion décisive" à ce dossier, déterminé à faire de la France un acteur de premier plan du développement durable au niveau mondial.

J'inscrirai bien évidemment mon action future dans le cadre de cet élan né lors du séminaire gouvernemental sur le développement durable qui a eu lieu le 28 novembre dernier sous la présidence du Premier ministre et auquel, bien sûr, j'ai participé. Celui-ci marque la volonté du Gouvernement de placer le développement durable au coeur de l'action publique et de prendre en compte ses conséquences à moyen et long termes.

L'objectif de ce séminaire était de "donner au développement durable une dimension majeure et de l'intégrer dans l'ensemble des politiques publiques". Le gouvernement entend examiner chaque action publique dans sa dimension économique, sociale et environnementale.

La volonté d'intégrer le développement durable dans les politiques publiques implique la mise en place d'une stratégie nationale du développement durable.

Elaborée d'ici le printemps prochain, la stratégie nationale de développement durable permettra de préciser ces objectifs et les axes stratégiques d'évolution dans tous les domaines de l'action publique et j'entends bien que le tourisme y trouve toute sa place. Des plans d'action à l'échelle de 4 ou 5 ans seront finalisés.


Pour la mise en place de cette stratégie, le Président de la République et le Premier ministre ont souhaité restructurer et renforcer l'action de l'Etat et également associer la société civile et les acteurs économiques et locaux à cette démarche. Ainsi seront créés le Comité interministériel pour le développement durable et le Conseil national du développement durable.

Le séminaire gouvernemental a fixé de grands axes pour l'élaboration de la stratégie. Pour 4 d'entre eux, mon ministère aura à jouer un rôle de premier plan. Il s'agit des thèmes suivants : le développement économique et le développement durable ; territoires et développement durable ; information, sensibilisation, éducation, participation et, enfin, l'action internationale.

J'ai décidé de mobiliser l'ensemble de mes services pour contribuer très activement à cet ambitieux défi.

Parallèlement au travail que conduira le comité permanent du comité interministériel du développement durable, j'ai souhaité mobiliser et faire participer une très large représentation des acteurs du tourisme à la réflexion sur le contenu tourisme de cette stratégie.

Il s'agit des associations d'élus, des grandes fédérations représentatives des collectivités locales en matière de tourisme, des professionnels, des associations qui oeuvrent à l'articulation du tourisme et du développement durable, des syndicats nationaux et professionnels, et d'experts relevant de diverses problématiques du secteur.

Ce dispositif vise à améliorer la transparence, l'information et la participation du public aux décisions publiques.

Je profite de l'occasion qui m'est donnée de m'adresser à vous qui représentez une multiplicité de points de vue sur le tourisme, pour vous dire combien je serai heureux de recueillir vos propositions afin d'enrichir encore davantage les réflexions en cours.

En effet, plus qu'un concept, le développement durable est une démarche et j'accorde la plus haute importance à la concertation, seul gage d'un travail de qualité en ce domaine.

Nous avons vu, au cours de ce sommet que le tourisme n'est pas seulement un fait économique, mais qu'il embrasse une étendue considérable du champs social.

Je suis convaincu que l'on peut optimiser ses bienfaits pour l'ensemble de la société et améliorer le sort des individus qui la composent grâce notamment aux retombées des activités touristiques.

L'universalité des aspirations humaines envers le voyage et la découverte est un des moteurs de la mondialisation.

Pour ma part, je pense que la mise en oeuvre d'un développement touristique durable permettra d'infléchir positivement l'évolution de ce monde toujours plus interdépendant.

Je vous remercie.

(Source http://www.tourisme.gouv.fr, le 2 janvier 2003)

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