Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur l'essor de la culture scientifique, notamment dans l'audiovisuel et la diffusion de programmes de télévision scientifiques, Paris le 13 décembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur l'essor de la culture scientifique, notamment dans l'audiovisuel et la diffusion de programmes de télévision scientifiques, Paris le 13 décembre 2002.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Journée Science et Télévision "la République et ses savants" à Paris le 13 décembre 2002

ti : Monsieur le Commissaire européen,
Mesdames, Messieurs,


Depuis de nombreuses années, la science occupe une place contrastée en France. D'un côté, des succès souvent spectaculaires. De l'autre, une défiance par rapport aux progrès de la recherche. Cette défiance prend deux formes principales :

nos concitoyens sont ainsi souvent désarmés face à la montée de grandes interrogations : sur la santé, du sida aux handicaps et maladies liées à la longévité ; sur la sécurité alimentaire ; sur l'environnement ou sur l'approvisionnement énergétique¿
dans le même temps, un certain éloignement par rapport aux acquis de la recherche se lit aussi dans la désaffection croissante que manifestent les jeunes vis à vis des filières scientifiques universitaires. J'ai d'ailleurs choisi d'insister sur ce thème lors de la réunion du G8 consacrée à la recherche, qui vient de se tenir aux Etats-Unis. Il s'agit en effet d'un problème grave qui touche l'ensemble des pays développés.
Montée des interrogations ou désaffection vis à vis des filières scientifiques renvoient à une question majeure, celle de la diffusion imparfaite de la culture scientifique.

J'ai choisi pour ma part de faire de la diffusion de la culture scientifique une priorité de mon action, comme je l'ai rappelé la semaine dernière, en présentant les principaux axes de la politique de recherche que j'entends conduire dans les mois à venir.

Réinscrire la science dans la société signifie à mes yeux mener une politique globale, touchant l'ensemble de nos concitoyens, mobilisant tous les partenaires, prenant en compte les différents secteurs.

Une telle politique doit s'appliquer notamment aux jeunes enfants : c'est pour cela que j'entends intervenir au niveau de l'ensemble du processus de formation, en concertation étroite avec le ministre de l'Education nationale Luc Ferry.

L'essor de la culture scientifique doit en outre intégrer les principaux vecteurs de diffusion et j'ai été, à cet égard, très sensible au fait que ce matin même, votre manifestation se soit intéressée à l'édition scientifique.

Parmi ces vecteurs, l'audiovisuel joue bien entendu un rôle central. Un rôle d'autant plus important qu'il touche l'ensemble de nos concitoyens, parmi lesquels certains se sont malheureusement éloignés du monde de l'écrit.

Outil d'investigation permettant aux scientifiques d'approcher toujours plus les secrets de la matière et du vivant ou les mystères de l'univers, instrument de recherche à part entière, l'image demeure aujourd'hui plus que jamais un outil de communication privilégié.

L'image surtout est particulièrement familière aux jeunes : plus sensibles et mieux formés au langage des images, les jeunes, amateurs éclairés, public exigeant, peuvent ainsi affiner leur goût et accéder par degrés à un type de représentation plus exigeant. Leur curiosité ne demande qu'à être stimulée.

Quel plus puissant moyen d'attirer les jeunes vers les métiers de la recherche que de leur offrir d'entrer, par le biais de la fiction, de l'imaginaire et du rêve, dans les vies de savants et d'inventeurs discrets ou illustres, dans les aventures de l'histoire des sciences ?

C'est à cette tâche que nous devons nous atteler.

Le Gouvernement a ainsi souvent insisté sur l'importance qu'il accorde à la place de l'audiovisuel dans notre pays. Le ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Jacques Aillagon, a plusieurs fois rappelé les missions de service public qui incombent selon lui aux chaînes de télévision, à commencer par la diffusion de la culture sous toutes ses formes. Comment ne pas souscrire à une telle ambition ?

En tant que ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies, je souhaite que la télévision française dans son ensemble soit plus largement ouverte aux acquis de la recherche, aux avancées scientifiques, à l'aventure intellectuelle dans laquelle sont engagés nos chercheurs. Nous devons insuffler à la télévision cette part d'imagination et de création, indissociablement liée aux investigations scientifiques.

Je me rends bien compte que la tâche est difficile car il existe un incontestable retard français dans ce domaine vis à vis des autres pays, à commencer par les pays anglo-saxons. Pourtant, de nombreux signaux positifs invitent à penser que la France est aujourd'hui en mesure de réagir.

Le premier signal positif, c'est l'existence d'une association comme celle qui nous accueille aujourd'hui. L'association Science et Télévision représente en effet tout un symbole. En regroupant presque 50 producteurs indépendants (32 sociétés), en fédérant la très grande majorité de la fabrication des films scientifiques et des magazines diffusés dans notre pays, l'association Science et Télévision permet à la production française de présenter un visage uni face aux enjeux des années à venir.

Deuxième signal positif, l'implication croissante des chercheurs dans la diffusion la plus large des connaissances scientifiques. Rien ne se fera sans la mobilisation de la communauté scientifique. Or, cette mobilisation commence à s'intensifier comme le démontre un certain nombre de manifestations récentes.

Une des voies qui s'ouvrent à nous est le développement de toutes les formes d'interactions entre scientifiques et acteurs du monde de la culture, à commencer par la communauté de producteurs que vous représentez. Le travail en commun s'est développé durant ces dernières années. Il doit être aujourd'hui amplifié.

En ce sens, je souhaite que se mette en place un fonds de développement du financement scientifique pour la télévision. Il a fait l'objet d'un groupe de travail réunissant chercheurs et producteurs. Il est temps à présent qu'une telle structure démarre. Ce projet devrait associer une institution telle que le Centre National de la Cinématographie, et donc à ce titre le ministère de la Culture, mais aussi les organismes de recherche intéressés et bien sûr le ministère de la Recherche, qui pourrait en être le pilote. Le directeur général du CNC, David Kessler, vient de me faire savoir qu'il y était très favorable.

Ce fonds de développement permettra d'institutionnaliser les formes de concertation, de donner vie à de nouveaux projets et de mutualiser les moyens. Il donnera surtout un nouvel élan à la production de films scientifiques dans notre pays.

Plus en profondeur, la mise en place d'une structure de financement de l'écriture et du développement qui associerait, dès l'origine, scientifiques et cinéastes devrait permettre à la fois de produire des films notablement plus riches en matière scientifique et dans un langage cinématographique susceptible de mieux atteindre le public national et international. Dans le même temps, il donne une nouvelle visibilité à la collaboration étroite qui rapproche déjà producteurs et chercheurs.

J'y vois une piste très fructueuse quant au développement de la diffusion de l'ensemble de la culture scientifique dans notre pays. Il est clair en effet qu'il s'agit de faciliter le travail en commun des différents partenaires, de tous les acteurs qui agissent au quotidien pour généraliser et diffuser les acquis de la recherche scientifique. Ce projet commun doit être mené en commun, c'est bien le sens de l'action que j'entends engager dans les mois à venir. Une action destinée à fédérer tous les efforts afin que valeurs et connaissances soient partagées par tous.

5Source http://www.recherche.gouv.fr, le 16 décembre 2002)


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