Lettre de M. Robert Hue, président du PCF, à Marie-George Buffet, secrétaire nationale, lui annonçant qu'il ne se représenterait pas au poste de Président du parti lors du prochain congrès, Paris le 5 novembre 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Lettre de M. Robert Hue, président du PCF, à Marie-George Buffet, secrétaire nationale, lui annonçant qu'il ne se représenterait pas au poste de Président du parti lors du prochain congrès, Paris le 5 novembre 2002.

Personnalité, fonction : HUE Robert.

FRANCE. PCF, président

ti : Chère Marie George,

Nous avons évoqué ensemble, ce matin, mes interventions dans la presse : tribune publiée par Le Monde du 1er novembre, et interview que publiera Le Parisien, demain mercredi 6 novembre. Dans ces interventions, comme dans les précédentes - notamment dans l'Humanité du 12 septembre - je livre mes réflexions sur les cinq dernières années et leur conclusion par les élections présidentielles et législatives ; sur l'avenir, la place et le rôle du parti communiste ; sur les problèmes de direction du parti. Je ne veux me dérober à aucune de ces questions, et j'aurais encore l'occasion d'y revenir.

Comme je l'ai plusieurs fois souligné, c'est à toi, secrétaire nationale, qu'incombe la responsabilité de conduire l'action et la réflexion du parti pour le prochain congrès. Je partage ta volonté de laisser les communistes s'exprimer pleinement. Quand tu le jugeras nécessaire, tu diras tes idées et tes propositions. Je suis personnellement placé dans une situation différente. Pour deux raisons.

La première, c'est que je suis interpellé dans le parti dont j'ai été pendant huit ans le premier dirigeant, et aussi hors du parti, en tant que l'un des principaux responsables de la "gauche plurielle", dans le débat sur l'avenir de la gauche.

La seconde, c'est que je participe, ainsi, au débat ouvert dans le parti. Et répondant ce matin aux questions du Parisien, j'ai été amené à dire pour la première fois publiquement que j'ai décidé de ne pas solliciter ma reconduction à la responsabilité de Président du parti lors du prochain congrès. Je veux par ce courrier te confirmer mon propos, et les raisons qui m'y ont conduit.

Tu sais avec quelle insistance j'ai plaidé, ces dernières années, pour le renouvellement et une bien plus grande rotation des dirigeants, dans toutes nos instances, à tous les niveaux de direction. C'était à mes yeux une obligation, un élément important de la "mutation" du parti.

C'est donc logiquement qu'après avoir exercé la responsabilité de secrétaire national pendant près de huit ans, j'ai choisi de la quitter et proposé qu'elle te soit confiée.

Nous avons alors décidé d'engager une expérience de "codirection", avec l'idée qu'elle te permettrait d'exercer pleinement ta nouvelle responsabilité, tandis que l'expérience que j'avais acquise pourrait continuer à être utile à la direction du parti. Nous n'ignorions pas, toi et moi, que l'on n'a jamais su, dans notre parti, régler correctement la question de "l'utilisation" des compétences d'un dirigeant ou d'une dirigeante dès lors qu'il ou elle a quitté ses responsabilités!

En fait, l'expérience n'a tout simplement pas eu lieu! Tu as été, pendant six mois, secrétaire nationale et ministre, tandis que j'étais président et candidat. Les élections législatives ont suivi, puis ce fut la période des congés d'été, et maintenant celle du congrès.

Nous n'avons donc pas expérimenté réellement nos choix de congrès. Mais j'ai quand même acquis la conviction que la "codirection" n'était pas la bonne réponse à la question qui nous était posée. En tout cas, elle ne me paraît pas appropriée à la nouvelle situation dans laquelle se trouve aujourd'hui le parti. Nous avons voulu ensemble que le poste de président du parti soit prévu dans nos statuts comme une possibilité mais pas comme une obligation. Je propose que le prochain congrès n'élise pas de président et constitue autour de toi si tu es, comme je le souhaite, candidate au renouvellement de ta responsabilité de secrétaire nationale, une direction collective efficace pour mettre en ¿uvre des décisions et des orientations clairement définies par le congrès.

Deux mots, à présent, sur les raisons pour lesquelles j'ai choisi de rendre publique maintenant ma décision.

Je viens de l'évoquer, nous sommes, après les scrutins du printemps dernier, dans une situation difficile : pour le parti, pour la gauche en général, pour notre peuple et notre pays. Et je demeure persuadé, s'agissant du parti, qu'elle appelle ni je ne sais quel retour en arrière, ni le repliement sur une sorte de "populisme communiste" qui ne ferait que nous éloigner des réalités de la société, et nous isoler davantage. Au contraire, nous avons un devoir d'innovation politique. A l'exemple, d'ailleurs, de ce que d'autres dirigeants communistes ont su faire, tout au long de l'histoire du parti, et particulièrement - car ce n'est pas la première fois - quand il était aux prises avec des problèmes tels que son existence même s'en trouvait menacée.

C'est évidemment ce débat vital pour le parti et son avenir qui doit être, selon moi, au c¿ur du congrès.

C'est à l'impulser, le nourrir et y faire participer le plus grand nombre de communistes que doivent être consacrés tous nos efforts. C'est cela que les communistes attendent de la direction du parti. Et c'est dans ce cadre que doivent être posées les questions relatives à la conception et à la composition des directions qui ne doivent résulter que des décisions politiques arrêtées par les communistes eux-mêmes. J'ai la certitude que c'est ce qu'ils souhaitent plutôt qu'un débat "en soi" sur ces questions, qui tournerait alors immanquablement aux problèmes de personnes et de pouvoir. Ce serait non seulement subalterne, mais de surcroît le congrès passerait alors "à côté" des enjeux et défis politiques auxquels nous sommes confrontés.

J'ajoute que les évolutions, les mûrissements de ces dernières années nous permettent de faire en sorte qu'il en soit bien ainsi.

Rien ne doit nous détourner du nécessaire débat d'idées débouchant sur des décisions de congrès claires et convaincantes. Surtout pas ce qui pourrait être assimilé à des oppositions de personnes pour des enjeux de pouvoir. C'est pourquoi je rends dès maintenant publique la décision que j'ai prise pour que la question

-somme toute secondaire - de la "codirection" ne vienne perturber ou pervertir ce débat.

Le fait de ne pas solliciter le renouvellement de mon mandat de président du parti ne signifie nullement que j'ai l'intention de renoncer à mon engagement politique. J'ai acquis, au fil des années - cela fera près de dix ans lors du prochain congrès - une expérience dont je souhaite qu'elle soit utile au parti, à l'ensemble des militantes et des militants communistes. Comme nous l'avons évoqué à plusieurs reprises, j'entends me consacrer à la mise en place d'une Fondation politique, qui pourrait être un carrefour de recherches, de coopérations internationales, de confrontations théoriques et de formation pour contribuer à une alternative citoyenne et sociale à l'actuelle mondialisation capitaliste. Et puis, je suis naturellement au service du parti et de son futur collectif de direction. Ce sera au congrès d'en décider.

Voilà, ma chère Marie George, ce que je tenais à te confirmer, et que je souhaite qu'on porte à la connaissance des communistes. Je propose naturellement, nous avons parlé ce matin, que ce courrier soit publié dans l'Humanité. Demain matin se réunit la commission chargée des candidatures pour le prochain congrès : je te demande de bien vouloir faire tenir copie de cette lettre à Michel Duffour afin qu'il en fasse lecture aux membres de cette commission.

Je t'embrasse et te renouvelle ma confiance.


Robert

(Source http://www.pcf.fr, le 06 novembre 2002)

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