Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à LCI le 12 novembre 2002, sur les relations du PCF avec le mouvement social et le mouvement antimondialisation, sur le bilan de son action gouvernementale, sur la préparation du congrès, sur la fermeture du centre de Sangatte et sur les conflits sociaux aux Antilles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à LCI le 12 novembre 2002, sur les relations du PCF avec le mouvement social et le mouvement antimondialisation, sur le bilan de son action gouvernementale, sur la préparation du congrès, sur la fermeture du centre de Sangatte et sur les conflits sociaux aux Antilles.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George, HAUSSER Anita.

FRANCE. PCF, secrétaire national

ti : Hausser.- Vous étiez samedi à la manifestation de Florence : aujourd'hui les leaders de gauche ne peuvent plus se permettre de rater ces grands-messes anti-mondialisation ?

- "Je crois que ce mouvement prend de plus en plus d'ampleur avec énormément de jeunes qui se sont engagés pour une¿"Il faut se partager le gâteau ?

"Non, ce n'est pas cela. Je crois que le politique a besoin de s'immerger dans ce mouvement pour écouter, apprendre. Et puis, je crois que ce mouvement a besoin d'un débouché politique et j'étais vraiment contente qu'à Florence, il y ait eu ce mariage entre ces mouvements anti-mondialisation et des mouvements, des cortèges d'organisations politiques sans qu'il y ait de tensions, mais au contraire je crois une très grande compréhension et une envie de travailler ensemble. Et je crois que c'est tout à fait essentiel."

Et c'est dans ces mouvements là qu'aujourd'hui, vous puisez votre inspiration ?
- "Dans ces mouvements et dans, je dirais, l'ensemble des mouvements, sociaux, citoyens, qu'ils soient français ou qu'ils soient internationaux. Je crois que nous avons besoin, vraiment, d'être en contact avec les mouvements et puis de débattre avec eux de la place du politique. A un moment donné il y a eu un peu un rejet du politique ; on disait : " bon, c'est le mouvement social en lui-même qui va dégager les solutions ". Je crois qu'il y a besoin de ces deux éléments."

Il n'y a plus de rejets ?
- "Il y a encore de la méfiance, il y a encore du doute, il y a encore le sentiment que le politique n'a pas été capable de faire bouger les choses, n'a pas été capable de prendre les bonnes décisions, donc à nous de recréer un climat de confiance en mettant, je dirais, nos actes en¿"

Autrement dit, c'est ce que vous entendez à longueur de temps quand vous tournez dans le pays comme vous le faites en ce moment ?
- "Oui, il y a beaucoup de doutes sur ce qui s'est passé ces dernières années. Beaucoup d'hommes et de femmes ont eu l'impression que la gauche les avait oubliés et dans la gauche le Parti communiste français. Donc il faut recréer les liens, il faut s'expliquer et puis il faut surtout, maintenant, reconstruire ensemble."

On a l'impression que, au Parti communiste, vous êtes plongés dans une autocritique permanente - c'est un peu votre cas, ça a été le cas de R. Hue au moment où il a jeté l'éponge -, que vous n'arrivez pas à surmonter, dirais-je, votre échec, et surtout que vous ne vous êtes rendu compte de rien pendant que vous étiez au gouvernement ?
- "Non, pas une autocritique mais la volonté de comprendre. Vous savez, si on n'avait rien fait depuis toutes ces dernières années, on pourrait se dire que c'est parce que le Parti communiste français n'a pas travaillé, n'a pas bougé, qu'il a subi cet échec aux élections en avril. Or, nous avons beaucoup travaillé toutes ces dernières années : nous avons élaboré un projet communiste, nous avons travaillé à nos pratiques, à notre militantisme, et nous avons quand même connu cet échec. Donc, nous voulons comprendre ; c'est pour cela que nous faisons ce retour sur le passé. Et puis, nous voulons comprendre, mais également pour élaborer des nouvelles propositions. Donc, il n'y a pas de flagellation au Parti communiste, mais une volonté."

C'est un peu le sentiment que l'on a, quand même.
"Oui, mais il faut aussi reconnaître parfois nos erreurs. Quand des salariés vous disent, comme ils me le disent, lorsque je vais dans les entreprises : " on a le sentiment que vous êtes devenu un parti comme les autres, que vous n'êtes plus le parti qui nous faisait à la fois rêver, mais qui nous défendait au jour le jour ", il faut en tenir compte et il faut corriger en ce sens."

Alors, il y a un point qui a été très critiqué : ce sont les 35 heures. Est-ce que pour vous ça a été une erreur ou est-ce que ça reste un grand acquis social ?
- "Moi je crois que c'est une loi de civilisation, c'est-à-dire réduire le temps de travail pour permettre aux individus de vivre pleinement leur vie, de profiter de ce temps libre pour se cultiver, pour s'engager. Je crois que c'est une loi de civilisation. Le problème, c'est qu'on n'a pas mis les moyens nécessaires pour que cette loi soit suffisamment contraignante afin qu'elle ne se retourne pas contre les salariés. Lorsque vous êtes dans des entreprises de l'automobile et qu'on vous dit que ça a rendu le travail plus flexible, avec des horaires plus contraignants, etc, et que les gens ont l'impression que ça a aggravé leurs conditions de travail, il faut l'entendre. Et puis, en prenant l'exemple de l'hôpital public, nous n'avons pas mis les moyens financiers nécessaires pour créer les postes dont on avait besoin pour mettre en ¿uvre ces 35 heures, et, là aussi, ça a créé du mécontentement. C'est une belle loi qui s'est retournée contre le gouvernement de gauche parce que le gouvernement de gauche n'a pas mis les moyens de son application."

Vous n'en avez pas été conscients quand vous étiez au gouvernement.
- "Conscients, si. Par exemple, moi, je n'avais pas un déplacement où il n'y avait pas une délégation des hospitaliers qui venaient voir. Mais peut-être que nous n'avons pas mesuré l'exaspération, y compris dans les entreprises privées."

Je reviens un instant au Parti communiste. Est-ce que vous considérez que la mutation est un échec ?
- "Je crois que non, la mutation était nécessaire. Je pense qu'il serait dangereux de revenir en arrière comme certains peuvent le penser. Peut-être que nous n'avons pas su aller jusqu'au bout de cette mutation ? Elle est apparue, pour certains communistes, mais aussi pour certains salariés, comme une série d'abandons. Ils ont vu ce que nous n'étions plus. Peut-être qu'ils n'ont pas perçu, nous n'avons pas su montrer, ce que nous voulions construire avec cette mutation. Ils ont eu le sentiment que nous perdions quelque part notre identité communiste."

Quand vous dites : " nous n'avons pas su aller jusqu'au bout ", est-ce que vous avez l'intention d'aller jusqu'au bout, vous, personnellement ?
- "Je crois qu'il faut que nous nous sentions bien dans nos baskets de communistes, c'est-à-dire que nous portions plus fortement ce que nous avons construit ces dernières années avec la mutation, c'est-à-dire un nouveau projet communiste du XXIème siècle, un militantisme où vraiment nous sommes en proximité de la société telle qu'elle est aujourd'hui et puis un pari en capacité de rassemblement."

Vous êtes candidate au renouvellement de votre poste ?
- "Là, on démarre le débat du congrès, on est sur le fond, on a mis en place une commission, la transparence sur les directions, qui va travailler en pleine indépendance, en pleine autonomie. Et puis on verra, au moment venu, les hommes et les femmes dont les communistes on envie de voir aux responsabilités."

Est-ce que vous suivez la situation à Sangatte ? Est-ce qu'il fallait fermer Sangatte ou est-ce qu'il fallait... ?
- "Je crois que "oui", il fallait, un jour ou l'autre, fermer Sangatte. On ne pouvait pas rester dans cette situation où des hommes et des femmes venaient s'entasser dans des conditions difficiles alors que la porte de la Grande-Bretagne se refermait. On aurait du préparer, je dirais, cette fermeture, peut-être plus qu'elle n'a été préparée par le Gouvernement. Aujourd'hui, des centres enfin s'ouvrent, mais nous sommes dans une situation, je dirais, où si on ne vient pas, si on ne travaille pas sur les conditions qui font que des hommes et des femmes quittent leur pays et viennent, je dirais, vivre dans ces conditions effroyables, on va aller dans le mur. Il faut absolument ouvrir des nouvelles coopérations avec les pays concernés, pour faire en sorte que ces hommes et ces femmes ne soient pas obligés de quitter leur pays."

Là, ce n'est pas seulement un problème de coopération, ce sont des pays en guerre aussi.
- "Oui, il faut créer justement les formes de coopération internationale qui fassent reculer la guerre, qui permettent le développement de ces pays, c'est ça, je crois, qui est essentiel aujourd'hui."

C'est un peu utopique, non ?
- "Mais, sinon on n'y arrivera pas. On ne va pas mettre des barbelés autour de l'Europe. Si ces hommes et ces femmes arrivent jusqu'ici c'est parce qu'ils sont vraiment poussés par les conflits, par les conditions de vie qu'ils ont là bas. C'est ça qu'il faut résoudre, je crois, vraiment, et y travailler maintenant."

Vous avez été en contact avec le maire de Calais ces jours-ci ?
- "Pas en direct, mais je suis bien sûr toute l'action du maire de Calais. Je crois qu'il fait preuve de beaucoup de responsabilité et d'humanité, on l'a encore vu toutes ces dernières heures. Aujourd'hui, une délégation des élus va être reçue au ministère de l'Intérieur."

Est-ce que vous suivez les mouvements sociaux aux Antilles et notamment la menace de fermeture par le groupe Accor de ses hôtels ?
- "Oui, bien sûr. J'ai été quand même choqué de la façon dont le groupe Accor justifie cette menace de fermeture en visant, je dirais, les salariés, en les accusant de ne pas être professionnels, d'être même agressifs. Je crois que c'est l'adjectif qui a été employé par les responsables du groupe Accor. Je ne pense pas que ça soit la meilleure façon de faire. S'il y a des problèmes, alors, ouvrons les négociations, travaillons. Comme l'a dit un responsable syndical, il n'y avait, pour l'instant, encore aucun lycée pour préparer le métier d'hôtelier, qui vient juste de s'ouvrir. Donc créons les conditions pour aider ce personnel à se former plus si c'est nécessaire, mais respectons-le."

Mais il y a pourtant une plainte générale des touristes qui se rendent là bas en disant qu'ils sont mal reçus, même si on n'emploie pas ce terme d'agressivité.
- "Non mais c'est pour ça, je dis que s'il y a problème - je ne dis pas qu'il y a problème -, eh bien discutons avec les représentants syndicaux de ces personnels. Voyons là où il y a obstacle, ce qu'ils demandent pour pouvoir mieux se former, être peut-être mieux " rénumérés ", être mieux considérés. Je crois que c'est par-là qu'il fallait commencer au lieu de les insulter."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 12 novembre 2002)

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