Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement du tourisme et de la mer, à "RTL" le 18 décembre 2002 sur la sécurité routière et les mesures à prendre pour limiter les accidents. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement du tourisme et de la mer, à "RTL" le 18 décembre 2002 sur la sécurité routière et les mesures à prendre pour limiter les accidents.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer

ti :

R. Elkrief-. On va parler sécurité routière, puisqu'aujourd'hui, un comité interministériel est consacré à la sécurité routière. On a entendu un certain nombre de mesures déjà, on sait que la répression va être augmentée pour tous les délits sur la route. Mais est-ce que la peur du gendarme suffit ou est-ce qu'il faut faire un travail sur les mentalités ?

- "Je vous dirais d'abord que la peur du gendarme n'est pas seulement de la répression c'est aussi de la prévention. Et donc, il est très important qu'il y ait des présences policières sur les routes et sur les autoroutes. Et cette présence policière? si elle ne suffit pas, on va jusqu'au relevé de l'infraction et on va automatiser la sanction après le relevé d'infraction. C'est ce qui est très important. Mais évidemment, on ne peut pas simplement faire de la répression, elle va être d'ailleurs extrêmement automatisée, et en même temps, aggravée. Deuxièmement, la répression c'est bien, c'est le bout de la chaîne, si l'on peut dire, mais auparavant, il y a toute la formation à la conduite. Et la formation à la conduite, là encore, on fait une sorte de prévention, d'éducation. Le permis de conduire ne sera plus demain ce qu'il est aujourd'hui. Il sera augmenté dans sa durée, l'épreuve pratique sera beaucoup plus longue, et ensuite, lorsqu'on aura le permis..."

On l'aura, mais en fait, on l'aura pas vraiment...

- "On ne l'aura pas définitivement. C'est-à-dire qu'on ne sait pas conduire parce qu'on a le permis. Il ne faut pas raconter ça."

Cela fait plusieurs décennies, même plus, que c'est comme ça !

- "C'est comme ça, et cela donne les résultats que nous connaissons. C'est-à-dire, près de 8 000 morts par an sur les routes et 150 000 blessés. Il faut donc en prendre acte et voir comment on peut remédier à cela. Remédier, c'est de dire à quelqu'un qui vient d'avoir son permis, qui est jeune ou moins jeune d'ailleurs, que cette personne a un permis désormais pour un, deux ans, trois ans peut-être, pendant lesquels cette durée de trois ans sera une période probatoire. Si vous avez une infraction un peu grave pendant cette période, il faudra repasser. Si vous n'en avez pas, au bout des trois ans par exemple - si c'est trois ans - le permis, à ce moment-là, deviendra un permis plein, c'est-à-dire avec les points que nous connaissons aujourd'hui, au nombre de 12."

C'est une mesures-phares, qui consiste à remettre un peu en question cette formation. Mais j'imagine que vous avez entendu depuis quelques jours les réactions des présidents d'associations, des personnalités qui travaillent sur la sécurité routière depuis longtemps. Ici même, le professeur C. Got, a exprimé son scepticisme... Tout le monde demande vraiment des moyens, vraiment un engagement, vraiment une méthode. Comment expliquez-vous ce scepticisme ?

- "Tout simplement, parce qu'ils ne connaissent pas aujourd'hui les mesures qui seront prises ce soir. Moi-même, aujourd'hui, je ne connais pas toutes les mesures, parce qu'il y a un comité interministériel de la sécurité routière. Cela veut dire qu'il y a des arbitrages à faire sur des propositions diverses qui sont faites. Mais c'est la première fois, qu'autour de la table, on va avoir aussi bien J.-F. Mattei pour la santé, que X. Darcos pour l'éducation, que N. Sarkozy pour la répression, la présence policière, que D. Perben pour la justice. Tous ces ministres ont préparé en interministériel - il y a eu au moins dix réunions préparatoires ! - pour avoir un projet d'ensemble. C'est la première fois que, sous l'autorité du Premier ministre, il y aura un vrai projet d'ensemble qui couvrira les chances de la prévention, de l'éducation et de la répression."

200 millions d'euros, c'est ce que demande C. Got, pour vraiment limiter les victimes. Ce sera le budget qui va être mis ?

- "Il peut demander 200 millions, ce n'est pas une question d'argent, mais il y aura beaucoup d'argent. 200 millions... Je ne sais pas d'où le professeur Got - que j'admire par ailleurs - sort ce chiffre. L'essentiel c'est qu'il y ait des moyens supplémentaires en nombre, et N. Sarkozy a déjà annoncé 1 200 personnes en plus dédiées à la route, en cinq ans, progressivement. De notre coté, on a dégagé avec l'Intérieur, avec d'autres budgets, 28 millions d'euros, dès la première année, dès 2003. Et cette première année va être quand même celle de mise en place des textes réglementaires - cela va aller vite ! - et des textes législatifs. Il faut en général au moins six mois pour les mettre en place. Mais dès cette année, il y aura 28 millions d'euros qui seront consacrés en plus à la sécurité routière pour l'achat, par exemple, des appareils automatiques de détection qu'on va mettre sur les routes nationales, départementales, sur les autoroutes, partout, pour acheter des éthylomètres dans toutes les voitures banalisées de la police et de la gendarmerie. Et les recettes provenant de ces appareils - ou bien il n'y a pas de recettes et cela veut dire qu'il n'y a pas d'infractions, donc, tant mieux, cela veut dire que les Français sont devenus raisonnables -, ou bien s'il y en a - hélas ! il risque d'y en avoir -, l'intégralité de ces recettes servira à acheter d'autres appareils. Ce qui fait qu'en trois ans, si c'est nécessaire, la route et l'autoroute seront, - pardonnez-moi le terme -, "truffés" d'appareils qui rappelleront quand même aux gens, aux conducteurs que désormais, la route est pacifiée et doit être pacifiée."

Vous parliez à l'instant des éthylomètres : le taux d'alcoolémie à 0,5 gramme est une contravention, à 0,80 gramme, on est déjà dans le délit. Certains s'inquiètent en disant : finalement, là-dessus, il n'y aura peut-être pas de changement parce que, le Gouvernement, je cite, "va céder, une fois de plus, aux lobbies des bouilleurs de crus", il y a une sorte de volonté de ne pas parler de l'alcool alors que c'est la cause principale des accidents et des très graves accidents.

- "Croyez-vous que c'est le tempérament de J.-P. Raffarin que de céder à des lobbies quand il pense que l'intérêt général est là ? L'intérêt général, aujourd'hui, c'est de faire baisser dans des proportions considérables, les victimes sur la route et les victimes de la route, qu'elles soient blessées et hélas, trop souvent décédées. On ne cédera à aucun lobbying, on va prendre les mesures. Aujourd'hui, et on ne peut pas dire "c'est 0,50"..."c'est 0,80", ce n'est jamais contrôlé ! Je n'ose pas vous demander si vous avez été contrôlée cette année, l'année dernière ou il y a deux ans. Moi, dans ma vie de conducteur...

Donc, ça va changer, je serai contrôlée dans l'année qui vient ?

- "... J'ai 40 ans de permis, j'ai été contrôlé deux fois. Vous pouvez être sûr que dans les trois ans qui viennent, vous serez au moins contrôlée deux ou trois fois. A moins que vous ne preniez pas la route."

Je serai donc contrôlée et ce sera bien pour tout le monde, et j'espère ne pas faire de bêtise... Je pense que ferai très très attention. Il y a quand même un chiffre qui est très inquiétant, publié par le magazine Auto-Moto : 1 Français sur 10 conduit sans permis" ! C'est ce que dit ce magazine...

- " Aucun contrôle, aucune statistique ne disent cela. Ce que je sais, c'est, quand je vois, par exemple, que 500 personnes ont été contrôlées, parfois il y a une personne sans permis, parfois deux, mais le taux de 10 % me semble exagéré. En tout cas, ce que je voudrais dire, c'est qu'il est extrêmement dangereux de conduire sans permis, non pas parce qu'on ne sait pas conduire ou qu'on sait conduire - d'ailleurs on peut, le cas échéant, s'être vu retirer le permis et savoir le maniement d'une voiture -, mais surtout quand on n'a pas de permis on est en état de déchéance..."

On n'est plus assuré.

- "...Cela veut dire que si jamais il y a un accident, on n'est plus assuré. Et vous blessez quelqu'un, vous le rendez invalide, ou vous tuez quelqu'un, cela peut représenter des millions et des millions d'indemnités, eh bien la personne qui aura commis ce délit devra payer de sa poche, jusqu'à la fin de ses jours, les conséquences de son acte."

Avis à ceux qui roulent sans permis. Est-ce que ça a changé, les résultats sont-ils bons, est-ce que le fait qu'on en parle un peu plus aujourd'hui, vous sentez que ça bouge ?

- "Le fait que vous en parliez, les médias, que les médias aient fait vraiment de la sécurité routière une grande cause nationale, a déjà permis de baisser de 10 % environ le nombre de morts. On a économisé à période égale de six mois, les six derniers mois par rapport aux six derniers mois de l'année 2001, il y a 319 morts de moins sur les routes, ce qui est considérable. Et il y a 7 000 blessés de moins sur les routes. C'est considérable !"


(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 décembre 2002)

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