Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à M6 le 5 janvier 2003, sur le blocage de l'autoroute A10 lors des chutes de neige du 4 janvier, les mesures prises pour lutter contre la marée noire due au "Prestige" et sur la politique de sécurité routière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, à M6 le 5 janvier 2003, sur le blocage de l'autoroute A10 lors des chutes de neige du 4 janvier, les mesures prises pour lutter contre la marée noire due au "Prestige" et sur la politique de sécurité routière.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, LA VILLARDIERE Bernard de.

FRANCE. Premier ministre

ti : Bernard de la VILLARDIERE- Bonsoir et bonne année à tous. Bonsoir, Monsieur le Premier ministre.

Jean-Pierre RAFFARIN - Bonsoir.

Bernard de la VILLARDIERE - Et bonne année.

Jean-Pierre RAFFARIN - Bonne année à vous aussi.

Bernard de la VILLARDIERE - Merci d'être l'invité exceptionnel de cette émission, "Zone Interdite". Vous le savez, M6 a décidé de se mobiliser contre la violence routière durant toute cette année 2003 ; un peu, d'ailleurs, comme votre gouvernement. Vous allez nous exposer dans quelques instants votre plan contre l'insécurité routière, une vraie déclaration de guerre aux chauffards, mais nous parlerons également, bien entendu, de l'actualité du jour, et notamment de la marée noire, mais aussi des blocages des routes en région Ile-de-France à cause de la neige. Je vous propose tout de suite de découvrir le sommaire de cette émission. L'insécurité routière, c'est un mal français, 8.000 morts par an sur la route - on aura l'occasion d'y revenir. Peu de familles échappent en France à ce drame, mais il est trop souvent vécu comme une fatalité. Ce soir, nous allons tout d'abord revenir sur le drame du 26 mai dernier en région parisienne : une femme et deux de ses enfants fauchés dans un couloir de bus par une voiture folle. Vous avez sans doute entendu parler de ce fait divers qui a marqué la France entière. Pour ceux qui restent, la douleur est toujours aussi vive¿

Reportage

Bernard de la VILLARDIERE - Le chauffard est en prison, il n'a toujours pas été jugé. Ce sera peut-être l'occasion, d'ailleurs, de revenir sur le rôle de la justice dans ces drames. Les drames de la route sont souvent irréparables pour les victimes, mais aussi pour leurs auteurs. Vous entendrez dans cette émission le témoignage d'un jeune homme qui a tué trois de ses amis. Il avait bu simplement un verre de trop.

Reportage

Bernard de la VILLARDIERE - Blessures psychologiques, blessures physiques, survivre peut aussi être un cauchemar. Quand on est jeune, on a trop tendance à l'oublier. Les 18-25 ans sont pourtant les premières victimes de l'insécurité routière. Inconscience d'adolescents, irresponsabilité également de certains adultes.

Reportage

Bernard de la VILLARDIERE - Des vies fauchées ou à moitié foutues, l'insécurité routière est un mal français. Le gouvernement en a fait donc une de ses priorités. Ses objectifs, déclarer la guerre à la vitesse, mais aussi aux petites incivilités si meurtrières. Les caméras de " Zone Interdite " les ont débusquées. Très instructif. Extrait.

Reportage

Bernard de la VILLARDIERE - Nous irons également en Grande Bretagne où la tolérance zéro en matière d'insécurité routière a fait baisser de manière spectaculaire le nombre des victimes de la route. Mais avant d'évoquer tout cela, si vous le voulez bien, Monsieur le Premier ministre, puisque vous avez souhaité répondre à notre invitation, et je vous en remercie encore, nous allons évoquer l'actualité, car vous allez nous exposer dans un instant votre plan contre l'insécurité routière, contre les chauffards. Nous sommes tous un peu chauffards, on le verra tout à l'heure, mais avant de vouloir rouler, il faut encore pouvoir rouler, d'ailleurs ; il faut qu'il n'y ait pas de neige sur les routes. On a un peu l'impression, aujourd'hui, que l'Etat ne fait pas son boulot.

Jean-Pierre RAFFARIN - Il y a des difficultés, mais permettez-moi d'abord de dire merci à M6 d'avoir le courage de montrer les images et d'organiser le débat que vous organisez aujourd'hui. Je pense qu'il faut parler de ces questions de sécurité routière dans leur vérité. Il y a eu trop de silence, trop de complicité, finalement trop de banalisation. Et merci d'aller parler aux consciences sur ces sujets qui sont très graves, et si je suis ici, c'est par gratitude pour votre engagement. C'est vrai, cette nuit, il y a eu des difficultés majeures dans un grand nombre de régions de France parce que nous avons conjugué deux événements exceptionnels ; d'une part, un retour massif des vacances de Noël et, d'autre part, des intempéries particulièrement violentes. Je veux dire que je comprends le mécontentement des automobilistes, je comprends le mécontentement de tous ceux qui, dans les aéroports ou ailleurs, ont été bloqués. Je crois que quand on fait de la politique, on s'occupe d'abord de la vie quotidienne. La politique, ce ne sont pas les grands discours, les grandes motions, c'est la vie quotidienne. Et je comprends ce mécontentement et cette irritation. Et je demande à tous les services publics de faire en sorte que, en toute circonstance, on respecte l'usager. Et j'ai vu un certain nombre d'images ce week-end, j'ai vu un certain nombre d'informations où on ne m'a pas donné le sentiment qu'on respectait l'usager comme il se doit d'être respecté.

Bernard de la VILLARDIERE - On va voir, d'ailleurs, quelques-unes de ces images. C'était la nuit dernière, elles sont passées dans le " 6 Minutes " tout à l'heure, ces automobilistes bloqués au péage de Saint-Arnoult sur l'A10, l'autoroute A10 près de Paris. Voilà ces images, vous les connaissez sans doute ; des milliers de personnes bloquées dans des voitures, parfois sans chauffage, sans boisson, sans avoir de quoi se restaurer. Et certains automobilistes, on les a entendus tout à l'heure, ont été condamnés d'ailleurs à la sortie du péage, après 10 ou 12 heures de blocage sur l'autoroute à payer leur ticket, payer leur passage.

Jean-Pierre RAFFARIN - Oui. Je crois que les instructions avaient été données pour que ce ne soit pas le cas, mais peut-être y a-t-il eu des dysfonctionnements supplémentaires ? En tout cas, moi je comprends vraiment ce mécontentement, et j'ai demandé tout de suite au ministre concerné de lancer des missions d'inspection pour que l'on connaisse exactement les causes, aussi bien sur la route que dans les aéroports, de l'ensemble de ces dysfonctionnements. Nous avons pris un certain nombre de mesures de sécurité. Par exemple, les camions sont interdits de circulation jusqu'à demain matin de manière à ce que l'on puisse rétablir des conditions de bonne sécurité. Je crois que la sécurité¿ A ma connaissance, aujourd'hui, les vies ont été protégées, donc je comprends tout ce mal-être sur la route.

Bernard de la VILLARDIERE - Les compagnies d'assurance...

Jean-Pierre RAFFARIN - Qu'on comprenne aussi que l'essentiel aujourd'hui, c'est de mettre toutes nos forces pour sauver les vies humaines. Ce qui est, je crois, très, très important, c'est qu'on puisse bien analyser tout ce qui s'est passé parce que cette conjonction d'événements, certes, est exceptionnelle, mais il ne faut pas que cela se reproduise.

Bernard de la VILLARDIERE - A votre avis à qui la faute ? A Météo France, à la direction de l'Equipement ?

Jean-Pierre RAFFARIN - Ecoutez, je crois qu'il ne faut pas que l'on soit systématiquement à la recherche de responsabilité. Que l'on comprenne bien. Il y a conjonction d'événements : c'est le retour des vacances, c'est le lendemain du 1er janvier ; il y a une tempête de neige qui était prévue, mais on n'a pas prévu le froid, et donc avec des plaques de verglas extrêmement dangereuses. Il ne faut pas croire que nous pouvons vivre dans une société où tout se prévoit, où tout se dessine et où tout se décide d'en haut. Il y a des événements qu'il faut gérer. Ce que je souhaite, c'est qu'on respecte les fonctionnaires, mais je souhaite aussi qu'on respecte les usagers et tous les usagers qui, notamment, ont droit à l'information, et là je ne suis pas content de voir que, dans un certain nombre de cas, les usagers n'ont pas eu l'information à laquelle ils ont droit, et ça c'est le devoir du service public.

Bernard de la VILLARDIERE - Oui, d'autant que vous nous aviez souhaité bonne année il y a quelques jours sur l'antenne d'M6. C'est vrai qu'elle ne commence pas très bien, parce qu'on va parler maintenant de la marée noire, bien entendu. Vous allez faire la guerre aux chauffards, il y a aussi des chauffards des mers. Comment se fait-il qu'on n'arrive pas encore à régler ce problème et à faire en sorte que les navires soient sécurisés, ceux qui passent en tout cas au large de nos côtes ?

Jean-Pierre RAFFARIN - Là, il y a une action internationale, parce que c'est vrai qu'il y a des pratiques qui sont des pratiques de haute délinquance maritime. On est prêt, à n'importe quelle condition, à transporter cette matière. On dit qu'il y a des fous de dieu, mais il y a aussi des fous du pétrole, il y a des fous de l'or, des fous de l'argent qui sont prêts à n'importe quelle procédure pour mettre en danger notre patrimoine, notre vie économique, notre vie sociale. Ce qui s'est passé là est quelque chose d'inacceptable. Vous avez vu la colère profonde du président de la République, y compris à Copenhague où il a engagé un certain nombre de mesures pour qu'on puisse mettre nos militaires au service de la défense de nos côtes ; et maintenant, quand un bateau sera dans les 200 miles, nous aurons les moyens militaires de le mettre à l'extérieur de cette zone pour protéger notre littoral. Il y a vraiment des pratiques, là, qui nous imposent des démarches qui sont des démarches juridiques. Nous avons engagé une information au Parquet de Brest de manière à ce que la vérité soit faite, et qu'on puisse faire porter les responsabilités sur ceux qui, aujourd'hui, sont responsables de la souillure de notre patrimoine naturel.

Bernard de la VILLARDIERE - Il y a quelques années déjà, après le drame de l'Erika, on nous avait dit " plus jamais ça ", " ça ne se reproduira plus " et on avait parlé de l'Europe, d'ailleurs, à l'époque. Il y a une série de mesures qui ont été prises notamment d'inspection des bateaux. Il paraît d'ailleurs que les Français sont plutôt les mauvais élèves concernant l'application de ces mesures. On a quelques dizaines d'inspecteurs de paquebots et de cargos.

Jean-Pierre RAFFARIN - En ce qui concerne mon gouvernement, dès ses débuts, nous avons pris des mesures pour augmenter le nombre d'inspections. Depuis que nous sommes en place, nous nous sommes donné les moyens, sur nos eaux territoriales, de pouvoir intervenir, et nous avons même obtenu l'accord des Espagnols et des Portugais pour procéder ensemble, et nous sommes en train de convaincre l'Europe que notre méthode est la bonne, et je crois que les démarches qui ont été engagées par le président CHIRAC vont aboutir rapidement.

Bernard de la VILLARDIERE - Et qui va nettoyer les côtes dans les semaines qui viennent, dans les mois qui viennent ?

Jean-Pierre RAFFARIN - Toute la mobilisation est nécessaire. D'abord un encadrement professionnel. C'est pour ça que, aujourd'hui...

Bernard de la VILLARDIERE - C'est un pétrole toxique, en plus.

Jean-Pierre RAFFARIN - Bien sûr. Plus de 1.000 personnes aujourd'hui, personnels civils et militaires, sont mobilisées pour nettoyer les côtes. Ce que nous craignons, c'est que compte tenu de la tempête, compte tenu du fait que cette marée noire a été vraiment triturée, déchirée, que tout ceci risque d'être long¿ Alors, nous mettons en place un dispositif que l'on avait anticipé dès le 22 novembre ; nous avions déclenché un certain nombre de procédures, les procédures Polmar, nous avons rassemblé les moyens matériels, nous avons mis en place les moyens financiers. Nous sommes prêts à faire face. C'est vraiment révoltant ! Ce littoral atlantique, c'est un atout pour notre pays, et il est clair que nous n'accepterons pas qu'il soit durablement souillé. C'est une affaire très importante pour l'économie, pour le social. Je pense évidemment aux producteurs de conchyliculture, mais je pense à tous ceux pour qui l'attractivité de ce territoire est un moyen de vie.

Bernard de la VILLARDIERE - Merci d'avoir répondu à ces quelques questions. On va reparler évidemment d'insécurité routière puisque vous êtes là essentiellement pour ça. La route en France, c'est en moyenne 22 morts par jour - c'est un chiffre qu'il faut rappeler -, des drames quotidiens accueillis dans l'indifférence, sauf lorsque ce sont plusieurs vies qui sont fauchées d'un coup, comme ces 5 pompiers tués dans la Drôme le mois dernier alors qu'ils intervenaient sur un accident, ou encore la tragédie de Vitry-sur-Seine le 26 mai dernier près de Paris¿ Une voiture lancée à 150 km heure, sur une voie de bus, tue une femme et deux de ses enfants. Nous avions tenté à l'époque de comprendre pourquoi et comment un tel drame avait pu se produire. C'est un reportage de Paul Comiti et Stéphane Mallard.

Bernard de la VILLARDIERE - Monsieur le Premier ministre, plusieurs pistes et plusieurs thèmes de réflexion et de réaction à ce reportage. Alors, le commissaire, notamment, qui dit "rien n'a changé".

Jean-Pierre RAFFARIN - D'abord, deux choses. D'abord, le carnage. Ce sont des images de guerre qu'on voit dans cet abribus. Cela nous rappelle les images d'explosion, d'attentat. On est vraiment, là, dans un carnage monstrueux. Je voudrais saluer le courage de cette famille qui accepte, dans ces moments de douleur, de se faire filmer parce que j'imagine que, au plus profond d'eux, c'est se dire il ne faut pas que tout ça ne serve à rien. J'ai vu dans ma vie de parlementaire, comme ça, des parents qui venaient me voir pour des enfants qui s'étaient noyés dans une piscine privée qui demandaient qu'il y ait des barrières. Au moins, que cette mort serve à quelque chose et que le message puisse passer. Tout à l'heure, vous recevrez Monsieur et Madame...

Bernard de la VILLARDIERE - Les parents de Stéphanie.

Jean-Pierre RAFFARIN - Voilà, qui ont perdu Stéphanie. Je crois que ce courage-là est exemplaire. Il est utile parce que, contrairement à ce que dit le commissaire, je crois que, naturellement, quand on banalise l'accident et qu'on laisse l'accident en termes généraux, peut-être qu'il n'a pas d'effet, mais quand on regarde bien ce qui s'est passé, quand on voit comment la vitesse rend fou, mettre son orgueil dans sa pédale, comme tout cela est absurde, et que, au fond, il y a quand même deux catégories de chauffards¿ Je crois qu'il faut qu'on distingue bien, je dirais, le chauffard perpétuel, celui qui est un fou du volant...

Bernard de la VILLARDIERE - Le chauffard perpétuel.

Jean-Pierre RAFFARIN - Perpétuel. C'est celui qui, finalement, est un récidiviste. Celui-là, il faut, par un moyen ou par un autre, qu'on le sorte de la route. Et puis, il y a tous les autres qui sont des chauffards occasionnels ; qui, parce qu'un jour, il y a de la colère, de la nervosité, de la déprime, de la fatigue, finalement, à un moment, on tourne le dos à sa responsabilité. Ce qui est très important, c'est d'avoir conscience qu'on est dans un cycle, " légèreté, faute, drame ". Le drame n'est pas au début. Au début, il n'y a que de la légèreté, un verre d'alcool de trop, un peu de vitesse de trop, une légèreté. Mais ça devient une faute, et ça conduit au drame. Et donc, ce qu'il faut vraiment que chacun de nous comprenne, c'est que ce combat, c'est un combat collectif, mais c'est un combat individuel pour qu'on assume notre responsabilité. Un homme, aujourd'hui, n'est pas innocent de lui-même. Ne reportons pas sur les autres les responsabilités de nos actes. C'est comme ça qu'on peut affronter ce sujet.

Bernard de la VILLARDIERE - Vous allez durcir donc les sanctions judiciaires avec, notamment, jusqu'à 10 ans de prison pour homicide involontaire, si commis par un multirécidiviste de l'alcool ou de la vitesse au volant.

Jean-Pierre RAFFARIN - Comme le dit le commissaire, il faut faire de la prévention, donc il faut avertir, expliquer, responsabiliser, et surtout enlever de la tête des gens cette digue " il y a les chauffards, il y a les gens bien, et moi je suis dans les gens bien ". Oui, mais un jour, je vais trop vite et, là, je suis responsable d'une faute. Et donc responsabilisation, prévention, notamment par l'Education nationale, notamment par une autre forme d'auto-école, plus renforcée, avec un permis probatoire qui ne devient définitif qu'au bout d'un certain temps, au bout de trois ans, et donc, vraiment, une sorte d'accessibilité à la responsabilité.

Bernard de la VILLARDIERE - Alors, expliquez-moi, puisque vous savez que nous sommes très regardés par les jeunes, expliquez-moi un peu ce permis probatoire¿

Jean-Pierre RAFFARIN - En fait, c'est le fait que, pendant trois ans, il faut faire sa preuve ; la preuve de ne pas avoir d'accident, de ne pas faire de faute, de ne pas conduire avec légèreté. Et si, pendant ces trois ans, on s'est comporté comme un conducteur responsable, on a le permis définitif. Et puis, à côté de la prévention, il faut de la répression.

Bernard de la VILLARDIERE - On a six points pour démarrer ; pendant trois ans, on a six points.

Jean-Pierre RAFFARIN - Voilà, on a six points.

Bernard de la VILLARDIERE - Et si on conduit en état d'ivresse...

Jean-Pierre RAFFARIN - On enlève le permis tout de suite, immédiatement.

Bernard de la VILLARDIERE - Le permis est annulé. On le repasse.

Jean-Pierre RAFFARIN - C'est le retrait immédiat. Et donc ça, c'est un point très important, et donc, ce que nous souhaitons, c'est qu'il y ait une automaticité de la faute et de la sanction. Et donc, c'est pour ça que nous allons multiplier les contrôles, nous avons déjà commencé, et il faut savoir qu'on ne pourra pas passer au travers. Tout cela va nous prendre un peu de temps, mais dans 18 mois, dans deux ans, nous serons équipés pour que personne ne puisse passer au travers des excès de vitesse et des erreurs du code de la route. Le code de la route...

Bernard de la VILLARDIERE - Avec des radars automatiques, avec des...

Jean-Pierre RAFFARIN - Avec des radars automatiques, avec des dispositifs qui rendront le contrôle automatique et la sanction automatique, c'est-à-dire que le contrôle rassemble les éléments qui permettent de déclencher la sanction, et ainsi, d'alléger la justice. Et donc, c'est un point très important dans l'automaticité de la sanction : ne plus pouvoir passer au travers ; c'est une question qui concernera tout le monde.

Bernard de la VILLARDIERE - Alors, les militants de la sécurité routière, qui se sont plutôt globalement félicités de votre plan, se sont tout de même étonnés du fait qu'il n'existe pas de police de la route et que vous n'ayez pas décidé la création d'une police de la route¿ parce que qu'on soit en Suisse, aux Etats-Unis, ou même en Angleterre, on dépasse d'une dizaine de kilomètres la vitesse limite, et on est interpellé, on est alerté, on est arrêté sur le bord de la route.

Jean-Pierre RAFFARIN - Nous avons d'ores et déjà 15.000 personnes qui concernent la police de la route, c'est-à-dire 15.000 fonctionnaires qui sont sur la route en permanence, mais ils font en sorte qu'ils puissent suivre la délinquance sur la route, et quelquefois à l'extérieur de la route, car il faut conduire notre système de filière pour aller chercher ce que nous recherchons comme information vis-à-vis de la délinquance, à l'extérieur même de la route. Il y a 15.000 personnes qui constituent ce qu'on peut appeler une police de la route. Notre problème et notre organisation nationale entre la gendarmerie, la police, l'action locale, l'action nationale, nous avons quelque chose qui ressemble à une police de la route. Ce que nous faisons, c'est que nous avons mis en place un dispositif que nous allons valider tous les trois mois. Le prochain comité interministériel - d'habitude, il avait lieu tous les ans -, c'est le 26 mars. Le 26 mars, je réunis à nouveau tous les ministres. Nous ferons un premier bilan, et si nous devons changer notre organisation, nous changerons l'organisation. Notre méthode, c'est les résultats. Moi, je regarde les indicateurs. Ou on fait baisser les accidents et les mesures sont bonnes ou on ne les fait pas baisser, et alors, à ce moment-là, on augmente la sévérité.

Bernard de la VILLARDIERE - Alors, quel budget pour tout ça ? Parce que, là aussi, les militants de la sécurité routière se sont étonnés qu'il n'y ait pas de budget. On sait que 80 millions de francs sont dépensés chaque année - ça fait 15 millions d'euros, un peu moins - sont dépensés chaque année pour les campagnes de prévention, alors qu'on sait que les accidents de la route, ça coûte 100 milliards de francs à l'économie de ce pays.

Jean-Pierre RAFFARIN - Nous ferons en 2004 ce qu'on appelle un " jaune " budgétaire, c'est-à-dire que nous ferons la somme de l'ensemble des budgets. Mais les militants de la sécurité nous ont demandé aussi de faire en sorte qu'il n'y ait pas un ministre de la sécurité routière, mais que tout le gouvernement, que les autorités publiques, c'est-à-dire que cela concerne autant le ministre de l'Equipement que le ministre de l'Education, que le ministre de la Santé¿ Donc, chacun des ministres a une part de son budget réservé à la sécurité routière, et en 2004, nous ferons l'ensemble. Pour le moment, nous sommes en train de construire un dispositif. Nous le faisons de manière progressive, de manière à ce qu'il soit efficace avec une validation trimestrielle, et si nous avons la certitude que nos mesures ne sont pas suffisantes, nous augmenterons la sévérité des mesures.

Bernard de la VILLARDIERE - Et vous espérez quel bilan en matière de victimes ? Vous espérez diviser par deux le nombre de morts dans ce pays ?

Jean-Pierre RAFFARIN - Je pense qu'il faudrait au moins avoir le résultat en trois ans que l'Angleterre a. Il faut qu'on puisse avoir...

Bernard de la VILLARDIERE - C'est-à-dire quelques morts...

Jean-Pierre RAFFARIN - Voilà, c'est-à-dire qu'on puisse avoir quelque chose qui donne des statistiques comparables aux autres pays européens. Nous avons vraiment une pathologie nationale. Nous ferons les efforts collectifs, mais les efforts collectifs ne seront pas suffisants sans une prise de conscience personnelle. Nous ne sommes pas innocents de nous-mêmes au volant de notre voiture.

Bernard de la VILLARDIERE - Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre, d'avoir accepté l'invitation de " Zone Interdite " ce soir sur M6. Nous nous retrouvons dans un instant pour la suite de cette émission.

(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 10 janvier 2003)

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